Carmen ad Rotbertum , v
MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE
placé devant le spectacle de la transformation de l’ordre ecclésiastique, exaspéré de son exclusion des affaires, indigné des abus qu’il entrevoit dans l’administration des hommes nouveaux auxquels se confie le pouvoir central. S’il flétrit en violentes invectives le nouvel état des choses, il est plutôt disposé à ridiculiser la réforme propagée par les chefs du mouvement clunisien : il s’en moque amèrement et sans pitié. Mais la pensée lui est pénible de savoir le roi Robert, si favorablement protégé de la Providence, subir l’influence des idées nouvelles : au surplus, le spectacle des choses telles qu’elles sont le fait songer à ce qu’elles devraient être ; de là toute cette théorie traditionnelle de la société divine et humaine, empruntée des Pères et des papes, et qui prétend régler la hiérarchie et l’ordre social. Viennent enfin les conseils pratiques : Adalbéron ne désespère pas, après avoir ainsi justifié ses idées, de faire agréer par le roi Robert la contre-réforme proposée et le retour à la tradition conseillé : de là l’indication de mesures à prendre pour assurer l’ordre et la paix.
Voilà en deux mots la donnée et l’esprit du Carmen ad Rotbertum ; c’est le pamphlet sous toutes ses formes: invective, satire, théorie politique et programme. Aussi bien qu’on n’en attende pas, comme du Rythmus satiricus, des faits historiques nouveaux. Nous caractériserions volontiers le poème d’Adalbéron par les mots de « document politique d’actualité », n’était l’inspiration profondément personnelle, étrangère à toute influence officielle, qui le signale. On se doute bien que l’auteur écoute sa propre rancune dans sa diatribe contre la politique générale. Praesul Adalbero scriho 177 ; le plus clair de son indignation vient de son exclusion des affaires, résultat évident de l’envahissement du clergé régulier. Il est de ces pontifes dépouillés, condamnés à suivre la charrue et à cultiver leurs terres 178 ; du moins il ne sait que devenir dans les conditions nouvelles de la vie sociale 179 ; il gémit et s’irrite de se voir obligé de choisir entre les camps ou les champs 18 °. C’est de sa propre infortune qu’il se plaint : il regrette d’avoir perdu sa jeunesse à apprendre ce qui lui est désormais inutile, et à négliger des connaissances qui lui sont nécessaires 181 . Et s’il s’est résolu à composer sa satire, c’est qu’il n’a plus à prendre que le parti de célébrer les Muses, ou de chanter