Ibid., v
MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE
B.— Le roi, VÉglise et l'État dans le poème d'Adalbéron.
Il faut assurément qu’il ait été en relations bien amicales avec le roi Robert, ce prélat qui engage avec lui un dialogue si familier : le ton en est hardi, les allusions audacieuses, la satire amère ; l’évêque traite souvent le roi d’un peu haut, et Robert écoute fort docilement les plaintes d’Adalbéron. Au surplus, l’auteur a une singulière façon de le mettre en scène, et ce n’est pas sans ironie qu’il en fait, au physique, un portrait séduisant. Il est beau et bien fait, ce roi plein de jeunesse 187 ; robuste, agile et fort, il est paré de toutes les qualités physiques, et, en sa pleine maturité, remarquable par sa grâce et sa vigueur 188 . A ces avantages, il joint la noblesse de son origine : sa famille est de sang royal et impérial 189 ; la puissance, Dieu l’a établi sur de riches provinces 190 ; la popularité, le cri de son peuple l’a appelé au trône, et Adalbéron ne le constate pas sans amertume, la foule l’admire et le révère 191 . Des qualités de l’âme, l’évêque ne souflle mot. A peine note-t-on quelques traits : sérieux de naturel, habile à parler 192 , humble et pieux 193 , qui rappellent le souvenir de l’enthousiaste panégyrique d’Helgaud. Quant au personnage du dialogue, l’auteur s’est arrangé de façon à le présenter fort insignifiant, curieux de théologie et de métaphysique 194 , instruit lui-même 195 , mais d’une rare nonchalance. A la fin du dialogue, il paraît convaincu : c’est dans sa bouche qu’Adalbéron place les promesses de réformes et de mesures à prendre : mais pour quand ? lorsque le Tigre arrosera la Calabre, et que les rosiers croîtront sur l’Etna m . Voilà donc un prince qui souscrit à tout, mais manque