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« 13 janvier 1807.
J'ai reçu ce matin ta lettre du 29 décembre, ma Loulou. Ah ! je ne doutais pas de la part que tu prendrais à mon malheur; je connais ton cœur et l'amitié que tu me portes, et j'étais très sûre que tu pleurerais ma Pauline (1). Cette perte ne peut s'oublier si vite et mon chagrin durera longtemps ; mais le Ciel me donne des forces pour supporter mes peines ; ma santé se remet , celle des enfants est bonne ; je suis tranquillement ici, c'est tout ce que je peux désirer dans le moment présent.
Ton frère était bien le 3 ; j'ai eu de ses nouvelles ce jour-là, de Côslin (2). Me trouver séparée de lui dans ce moment est bien dur; mais il faut subir son sort; l'Empereur permettra peut-être qu'il revienne quand il saura combien il a été exact à la parole qu'il avait donnée comme prisonnier de guerre.
Dans cet instant, je reçois une lettre de Marianne, du 20 décembre : comment elle est arrivée, je l'ignore. Elle est bien malheureuse delà perte d'Annette. Sa douleur a rouvert toutes n^es plaies ; elle ignorait alors mon
(1) La lettre de Loulou du 29 décembre ne figure pas au rapport des postes. Elle dut être envoyée par une occasion particulière, et détournée, car elle serait arrivée bien plus promptement par la poste.
(2) Gdslin est près de la Baltique, au nord de la Poméranie. >
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malheur, qui n'eut lieu que quelques jours plus tard. Ah ! Loulou, le moindre souvenir me fait perdre tout mon courage ; quand je me croyais bien forte, une bagatelle me fait sentir toute ma faiblesse et fait couler mes larmes. Chère Pauline ! Elle est heureuse, je sens que j'ai tort de la pleurer, mais je ne puis m'en empâcher. Augusta me témoigne une amitié bien tendre ; ses enfants me font société ; Caroline surtout m'est chère ; son âge et sa taille me rappellent ma Pauline ; en la serrant dans mes bras, je tâéhe quelquefois de me faire illusion (1).
Mille et mille tendresses à Marie ; j'étais sûre de la part qu'elle prenait à mes douleurs. Elle est un ange et je l'aime bien du fond du cœur. Dis-lui que sa lettre m'est parvenue ; dès que j'aurai un peu plus de courage, je lui écrirai. Embrasse-la tendrement, oui, bien tendrement de ma part. Augusta te fait ses amitiés. J'ai reçu aujourd'hui la permission d'oser rester à Berlin (2); j'en bénis le Ciel; l'idée de recommencer ma vie errante était un supplice pour moi. Adieu, ma Loulou, aime-moi toujours, et
(1) La princesse électorale de Hesse avait trois enfants. Caroline, née en 1799 avait quelques mois de plus que Pauline; après Caroline, venaient un fils et une fille nés en 1802 et 1804.
(3) L'empereur avait approuvé les décisions du général Clarke, et transformé la permission provisoire de résider à Berlin en autorisation définitive.
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surtout ne doute jamais de la tendre amitié de ta Mimi. »
Voici la lettre du prince d'Orange que Mimi annonçait avoir reçue.
« A. S. A. R. Mme la princesse d'Orange-Nassau, née princesse de Prusse, à Berlin (1).
Ooslin, 3 janvier 1807.
Depuis quelques jours je me trouve ici, ma très chère Mimi, et j'y suis par continuation (2) dans l'espoir de recevoir de ta part un signe de vie et une direction, n'ayant pas encore eu le bonheur d'obtenir la plus petite nouvelle de ta part. Je crains, par conséquent, ma chère bonne amie, que tu n'aies pas trouvé encore de moyens de correspondre et m'en afQigetrès sincèrement puisque, dans ma position actuelle^ je désire, au*dessus de toutes choses, avoir la certitude que tu es bien portante ainsi que les chers enfants, et connaître tes projets pour me régler en conséquence.
Au risque que celle-ci se perde ou ne te par-
(1) Sauf le mot : doaairière, la suscription eit la même poar la belle-fille que pour la belle-mère, toutes deux étant nées princeises de Prune. ■
(2) Expression particulière au prince d'Orange. — Le mot direction semble être pris au sens d'adresse, qu'il a en anglais.
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vienne points je t'écris pour te donner, autant qu'il ^st en moi, signe de vie, et te marquer que ma santé est, grâce à Dieu, bonne; mais, du reste, je sens tout le vide de ma situation et ne peux pas songer au parti qu'il faudra prendre dans la suite. Mon séjour se prolongera encore ici où je reste jusqu'à ce que j'aie perdu tout espoir d'avoir de tes lettres. Demain, j'écris au Roi pour lui annoncer mon arrivée ici, et lui marquer la manière dont j'ai dû voyager; également, je lui communiquerai la perte que nous avons faite de la très chère Pauline. J'aurais bien désiré le tranquilliser sur ton sort; mais, puisque moi-même je dois rester dans de cruelles inquiétudes, je ne puis que ne pas augmenter celles des autres.
Embrasse bien tendrement Guillaume et Fritz de ma part ; bénis ces chers enfants en mon nom. Ah ! puissé-je le faire bientôt en personne et me trouver de nouveau réuni avec toi, de manière à ne plus nous séparer. Bien des compliments à la famille, particulièrement à ta sœur, également aux dames et messieurs.
Adieu, ma très chère et très bonne Mimi; agréez mes vœux pour la nouvelle année. Que l'année 7 dédommage des maux de l'année 6, et puisses-tu être aussi heureuse que tu le mérites à tous égards. Conserve-moi les
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sentiments que je me fais gloire de posséder et sois assurée, ma bien chère Mimi, que toute ma vie, l'attachement le plus inviolable t'était assuré, que celui-ci est encore augmenté, s'il est possible, par nos souffrances, et que le sentiment d'avoir essuyé une perte égale et commune a fait une bien profonde impression sur moi. Encore une fois, adieu, que le boa Dieu te bénisse et te conserve.
Guillaume-Frédéric. » (1)
La lettre de la princesse Marianne, datée du 20 décembre 1806, adressée à sa belle-sceur Mimi et « arrivée je ne sais comment », dit celleci, a, sans doute, échappé à la surveillance des agents, car elle ne figure pas dans les rapports des postes ; une autre lettre de la princesse Marianne, écrite six jours plus tard à son autre belle-sœur, Âugusta, princesse électorale de Hesse, est insérée dans le rapport du 13 janvier. C'est ce jour-là même que Mimi avait
(IJ ld.,Iol. 1t2etl4ï.
reçu la sienne, celle que nous ne connaissons pas; mais nous pouvons bien supposer que Marianne avait pour ses deux belles-sœurs une égale affection puisque, de sa douleur, elle fait part égale à l'une et à l'autre.
La princesse Marianne, fille du landgrave de Hesse-Hombourg, avait épousé, le 12 janvier 1804, le plus jeune des frères du Roi, le prince Guillaume. Le 4 juillet 1805, il leur était né une (ïlle : Anuette ; une autre naquit à Koenigsberg, unmois après léna. Les deux enfants moururent à la fin de novembre 1806. M. de Binder, diplomate autrichien en résidence à Berlin, dans une lettre qu'il écrivit le 10 décembre au comte Stadion, ministre d'Etat de Tempereur d'Autriche, lui annonce que « la pauvre princesse Guillaumede Prusse, accouchée depuis son départ de Berlin, a eu le malheur de perdre ses deux enfants presque à la fois. Cette perte est d'autant plus cruelle, ajoute-t-il, qu'elle et son époux ne trouvaient de bonheur que dans l'intérieur de leur famille, u
Remercions l'employé des postes qui a pris consciencieusement copie de la lettre de Marianne à la princesse électorale de Hesse, car on n'en peut guère imaginer de plus belle.
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c Koenigiberg, 26 décembre 1806.
Ma chère Augusta,
Quelle séparation ! et comment nous reverrons-nous? Tu auras bien appris de mes nouvelles par d^autres. Hélas ! que ces temps sont tristes pour ton Annette ! (1) Les chers enfants ! la terre les couvre tous les deux ! Je les aimais si tendrement ! Que ne voyais-je déjà à ma fille ? Elle m'était une si douce consolation quand Guillaume n'était pas avec moi et que je parlais de lui ayec cet ange qui aimait tant son père. Tu aurais dû voir ses caresses quand elle le revoyait : oh! je n'oublieraijamais ces moments ! Et sa tendresse pour cette petite sœur ; comme elle lui portait tout ce qui lui était le plus cher pour lui faire plaisir et comme elle la couvrait de ses baisers ! Hélas ! et cette reconnaissance envers moi ! elle baisait ma couverte quand elle ne pouvait trouver mes mains. Comme elle était douce et aimable ! Je ne vivais, je n'agissais qu'en pensant à mes enfants ; j'étais si fière lorsque je pouvais dire : mes enfants.
Me voilà sans but et sans destination, et mère sans enfants ; ma chère sœur, c'est un sort bien triste. Ne pense pas que je veux me plaindre ouque je ne m'y attendais pas. Je savais
(1) On yoit par là que la princesse Marianne s'appelait aussi Annette dans l'intimité, comme l'aînée de ses filles.
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depuis longtemps qu'un tel bonheur ne pouvait pas durer. De quel prix eût' été le Ciel pour moi si j'avais continuée jouir de ces plaisirs sur la terre ? Il y a longtemps que je tremblais de ce changement : depuis vingt et un ans le bonheur m'accompagnait sans interruption et ne faisait qu'augmenter. Le parfait a fini, j'ai perdu le charme de ma vie ; mais je suis encore heureuse. ' E!cris-moi bientôt, ma chère Augusta, comment tu te portes et tes enfants. Ah ! tu en seras bien heureuse ! Que le bon Dieu te bénisse !
Je te prie, si Léopold se trouve encore à Berlin (car je n'entends rien de lui), d'avoir un peu de soin de lui pour qu'il ne se perde pas. Invite-le quelquefois à dîner et dis-lui quelque chose de ma part. Je voudrais qu'il prit mon piano, car il n'en a pas et il l'aime tant. » (1)
Le prince d'Orange qui trouvait fort dur qu'un prisonnier sur parole fût contraint par le vainqueur d'aller reprendre du service auprès du vaincu, s'était flatté d'esquiver l'ordre impérial en gagnant Schlesv^ig par Copenhague. Mais le 30 janvier 1807, de Dantzig, il écrit à sa femme
(1) Id., fol. 142. — N'est-ce point par erreur que le rapport des postes donne cette lettre comme traduite et non copiée ? — Le landgraye de Hesse-Hombourg avait onze enfants. Marianne, née en 1785, et Léopold, né en 1787, étaient les plus jeunes. Léopold, alors âgé de 19 ans, était au service danois ; c'est pourquoi il avait pu rester à Berlin.
Éàê^^
pour lui dire que ce voyage n'aura plus lieu.
« LeB vents contraires m'ont arrêté et
aussi de nouvelles circonstances. Fais savoir à Amoldi, s'il est auprès de toi ou s'il a gagné Schleswig, qu'il me trouvera à Dantzig, ou bien, ilysauraoù je suisallé. Les nouvelles deMémel sont bonnes. Le Roi a témoigné prendre beaucoup de part à la perte que nous avons faite et à tout ce qui te regarde. La princesse Radziwill, qui était restée à Koenigsberg (1), m'a écrit pour avoir de tes nouvelles. Quant à ce qui se passe de nos c6tés, je m'abstiens de t'en entretenir ; nous-mêmes ne savons que des nouvelles tardives, et, d'ailleurs, la prudence dicte le silence. Depuis quelques jours, le général Victor est à Dantzig; j'ignore s'il y restera, si on l'enverra à Koenigsberg ou s'il sera incessamment échangé (2).
Embrasse bien tendrement les chers enfants de ma part, et fais mes hommages et compliments & la ronde, et particulièrement à ta sœur et aux dames et messieurs. Je désire infiniment
(1) La prineeise BadEiwill, maigri m tipagnaant à l'éloigfneT encore davantage de Berlin, où se Croavalent ses parents, le prince et U princesse Ferdinand, ne tarda pas b rejoindre la eonr de Prusie ft Hdmel.
