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ne réussit qu'à se Faliéner, sans même conserver les sympathies du parti patriote prussien. Il tolère la folle bravade de sa femme et gémit sur la rigueur d'une mesure qui en était rinévitable conséquence.
Ses lettres à la princesse, écrites sur la route de Koenigsberg, d'ailleurs touchantes, sont d'un homme désemparé : Mimi était sa boussole !
Et certes, Mimi est une excellente épouse ; mais c'est une nerveuse, une exaltée, une malade : la valeur de ses conseils devait s'en ressentir.
M. d'Ivoy, écuyer du défunt stathouder, et chargé des affaires de la douairière, était très attaché au prince et à la princesse d'Orange, mais les connaissait bien l'un et l'autre, ainsi que le prouve cette curieuse lettre qu'il éérît de Berlin au baron de Heerdt, à Oranienstein, proche Diest sur la Lahne.
« Berlin, 3 féyrier 1807.
Je suis venu à Berlin non par curiosité, mais pour porter au général Glarke une lettre de Mme la princesse douairière d'Orange, inquiète de son fils et de sa belle-fille. J'ai trouvé la princesse d'Orange très changée ; pourtant, on la dit mieux qu'elle n'a été. Je suis tombé de mon haut en apprenant qu'elle était venue à Berlin avec ses deux fils sans permission : tout
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est réparé par la bonté de TEmpereur ; mais cela fait tort à son mari, qui a des ennemis: ils prétendent qu'il est millionnaire, au moins sa mère, la douairière. C'est faux. Le feu prince d'Orange (1) avait quitté la Hollande avec 20.000 livres qui furent perdues dans la faillite d'une banque anglaise en 1796 ou 1797. Ils n'ont que ce que l'Angleterre s'est engagée, par le traité d'Amiens, à leur payer : 60.000 livresà la princesse et 16.000 à la maison. Ils n'ont rien d'autre ; les domaines de Nassau et de Fulde ont été pris par le grand-duc de Berg et le duc de Nassau.
Ceux-là mêmes qui ont poussé le prince d'Orange à aller le premier faire sa cour à Napoléon lui jettent la pierre... Nous n'avons jamais songé à aller en Angleterre. En quittant Brunswick, nous sommes allés à Schwerin ; l'approche de Blucher (2) nous a fait prendre le chemin du Holstein et, quoique S. A. R., en qualité de douairière, n'est pour rien dans les affaires politiques, cela eût contrarié son fils qu'elle partit pour l'Angleterre, et elle n'aurait plus eu de communications avec ses enfants.
On dépense trop; je l'ai écrit au Prince, à Gôslin, très franchement. Arnoldi, qui est ici
(1) Le stathouder Guillaume V, mort en ayril 1806.
(2) Après la déroute d'Iëna, Blucher l'était rejeté yers le nord ; il entra par force dans la yille libre de Lubeck et capitula le 7 noTembre.
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et a eu de ses nouvelles, dit que la pénurie d'argent est à l'ordre du jour; je plains les serviteurs, d'autant qu'ils devaient espérer être payés par Tordre et l'économie établis par le Prince (1).
Je nô puis m'empécher de gémir sur cet état de choses. Il y a six mois, tout le monde était content et heureux : Quel changement ! Vous vous souviendrez de notre dernier séjour à Dillenbourg en juin ; si encore, alors seulement, le Prince avait suivi son propre mouvement et ne s'était pas fait rassurer par ces maudites lettres de Lucchesini, nous n'en serions pas là ! (2)
Ces assurances et avis contradictoires ont été cause que l'Empereur a retiré au Prince son amitié que personne ne méritait autant que lui ; et le Prince recherchait l'amitié de Bonaparte surtout parce qu'il était poussé par l'intérêt indéfinissable qu'inspire la grandeur et la supériorité du génie : sentiment que je conserve, soit que l'objet qui l'a inspiré éprouve
(1) L'excès de dëpenie devait donc être imputé à Mimi. Son mari qui amassa, lorsqu'il fut devenu roi des Pays-Bas, une fortune considérable, a laissé une réputation de parcimonie.
(2) Le marquis de Lucchesini, ministre de Prusse en France, aurait détourné le prince d'Orange d'envoyer quelqu'un de sa part à l'Empereur dans le courant de l'été 1806, tandis qu'à Paris, Lucchesini affectait de s'étonner que le prince n'eût envoyé personne.
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des revers ou qu'on en éprouve de sa part. Espérons que l'Empereur rendra un jour justice au Prince.
On dit le baron de Gagern (1) à Varsovie et qu'il nous veut du bien ; mais je désire que quiconque se môle de ces affaires le fasse franchement et sans s'écarter de la seule politique qui convient aux petits princes. Je n'aime pas voir des princillons se croire des Louis XIV et leurs ministres des Richelieu. Le corbeau aux plumes de paon restait toujours corbeau. » (2)
La douairière et Loulou furent averties par une lettre de Mimi et une lettre du prince d'Orange, incluse dans celle de sa femme, que leur cher Guillaume, conduit, bon gré^ mal gré, aux avant-postes prussiens, allait se trouver de nouveau exposé aux hasards de la guerre.
