‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientales (volume 2)Chapitre 10 sur 65 · UNE LETTRE INÉDITE D'ANDRÉ MICHAUX · texte numérisé non relu

UNE LETTRE INÉDITE D'ANDRÉ MICHAUX

particulière, était inconnue du D' Hamy; elle est datée de Bagdad, le 6 novembre 1784, c'est-à-dire de l'époque de la découverte du fameux caillou ; elle est entièrement autographe et signée, et forme deux pages et demi in-folio.

Bagdad, le 6 novembre 178 î.

Monsieur,

Le retard de la caravane d'ici à Alep me donne la facilité de joindre à la lettre du 15 du mois dernier un petit extrait sur la Perse. Je vous demande votre indulgence à l'égard des fautes que vous trouvères dans cet extrait, que le temps ne me permet pas d'étendre davantage ni même de mettre au net. Le détail des événemens depuis la mort de Kehim Khan1, les intrigues, les cruautés et guerres intestines entre differens partis qui s'élevoient et s'anéanlissoient aussitôt par les assassinats multipliés, formeroit seul un volume. Si je diffère mon retour, je vous donneray plus en détail les informations recueillies sur ces événemens et mes observations sur les mœurs, les arts et sciences qui ont existé en Perse et actuellement sont en décadence, mais dont il y a encore des vestiges. J'ay aussi des observations sur les maladies pendant mon séjour à Shiraz. Outre la botanique, j'ay eu soin de décrire tout ce qui a rapport à la minéralogie, et la crainte d'avancer quelque chose qui ne soit pas exactement vrav m'a porté à ramasser, dès autant qu'il m'a été possible, des échantillons de minéralogie aussi bien que de hota-

1. Le Kurde Kerim Khan avilit fondé en Perse on 17."»:; In dynastie des Zend ; il mourut, Agé de 80 ans, en 1193 de l'hégire (1779 après .] et fut remplacé par son deuxième lils, Anmi Fath Khan.

nique. Quant à l'animalogie, je me suis contenté de rendre compte de ce que j'ay vu, car pour se procurer des objets en ce genre il auroit souvent fallu en sacrifier cent en botanique et minéralogie pour acquérir un seul individu du règne animal. Sur la mer des Indes j'ay ramassé quelques coquillages, tant à Karck qu'à Boucher; mais sur la mer Caspienne je nay trouvé que trois ou quatre espèces en ce genre.

Le retard de M. Rousseau, qui annonce ici son arrivée depuis plus de trois mois, m'a empêché d'aller au Curdistan et m'a lait manquer l'occasion de la caravane actuelle pour Alep que je ne retrouveray pas quand je resterois six mois ici. Il ne me reste plus que la ressource de passer le désert avec un Arabe; cette ressource est un peu dangereuse et pénible dans cette saison, mais j'ay envoyé par la Caravanne mes récoltes, semences, herbiers et autres objets. Je suis satisfait d'être pour la dernière fois obligé d'avoir recours à M. Rousseau pour continuer mes voyages, car lorsque je reviendray ici, je préviendra}- de pareils obstacles qui m'ont fait perdre la moitié de mon temps et augmenté par là mes dépenses. Le deuxième voyage que je me propose est le Candahar et le Cachemire par Alep et Bassora, d'où j'entrerois dans le pays de Shushter qui est très intéressant, ensuite j'i roi s à Shiraz, Yezd, Ta bar, Kayen, Herat, Candahar, Caboul et Cachemire. De là, s'il n'y avoit pas d'obstacles, j'irois au Thibet et je reviendrois par le Bengale; sinon du Cachemire je descendrois à Surate. Les informations que j'ay prises sont très favorables; ce pays est en paix et bien gouverné depuis plusieurs années, le souverain actuel est Thamar Shah, il réside à Caboul et sa

UNE LETTRE INEDITE D'ANDRÉ MICHAUX il

domination s'étend jusqu'à Herat et sur l'Indus jusqu'à Tatta où les Anglois avoient une factorie qu'ils ont abandonnée. On peut aller aussi au Cachemire et avec moins de dangers par Bassora, Mascat et Catchik, petit port d'où les caravannes remontent à Cachemire en suivant la rive occidentale de l'Indus. A mon retour, je pourray vous donner d'autres informations sur ces contrées et même sur le commerce que les François pourroient y introduire, par ce que ce pays est riche, bien gouverné, et que nous avons des objets de commerce convenables aux peuples de cette contrée. Je diray pourquoi les Anglois ont cessé d'y commercer; les Portugois y ont encore des relations, mais faibles parce qu'ils n'y commercent que des productions de l'Inde, portées aussi par d'autres.

Je suis très respectueusement, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

André Michaux.

DE CONSTANTINOPLi: A TRÉBIZONDE

Notre ambassadeur à Gonstantinople, le général Brune, désireux de faire recueillir des notions géographiques sur les côtes de la mer Noire, encore presque inconues aux Européens, donnait, le 11 fructidor an xi (septembre 1803), ordre à l'interprète Jouannin de s'embarquer sur le bâtiment français le Jeune-Tropez, capitaine Teissère, en chargement pour Trébizonde, où il devait porter* M. Dupre, souscommissaire des Relations commerciales de France dans cette Echelle ; Jouannin visita plusieurs points de l'Analolie et de la Crimée, et rentra à Constantinople le 22 février 1804, après un voyage d'hiver long et dangereux. J'ai publié une partie de son journal dans un travail lu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 2. Ayant eu la bonne fortune de trouver le journal de Dupré lui-même, je le donne aujourd'hui 3 ; on pourra le comparer à celui de Jouannin.

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