(2) Victor, inipeetant les travaux dei liigei de Colberg et de Dantzig-, avait éié surpris par nn dftachament ennemi. L'Empereur la fit bientôt échanger contre dea officiers pmtueni pri-
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que tu puisses trouver moyen de me faire passer de tes nouvelles; je regrettede ne pouvoir maintes fois discuter avec toi, et d'être obligé de me décider d'après mes seules lumières.
Adieu, très chère et bonne Mimi, dans l'éloignement comme près de toi, je suis toujours ton meilleur et dévoué ami et mari.
G.-F, prince d'Orange. » (1)
Supposer que la douairière d'Orange et sa fille Loulou avaient pu concevoir quelque irritation contre Mimi dont la fugue inconsidérée avait eu de si fâcheuses conséquences, serait mal connaître leur cœur. Voici lalettrequela douairière, bien en peine pourtant de son fils, écrivit à sa belle-fille le 2 février 1807 :
« Votre lettre du 16 janvier, ma chère Mimi, est ladernière que j'ai reçue de vous; mais, par celle d'Augusta à Loulou, j'ai été rassurée sur votre santé. La dernière poste ne nous a rien apporté de Berlin et, comme vous pourrez bien le croire,
(1) Id., fol. 173.
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je n'ai rien reçu non plus de mon fils, la correspondance étant interrompue du côté où il se trouve. 11 ne nous reste qu'à prendre patience et à prier Dieu pour lui.
Dans une telle ignorance des personnes qui nous intéressent, je ne saurais vous rendre ma lettre intéressante, ma chère Mimi, n'ayant avec cela, ni réponse à vous fair«, ni nouvelle à vous mander; aussi, aurais-je été tentée de passer cette poste sous silence, si Loulou ne vous avait marqué que nous vous écrirons alternativement, et cela me faisait craindre que vous auriez la bonté de vous inquiéter de ma santé, si vous ne receviez quelques lignes de ma main qui vous assurent que nous nous portons tous bien, comme je puis vous le certifier, ma très chère fille.
Nous avons été occupés ici à fêter les jours de naissance de la famille de Danemark : pas moins de trois, qui se sont suivis directement et, malgré nos deuils, on a voulu que nous y assistions, ma fille et moi (1).
(1) L'électeur de Hesse, père du mari d'Augusta, retiré pour le moment aux environs de Schleswig*, avait épousé une fille du feu roi de Danemark, Frédéric V. L'un de ses frères, le landgrave Charles de Hesse, avait épousé une autre fille de Frédéric V ; il résidait à Schleswig', étant gouverneur des duchés danois de Schleswig et de Holstein. La douairière avait perdu son mari, Tex-stathouder Guillaume V, en avril 1806, et Loulou n'était veuve que depuis trois mois.
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Aujourd'hui, la foire de Schleswig commence . ce qui animera la ville ; mais vous pensez bien que je ne la fréquenterai pas, car il me convient moins à présent que jamais, de faire d'autres dépenses que celles du strict nécessaire. La bonne Loulou vous fait mille amitiés. J'embrasse vos chers fils et la bonne Augusta en vous assurant, ma toute chère Mimi, du constant et tendre attachement avec lequel je suis pour la vie, ma très chère fille, votre très dévouée mère.
P. -S. — J'attends tous les jours le retour de^ M. d'Yvoy, n'ayant reçu aucune nouvelle [de lui] ces dernières postes. M. de Heerdt est venu nous voir. » (1)
La lettre de la douairière à Mimi est du 2 février; le 5, Loulou adressa cette délicieuse épltre à sa belle-sœur :
« Ta lettre du 31 janvier me parvint hier, angesse, et je t'en rends grâces. Je suis contente maintenant de l'exactitude et de la promptitude de notre correspondance. Que n'en puis-je dire autant de celle avec Guillaume! mais elle cloche toujours, et nous restons dans la même ignorance à son égard qu'il l'est sûrement au nôtre ;
;i) Id., fol. 171. On a déjà tu par une lettra da H. d'Yvo; à H. de Beerdtqus la douairière d'Orange aTait entojé M.dTTOj, ■on écujer, au général Clarke.
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mais, pour lui, c'est bien plus dur et inquiétant, tandis qu'au moins ses lettres du 3 janvier nous sont parvenues sans obstacle ; mais il n'en a pas de toi depuis qu'il t'a dit adieu, et il a à trembler pour ta santé. Des bruits vagues qui nous sont parvenus le disent à Dant7ig;mais nous n'en avons pas la certitude et nous l'attendons avec impatience.
Maman t'embrasse, ma Mimi, et écrit à Augusta. Elle ne répond pas à Yvoy dont elle reçut hier la lettre du 28 puisqu'elle se flatte toujours de le revoir bientôt. Simon (M. de Heerdt) est venu, en attendant, augmenter notre petit cercle qui se met à tes pieds. Marie te presse contre son cœur. Elle attend son sposo dans quelques jours (1). Je suis enchantée de tout ce qui. prolonge son séjour auprès de nous; c'est, comme tu le dis, un vrai ange, et il est difficile d'être, plus jeune, douée de plus de sensibilité, d'instruction et de caractère. Elle nous témoigne en toute occasion un intérêt et une amitié dont nous sommes bien touchées.
J'ai eu des nouvelles très anciennes de Louise (2), d'environ six semaines. Elle parle de toi, mon ange adorable, comme tu le mérites
(1) Marie-Paulowna dont Tépouz, prince héréditaire de Saze- Weimar était en Toyage. Voir la note de la page 57.
(2) La princeise Radziwill.
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et avec la plus vive tendresse. Elle me rassure sur la santé de Marianne dont la douceur et la résignation dans son malheur d'avoir perdu ses choux est exemplaire. Quel affreux malheur que celui de Leyde (1), cela fait frémir !
Adieu, chouette agréable, je donne Taccolade à tes garçons, saluant du reste tout ce qui t'entoure. Comment peux-tu me parler de remerciments et de reconnaissance? Ne connais-tu plus le cœur de ta Loulou, et ne sais-tu pas qu'il t'est dévoué à tout jamais, et que tout ce qui est à moi est à toi, étant trop heureuse de pouvoir te prouver par toutes mes actions combien je te chéris à toute éternité. » (2)
Elle avait toute les attentions et toutes les délicatesses, cette admirable Loulou. Qu'on en
« Schleswig, 2 mars 1807.
Ma chère Augusta,
Marie m'a dit qu'elle m'enverrait un motpour vous ce matin en réponse à celui que jexlui ai remis de votre part ; je l'attends pour fermer
(l)Le 12 janyier 1807, la yille de L«yde en Hollande avait été en partie détruite par l'explosion d'un bateau chargé de 250 barils de poudre qui passait dans un des canaux. Le nombre des vietimes futévalué à un millier. Cette catastrophe devait particulièrement a£Pecter la famille d'Orange.
(2) Id., fol. 173.
^rv-
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ma lettre. Votre oncle (1) est malade depuis quinze jours de rhumatisme et de goutte, ce qui est cause qu'il n'y a rien à faire au château, et nous vivons très solitairement. Nous ne sortons que pour nous promener et faire visite à Marie, qui est pour nous d'une bonté et d'un amical vraiment angéliques.
Votre beau-papa viendra ici demain en visite(2). Je crois que ni lui ni sa société ne se plaisent beaucoup où ils sont; on prétend qu'ils vont s'éloigner encore plus de nous. Votre mari se porte bien. 11 y a spectacle trois fois par semaine : c'est une grande ressource pour les hommes, et le samedi, concert public qui, tous les quinze jours, se prolonge en bal. Le plaisir ne manque pas ; mais j'en suis tellement déshabituée que je ne conçois plus comment on peut le goûter.
J'ai fait dire à Schrôder d'envoyer à Mimi une copie de Texcellent portrait qu'il a fait de Pauline dont je veux lui faire hommage, et je crains qu'il (3) ne soit justement arrivé hier. Gela m'în-
(1) Le landgrave Charles de Hesse, gouverneur des duchés de Schleswig et de Holstein, qui habitait le château de la yiUe de Schleswig.
(2) L*Electeur de Hesse qui, chassé de son pays, avait prisdoim-'cile aux environs de Schleswig.
(3) Loulou dit «il » pour « elle», ayant en tête le portrait plu> tôt que la copie. Le portrait lui-môme, pour un motif qui nous échappe, n'était évidemment pas en possession du prince et delà princesse d'Orange. ^
h .,... .i^^lÊà.
quiète; mais j'espère que ceux auxquels je l'ai lait recommander auront usé de précautions et ne le remettront que dans un bon moment. S'il n'était pas encore arrivé, ne lui en parlez pas, mon ange, et seulement, ayez l'extrême bonté ■l'en conférer avec Mme de Muncbk sur l'instant propice pour le lui offrir. Je désire qu'il lui procure une mélancolique satisfaction, qui ne peut que devenir plus vive avec te temps; mais le premier coup d'œil, peut-être, lui sera pénible ; c'est pourquoi il faut la préparer. Je sais que, pour moi, c'est une véritable consolation de contempler les traits chéris de ceux qui ne sont plus, et que, plus le portrait est ressemblant, et plus il me cause de satisfaction. Adieu, belle et bonne, je vous embrasse de tout mon i:œur et vous aime de même. » (1)
Sur cette lettre, nous quitterons la famille d'Orange, si unie, et, par ses vertus privées, si sympathique. La douairière, qui ne vit ^ue pour ses enfants; le prince, indécis dans sa vie publique comme un homme qui, étant hors de son pays, ne se trouve d'aplomb nulle part; l'impulsive Mimi dont te patriotisme s'est un peuémoussé dans les voyages inconfortables et les déménagements forcés. Loulou enfin, qui
(1)Id., foUD213.
mérite peut-être plus que sa belle-sœur d'être appelée angesse,
Louise d'Orange-Nassau, née en 1770, avait été mariée en 1790 au prince héréditaire de Brunswick, l'atné des quatre fils du duc Ferdinand de Brunswick, feld-maréchal au service de Prusse, trop connu chez nous par l'insolent manifeste de 1792 qu'il rédigea • — ou seulement endossa, disent quelques-uns — et dont la carrière militaire se termina à Aueratadt et la vie à Altona, trois semaines plus tard.
La pauvre Loulou avait fait un triste mariage. Son époux était affligé, dès l'enfance, d'infirmités incurables ; il mourut quelques jours avant la bataille d'Iéna. Les deux frères qui le suivaient n'étaient pas plus solides: le vieux duc qui n'en attendait pas d'héritiers, non plus qu'il n'en avait espéré de l'alné, eut tout juste le temps, avant de mourir, en suite de la blessure qu'il reçut à Âuerstadt, d'instituer pour son successeur son quatrième fils (1).
Veuve, Loulou devint la princesse douairière de Brunswick-Lunebourg. Il est à remarquer que Loulou, dont le cœur était si fidèle et si tendre, ne fait pas une seule fois allusion à une
(l|Geliii-là n> fut pas aonmis au traitement ■ ï la Spartiate ■ appliqué à les frèrei dès lenr Daiaiance: iU eTaientAtj ploDgéa dani on bain d'eau froide, canse préinmde de leur débilité, dont l'hjgiine >partl«t« n'eit certainement pai leule reipontable.
union qui avait duré seize ans, ni à la mort, si récente, de son mari. Elle parle — et à peine, car Loulou ne s'attendrit à fond que sur les autres — d'une façon générale de ses malheurs, et cela peut s'entendre de sa vie d'épouse aussi bien que de son veuvage prématuré.