« A S. A. R. Mme la princesse douairière d'Orange -Nassau, née princesse de Prusse, à Schleswig.
« Berlin, 27 décembre 1806.
Ma chère Mère,
La lettre que mon mari vous écrivit le 22, vous aura déjà informée, ma chère Maman, du
(1) Le baron de Gagern, ministre de la maiion ducale de Nai- •au entrée dam la confédération du Rhin dont Napoléon était Protecteur, avait suivi Talleyrand à Varsovie.
(2) Id., fol. 172.
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malheur que nous avons eu de perdre Pauline.
A7«„- „=;„j— ™» >i«..ieur est impossible; mais ément affligé. Je n'ai pas ànt et j'ai recueilli son luvre petite a beaucoup patience angélique, lors- ; mais, les derniers jours, ipart du temps en délire ; elle était si bonne et si rait le cœur, et si reconl'on lui rendait !
rès que la petite eut cessé )ur Berlin avec mes fils ; pour leur santé, surtout ume; heureusement, ils nais fort tristes, ce que sèment sachant combien , Pour moi, je suis faible, ont souffert de tant de é divine me soutient et me jae je croyais en avoir, enre se succèdent si rapines mois qu'on ne sait lit le plus s'affliger. Voici tari pour vous, ma chère rendra sans doute qu'il a 'eyenwalde pour se rendre i Roi ; le savoir éloigné à
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ce point me désole, et si j'avais pu me douter de ce qui lui est arrivé, je ne l'aurais jamais quitté, ou je serais partie pour le rejoindre, au risque de ma santé ; mais je ne fus informée de la chose que lorsqu'elle était faite ; il ne me reste donc qu'à supporter mon sort avec patience.
Mon mari me charge de vous accuser la réception de vos lettres du 8 ; celles du 15 et du 22 sont en ma possession, mais je n'ai pu les lui faire parvenir, et j'ai pris lecture de celle qui lui était destinée. Mes fils vous présentent leurs respectueux hommages. Veuillez embrasser Loulou bien tendrement de ma part; je lui écrirai par la poste prochaine. Si Marie est encore des vôtres, veuillez lui faire mes tendres compliments et lui dire que je n*ai pas encore reçu sa lettre; cette excellente jeune personne partagera sûrement mon chagrin.
Ma sœur est toute ma consolation ; dans ce moment, les circonstances, ni mon choix, ni ma santé, ne me permettent de recevoir qui que ce soit. Je vous baise les mains, ma chère Maman, et vous supplie de me continuer toujours vos bonnes grâces, et de ne jamais douter du tendre et respectueux attachement avec lequel je suis...
WiLHELMINE. »
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c Frajcntralda, 33 décembre 1806.
En vous anDonçaot hier la perte que nous
avons faite de Pauline, je croyais, ma très chère Mère, être, pour le moment, au terme de ma souffrance, et je me réjouissais que la chère Mîmi fût allée à Berlin avec les enfants pour y jouir de quelque tranquillité et pouvoir soigner sa santé. Effectivement, ces personnes si chères sont heureusement arrivées & leur destination et, d'après ce que Mimi m'écrit, leur santé est assez bonne. Mais cette arrivée m'attire l'ordre foudroyant de passer l'Oder et de mo rendre à l'armée prussienne.
Le général Clarke a envoyé des o£Bciers pou r me conduire vers les avant-postes, et j'ignore le sort que Mimi éprouve, j'ignore si elle restera à Berlin ou me rejoindra, j'ignore les moyens pour pouvoir correspondre avec elle.
Ce coup m'est aussi des plus cruels, et l'idée d'être ainsi éloigné de ma famille, et peut-être longtemps sans avoir de ses nouvelles, me rend entièrement malheureux.
Je regrette aussi, ma très chère Mère, d'être privé de cette manière de vos lettres; du moins, faudra-t-il y renoncer pour quelque temps, et ensuite écrire, ou par des occasions, ou par Koenigsberg et Copenhague. Il m'est imposaible de marquer encore où je me rends : vrai-
semblablement, au quartier général du Roi; mais j'ignore où Sa Majesté ae trouve en ce moment; aussi, ce ne sera qu'à Dantzîg qu'il me sera possible d'avoir des nouvelles sûres à cet égard.
Si, seulement, j'étais avec Mimi! que, du moins, elle fût à portée ou que nous puissions être en correspondance, tout serait supportable;
tandis que maintenant mais je me tais, et
tâcherai de me soumettre, considérant ce nouvel événement comme une nouvelle épreuve que le ciel m'envoie.
Veuillez, ma très chère Mère, faire mille amitiés à ma sœur et lui communiquer celle-ci (cette lettre). Âgréezles assurances du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être...
G. F. prince d'Orange. » (1)
La lettre du prince (22 décembre) annonçant le décès de Pauline, était arrivée en moins d'une semaine — les mauvaises nouvelles vont toujours vite — à Schleswig; mais ce ne fut que le 13 janvier que la réponse de Loulou parvint à sa belle-sœur, à Berlin.
\l)U., fol. io«.