Vv. 428 et suiv
LES POÈMES SATIRIQUES d’aDALBÉRON
d’initiative : comme le débonnaire héros de la Vita Rolherti , il lui faut rappeler qu’il est roi, qu’il tient la balance de la justice, et que c’est lui qui gouverne t97 , par la volonté divine qui lui a accordé toutes les faveurs 198 . Il en rend grâces à Dieu 199 , il reste fidèle à la gloire de ses ancêtres 200 justes et vertueux ; il sait fort bien qu’il tient son autorité royale d’une délégation de la Providence 201 : mais, des maux qui désolent son royaume, il ne se soucie guère pour le moment, oublieux du devoir des rois.
Il faut donc lui représenter la vraie situation, l’éclairer sur les transformations de l'ordre politique et social. J’imagine qu’Adalbéron souscrirait à cette définition d’Abbon : « Le ministère du roi exige qu’il prenne une connaissance des affaires du royaume tout entier, pour n’y laisser subsister aucune iniquité » 202 . Or, au regard de l’évêque de Laon, le spectacle est fort triste. Des écrits suspects, des doctrines de mauvais aloi ont établi des traditions nouvelles : ce sont les livres des Crotoniates, qui portent ce titre trompeur : Lex antiquissima 203 . On ne peut plus clairement désigner les Canons d’Abbon, composés à la fin du règne de Hugues Capet. Inspirés des traditions monastiques, les préceptes qu'ils renferment se réclament de l’autorité des lois anciennes : leur substance ? « contraindre la bonne volontépar l’arbitraire 20 ' 1 ». Voilà l’application que l’on fait des textes de loi des anciens conciles ; et, en définitive, la règle qui gouverne l’Église et l’État, c’est le pouvoir absolu qui l’impose. N’est-ce pas le pouvoir central qui est responsable des bouleversements qui désolent la société ?
Dans l’Église d’abord. Les deux ordres séculier et régulier ont été réformés : plus de principe de libre élection ; l’Église ne choisit plus ses ministres : toute latitude est laissée au pouvoir central pour disposer des élections épiscopales. Adalbéron fait une charge à fond contre le système en vigueur. C’est qu’il a connu, et de près, ces évêques que l’on dépouille de leurs biens pour les renvoyer dans leurs diocèses ; il en sait qui, de dépit, ou bon gré mal