Pour toute autre que Loulou, le spectacle d'un si rare concours de félicités domestiques eût été un surcroît de disgrâces : tous les ménages étaient bénis dans cette famille royale de Prusse ; car, même Marianne, la princesse Guillaume, mère éprouvée, était une heureuse épouse. Et que dire de l'oncle et de la tante Ferdinand, ces amoureux septuagénaires, qui trouvaient dans leur tendresse conjugale le moyen de souffrir avec calme et d'espérer avec patience 7
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La première lettre que les vieux parents avaient reçue de leur fils Auguste, arrêté, comme l'on sait, le 24 décembre et dirigé sur la France, était écrite des environs d'Erfurt. Le jeune prince se louait beaucoup des officiers qui raccompagnaient, et paraissaitn'étre pas mécontent de son voyage depuis que sa société et sa suite ordinaire l'avaient rejoint. Installé à Nancy, il écrivit avec détails le 15 janvier; signalons cette attention délicate : c'est le nom de sa mère, S. A. R. Mme la princesse Ferdinand de Prusse, qu'il mit sur le paquet.
« Depuis le 27 décembre, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mes chers parents ; mais je me flatte que les difficultés pour les communications en sont seules la cause. On me témoigne ici beaucoup de politesse. J'ai fait la connaissance de plusieurs personnes aimables chez lesquelles je pourrai passer mes soirées.
Hier, j'ai été à un grand bal où il y avait cinq à six cents personnes; on danse, en général, fort bien, et il y a des femmes qui dansent avec
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plus de grâce que nos premières danseuses de rOpéra. Je crois que je me plairai mieux ici que je ne l'avais cru d'abord.
J'ose vous réitérer ma prière, mes chers parents, de faire une collecte pour les prisonniers prussiens qui se trouvent en France, et je suis bien persuadé que vous y contribuerez avec toute la générosité que vous avez toujours pour les malheureux. Comme je n'ai pas encore reçu un sou de Berlin, il m'est impossible de faire beaucouppour eux. D'ailleurs, tout est fort cher ici, excepté le vin, et je serai obligé d'augmenter les gages de mes gens parce qu'ils ne peuvent pas suffire.
Clause witz n'est point encore arrivé. Nous n'apprenons ici d'autres nouvelles que par les gazettes françaises ; de Berlin, je n'ai eu que votre lettre du 27 décembre. Si vous pouviez contribuer à me faire obtenir la permission de faire incognito un voyage à Paris, j'en serais très charmé, parce qu'à la paix cela ne pourrait 'guère se faire ; il serait bien dommage d'être si près d'une ville aussi intéressante sans la voir.
Daignez, mes chers parents...
Votre dévoué fils, Auguste. »(1)
(1) Id.yfol. 151-152. -» Clansewitz, aide de camp du prince Augoste, ayait été fait prisonnier arec lui à Prentzlow. — Les ou- ▼rag^s militaires qu'il écrivit dans la suite lui ont acquis une grande réputation.
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Cette missive arriva à Berlin le 26 janvier.
La veille, la princesse Ferdinand avait commencé pour « son brave garçon » une lettre pleine de conseils très sensés et de recommandations oiseuses, mais bien maternelles.
a A S. A. R. Mgr le prince Auguste da Prusse à Nancy.
Berlin, 2S janTiar 1807.
J'attends de vos nouvelles avec une inipatience qui égale ma tendresse pour vous. Votre pèreafait connaissance de messieurs français qui ne sont ici que depuis quatre jours; ils sont honnêtes et boas, et la justice qu'ils rendent k votre honneur et caractère m'a portée à la plus sincère reconnaissance, et je serai empressée à leur faire politesse. Ils ont une conversation intéressante et le capitaine Lefèvre est instruit ; ils prouvent une grande sensibilité d'âme. Ils nous ont dit que vous aviez écrit au général Clarke pour obtenir l'agrément de ' l'Empereur d'aller à Paris ; je vous conjure de différer de le faire jusqu'à ce que l'espérance de la paix se réalise ; avec l'agrément du général Clarke, je vous en avertirai aussitôt, par estafette. Si vous le faisiez avant, vous perdriez cruellement dans Testime, dans l'opinion
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du public, de la famille ; vous seriez taxé de légèreté, d'insensibilité, de manque d'attachement pour votre famille, votre patrie. Je ne pourrais vous faire ni vous donner une idée claire des torts que tout cela vous ferait, tandis que si les négociations se renouent et amènent à la paix, avant la publication et l'échange, personne ne peut trouver à redire que vou3 alliez à Paris dans le plus grand incognito.
Je ne suis pas contraire à ce voyage ; je le trouve naturel et permis, et que j'en ferais de même ; mais il s'agit du moment. En outre, je vous conjure de ne pas le faire avec le comte de Tauenzien : déjà, cela augmenterait vos dépenses; puis, il est si dérangé, que cela tomberait à votre charge, et pour une infinité d'autres raisons que je ne puis confier à la plume, trop connues, et sur lesquelles je ne puis m'expliquer (1).
J'ai reçu des nouvelles d'hasard de Louise :
elle se portait bien avec tout ce qui l'entoure et vous fait mille amitiés; elle a appris votre départ sans en savoir les circonstances et se flatte que j'ai la consolation d'avoir des nouvelles de
(1) Le comte de Tauenzien, général major, avait eu le même sort que le prince Auguste. D'abord prisonnier sur paroJe, il fut ensuite enyojé en France. A la Teille d'Eylau, on croyait encore à la paix, en France comme en Prusse.
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mon brave garçon. Nous avons entendu un beau sermon que M. Molière nous a tenu (1).
On parle paix; on assure que Lucchesini et Zastrow se trouvent chez rEmpereur(2). Vos deux cousines (Mimi et Augusta) vous font mille amitiés; Fainée jouit de la consolation d'être tranquille ici, mais sa santé n'est pas bien*
J'ai fait écrire à Léo qu'il vous fasse faire une couverte de peau; en la prenant avec vous, vous ne risquerez rien (3), car, malgré que les matelas soient mieux travaillés que chez nous, c'est toujours risquant de se coucher dessus dans des auberges. Je payerai cette couverte avec plaisir, car vous pouvez être empesté.
Votre malheureux voyage est allé si vite qu'à peine on avait la faculté de penser au nécessaire. Vous pourriez devenir étique et prendre de mauvaises maladies, tandis qu'avec cette couverte vous ne risquerez jamais rien. »
La princesse revient à satiété sur cette couverte ; la réception de la lettre de son fils lui changea heureusement les idées.
(1) Pasteur qui avait fait Téducation des deux fils du prince Ferdinand. — Il descendait d'une famille française.
(2) Les négociations étaient rompues depuis long^mps.
(3) La princesse songe au voyage de Nancy à Paris, en cas que la paix se fasse. Léo était le valet de chambre de confiance qui avait accompagné le prince Auguste.
( Lundi iS j«iiti«r.
Majoiea été sanségale. Votre père a reçu votre lettre du 15. Nous sommes bien heureux que vous vous portez bien et êtes content des politesses qu'on vous fait. Je désire que Clausewitz vous ait joint, et aussi pour votre économie (1), car Uhden est un bon garçon, mais pour l'économie, il a été dans l'école ducher Louis (2), ■il ne s'y connaît point. Einiveaig windig (unpeu évaporé), ne lui confiez ni lettre, ni cachet j ces ■ sortes de choses ne doivent être confiées à personne.
Une femme qui est venue de Leipsig (3) a dit qu'elle vous avait vu — j'en M^urai le nom — et qu'elle avait été tendrement embrassée de vous : cela est-il vrai ?
Il ne nous est pas possible de faire des collectes pour nos ofBciers; nous sommes trop à l'étroit; votre père perd trop ; il doit songer à ses enfants, à vous surtout, qu'il aime tant; vos lettres de crédit doivent vous être parvenues en ce moment. Je vous écris deux fois par
(1) ClaDaevritz devait peat-£tre foire mjnage aiei le prince et Teiller Bur la dëpenae.
(2) La prince Loais, frire aîné d'Auguata, taé k Saalfeld la 10 octobra 1S06. — Il dilpaiisait d'une faton aitraTagante. — Uhden avait ëtj attaché à sa penonne avant que de patser auservice da ■ontrtre; UhdeD était un subalterne; cependant, il avait avancé une grosse aoiniDe au prince Lonis, que les parent! n'étaient pas
(3) Angusta avait trareraé Leipsjg en ■« rendante Nane;.
maine ; j'en suis à mon 12* □uméro. Ne dansez ~ ' valsez trop ; un milieu est bon. Molière et qui ont dtné avec nous me chargent dé respects. J'espère que tous mettez des , et pas des escarpins, afin de ne pas prenis rhumes et vous rendre malade, ès-demain, ilyauracinq semaines de notre tion ; du moins, vous sachant arrivé, je ids du sommeil ; car, vous sachant seul c votre chasseur, j'étais inquiète, quoihden soit bon enfant, mais un peu tvine vous enverrai quatre francs d'or pour iner en présent (1). Il m'est impossible de ^er les avances qu'il a faîtes pour Louis, l'est pas le seul; avec le temps, je le payene paye plus rien pour Louis : j'en suis [uarante et un mille écus ; cela ne m'est jssible, quelque peine que cela me fasse sa mémoire. Je vous chéris jusqu'à la
Louise. » (2)
opiste, auquel la princesse Ferdinand donen de l'ouvrage avec ses deux lettres par le, a écrit au bas de la dernière feuille :
eit-oa qas la priacsMa Ferdioand aotand par qnatM franc* -San* doDie quatre louli.
, fol. IBS.
a Toutes les lettres de Mme la princesse Ferdinand sont de la longueur de celle-ci, et toujours du même ton. Le prince Ferdinand et M. Molière disent ordinairement les mêmes, choses en peu de mots. »
(Rapport det poitw da 27 janTier 1807.)
Les lettres du prince Ferdinand ne sont guère plus courtes que celles de sa femme ; mais elles sont plus intéressantes et beaucoup mieux écrites. La bonne princesse apparaît comme une personne d'intelligence moyenne et de faible culture intellectuelle. Le prince Ferdinand a l'esprit très ouvert, s'occupe de toutes sortes de choses et en parle bien.
Le 7 février, il répond à deux lettres reçues dé Nancy.
a A Mgr le prince Auguste de Prusse, lieutenant-colonel et commandant d'un bataillon de grenadiers au service de.Prusse, à Nancy.
Berlin, 7 HvTier 1807.
Vos lettres, mon cher et brave Auguste, du 22 et du 24 janvier nous sont parvenues ; j'ai lu avec un contentement accompli le récit que vous faites d'un plaidoyer auquel vous avez assisté au tribunal souverain du département de la Meurthe. La cause qui a été jugée parait du
^S APRÈS lÉNA
plus grand intérêt ; le jugement que vous portez sur la manière dont, en France, se traitent les affaires criminelles et les procès civils fait hon-> neur à votre pénétration. Bien des gens de loi sont de votre sentiment que, pour les parties en litige, il vaut mieux traiter les affaires par écrit que de bouche, vu qu'un avocat, doué d'esprit et d'éloquence, trouve moyen de tourner à l'avantage de son client un procès qui serait perdu, s'il n'avait des armes que son éloquence lui donne sur celui de la partie adverse, qui n'est pas doué des mêmes moyens. Quant à ce que vous dites des jurés, c'est un usage que les Français ont imité des Anglais qui, avant la Révolution, n'était pas connu. On lui trouve le défaut que peu de jurés ont une connaissance exacte des lois et que leur jugement ne porte que sur ce que le bon sens leur dicte.
Vous m'apprenez que S. M. Flmpératrice- Reinë passera le ISjanvier par Nancy : mandez moi si vous vous êtes fait présenter, par qui, sur quoi a roulé la conversation, comment vous avez ^té habillé (1) et si vous avez eu occasion de faire <;onnaissance avec les dames de S. M. I. et R. — Je crois que votre mère vous aura fait la même demande.
Il vous sera connu que dans les villes où les
(1) C'est-à-dire en uniforme ou non.
banquiers n'ont aucun commerce, pas de lettres de change ; c'est le frères Schickler, qui n'ont en Fr villes de Strasbourget Pari8,etcoi] nière est beaucoup plus éloignée Strasbourg, vous jugez bien que ci au lieu d'accélérer l'arrivée de l'a soin que vous le receviez exactei mencement du mois. Je suis fâch< que si vous faites des dettes, voue d'eDpayerles intérêts; àla suite des auxquelles mes terres sont imposa d'une partie de mes revenus, je n' menter le dérangement dans leq me plonge.
