‹ Mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 35 sur 117 · LE ROLE POLITIQUE D’ADALBÉRON DE LAON · texte numérisé non relu

LE ROLE POLITIQUE D’ADALBÉRON DE LAON

Adalbéron, dit aussi Ascelin 4 \ était d’origine lorraine, issu d’une famille noble et riche 4r> , clerc de l’ordre séculier, et, dans ses jeunes années, élève peut-être de Gerbert à l’école de Reims 47 . C’est de bonne heure et très jeune encore qu’il arrive aux affaires, s’il est vrai que, dès 97i, il devient chancelier du roi Lothaire 48 ; trois ans après, en 977, il n’a pas encore trente ans que la faveur royale l’appelle au siège épiscopal de Laon, villecapitale alors et résidence de la dynastie 49 . A partir de ce moment, on le trouve fréquemment aux côtés du roi Lothaire, il l’accompagne dans ses voyages et signe ses donations : il profite vraisemblablement de sa situation privilégiée pour payer cette faveur de la plus noire ingratitude. Des bruits singuliers qui courent à son sujet l’accusent d’adultère avec la reine Emma,

45. Nous ne pouvons que donner une brève esquisse de la biographie d’Adalbéron avant 991. Son histoire a été faite par Lot, dans ses Derniers Carolingiens, au cours du récit des événements politiques de la fin du x e siècle. Il était difficile d’isoler la physionomie d'Adalbéron de ce milieu : nous avons dû supposer la plupart des faits connus, et renvoyer soit à l’excellent livre de Lot, soit aux notes des Lettres de Gerbert éditées par Julien Havet.

46. GuiBEnT de Nogent, De vita sua. III, I : « Ascelinus, qui etiam Adalbero vocatur, ex Lotharingiae oriundus, possessionum locuples... » Sur sa parenté probable avec les nobles lorrains Bardon et Gocilon, cf. Havet, Lettres de Gerbert, p. 66, n. 12. Lot, Dern. Carol., 158, n. 5.

47. Rien n’est moins sûr, pourtant, malgré l’affirmation de Lot, p. 259, n. 1 et Pfistkr, p. 36 ; d’après Olleris, Vie de Gerbert (en tête de ses Œuvres ), pp. XLVI-XLVII. On s’est fondé sur un passage mal interprété du Carmen ad Rotbertum, v. 167; on a attribué à Robert un passage placé dans la bouche d’Adalbéron, où il est question d'un certain Neptanabus, que l’on a cru être Gerbert et qui ne semble être autre qu’Odilon de Cluny.

48. Lot, Derniers Carol., p. 87 (cf. Gallia Christiana, IX, 521).

49. Çontinuator Flodoardi, in fine a. 977. Le roi nomme l’évêque le 16 janvier 977 dans la cathédrale même de Laon, en remplacement de Roricon, mort en 976. Adalbéron est intronisé le jour même de Pâques (8 avril). Lot, Dern. Carol., p. 87.

LES POÈMES SATIRIQUES d'aDALBÉRON

peut-être injustement et sans preuves 50 ; en tout cas, sur les accusations publiques de Charles de Lorraine, il est traduit par ses comprovinciaux devant un synode à Sainte-Macre 51 . On n’est positivement fixé ni sur la date de ces faits, ni sur l’issue du synode 52 ; la seule chose certaine, c’est que, après la mort de Lothaire, sous le règne de Louis V, les calomniateurs renouvelèrent et précisèrent leurs accusations. Cette fois Charles réussit à convaincre le roi son neveu de l’infamie de sa mère et de l’évêque de Laon. Celui-ci fut chassé de son évêché et sur le conseil des comtes Eudes et Gerbert, protecteurs d’Emma, impitoyablement persécutée, il alla se réfugier à Dourdan, auprès de Hugues Capet 53 'et de la reine soupçonnée. Dans une circulaire adressée à ses comprovinciaux de la métropole de Reims, il protestait de son innocence et interdisait de conférer les sacrements dans son diocèse 5 L

50. Rjcher, Chron., III, 66 : « Eodem tempore Emma regina et Adalbero, episcopus Laudunensis, infâmes stupri criminabanlur. » et il ajoute : « id tamen latenter intendebatur, nullius manifesto intentionis teste ». Cf. Lot, Dern. Carol., pp. 88, 89.

51. Richer ne désigne pas Charles de Lorraine; mais dans une lettre de Thierri, évêque de Metz, écrite quatre ans plus tard, on trouve ces mots, « regnique sui (i. e. Lotharii) consortem infamares tuisque mendatiis commaculares» (Thierry à Charles de Lorraine, en 984). Il ajoute plus loin : « Quid in Laudunensem episcopum feceris ipse melius nosti ! » Cf. Lot, Dern . Carol., pp. 89; 137-140. Julien, Havet, Lettres de Gerbert, 31 (pp. 26- 28).

52. Voici la suite du récit de Richer, III, 66 : « ... Sed quiasuppressedic-

tum ad omnium aures devenerat, episcopis visum est id esse discutiendum ne frater et corpus, eorum infamiae tantae subderetur. A supra dicto ergo metropolitano collecta est episcoporum sinodus apud Sanctam Magram, locum Remorum diocesaneum. Considentesque et quaeque utilia pertractantes, postquam metropolitanus. »... (Le reste manque). Lot, Dern . Çarol ., p. 88, pense que Richer a fait disparaître par prudence les actes du synode. Quant à la date de tous ces faits, reportés à tort par MM. Olleris et Sepet à 972, elle est fixée par Julien Havet (p. 26, n. 4) à 980. Voir la discussion de cette date dans Lot. Dern. Carol., p. 89, n. 1. Richer raconte ces faits à la suite de ceux de Tannée 981, cf. Lot, Dern. Carol., pp. 177-194. Dans une lettre que Jul. Havet date de 986, la reine Emma se défend d’avoir jamais eu de relations coupables avec Adalbéron (Lettres de Gerbert, 97, p. 89.) '

53. Lettres de Gerbert, 94 (J. Havet, p. 86) : « Laudunensis episcopus consilio Ottonis et Ileriberti sibi faventem ducem adiit, eo loco quem dicunt Dordingum ».

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