Pfister, Études , p
LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALKÉRON
envahisseurs 42 . Abbon connaît fort bien pareils pamphlétaires : souvent il a eu maille à partir avec eux, peut-être surtout avec ce Frédericus qui dut faire un pèlerinage à Jérusalem pour expier ses calomnies 43 . A l’intérieur même des couvents, la verve satirique s’exerce, et il arrive à Odilon de faire chasser des monastères, à coups de fouet, des satiristes trop licencieux 44 . On ne se gêne même pas pour chansonner le roi et son entourage : les couplets du Rythmus satiricus, qui courent spus le manteau, sont le modèle du genre.
D’autre part les théories politiques des partis contraires n’en sont plus, au xi ft siècle, à s’exprimer dans les conciles et les, synodes. Les assemblées de Saint-Denis et de Saint-Basle avaient été l’occasion pour les théoriciens de s’opposer leurs programmes.
A partir de Robert, on préfère écrire. Ce sont les moines d’abord qui se défendent : tel Abbon ; mais son Apologétique est en même temps un programme complété par une défense, aujour- % d’hui perdue, de l’ordre monastique.
De même que le Rythmus satiricus nous laisse deviner les intrigues de cour, où l'opposition cherche h évincer les hommes nouveaux du parti réformateur et h remettre la main sur la direction" de la politique royale, de même nous avons dans le Carmen ad Rothertum regem , on s’en convaincra, un document précieux, misatire et mi-théorie, où Adalbéron de Laon s'eHorce d’opposer au tableau pessimiste des résultats de la politique robertinienne, et à la caricature burlesque des moines et des Clunisiens, une théorie et un semblant de programme, — retour au passé — dictés au roi Robert, conformément à la doctrine des évêques gallicans.
42. Ce De Cartilagine est malheureusement perdu; il n'est pas resté trace visible de ce qu’il contenait. Cf. E. de Certain, Arnulf d'Orléans dans Bibl. Éc. des ch. f C. IV, 1853, p. 457.
43. Abbo, Ep. ad mon. Miciac (Mjgne, CXXXIX, col. 437) « verum eorum innocentia ab huius modi parte quam sit extranea, testatur Fridericus, ignobilis scriba, qui nunc Ilierosolymis exsulat pro suorum mendaciorum fabrateria, pro excogitationum de fratribus suis inaudila historia. » Ibid. Ep. ad G. abb. Major, mon. (CXXXIX, col. 430). Cf. Sackuh, Die Cluniac., t. II, p. 92 (Cluni und die Opposition ).