Si la lettre que vous avez reçu général Dejeanqui.pendant l'abse de Neucbâtel, fait les fonctions d la guerre, ne renferme quel'invît rendre à Paris, les raisons que ^ d'attendre des temps plus tranqu treprendre ce voyage font bon jugement (1). Mais, si le général c'est par ordre de l'Empereur et que vous alliez à Paris.votre qualité de guerre exige de vous y confori ce cas, faites en sorte de gardei
|1) at ans coasaili de aa laiit.
iOO APRi^ léRA
cognito et ne vous y arrêtez que quinze jours. La prudence de votre conduite dans les circonstances épineuses dans lesquelles vous êtes, vous comblera d'éloges.
J'ignore d'où vient que mes lettres parviennent si peu exactement, vu qu'aucun jour de courrier ne se passe sans que j'écrive. Cela vous fait honneur d'aVoir donné à vos prisonniers les cent francs d'appointements que vous recevez par mois comme lieutenant-colonel ; également d'avoir refusé que *** se rende dans les sociétés^ où vous vous trouvez ; je vous en remercie et vous embrasse tendrement à ce sujet (1).
Vos lettres arrivées en même temps ont causé
une joie sans égale à la plus tendre des mères ;
elle, et tous ceux qui vous sont sincèrement
attachés, font l'éloge de votre conduite ; vous
jugez bien que je fais chorus avec eux. Adieu,
mon cher et brave Auguste, conservez- vous
pour faire encore longtemps la consolation de
vos parents.
Ferdinand,
P. -S. — J'ai reçu une lettre de ma fille du 10 janvier. Guillaume fait des progrès de convalescence ; elle et les trois autres enfants sont en bonne santé. » (2)
(1) Il s'agit lans aucun doute de la demoiselle Wichmann, mais dcms quelle société pouvait-elle bien être invitée ?
(2) Id., fol. 171.
Apnès liBA 101
Le rapport des poste» daté de Berlin, 11 février 1807, signale un gros paquet de lettres arrivant de Nancy de la part du prince Auguste. Le copiste n'en a pris que la substance : k Le prince se platt tellement à Nancy qu'il ne désire plus d'aller à Paris. Il y trouve la société char* mante, et y passe les heures très agréablement. Il y voit beaucoup de familles de l'ancienne noblesse qu'il préfère ; mais il ne témoigne nullement cette préférence, parce que cela choquerait les autres et qu'en général, il est facile de donner de la jalousie.
M. Léo, Valet de chambre de confiance du prince, continue de rendre compte régulièrement, par tous les courriers, de la santé et de la conduite de son maître, à Mme la princesse Ferdinand. Il dit que la santé continue d'être la meilleure, et que le prince s'amuse toujours beaucoup ; mais, dans une autre lettre, il commence à se plaindre que son maître danse un peu trop et qu'il ne veut pas écouter ses représentations à cet égard ; il propose à la princesse Ferdinand d'écrire une lettre un peu forte, à lai (à Léo) dans laquelle elle lui fera des reproches de ce que le prince dansait tant et que Léo n'en a pas fait mention dans ses rapports. » il)
(i) Id., fol. 17S, 180.
-Vf^- —■ fT-
102 APRÈS lÉNA
Petite malice cousue de fil blanc qui, pourtant, ne doit pas être étrangère à la conclusion de la lettre écrite le 14 février par le prince Ferdinand à son fils.
« Mercredi, vos lettres du 29, 31 janvier et 2 février nous sont parvenues, mon cher et brave Auguste, ce qui nous cause un sensible plaisir. La lettre que vous me communiquez du général Dejean doit être considérée comme un ordre de vous rendre à Paris, ou autre ville de votre choix, à l'exception de celles où se trouvent des prisonniers de guerre ; attendez la réplique qu'il fera à votre réponse. S'il insiste^ il faudra obéir ; si Ton vous laisse le choix, prenez Versailles, au lieu de Paris ; la proximité de la capitale vous permettra de voir ce qu'elle renferme d'intéressant et, à Versailles, il y a également spectacle.
Mais si, contre mon sentiment, vous optez pour Paris, je vous prie, vous conjure, d'y tenir la conduite la plus mesurée, de vous observer jusque dans les plus petites choses: ce serait remarqué tout de suite . Refusez de dtner ou souper chez les ministres étrangers. Si S. M. rimpératrice et Reine désire vous voir, rendezvous lui faire la cour, mais en uniforme ; et ne demandez pas à lui être présenté, sous le pré-
A puis i£na 103-
texte que vous jugez que votre présence ne lui serait pas agréable. Vous comprenez le»
motifs qui me portent à vous conseiller d'user de tous les ménagements. Comme je crains qu'en arrivant inconnu à Paris, on pourrait vous surfaire dans vos dépenses, je vous conseille de vous adresser à M. Tisenik, rue des Fossoyeurs, 12, fg St-Germain ; il vous trouvera un logement dans un hdtel.
Je serais fort embarrassé de vous envoyer des valses, parce que les hautbois des régiments du Maréchal et d'Orange sont allés chercher fortune ailleurs. Je vous conjure, mon cher Auguste, de ne pas recommencer à vous mettre à danser; vous avez la poitrine faible, les médecins vous Tont défendu.
Je ne m'attendais pas que dans un pays où il n'y a plus de noblesse, on ferait une grande différence entre ceux qui sont nés nobles et ceux qui ne sont pas tels. Je ne connais aucune société de Nancy ; mais je ferais choix, si j'étais là-bas, de ceux dont la société me conviendrait
le mieux, n'importe la naissance (suit un
détail un peu gaillard au sujet du général B*** « qui s'est marié le 10 de ce mois ayant passé les 70 ans »).
Il nous est venu une lettre de votre sœur, du 31 janvier: ils étaient tous en santé. — Je vous
mets encore en garde contre l'assistanceauxbals et aux fêtes dans le temps que la monarchie prussienne est plongée dans le plus grandmalheur ; enévitantles fêtes, en ne dansant pas, les Français mêmes ne pourront s'empêcher de faire votre éloge. Ce n'est pas pour vous engager à ne plus aller en société, mais ne dansez pas aux bals. Adieu, mon brave garçon, suivez les conseils que l'amitié dicte. » (1)
Sans doute, il eût été préférable qu'Auguste, colonel d'un régiment prussien et prince du sang royal, se fût abstenu de paraître dans les bals, et surtout d'y danser, au moment que sur la frontière russe se jouait une partie dont le sort définitif de sa malheureuse patrie était l'enjeu. Mais il fallait bien passer ses soirées, et de regarderies danses sans y prendre part, c'était demander l'impossible à un jeune homme de vingt-sept ans, incliné naturellement à cet exercice par une aptitude nationale. Le prince Auguste, en dépit de sa danse inopportune, était demeuré excellent patriote : il avait cette vertu qui ne fut point si commune après léna, et il aimait beaucoup ses vieux parents : cela siif&t peut-être à lui mériter l'indulgence pour le reste.
(1) Id., fol. ISi.
APRÈS léNA 105
Le prince Auguste n'allait pas demeurer longtemps à Nancy. Pour des motifs mal connus un changement de résidence lui fut imposé. Entre plusieurs villes dont on lui laissait le choiXf mais où Paris n'était point nommé, il se décida pour Soissons, Les parents ignoraient encore le 21 février que leur fils dût sitôt quitter Nancy; le 2 mars, ils le croyaient destiné à aller à Bruxelles ou à Lyon.
« Berlin, 21 février 1807.
Je suis charmé que vous nous donniez l'assurance, mon cher et brave Auguste, de suivre les conseils que votre mère et moi nous vous avons donnés sur la conduite à tenir dans les circonstances actuelles. Comme je vous aime, que je suis intéressé qu'en France, comme dans votre pays, vous soyez estimé, et acquerriez dansl'étranger la même considération que vous avez ici, j'ai cru devoir vous indiquer les moyens les plus propres d'y parvenir.
Vous dites qu'on pourrait, dans la suite des
106 APRÈS l^NA
temps, acquitter les dettes criardes du défunt : soin que je vous laisse quand je ne serai plus ; quant à moi, je me borne à faire élever les enfants naturels (1).
Vous avez raison, mon cher enfant, de témoigner la plus grande reconnaissance, avec rattachement le plus inviolable, à votre tendre et bonne mère pour ce qu'elle fait pour vous. Il y a peu de femmes si charitables et si bienfaisantes ; pour que d'autres, et surtout Auguste, ne manquent de rien, elle préfère se priver de tout.
Le journal de l'Empire a fait mention de votre visite au lycée de Nancy, de la réponse que vous avez faite au compliment d'un jeune élève ; les gazettes allemandes l'ont répété ; je ne doute pas, qu'au premier jour, on ne parle de la séance de la cour souveraine à laquelle vous avez assisté. Ces visites vous font honneur.
Mandez-moi si, dans les maisons où vous avez dtné et soupe, on fait bonne chère, et si vous trouvez les tables mieux servies qu'à Berlin.
Votre mère continue d'être bien portante, mais ne peut se faire au grand éloignement où elle se trouve de vous et de votre sœur. Je n'ai
(1) Il B*agfit du prince Louis. Ses deux enfants : nn fils et une fille , furent confiés au pasteur Molière et à sa femme, c Votre mère, écrira, deux mois plus tard, le prince Ferdinand, a donné une collation aux enfants de Molière pour leur faire faire connaissance ayec les enfants naturels de rotre frère ; ils ont joué ensemble. »
li*iMM
APRÈS lÉllÀ 107
rien appris d'elle, mais je me flatte qu'elle est bien portante. Ne croyez pas que je sois indifférent à ce sujets il me cause une peine sensible ; il n'y a que la paix qui nous rejoindra ; je prie Dieu journellement de nous la donner ; mais, vieux comme je le suis, comment s'attendre à vivre pour voir arriver cette époque ?
Voici pour votre entretien du mois de mars, une lettre de cbange de 3.260 francs faisant 946 écus courant de Prusse dont vous nous accuserez réception. Adieu, brave Auguste, je vous
embrasse tendrement.
Ferdinand, n (1)
« Berlin, 2 mars 1807.
J'ai reçu hier, mon cher ami, votre lettre du 19. Dieu veuille que vous puissiez aller à Bruxelles où vous seriez au mieux ; vous y trouverez le comte de Mérode, beau-frère de Caraman, qui a eu beaucoup de politesse dans ma maison. A Lyon, vous n'y seriez pas bien; la ville n'est plus ce qu'elle était avant la Révolution. Ne pourriez-vous aller à Genève qui ferait un séjour bien agréable pour vous ? A genoux, je vous conjure de penser à votre conservation. Je me suis fait donner les noms des meilleurs médecins de Genève et de Lyon que j'ai envoyés à Léo.
(1) Id., fol. 201.
.W^:^tf..i-vt-.
Comment ferez-vous avec la W. C. k cette heure, mon cher ami ?
Les vers Bont fort jolia, et je suppose que mon cher Auguste a eu une petite amourette qui lui donne, en outre, quelques regrets de quitter Nancy. Personne ne vous accuse d'avoir causé votre départ de Nancy par une conduite imprudente ; les secours que vous avez pu donner à ces pauvres gens vous font honneur.
Votre père et moi nous faisons tout ce que nous pouvons pour le secours des pauvres et des femmes de soldats ; vos femmes de grenadiers ne sont pas oubliées, cher ange, car tout ce qui vous appartient est cher à mon cœur.
Dieu veuille que j'apprenne ce mercredi (1) où vous serez allé : à Lyon, vous ne seriez pas d'une manière agréable, et puis encore si loin de vos vieux père et mère, ainsi qu'il Genève ; car vous êtes déjà si... si loin de nous. L'idée de revoir le calme général me transporte de joie, car papa et moi avons si peu de jours À vivre qu'il serait bien à désirer qu'ils fussent sereins, si c'est possible. Adieu, si tendre et brave enfant, vous ôleS l'enfant chéri de votra tendre mère.
