Ibid., y
MÉLANGES d’hISTOIKL OU MOYEN-AGE
le problème n’est pas clair pour lui, de l’organisation sociale de la Cité de Dieu m .
C’est sur cette question qu’Adalbéron greffe son développement de la théorie de l’organisation de l’Eglise et de sa place dans l’État : sa doctrine se recommande des sources patrologiques les plus célèbres : il prend lui-même un soin scrupuleux de les indiquer. C’est saint Augustin et son De Civitate Dei 279 ; c’est Denys l’Aréopagite et ses deux précieux livres sur la hiérarchie célesie et sur la hiérarchie ecclésiastique 280 ; c’est enfin Grégoire le Grand, ses homélies, son commentaire sur le livre de Job et sur le prophète Ezéchiel 281 . Il renvoie le roi Robert à ces écrits : ils sont du reste son point de départ dans l’exposé théorique des principes d’organisation de l’Église terrestre.
Les écrits attribués à Denys, ce légendaire premier Père de l’Église, De celesti hierachia et de Ecclesiae hierarchia , ont répandu au moyen âge la croyance à une sorte de mythologie surnaturelle, théorie gnostique du plus pur mysticisme. Le traité xep» TfJ; oipxvta; iepxpyizç s’appliquait à définir la nature des anges et à déterminer l’existence d’un monde surnaturel ; le xept Tfjç èxxXrjffta; Upzpyiaç cherchait à appliquer aux fonctions cléricales de l’Église terrestre les principes gnostiques qui réglaient la hiérarchie céleste. S’il était une tradition ancienne et bien chrétienne, c’est là qu’elle se trouvait. Ce n’est pas sans originalité qu’Adalbéron réduit les principes ainsi transmis à leur expression la plus élémentaire.
Il ne s’attarde pas à interpréter longuement le mythe de la Cité de Dieu. Ses murs, ses pierres, ses portes sont vivantes, vivant l’or qui pave ses rues 282 ; elle est éternelle. Elle est peuplée d’anges et de bienheureux, population innombrable divisée en deux ordres, dont l’un règne, et l’autre vit 288 : l’ensemble constitue le royaume des cieux. L’État terrestre est par principe une création théocratique : il est organisé sur le modèle de la cité divine, à telles enseignes que l’ordre de l’Église a reçu par symbole le nom de royaume des cieux 28i . Deux fois la Divinité a