Lettre de Sacy à Ouvarov, Paris, 4 août
joindrai à la mienne, et il vous fait hommage de deux brochures qui seront jointes à celles que je vous envoie.
« Je vous remercie, Monsieur, des renseignement que vous avez eu la complaisance de me communiquer surM. Klaproth. 11 est bien étrange, sans doute> que le gouvernement prussien accorde quelque confiance à un homme déshonoré à ce point. Cependant M. Schuckmann, ayant été instruit par une lettre que j'avais écrite confidentiellement à M. Ideler à Berlin, et qu'on lui a fait voir, de l'opinion que j'avais de M. Klaproth, a fait prendre à ce sujet des informations a Paris. Mais j'ai tout lieu de croire que MM. les Conservateurs de la Bibliothèque du Roi ne voulant pas se compromettre et s'attirer des reproches sur leur imprudente confiance, auront répondu que M. Klaproth leur a tout restitué. Ce qu'il y a de sûr, c'est que M. Langlès contre lequel il a imprimé des injures atroces, lui témoigne encore aujourd'hui beaucoup de confiance, et ne lui refuse rien. Pour moi qui ne crains point sa langue, et ne me fie pas à ses mains, je l'ai tout à fait écarté de chez moi. On m'a assuré qu'il a vendu à Berlin à M. de Diez un manuscrit de l'histoire généalogique des Tartares d'Abou'l Gazi. Ne seroit-ce point l'exemplaire de la Bibliothèque impériale de Pétersbourg, dont a parlé Schloezer, dans ses Kritisclihistorische Nebenstunden? M. Klaproth colore les spoliations dont il s'est rendu coupable, en disant qu'on l'avait autorisé à prendre tous les doublets dç la Bibliothèque Impériale, et il se vante de n'avoir pas choisi les moins bons. Il y a ici quelques yeux ouverts sur sa conduite; mais malheureusement ce ne sont pas ceux qui devraient lYtre le plus. »
On a vu plus haut que Klaproth avait emprunté à Paris des livres qu'on fut obligé de reprendre par l'intermédiaire de la police; étant donnés les antécédents du personnage, on peut penser à. lui en constatant la disparition de la Bibliothèque royale de deux cahiers du manuscrit de la Notifia Liaguae Slnicae du P. de Prémare; on sait que ce missionnaire, l'un des plus remarquables de la mission française de Peking, avait sous ce titre composé une grammaire chinoise formant cinq volumes in-4° écrits sur papier de Chine qu'il envoya en 1728 à Fourmont l'aîné, que celui-ci s'empressa de déposer à la Bibliothèque du Roi le 11 février 1730; lorsqu'Abel Rémusai retrouva le manuscrit, il ne restait que trois cahiers qui ont été reliés en 1825 * et qui ont été seuls imprimés à Malacca en 1831 par les soins de l'Anglo-Chinese Collège et aux frais de Lord Kingsborough. Que sont devenus les deux autres cahiers qui ont été envoyés par Prémare, qui ont été vus par Fourmont, mais qui n'ont pas été vus par Rémusat? Stanislas Julien avait méchamment insinué que les deux cahiers avaient été soustraits par Abel Rémusat, ce qui est faux; peut-être aurait-il pu chercher du côté de Klaproth qui connaissait la valeur de l'ouvrage, car il possédait une copie de ces deux cahiers, copie qui a été vendue après sa mort avec ses autres livres pour 100 francs et qui est passée au Musée britannique, Add. Ms. 11707; j'ai donné un facsimilé de la première page de cette copie qui renferme un traité inédit : De Sinica urbanitale inter loguendum2.