Louise. » (2)
(1) Le oaarricr da Friiiice arrivait 1« narciadi ft Berlio. (1) Id., fol. 3^1.
Le « comment ferez-vous à cette heure, avec la W> G. », déjà assez transparent, nous est tout à fait expliqué par une lettre d'Auguste, datée de Nancy, 21 février.
« J'ai été fâché d'apprendre, mes chers parents, que vous n'aviez pas eu de mes nouvelles depuis le 17 janvier, mais je puis vous assurer que ce n'est pas ma faute, car j'écris régulièrement deux fois par semaine, ainsi que Léo et Uhden. Je n'ai point encore de réponse du ministre de la guerre et, très probablement, je n'en aurai que dans six à huit jours. La cause de mon départ fait honneur à mon coeur, du moins, je suis sûr que vous en jugerez ainsi. On croit ici que ce sont les secours que j'ai donnés à me^ malheureux compatriotes, et les sentiments d'honneur et d'attachement à leur patrie que j'ai tâché d'entretenir chez eux, qui ont occasionné l'ordre du ministre.
Je m'afïlige de quitter Nancy; il y a beaucoup de personnes qui pensent bien, et qui m'ont donné des preuves bien touchantes de leur attachement dans un moment bien triste pour moi. Agréez, mes chers parents, l'hommage de mon tendre et respectueux attachement.
P. -S. — Le médecin et l'accoucheur permettent
110 APRÂs link
à Mlle W . (Wichmann) de me suivre, les chemins étant ici fort bons. » (1)
Telle était la délicatesse allemande au début du XIX® siècle ! Ni la mère ne compromettait la dignité du foyer, ni le fils ne manquait au respect de sa mère, en parlant librement de semblables détails.
Auguste arriva le 6 mars à Soissons — avec la demoiselle Wichmann, probablement. — Le 2 mars, il avait écrit à ses parents « qu'entre Meaux, Soissons, Beauvais et Senlis qu'on lui proposait, il avait <)hoisi le séjour de Soissons ; qu'il ne désirait aller à Paris que sous le plus strict incognito ; qu'il aimeraitmieux s'ennuyer une année à Soissons que de s'exposer à des choses désagréables ou dangereuses pour sa réputation, et qu'il souhaitait beaucoup d'être échangé, trouvant bien cruel d'être prisonnier au moment où le sort de la Prusse et celui de l'Europe vont peut-être se décider, et surtout, lorsque l'on pourrait rendre des services à sa patrie » (2).
A cette lettre, le père répondit le 17 mars :
« Vous avez donné la préférence à Soissons; personne ici ne connaît cet endroit; je
(1) Id., fol. 220.
(2) Id., fol 241.
APRÈS léNA 111
souhaite, mais je doute, que vous y serez aussi agréablement qu'à Nancy. Vous m'apprenez que l'usage subsiste toujours en France qu'à table chacun sert du plat qui se trouve devant lui, à mesure qu'on envoie en faire demander, ce qui interrompt les conversations. — Voici un billet de votre mère avec une lettre à un auditeur du gouvernement à Soissons qui pourra vous indiquer comment vous procurer ce dont vous pourrez avoir besoin, en quel genre cela puisse être : vous voyez par là combien cette tendre mère s'occupe de vous.
J'apprends qu'à Soissons vous y serez au moins aussi agréablement qu'à Nancy, la société y étant également bonne et nombreuse. » (1)
En effet, Auguste ne devait pas s'ennuyer à Soissons ; il y trouva d'aimables gens, entre autres Mme de Valence, la fille de Mme de Genlis, ce laide plutôt que jolie, mais d'esprit cultivé et douée d'un vrai talent de dessinateur », qui fit son portrait. Il eut même des invitations à la campagne, et rencontra à Vie-sur- Aisne, Mlle de Fromont, la fiancée du chef d'escadrons de Reiset auquel le prince s'était rendu, le 26 octobre, à Prenzlow.
Reiset, pour lors à Potsdam, écrivitle 25 mars à Mlle de Fromont : « Je savais que le Prince
(1) Id., fol. 246.
Auguste de Prusse devait être envoyé à Soissons; TOUS pouvez lui parler de moi, ma bonne Amélie ; je suis certain qu'il a gardé de moi le moins mauvais souvenir que pût lui laisser ma personne en une circonstance si fâcheuse pour lui.
Rappelez-lui donc l'officier parlant allemand qui le fit prisonnier, au moment où il se dégagea du marais où je l'avais acculé, et où il restait embourbé avec ses officiers par une température glaciale. Il n'a sûrement pas oublié mon nom, et doit se souvenir que je le restaurai d'une goutte d'eau-de-vie, et que je fis arrêter en sa présence un soldat français qui l'avait insulté . Je le crois un peu fat et plein d'orgueil ; on le dit instruit; mais, s'il n'est pas toujours aimable, cela- ne l'empêche pas, paratt-il, d'être fort entreprenant avec le beau sexe. J'ai entendu ici, et à Berlin, quelques femmes de la société dire des choses de lui qui sont peu flatteuses, sans parler de la fille d'un chapelier, qui l'a, dit-on, suivi en France. » (1)
L'internement, à Soissons, fut coupé par un voyage k Paris, depuis longtemps désiré par le « brave Auguste », quoi qu'il en ait pu dire. Les parents apprirent par une lettre de leur fils du 21 mars, qu'il s'occupait de voir tout ce que Paris renferme d'intéressant.
(1) Vlcomta de Reiiet, Soimeairi, I, 253 et tnÎT.
APRÂS iiHA 113
a Je suis persuadé, lai écrit le prince Ferdinand, le 4 avril, que vous aurez été surpris des différentes beautés en architecture, statues, tableaux, antiquités et médailles, qu'on vous aura fait voir, et vous serez occupé les soirs à faire un journal de ce que vous aurez trouvé de plus intéressant. Je m'attends que vous n'aurez pas perdu de vue d'assurer de mes devoirs Mmes de Souza et de Boufilers (1).
Le jugement que vous portez des différents spectacles auxquels vous avez assisté est conforme à ce que j'ai entendu dire à plusieurs personnes qui ont été à Paris, etqui prétendent qu'à l'Opéra, les décorations, costumes, ballets sont uniques en leurs espèces; mais que la beauté du chant n'y répond pas.
Si je me trouvais à Paris, ce serait à la Comédie française que je passerais mes soirées, parce que je crois que c'est ce qu'il y a de plus accompli dans ce genre.
Quand vous reviendrez à Berlin, vous trouverez tout mesquin et misérable en comparaison de ce que vous aurez vu à Paris. » (2)
(1) Ume de Soaza, venve ds H. de FUbant, avait époasé en 1801 H. de Souia, diplomale portagais, homme très distingué, avec qui 1c prince Ferdinaad s'était lié pendant un liioar que U. de Sonia fit & Berlin. — Mme de Saaza a écrit dei romena a«seE eitimé*.
(2)Id., fol. SM.
Quelquesjoure plus tard, le prince Ferdinand, qui aime le théâtre, parle à son fils de Talma et de Fleury dont Auguste Ta entretenu, et il ajoute : « un grand avantage pour les artistes français doués de grand talent, c'est qu'étant admis dans la société, ils ont besoin de se former, ce qui n'est pas le cas des comédiens allemands dont les hommes, excepté I£Qand, sont de la lie du peuple, et les femmes des p... dont le joli minois fait grâce à leur détestable jeu. Depuis hier, la gelée est revenue; il est tombé deux pieds de neige, u (1)
Au milieu de mai, le temps est humide et à la pluie, et le vieux prince s'en prend « aux deux coquins Salvatius et Pancratius qui tombent sur le 12 et le 13 de mai ; ce sont eux qui occasionnent ce que, depuis longues années, on a observé être arrivé. Berlin est très triste et très ennuyeux ; si l'on n'avait pas la ressource de s'occuper, on périrait d'ennui;mais il yrègne une grande tranquillité, et la police est d'une grande vigilance, au point que les denrées sont, à quelques égards, moins chères qu'avant le commencement de la guerre. » (2)
(1) Id., fol. 310. Iffland, actsar de premier ordr», aatenr de talent, sorti d'une boace famille hanoTrienne, était infiaimeat estimable. Pecdant l'accnpatioa tran;ai>e, il se condoiiit il BerlÏD avec plus de dignité que la plupart des Prassiens.
(2) Iâ.,fol.314.
APRÈS lÉNA H 5
Sur la tristesse de la ville, aussi bien que sur le bon ordre que les Français y maintenaient, M. de Binder, le diplomate autrichien, parle exactement comme le prince Ferdinand, mais avec plus de détails et de liberté. «... Depuis que le quartier impérial est parti en avant, nous sommes ici comme dans une ville de province.
La société est nulle, comme de raison ; les brèches faites aux fortunes peu considérables du pays, les dépenses extraordinaires amenées par l'occupation militaire, ont forcé tout le monde à se ratatiner; à peine trois maisons du pays reçoivent encore. Le corps .diplomatique est très réduit, de sorte qu'il ne supplée pas à la stagnation générale (1). On a la ressource de quelques amis et du spectacle. Cette monotonie est d'autant plus pénible que, pendant la première époque de l'occupation de cette capitale, la variété, la nouveauté des objets et les connaissances très intéressantes qu'on était à portée de faire, dédommageaient du renversement de l'état de choses auquel on était accoutumé. Mais nous vivons dans une tranquillité parfaite; c'est, je crois, le plus grand éloge qu'on puisse faire de l'administration établie ici qui, par l'ordre exemplaire qu'elle fait régner et par
(1) En plus de Binder, il n'y avait plus à Berlin que les ministres d'Espagne^ de Portugal et de Turquie.
M^jik^. .
lie APiiB liiiA
les formes dont elle adoucit la rigueur des devoirs qui lui sont imposés, a acquis des droits légitimes à la reconnaissance des habitants de cette ville. » (i)
Les rapports des postes nous ont conservé une lettre de la princesse Ferdinand à son fils, tendre comme toujours, et renfermant — cas unique — une idée qui passe de beaucoup les conceptions ordinaires de l'excellente femme.
■ BorUn, lu 9 mai ISO?.
J'ai prié notre ami commun (2) de se charger de ce peu de lignes qu'il vous adressera avant mon réveil, pour vous dire que vos lettres arrivent si tard par les détoursqu'ellesprennent. que ce ne sera rien de changé que d'écrire à M. de la Valette, à Paris (3), pour le prier de vouloir permettre que vous adressiez vos lettres pour les faire parvenir, à M. le général de Glarke. Elles nous parviendront plus vite. Vôtre lettre du 22 avril n'est arrivée que le 8 mai ; quelle terrible longueur I II est nécessaire de neparlerquedechoses qui intéressent l'amitié, rien de plus, car ce serait abuser de la politesse de ceux qui nous obligent. » Et, tout de
|1) Id., fol. 85 «t 138. Letirai an comte Zich; etan comU Stadion.
(S) Le priDce Ferdinand.
(3) U. de la Valene était directeur général des poitee.
APRÈS léNA 117
suite, la princesse, se démentant avec une inconséquence qu'on ne peut qu'admirer, ajoute :
« Le grand Electeur et la statue du grand Frédéric vous saluent amicalement et se portent bien.
Jevousembrasse,monbien-aiméetcherenfant; mes yeux se ferment et les infirmités arrivent à grands pas, car ces sept mois m'ont coûté cher. Si Dieu nous accorde une bonne paix et que je vous voie arriver, je pleurerai de joie de vous tenir dans mes bras, et votre vieux père, à cette pensée seule, en est aux anges, car vous êtes notre cher Benjamin. Bonsoir, veuille le Ciel que j'apprenne que rien ne trouble votre repos, mon cher et digne ami.
Louise. » (1)
(1) Id., fol. 307. Le prince et la princesse Ferdinand ayaient perdu au moins deux enfants, nés ayant leur fille Louise. Le prince ayait presque 50 ans et sa femme 42 ans, lorsque Auguste « leur Benjamin » yint au monde.
