Archiv fur Asiatische Litteratur, gr. in
2. Larenaudière, Noiw. Annales des Voyages, 1835, IV, pp. 10-11.
rée pour chercher une nouvelle position au loin à Paris. Sa manière de faire l'avait rendu suspect à l'esprit clairvoyant de Silvestre de Sacy qui écrivit à» Saint-Pétersbourg à Ouvarov pour éclaircir les <loutes qu'il avait de la correction de Klaprolh.
« Paris, Pr février 1817 ».
(( ... Je dois, Monsieur, vous avoir déjà parlé de M. Rémusat, aujourd'hui membre de l'Académie des Belles-Lettres, professeur de Chinois et de Tartare- Mandehou au Collège royal. Il m'a chargé de vous présenter un exemplaire d'un petit ouvrage qu'il a traduit du chinois et publié, et une planche des clefs chinoises, imprimée par le procédé lithographique. M. Rémusat s'occupe aussi des idiomes Mongol et Tibétain, et le plus grand bonheur que je pourrois lui procurer par votre canal, ce seroit de le mettre en correspondance avec quelqu'un de vos interprètes, résidant sur la frontière chinoise, ou parmi les Calmouques. Un dictionnaire mongol est l'objet de ses vœux les plus ardens. Votre zèle pour le progrès de ces sciences orientales me fait espérer que vous mettrez quelque prix à seconder son ardeur, jointe à un excellent esprit et un rare talent.
« A ce propos, je dois vous parler d'un homme qui ne manque assurément ni de talens, ni de connaissances acquises, mais dont la moralité, et les principes me sont extrêmement suspects. Je veux parler de M. Jules de Klaprolh. Il y avoit long-temps que j'élois en correspondance avec lui, avant de
1. Je dois là connaissance de ces lettres, conservées à la Bibliothèque de l* Institut, à M. H. Dehérain, bibliothécaire.
faire sa connoissance personnelle. En 1813, tandis que Buonap. étoit à Dresde, il sollicita un emploi à Paris, et m'en fît part. En 1814, après notre heureuse restauration, il écrivit au Duc de BASSANOpour lui témoigner son admiration pour le colosse renversé, et le projet qu'il avoit formé d'aller lui offrir ses services. Il se rendit en effet à l'isle d'Elbe en 1815. La même année, il venoit de Florence à Paris, quand son idole fut encore renversée. 11 y fit d'abord société avec moi, M. Rémusat, etc., fit imprimer despamphlets grossiers contre M. Langlks, puis se lia d'amitié avec lui, quitta Paris sans rendre rien des livres et objets précieux qu'il avait empruntés à des particuliers ou à des établissements publics, et disparut, laissant le tout à la garde d'une femme de mauvaise vie. On fut obligé de reprendre le tout par la voie de la police. Aujourd'hui il est revenu plus impudent que jamais, avoué par le g-ouvernement Prussien, recommandé par l'Ambassadeur, et disposant d'une somme considérable (70.000 fr.), dit-on,, pour faire imprimer divers ouvrages. Sa présence ici m'inquiète, ainsi que beaucoup de gens bien intentionnés. Quand je réfléchis sur toute sa conduite, j'ai peine à me défendre du soupçon qu'il a toujours été employé comme espion, et espion dangereux. 11 m'est revenu de plusieurs parts qu'il avoit été chassé de Pétershourg", et rayé de l'Académie. Je metlrois beaucoup de prix à savoir ce qui en est. Car enfin sans l'honneur et la probité, je ne fais aucun cas des talens. Vous nous rendriez un service important, en nous éclairant sur ce point-là, et vous pouvez être assuré que je ne vous compromettrai en aucune manière. »
Le comte Serge Semenovich Ouvarov, né à Moscou
le 25 août 1785, Président de l'Académie impériale des Sciences en 1818, devint Ministre dé l'instructruction publique en 1833; en 1846, il fut créé comte ; le 7 janvier 1820, il fut élu associé étranger de l'Académie des inscriptions et belles-lettres; il €sl mort à Moscou le 16 septembre 1855 ; c'était donc un homme occupant une place considérable dans le monde scientifique; voici ce qu'il répondit à Sacv le 14-26 mars 1817 :
« Saint-Pétersbourg, ce 14/26 mars 1817 '.
... « Chargés vous, je vous prie, de mes remerciemens pour Mr. deRémusat, en lui remettant le Dictionnaire Mongol-Allemand ci-joint. Ce Ms. m'a été envoyé de Sibérie et je prie M. Remusat de le garder tant qu'il en aura besoin & d'en faire tirer copie s'il le croit digne de son attention. Assurés le, je vous prie, que je serai toujours charmé de me trouver en relation avec lui.
« Il y a quelque tems qu'interrogé par M. Langlès sur le compte de M. Klaproth, je répondis que sa conduite en Russie avait été singulièrement honteuse; que chargé du soin de faire graver des caractères chinois et muni à cet effet d'une somme d'argent assés considérable, il fut envoyé à Berlin & disparut gardant l'argent & les manuscrits très précieux qu'il avait emportés avec lui. Les égards dus à son respectable père empêchèrent en partie de sévir publiquement contre lui : quoiqu'il ait été alors rayé de la liste des Académiciens. Actuellement j'ai tout lieu
1. Lettre du comte Ouvarov, curateur de l'Instruction publique dans l'arrondissement de Saint-Pétersbourg ; à Silvestre de Sacy ; reçue 27 juillet ; répondue 3 août. L. a. s., Bibl. de l'Institut. No. 407.
de croire que le Gouvernement ne tardera pas à faire connaître à l'Europe la honte de M. Kl. & le juste châtiment qu'il s'est attiré. Les honnêtes gens ne peuvent être que du même avis sur la conduite & les principes de M. Kl. 11 est incroyable que le gouvernement prussien, averti comme il l'était, ait pu accorder la moindre confiance à un homme de cette espèce. Je vous avoue que séduit par ses talens autant que par ma propre passion pour la littérature, j'ai été du nombre de ceux qui, en Russie, lui ont témoigné le plus d'intérêt & c'est un reproche que je me fais souvent. Il est triste de penser que des connaissances & des moyens ne mettent pas à l'abri des bassesses du cœur. »
Dans un post-scriptum à cette lettre, Ouvarov écrit : « Il ne faut pas oublier parmi les torts les plus graves du Sr- Klaproth celui d'avoir écrit à l'Académie une lettre digne d'un crocheteur ivre. »
Sacy remercia Ouvarov par la lettre suivante1 :
« Paris, 4 août 1817.
Monsieur,
« J'ai reçu en même temps, par S. Exe. M. le Ga1, Pozzo di Borgo, vos deux lettres des 14/26 Mars et 15/27 Mai de cette année, et mon premier soin doit être de vous remercier de l'obligeante prévenance avec laquelle vous avez accueilli ma recommandation en faveur de M. Rémusat. Vous pouvez être assuré que le Dictionnaire Mongol entre ses mains, est une mine bien placée, et qu'elle ne restera point enfouie dans la terre et sans porter intérêt; il vous en remercie lui-même par une lettre que je