Voyage dans les steps d'Astrakhan
2. Voyage dans les steps d' Astrakhan et du Caucase. Histoire primitive des peuples qui ont habité anciennement ces contrées. Nouveau Périple du Pont-Euxin. Par le comte Jean Potocki. Ouvrages publiés et accompagnés de notes et de tables par M. Klaproth... Avec 7 planches et 2 cartes. Paris,. Merlin, 1829, 2 vol. in-8°. — Dédié à M. le Docteur S. H. Spiker, bibliothécaire de S. M. le Roi de Prusse.
JULKS KLAPROTH 57
ces îles, quoique renfermé dans mon cabinet et sans m'ètre exposé aux fureurs des ouragans et des typhons si fréquens dans les mers de Chine. Comme ces îles ne portent pas un nom général sur les cartes chinoises, je leur ai donné celui de feu comte Jean Potockiy que j'ai eu l'honneur d'accompagner pendant le voyage de l'ambassade russe destinée pour la Chine.
« En 1805, ce fut lui qui, le premier, conçut le plan de mon voyage au Caucase, et il rédigea en partie les instructions qui me furent remises1. »
Un Chinois qui, du fond d'une province du Céleste Empire, découvrirait les îles normandes de la Manche et les baptiserait du nom d'un de ses compatriotes qui lui aurait rendu quelque service ne serait pas plus ridicule que ne l'a été Klaproth. L'archipel qu'il place sous le vocable de Jean Potocki, connu des géographes et même des diplomates, s'étend de Port-Arthur à l'embouchure du Ya lou kiang; personne n'a d'ailleurs adopté la proposition de Klaproth.
Le voyage que fit Klaproth avec le comte Jean Potocki lui permit de recueillir une quantité de matériaux qui lui furent fort utiles plus tard pour la rédaction de son Asia Polyglotta* qui, malgré des contradictions et des absurdités, témoigne d'un vaste savoir. Pendant un séjour de dix mois à Irkoutsk, il avait acheté des livres chinois, mandchous, mongols et japonais; grâce à un officier de
1 . Notice sur l'archipel de Jean Potocki situé dans la partie septentrionale de la Mer Jaune. Par Jules Klaproth. Avec une carte. Paris, J.-M. Eberhardt, 1820, in-4°, pp. 8, carte.
2. Asia Poluglotta, von Julius Klaproth. Paris, Gedruckt bei J. M. Eberhardt, 1823, in-4°, pp. xv-144-8.
marine du Japon, naufragé sur les côtes de Sibérie, il put composer un vocabulaire japonais. Rentré à Saint-Pétersbourg', nommé le 11 mars 1807 académicien extraordinaire, il est envoyé le 15 septembre 1807 au Caucase dont il étudie les langues, mais rappelé à Saint-Pétersbourg', il y arrive le 11 janvier 1809 et publie en 1810 un volume de ses recherches1. Un de ses biographes nous raconte ainsi la suite de sa carrière : « A la demande du prince Czartorvski, curateur de l'Université de Vilna, il traça le plan d'une école spéciale de langues asiatiques pour celle université. 11 venait d'y être nommé professeur, et se disposait à partir, lorsqu'il fut retenu par le ministre de l'Instruction publique, qui le chargea de rédiger le catalogue des livres et manuscrits chinois et mandchous de la bibliothèque de l'Académie. Il fut envoyé à Berlin à la fin de 1810, pour diriger la gravure des caractères chinois nécessaires à la publication de cet ouvrage. En quatorze mois tout fut terminé. Les prétentions de M. Klaproth n'étaient pas diminuées par les nouveaux services qu'il venait de rendre. Il devenait plus pressant, et se croyant autorisé à regarder un refus comme une injustice, il ne revint pas à Saint-Pétersbourg. Le congé qu'il sollicita en 1812 se fit très longtemps attendre; en l'obtenant il perdit les titres de noblesse qui lui avaient été conférés et quelques titres académiques 2. »
On pouvait s'étonner qu'un homme étranger, accueilli avec honneur, nommé académicien, anobli, pensionné, ait abandonné si facilement une capitale où il semblait qu'une glorieuse carrière lui fût assu-