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Le prince et la princesse Ferdinand avaient eu fréquemment dee nouvelles de leur fille, la princesse Radzïwill, aussi longtemps qu'elle résida à Koenigsberg. Les rapports des postes font maintes fois mention de gros paquets de lettres dont « certaines — non pas celles de la princesse Radziwill, assurément — auraient mérité d'être supprimées, malgré les choses insignifiantes qui les remplissent, par le soin qu'on prend de ne pas nommer les personnes par leur nom ; mais le prince Ferdinand a pris la sage mesure de répondre à toutes les let< très de Koenigsberg par la gazette de Hambourg, en faisant annoncer tout simplement qu'il les avait reçues ».
La princesse Radziwill en était donc réduite aux nouvelles de la gazette, bien sèches et bien rares. Le 18 janvier, elle écrivit à ses parents :
« Quelqu'un qui est parti pour le quartier général français, s'est chargé de remettre une lettre pour vous, mes bien-aimés parents, au
APRÈS IÉN4 110
général Colbert, qui a eu la bonté de me faire promettre de vous la faire parvenir. J'ignore si ces lignes auront le même sort ; mais j'essaye, au moins, mon respectable Père, ma bonne Maman, de vous faire parvenir l'hommage de mon bien tendre respect. Ma santé, et celle de tous les miens, est bonne; que ne puis-je en savoir autant de vous, avoir la certitude que les peines et les inquiétudes du moment n'influent pas sur votre santé, que vous avez des nouvelles de notre bon Auguste, qu'il ne vous donne point d'alarmes.
Depuis la gazette du 24 décembre, je ne sais rien, rien absolument, et vous concevez ce que cette ignorance a d'affligeant et de douloureux pour moi, mes bien-aimés parents. Peut-être qu'en m'écrivant par le quartier général français, ces messieurs auraient la complaisance de me faire parvenir des nouvelles de votre santé.
On dit ici que Mimi, la pauvre Mimi, a eu le malheur de perdre Pauline ; cette nouvelle m'avait atterrée ; cependant, je la tiens d'une si mauvaise autorité, — d'ailleurs, aucune lettre ne passe, — ainsi, je me flatte que le Ciel aura préservé cette excellente femme d'une si grande douleur.
Guillaume marche à l'aide d'une canne et d'un bras ; mais il jouit de son bonheur et de
la vie avec une joie qui fait plaisir à voir. Lui, Antoine, Ferdinand, Loulou, Elîza, sont à vos pieds, mes bons parentB(i). Eliza me disait ce matin : « Je suis bien loin de la pauvre grand' maman. » Hélas ! je le sens tous les jours de ma vie ! Daignez me rappeler au souvenir de tous ceux qui sont auprès de vous, mes bons, mes chers parents. Puisse le Ciel vous bénir, vous conserver etm'accorder le bonheur de mettre à vos pieds l'hommage du respect, de la tendresse et de la reconnaissance de votre
Louise.
P.-S. — Le 23 janvier. — Cette lettre me revient à l'instant et, au même moment, une autre occasion se présente qui ne me permet que d'ajouter quelques lignes pour vous assurerque nous nous portons tous bien. J'ai vu enfin quelqu'un qui avait des nouvelles de vous, d'Auguste, de la pauvre Mimi. Je sais tout ce que vous avez souffert, ma pauvre Maman, et jesuia loin de vous, et je n'ai point de réponse ! J'espère qu'Auguste ose vous écrire. Notre pauvre Mimi ! ses peines me déchirent le cœur aussi. Veuille le Ciel soutenir son courage, le vôtre,
(])Antoiae ast le prince Radiiwill. — Guillanme, l'alnd des eafaota, qu'on avait craint da perdre, avait 9 an*; Ferdinand, 8 aDi; LoDiie et Eliza, 7 sdi et 3 ani.
mes cfaers parents, vous bénir et vc server. » (I)
Lorsque la famille royale eut quitté ( berg pour Mémel, les moyens de corresp avec Berlin se firent bien plus rares. Dan perdu, plus d'avant-postes français, p mables officiers pour faire passer les a
« Je ne puis rien vous mander de vot écrivait le prince Ferdinand k sou fils J le 9 mai ; cette interruption de toute :
est bien désagréable ; il faut s'y se comme à bien d'autres choses dans la i
Mais le 12, il lui dit : « J'ai des nom ma fille ; elle est à Mémel depuis trois
A la fin de mai, il en avait encore, ' indirecte, et' son anniversaire de naisi avait été un peu égayé.
■ Samedi, 13 mi
Mon cher et brave Auguste, la meille mères, à peine éveillée, m'est venue sur mon vieux jour de naissance; j'en ai tant plus touché que vous savez que vo' quand elle s'éveille de meilleure he d'habitude, estlasse etabattue toute la j< Le prince en vient ensuite au sujet de le fameux ouvrage de Mme de Staël, qi
(1) Id., fol. 180.
de paraître, mais dont oa parlait à Berlin sans le connaître encore.
N Le roman de Mme de Staël sur l'Italie sera d'un grand intérêt, comme tous les ouvrages qu'elle publie; je me flatte qu'il sera moins immoral que le dernier sorti de sa plume (1). Je ne connais pas de femme plus instruite que Mme de Staël, qui ait plus le talent de se mettre à la portée de ceux avec lesquels elle converse, et qui évite plus soigneusement de.
cacher les connaissances profondes qu'elle possède. Dans ma position, ce serait une femme dont je rechercherais la société; mais, si j'étais chef d'un Etat, je l'éviterais, parce que je pense qu'elle aimerait à se mêler des afiTaires du gouvernement, à chipoter, à intriguer, ce que les femmes ne doivent pas se permettre. » (2)
Auguste, à Soissons, lisait Corinne et en entretenait son père qui lui répondit :
a D'après ce que vous me dites de Corinne ou l'Italie, il me parait que Mme de Staôl a voulu combiner deux choses ensemble : écrire un roman intéressant, et faire une définition détaillée de ce qu'en tout genre l'Italie ren-
(1) Dilphim qai parut en 1803. Hmi d«Stail n'a riin pablii «ntra Btlphint et Corinne.
(1) ld„ fol. 865 et 377.
ferme, ce qui doit de beaucoup interrompre l'intérêt de l'ouvrage. Je pense que l'auteur eût mieux fait de faire deux ouvrages ; savoir : la description de l'Italie et le roman (1).
Voilà, tant sur l'œuvre que sur l'auteur, des appréciations qui ne manquent pas de justesse. Mme de Staël aurait certainement mieux fait de séparer la description de l'Italie de la fiction romanesque, voire de supprimer tout à fait cette dernière ; et sur les prétentions politiques de la dame, son goût du chipotage et de l'intrigue, le débonnaire Ferdinand n'est pas d'un autre avis que l'autocrate impérial.
C'est dans le Publiciste du 16 mai que parurent d'abord quelques extraits de Corinne. Le numéro du 19 contenait une pièce officielle qui afTecta douloureusement le prince Ferdinand.
« > BarliD, 29 mai 1807.
J'ai lu hier dans le Publiciste le distïburs prononcé par M. de Fonlanes, président du Corps Législatif, en remettant dans l'église des Invalides l'épée de Frédéric II avec les drapeaux pris sur nos troupes dans cette guerre. Le contenu m'en a tellement affecté que j'en ai versé des larmes. Tout ce que renferme ce discours n'était que trop vrai; quand je pease à
(1) Id.. fol. 367.
124 IPBÈS idHA
la position dans laquelle nous étions le jour où les troupes partirent pour la Saxe, et ce que tout cela est devenu, j'ai peine à me consoler des maux qu'en grande partie nos fautes nous ont attirés. Les passages du discoure où il est fait mention de vous et de votre frère m'ont fort touché. » (1)
Le prince Ferdinand, peu belliqueux pour son compte, — «j'ai rempli, dit-il, mes devoirs dans trois campagnes, mais je ne veux pas qu'il en soit parlé » — était très jaloux de la gloire militaire de ses fils. Les critiques dont Auguste, particulièrement, avait été l'objet de la part d'oQiciers prussiens, auteurs présumés de relations sur la malheureuse campagne de 1806, le font sortir de soncaractère.
« Je n'ai pas encore pu, mon cher Auguste, me procurer la relation de la campagne de 1806,' attribuée au colonel Massenbach; mais je sais qu'il glisse très légèrement sur la capitulation de Prenzlow, qui était la chose principale : démarche où le prince de Hohenlohe a perdu sa gloire et son honneur. Pour ce qui concerne l'arrière-garde que vous avez commandée, avec laquelle vous avez été fait prisonnier, l'ami et l'ennemi ont rendu justice à la valeur que vous
{1) Id., fol. 386.
APBis lÉnu tîS
avez témoignée. Si donc un b... comme Massenbach a voulu dénigrer votre conduite, il faut s'en moquer.
Votre frère a eu le malheur de n'avoir pour aides de camp que des éventés, braves à la vérité, comme MoUendorf, Nostitz et Kleist, tous trois dépourvus de connaissances militaires, bons, tout au plus, à porter un ordre ; mais il a manqué d'un premier aide de camp qui, ayant fait la guerre, aurait pu lui étred'un grand secours.
Votre belle défense est si bien connue que la méchanceté la plus noire ne parviendra pas à diminuer votre gloire. Sa Majesté Impériale et Royale, je le sais, en a parlé avec éloges. »(!)
La dernière partie venait de se jouer à Friedland, le 14 juin ; mais, bien entendu, l'on ne savait rien à Berlin le 15. Ce jour-là, le prince Ferdinand écrivît & son fils :
« Cher et brave Auguste, avant-hier, votre mère a reçu votre lettre du 7 courant (2). La comparaison que vous faites des femmes françaises avec les nôtres me parait très juste : vous avez bien approfondi en quoi consiste ta différence. Les Françaises ont l'esprit orné,
-r- » jn
126 APRÈS léNA
s'appliquent à la lecture, écrivent bien, ont des connaissances des arts et lia parole à leur disposition ; tandis que les nôtres sont, la plupart, dépourvues d'instruction, ne s'occupent que de leur parure, se bornent à la lecture de quelques romans. Celles de nos femmes que Ton pourrait, par l'éducation et les connaissances, comparer aux femmes françaises, sont en petit nombre; savoir : votre sœur. Mesdames enfin,
la comtesse Neal dont j'aurais dû faire mention plus tôt.
Ce qui, du temps passé, avait opéré un grand bien, c'était l'éducation que donnaient les femmes de la colonie française dont les mères, à l'occasion de la révocation de l'édit de Nantes, avaient quitté la France ; mais toutes sont décédées, et dans la colonie française, autant que je le sais, il se trouve peu ou point de dames propres à élever de jeunes demoiselles. » (1)
Le 19 juin, la nouvelle n'était pas encore arrivée à Berlin. Le prince accuse réception à son fils de sa lettre du 9. « Je suis de votre avis sur la conscription (2) ; telle qu'elle se trouve
(1) Id., fol. 403. Il parait que les Françaises transplantées en Prusse y avaient Tivement perdu les qualités qui les avaient fait d'abord si fort estimer.
(2) Le prince Auguste avait entrepris un travail sur les conditions de la conscription en France et en Prusse. — Le père et le fils désapprouvaient le service militaire obligatoire et étaient loin de prévoir qu'il serait bientôt appliqué en Prusse.
chez nous, c'est la meilleure, parce que d tant que tout homme, indistinctement, doi ter les armes, cela cause une perte aux aux sciences, au commerce, aux différent tiers, et ceux qui voulaient s'y adonner, obligés à vingt ans d'être soldats, sont r< impropres à toute occupation sédentaire ai de six ans de service.
Je ne suis nullement surpris que vou:
trouvé l'éducation des jeunes gens très i gée, qui ont été élevés pendant la Révoh c'était une suite naturelle de ce que cet étaient à la tête du gouvernement révoli naire avaient banni la religion et les m Vous ne m'avez pas donné connaissanc Nancy il y a une église protestante, ce q fait juger que vous n'y avez pas été, ce q causerait de la peine, également à M. Mo car, quand on professe une religion, il f faire un honneur d'en suivre exactement le J'ai reçu une lettre de votre sœur du 2( (deux mois de date : pauvres parents !) ; ( plaint de la rigueur du climat; ce.même il tombait à Mémel beaucoup de neige, credi 17, j'ai dîné, pour la première fois, levue, ce qui m'a affligé, n'ayant pas rev chambres depuis le 11 octobre que j'ai la campagne, me rappelant les évént
128 IPHiS riHA
BurvenuB depuis, songeant à nos pertes, ce que □DUS étions, et à quoi tout se trouve réduit actuellement. Ce sont de tristes souvenirs ; mais, quand on a l'&me sensible, ils se présentent souvent.
Adieu, mon brave Auguste, le jour que je vous reverrai avec votre sœur sera un des plus heureux de ma vie. » (1)
Le prince et la princesse Ferdinand, vraiment pieux, ne négligeaient aucune des prescriptions religieuses. Le 6 juin, le prince écrivait à son fîls :
« Votre mère et moi avons aujourd'hui nos dévotions ; mais, hélas! sans que le brave Auguste et ma fille en soient, ce qui renouvelle la peine que votre absence me cause. »
Le brave Auguste était tiède sur les-prattques, et son père le savait, puisqu'il lui dit, le 2 juin, croyant à ce moment que son fîls allait obtenir l'autorisation de retourner à Paris : « comme vous comptez passer trois semaines à Paris, je vous demanderai d'aller un dimanche à l'église réformée, car je serais au désespoir si on pouvait vous soupçonner d'être imbu de la
(1) Id., fol. 406. —D^D* Vitiie 1S07, leprincaet la princea» Fardinand ne Toalureot paa quitter Berlin, et ne firent que da caurtai Tiaitei à lear propridlé de BelleTnc, paa éloigaie de la
Tille.
nouvelle philosophie dont les principes sont opposés à ceux de la religion et de la vertu. J& vous remercie d'avoir donné un dîner pour célébrer mon jour de naissance et d'avoir bu b ma santé. » (i)
La nouvelle de la victoire du 14 juin parvint à Soissons en moins de douze jours, et fut d'autant plus amère au prince Auguste qu'il était témoin de la joie qu'elle causait en France. Il en écri' vit aussitôt à son père, qui lui répondit le- 6 juillet :
« J'ai reçu votre lettre du 27 juin ; vous avez raison, cher et brave Auguste, de vous être af* fligé de la perte de la bataille de Friedland ; moi, je trouve que c'est un bonheur (2); le contraire aurait prolongé la guerre et le pays aurait été tout à fait ruiné. On ne sait rien des conditions auxquelles se fera la paix, non plus qui sera le plénipotentiaire du Roi ; il faut attendre tout cela avant de décider le parti qu'on prendra.
Je bénis Dieu qui nous donne la paix, et quel'on voie fin aux malheurs que cette guerre a causés. La Prusse orientale en a été la victime ;
(1) Id., fol. 367.
(S) Le prince Ferdinaod Gt porter lei complinanti an géoërat- Clarke, à l'adreiBe de l'Empereor.
■lUJJiJfiJ IJPI
130 APRÈS lÉNA
il faut vingt ans pour qu'elle se rétablisse. Les Russes, nos alliés, ont fait plus de mal que les Français ; ce sont les premiers qui, en se retirant par Koenigsberg, ont mis le feu aux faubourgs.
... 7 juillet. — Le comte Kalkreuth est nommé plénipotentiaire pour traiter de la paix avec le prince de Bénévent. Les trois souverains demeurent à Tilsit; le 30 juin, l'Empereur des Français a fait régaler sa garde, celle de Russie et celle de Prusse ; le plus grand ordre a régné à cette fête ; les soldats étaient très gais et, au sortir du repas, ils ont échangé leurs uniformes et se sont promenés de la sorte en ville. »(1)
La dernière lettre du prince Ferdinand , est du 18 juillet.
« On ne sait encore rien sur les conditions des deux traités de paix. Le 12, les souverains ont encore été à Koenigsberg d'où l'Empereur et roi d'Italie a voulu partir pour Dresde et Paris. Votre lettre me fait juger que vous avez cru que les négociations traîneraient en longueur, et que vous auriez le temps d'aller voir la partie méridionale de la France avec une partie de l'Italie ; mais, comme la paix estconcluei
(1) Id., fol. 477.
que, probablement, tous ne tarderez pas d'apprendre que vous n'êtes plus prisonnier de guerre, je pense que vous ferez bien de remettre votre projetd© voyage à d'autres temps, et de retourner ici quand voua en aurez obtenu l'agrément.
Votre mère se porte bien ; sa joie est grande et sans égale de l'espoir que, dans quelque temps d'ici, le brave et cher Auguste sera dans nos bras ; il vous sera aisé de juger ^ue je suis dans les mêmes sentiments. Si le comte de Souza père est k Paris, où vous vous serez probablement rendu, faites-lui mes amitiés.
Adieu, cher Auguste, amusez-vous, portezvous bien et n'oubliez pas votre bon ami de Père Fbrdikand. » (1)
Les vieux parents attendirent encore quatre longs mois le bonheur de posséder leur cher Auguste ; non que l'Empereur eût prolongé son internement après la conclusion de la paix, mais à Paris, où il s'était effectivement rendu, il avait fait la connaissance de Mme Récamier, et l'avait retrouvée, ou suivie, à Coppet, chez Mme de Staël. Là, entre eux, un roman s'ébaucha, et même quelque chose de plus, puisque Mme Récamier, fort mal conseillée par sa géniale amie, et le prince, qui ne l'était pas mieux par Benjamin Constant, échangèrent de solennelles promesses de mariage dont le divorce de la belle Juliette était la condition initiale.
Prise entre deux serments, Mme Récamier sacrifia son amour à son devoir en reprenant la parole imprudemment donnée au prince Auguste, et celui-ci de lui écrire : o Vous m'avez souvent parlé de vos sentiments religieux; je sais que votre religion n'a point une morale aussi sévère que la mienne ; mais il n'en existe point qui autorise une perfidie aussi cruelle. »
APRÈS iÉNA 133
Holà! brave Auguste ! est-ce de M. Molière que vous tenez ces beaux principes ? Qu'un pasteur mette le protestantisme au-dessus du catholicisme, rien de plus naturel; mais qu'il entre si mal dans l'esprit du deuxième commandement^ c'est chose invraisemblable. Gageons plutôt qu'à Berlin, où vous êtes maintenant rentré^ M. Molière vous a représenté que Mme Récamier ayant commis une faute en faisant un serment inconsidéré, en aurait commis une nouvelle en l'accomplissant.
« Etourneau qui n'a rien d'intéressant; les malheurs de son pays et la mort de son frère ne l'ont pas rendu plus sérieux. » Tel est le jugement porté sur le prince Auguste par Rosalie de Constant, qui avait dû, à cause de Mme de Staël et de la société de Coppet, « lui faire quelques honnêtetés » (1). Singulière rencontre : à peu près en même temps. Napoléon écrivait à Maret : « Ce jeune homme n'a ni esprit ni générosité ; c'est un fanfaron que les événements n'ont pas corrigé. »
Si l'Empereur et Mlle de Constant avaient connu
(1) Herriot, Mme Récamier, I, 169 à 196. — M. Herriot dit que le prince avait 24 ans et 6 ans de moins que Mme Récamier, d'où l'on pourrait croire qu'elle s'est effrayée pour Favenir, connaissant la dissipation du prince, de la supériorité d'âge qu'elle ayait sur lui. — Une telle considération n'a pu influencer la décision de Mme Récamier, car il n'y avait entre eux que 21 mois. — L& prince Auguste, né le 19 septembre 1779, avait 28 ans et non pas 24. — Mme Récamier est du 4 décembre 1777.
is échangées entre le prince Auguste reata, ils auraient tempéré leurs criUquelques louanges. Il demeure cepen- I, de tous les membres de la famille le ces correspondances nous font con- I prince Auguste est le moins sympat, de beaucoup, le moins respectable, vénération va à aa simple et digne mère, relient père, auxquels leurs concitoyens le droit de reprocher une acceptation le des humiliations de la défaite, mais us savons que, tout au fond d'euxle sens national avait parfois des éveils roltes. Il faut tenir compte àla princesse id du « grand Electeur et de la statue i Frédéric qui se portent bien » et, au des larmes versées à la lecture du dis-
M. de Fontanes aux Invalides, me, leur fille, la princesse Louise Radamme de tout point supérieure, s'était a humble, après léna, devant l'Empes son épouvante d'une émigration pro- 1 Russie, et par excès de tendresse
chers vieillards restés à Berlin. Mais, [, la princesse Louise se retrouvera >atriote, soutien déclaré de Stetn, le
du relèvement. A elle aussi vont la ie et le respect, comme l'estime et une
tendre pitié à la princesse Guillaun Marianoe, pleurant dans les trist ments de Koenigsberg et de Mémel t que la terre recouvre ».
C'est à Berlin que les deux sœi Augusta, princesse électorale de He princesse d'Orange, apprirent la de la paix. Augusta, attachée par it raison à la fortune de son mari, q dait le rétablissement du triomphe l'Empereur (1), s'était appliquée i aucun embarras aux autorités frai sée, très calme, serviable aux sient apparaît la princesse électorale de sa réserve politique n'était pas qu'elle ait pu se tenir un jour d'i oscle, le landgrave Frédéric de Hei à Francfort (2), une lettre, sous for
(1) Extrait d'une lettre du prlace électoral de la prince»*, «on épame, t Berlia.
Schleiwig, i
, ■ Et moi auaal, j'ai ud« confiance particulière
da l'Empereur et f en attends tout. Je prie leolt
I {lue de ce qui pourrait contribuer fc Mra agrial
Pldt à Dieu que nous puiiaiona réusiir à rera
lance! » Id., fol. 153-155, -'
Le prince électoral était d'autant plua diaposè l'Empereur qu'il avait beaucoup A souffrir de -lire. L'Electrice de Hesae STait pria le parti d -> fille, la dnchease de Gotha, et c'était l'Emi qui taisait vivre à Berlin la princes» électoral enfants. (Lettre de M. l'intendant Bigaoa.) Id., :
H) Prèra de l'Electeur de Hease et du landgra •arneur des duchés de Schiaiwig et de Holiteit
"te à dessein, et qui, sûrement, transï nouvelles désavantageuses pour ' (1). Ces nouvelles étaient erronées portance : cela ne fait pas question ; incesse y avait ajouté foi, s'en était on ne le lui reproche pas, au con-
rien laissé surprendre de ses préocpatriotiques. Des diverses consééna, celles qui atteignirent son foyer 'u certainement les plus dures. Ne pas Mimi autre part que dans son nais là, comme elle aime, et comme lée et gâtée ! — On se la représente consolée par l'affection de ses deux erte de Pauline, réunie à son bienaume, pressée dans les bras de la
et jouissant avec délices de la touration de sa Loulou.
avril 1807. a Celai qol Tons fit cadaau d'aa bost de bieo deienir aotre libérateur |le czar 7). II D'eat rriié ; mais 17 de aei enfants, poar faire la conr la belle délaisBée de leur papa, ont trouvé moyen leur champ lea laaterellee qai rong-eaient ta artiedes enfants a'eit rendue vers certain château : Elise languit depuis 40 ani ; on sa Qatle qu'ils >ientùt à enlever cette intéressante victime des viasenra... Voas croirei, mon oncle, que c'est an aaiaje vous répanda da la vérité... • Id., fol. 308-
a postes aient transmis
Francs et Bulgai au début du treizième i
Francs et Bulgares au début du treizième siide
Lorsque Baudouin, comte de Flandre, et son frère Henri prirent la croix à Bruges le 23 février de l'an 1200; l'année suivante, lorsque Bonîlace, marquis de Montferrat, la reçut à Soissons du saint homme Foulques, curé de Neuilly, ces trois valeureux seigneurs ignoraient sans doute jusqu'au nom même des Bulgares, et pourtant, Baudouin, devenu l'empereur franc de Constantinople, Boniface, devenu le roi franc de Salonique, étaient destinés à pérïr de la main de ces Boulgres qui usèrent encore la vie du grand Henri, successeur de son admirable et infortuné frère.
En 1096, les Bulgares avaient massacré dix ou quinze mille croisés des pauvres bandes conduites par Gautier^sans- Avoir et Pierre l'Ermite ; mais, trois mois plus tard, l'armée disciplinée de Godefroy de Bouillon traversait sans incident la Bulgarie, région inorganisée, repaire de tribus grossières, aussi barbares que braves,
' vv
140 FRANCS BT BULGARES AU XIU* SlàCLB
dont l'autonomie avait été ruinée une première fois, au dixième siècle, par l'empereur grec Jean Zimiscès, une seconde fois, en 1018, par Basile II, qui punit une résurrection nationale de trente-huit années en faisant aveugler seize mille Bulgares (1).
Le grand réveil de la Bulgarie se produisit à la fin du douzième siècle avec les trois frères Asen descendants des anciens czars, qui régnèrent successivement. Le troisième, Johannis, ou Kalo-Jean (l'illustre Jean) comme il se nommait lui-même, souverain des Bulgares et des Yalaques, allié des Komans habitant au delà du Danube la région arrosée par lePruth, Johannis, féroce et sans foi, mais respecté de ses sujets, courageux et prudent, habile à préparer une guerre et à la conduire, conscient de ses forces, l'ambition tendue vers la possession de la Ville que son ancêtre Siméon a cinq fois assiégée, Johannis fait une autre figure dans l'histoire que ses adversaires, les princes grecs, dont les compétitions, l'imbécillité ou les turpitudes obligèrent les chefs delà quatrième croisade à s'emparer de Constantinople.
(1 ) Le titre de Czar pris récemment par le prince Ferdinand et dont on a paru s'étonner, n'est pourtant que la restauration — en bref — du titre porté par tous les chefs bulgares, depuis le long et glorieux règne de Siméon (888-927), jusqu'à la conquête ottomane. Le titre complet était « Czar et autocrate de tous les Bulgares et Grecs n.
a XUl' SIECLB
En six mois, au cours de l'année 1204, Constantinopleavaitvucinq empereurs :l8aac, Alexis ni, Alexis IV, Alexia-Murzuphle, Mich« Trois avaient été assassinés par Aie phle : tous, victimes ou bourreaux, i fourbes et des lâches. Avecle Franc comte de Flandre, toutes les vertus et privées prenaient possession du tr rial, le gratifiant d'un prestige qui lui depuis longtemps. Baudouin avait ti ans ; sa personne physique : taille i noble allure, force, beauté du visage ses contemporains, moins encore qu lités de son esprit et celles de son cœui des princes croisés ne le surpassait guerrière, aucun ne l'égalait envertuE Instruit, même lettré, il était génér veilleusement fidèle à sa parole, sim[ naît volontiers conseil » et, de bo) reconnaissait ses fautes. Il n'en com que de politiques, cet irréprochable sur lequel le démon du plaisir n'avai de prise que le démon de l'orgueil ; fit une lourde le jour qu'il rejeta le tions d'amitié que lui avait fait solen porter Johannis, czar et autocrate gares
Uî FIlAflCS R BDLGAIU kV VU' StàCLB
iomposition de l'Empire grec servait tment les desseins de Johannis. Il quis une partie de la Thrace et de la e sur l'incapable Isaac, puis sur l'usurexis m, « alternativement occupé à se ) la goutte et à la mériter ». Les pré- 'une nouvelle croisade n'étaient point liéter l'entreprenant Bulgare non plus lel débauché qui avait « tiré les yeux e » à son frère Isaac et s'était fait
par ce crime, caries croisés, assemblés dans le courant de l'été 1202, avaient lUer 1 en la terre de Babylone d'où rrait mieux détruire les Turcs que
autre pays » (1), et ni la Bulgarie, nï nople ne se trouvent sur le cbemin en la terre de Babylone. Mais voici pèlerins, attardés bien malgré eux à talmatie, se laissèrent séduire par les
la d'E^Tpta, ■ajoard'hai la Calr*. Saint Loals, qua- II plus lard, reprit la plan qu« lei chafi d« la qaada STaient d'abord aâopti.
FRANCS ET BOLGARXS AU XUI« SIÈCLE 143.
belles paroles dont un Grec n'est jamais avare I
et s'engagèrent envers le jeune Alexis, fils d'Isaac, échappé aux prisons de son oncle l'usurpateur, à replacer Isaac sur le trône, sous la condition que l'empire schismatique serait remis en l'obéissance de Rome et qu'un notable secours d'argent, d'hommes et de vivres aiderait les croisés à gagner — après ce long détour — la terre de Babylone. Le jeune Alexis s'ofifrait même à y aller de sa personne, ce qui n'eût pas beaucoup avancé les affaires.
Les croisés, remettant à plus tard la conquête de la Basse-Egypte, traversèrent l'Archipel, pénétrèrent sans combat dans le Bras Saint- Georges (mer de Marmara) et ancrèrent leurs vaisseaux, le 23 juin 1203, à Saint-Etienne, si près de Gonstantinople qu'on « la pouvait voir tout en plein».
L'assaut fut donné le 17 juillet. L'empereur Alexis fit mine de présenter la bataille et, furtivement, sortit de Gonstantinople avec tout ce qu'il put emporter de son trésor. Isaac, tiré de sa prison, confirma les conventions que son fils avait faites avec les croisés et, tandis que le comte Baudouin de Flandre demeurait pour garder le camp, son frère Henri, le marquis deMontferrat et nombre d'autres barons accom{>agnèrent le jeune Alexis qui voulait se montrer dans l'em-
144 FUHCS Bfl BDLCAUB AU XUl* StiCLK
pire pour y recueillir « l'hommage et féauté des Grecs ». Tous vinrent à son commandement de l'un et de l'autre c4té du « Bras » hors, seulement, Johannis, roi des Bulgares : « Et sachez bien, dit Villehardouin, héros et historien de la quatrième croisade, que celui-ci ne vînt pas à la volonté ni à la mercLdu jeune empereur. »
Le moment ne tarda guère que les croisés reconnurent qu'ils avaient été joués. Les Grecs ne tenaient rien de ce qu'ils avaient promis et la guerre entre les anciens alliés s'engagea sur terre et sur mer. Elle s'acheva le 12 avril 1204 par la prisedeConstantinopIe.Isaacetsonâls n'étaient plus : Murzuphle, leur parent, les avait assassinés, s'était fait couronner empereur, puis s'était enfui, comme Alexis l'usurpateur, le jour même que les Francs entraient dans la ville. « Vingt mille hommes avaient eu raison de quatre cent mille et plus dans la plus grande ville qui fût en tout le monde et la mieux fortifiée. » Alors, le «c commun de l'armée » (simples hommes
d'armes) dit qu'il fallait faire un empereur; douze délégués furent choisis auxquels on remit le soin de^ l'élection : ils s'accordèrent pour proclamer empereur Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut. Quant au marquis de Montferrat, qui avait été le chef de la quatrième croisade, le nouvel empereur lui octroya le royaume de Salonique.
Les Francs s'assirent dans leur conquête avec une rapidité qui tient du prodige. Le noble comte de Flandre et de Hainaut s'était mué en empereur avec une parfaite aisance. Aussi bien que les princes grecs, dont c'était l'unique mérite, il paradait aux processions et aux fêtes, tenait fastueuse coùi^ dans le splendide palais de Bouchelion, se retrouvant spontanément chef de guerre pour abattre les deux empereurs fuyards, Alexis III et Murzuphle, pour lutter sur la côte asiatique contre le parti grec qui s'était rallié à Théodore Lascaris, gendre d'Alexis III.
Baudouin s'en alla lui-même jusqu'à Salonique, et en rendit la route si sûre qixe^ de Gonstantinople, « chacun y pouvait aller qui le voulait ». Il mit une solide garnison à Andrinople, bonne et riche cité qui la reçut très volontiers, car Johannis, roi des Bulgares, avait, sous les précédents empereurs, maintes fois exercé jusquelà ses ravages ; et, bien au delà d'Andrinople,
Baudouin installa dans le duché de Philippopoli, Renier de Trit, l'un de ses plus braves compagnons.
Philippopoli, qui a conservé le nom de son fondateur, Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, est située à deux cents kilomètres au nord-ouest d'Andrinople et à quatre cents kilomètres de Gonstantinople. Le duché franc dePhilippopoli est actuellement la Roumélie bulgare et la ville du roi Philippe est devenue la seconde capitale de la Bulgarie moderne. De Tirnovo, au delà des Balkans, où Johannis résidait quand il n'était pas en guerre, l'ambitieux chef dut voir avec déplaisir les approches des Francs. Le duché de Philippopoli s'appuyait aux Balkans, et le col de la Chipka conduit tout droit à Tirnovo. C'était là, tout au moins, un obstacle aux continuelles descentes des Bulgares en attendant une expédition en règle que le niarquis Boniface, roi de Salonique, avait déjà proposée à Tempereur Baudouin.
Johannis, barbare dans l'action, mais avisé dans le conseil, apprécia certainement la différence qu'il y avait des Francs aux Grecs, de l'empereur Baudouin aux Alexis. Il apprit — des premiers, car il entretenait des espions dans l'empire — le dénouement du conflit entre les restes de l'ancien pouvoir et le nouveau, et fit là-dessus ses
FRAKCS ET BOLGAHES AD Ull> SliCLt
réfiexionB. Alexis IIU'usurpateur.etMi:
l'assassin, sortisl'un et l'autre de Consta:
comme des voleurs, s'étaient rejoints siuople, non loin de la côte, à mi-che Constantinople et de Salonique, où ils se solennellement un pacte d'alliance. Mu — pour une fois — jouait franc jeu, à semble ; mais Alexis, recourant à une pratique dont il était coutumier, In cendre Murzuphie ainsi qu'il avait tri propre frère Isaac : « il l'appela en une < et lui fit tirer les oels de la teste ».
Murzuphie, saisi par l'empereur Ba fut ramené i Constantinople, qu'il avai vantée de ses crimes, et mis h mort.
plus tard, Alexis tomba aux mains de I qui l'emprisonna en Salonique.
Baudouin n'avait plus de concurreo rive européenne du a Bras»; mais, sui asiatique, Théodore Lascaris et son frèi tantin avaient réuni un grand nombre à sans. Théodore, par modestie et en at mieux, avait pris le simple titre de d d'ailleurs, les deux Lascaris étaient très Ton a pu dire, à leur honiteur et à la h leurs compatriotes, qu'il ne leur avait que de commander à des Français.
Théodore et Constantin étaient ré
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ment « déconfits » cbi.^»^ .».» ^» «.»'.. ^^^^ innombrable armée ils tentaient de résister à une poignée de Francs. Le frère de l'empereur, Henri de Flandre, vrai héros, actif et merveilleux batailleur, se couvrit de gloire à Abydos, à l'Andremite, à Nicomédie, à Nicée. De son côté, Boniface était en train de joindre à son royaume de Salonique, la Thessalie, la Grèce septentrionale et laMorée. Il avait fait son entrée à Tbèbes et à Athènes « comme un souverain naturel ».
Les Francs triomphaient de toutes parts : c'est le moment que choisit Jobannis pour envoyer une ambassade à l'empereur Baudouin.
Le Bulgare, traitant l'empereur de pair à compagnon, offrait son amitié. Le Franc parla de sa bienveillance comme d'une grâce qu'il fallait mériter : on ne pouvait s'entendre. Baudouin, en revêtant la pourpre, avait fait siens tous les griefs de ses prédécesseurs contre les Bulgares; il réclamait les territoires conquis sur le domaine impérial et, mal instruit, ce qui est excusable, delà longue suite d'ancêtres dont se glorifiait Jobannis, le qualifia de parvenu. En conclusion, Baudouin avertissait Jobannis « qu'il eût à prendre le ton d'un vassal envers son seigneur ; qu'autrement, il aurait incessamment affaire aux armées françaises ».
Le barbare, humilié, sut fort bien se garder