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feraient tous leurs efforts pour amener, de manière ou d'autre,, la libération du jeune prisonnier chrétien au sort duquel je m'intéressais. — • Dans une dernière conversation que j'eus avec Tinn Quâ, après qu'il se fût acquitté du message des trois grands dignitaires, il me donna de nouvelles preuves de la sincérité des sentiments qu'il avait manifestés à notre entrevue du 31 mars. — Il se montra (et je le crois) franchement disposé à servir nos intérêts, et quoique ce ne soit pas un homme d'une bien grande intelligence, il me paraît avoir un jugement sain et capable d'apprécier très nettement les dangers de la situation dans laquelle son pays se trouve placé et les ressources que l'avenir pourrait offrir à la Chine si la France consentait à l'aider de son influence et de ses conseils. — Je n'hésite pas à penser qu'en lui témoignant de la confiance et en reconnaissant par quelques distinctions flatteuses ce que sa conduite a eu d'obligeant pour nous, on trouverait en lui, au besoin, un correspondant dévoué, fidèle et utile. — Le capitaine Cécille a eu également beaucoup à se louer du mandarin Tinn Quâ. Je puis mentionner, ici, en passant, qu'ainsi que je l'avais prévu, l'entrevue du capitaine Cécille avec les autorités chinoises a été connue à Canton et à Macao, peu de temps après son départ pour Manille. Dans le cours de mes relations avec les hauts dignitaires, il n'a été fait, du côté décès éminents personnages, aucune allusion à cette entrevue, mais, j'ai eu soin de les remercier des attentions dont le commandant de YErigone avait été l'objet lors de sa visite à Canton.
La lettre annoncée par Tinn Quâ me fut remise dans la soirée du 3 avril. Cette lettre que j'ai l'honneur d'envoyer à V. E., en original, et que M. Libois, Procureur des Missions Étrangères en Chine, a eu la complaisance de faire traduire par un Élève des Missions sur l'entière discrétion duquel on. pouvait compter, est ainsi conçue :
« Au Chef français, de Jancigny,
« Votre humble frère Pan Sé-tchang,
prosterné devant vous écrit :
« Je suis chargé, de la part du Général en Chef des armées du premier et du second Gouvernement des Provinces, de-soumettre à Votre Seigneurie ce qui suit.
« Votre Seigneurie était venue à Canton pour délibérer avec nous sur les moyens de faire la paix avec les Anglais.
« Pour témoigner leur reconnaissance de cette faveur et conformément aux avis de votre Seigneurie, les grands Mandarins auraient voulu, tout d'abord, écrire aux Ministres de votre noble Empire ; mais, attendu que certaines lois de l'Empire chinois s'opposent à des communications directes de ce genre, ils n'ont osé passer outre et ont chargé votre humble frère de vous faire connaître leur désir, qui est que Votre Seigneurie veuille bien faire accepter aux Ministres de votre noble Empire les salutations empressées des grands Mandarins et les assurer de leur part que les relations amicales qui ont toujours existé entre les deux Gouvernements ne peuvent qu'être affermies par la conduite pleine de bienveillance de Votre Seigneurie à notre égard. Les conseils que Votre Seigneurie nous a donnés sur plusieurs points importants sont difficiles à suivre, et, pour ce motif, nous n'avons pas osé en faire part à l'Empereur, mais, si Votre Seigneurie pouvait trouver un moyen d'éluder ces difficultés, pour arriver au but (rem perficere), tous les Mandarins vous rendraient (votre humble Frère y compris) d'amples actions de grâces.
« Si vous voulez bien communiquer exactement toutes ces choses aux Ministres rie votre noble Empire, en les saluant de la part de chacun de nous en particulier, vous nous procurerez la satisfaction la plus vive !
Votre très humble frère Pan Sé-tchang expose de plus :
« Que, selon les intentions (sicut jussisti) de Votre Seigneurie, l'ordre a déjà été donné à tous les marchands Hanistes, pour qu'ils ne perçoivent pas plus, à l'avenir, des navires français que des autres ? »
« 23me jour de la 2e lune de la 22e année de Taou Kwang » (3 avril 1842).
Le but le plus important de mon voyage à Canton étant ainsi atteint, je quittai cette ville le 4 et fus de retour à Macao le 7 avril. J'en repartis le 13, avec M. Morrison1, Secrétaire Interprète de la Mission Britannique en Chine, pour me rendre à Hongkong où j'arriverai dans la matinée du 14...
1. John Robert Morrison, né à Macao en 1814 ; 7 de fièvre paludéenne à Hongkong en 1843 ; fils aîné du célèbre Dr Robert Morrison.
J'étais de retour à Macao le 18, avec M. Monge, et j'y ai été rejoint le 19 par Mr. Chonski que j'avais laissé à Canton pour y terminer plusieurs travaux commencés sur le commerce de cette ville...
J'avais également recommandé à Mr. Chonski d'écrire aux Hanistes pour s'informer si l'ordre (au sujet des droits à percevoir des navires français) mentionné dans la lettre (des autorités chinoises du 3 avril) leur était parvenu. — Voici la réponse collective des Hanistes à la lettre de Mr. Chonski. (Le document original accompagne cette dépêche. Il a été traduit par les soins empressés de M. Libois l.)
« Au seigneur Chonski, Secrétaire, etc.
« Vous nous avez fait l'honneur de nous écrire, au sujet des droits de surplus, de 100 Taels, exigés jusqu'à présent des navires de Votre Royaume. Nous ne percevions ces droits que par ordre de notre Gouvernement et dans l'intérêt du Trésor impérial.
« A l'avenir, ainsi que cela a été réglé entre le chef de votre nation et nos grands Mandarins, nous ne percevrons rien de plus de vos navires de commerce, que ce qui est payé par les Anglais et les Américains.
« Agréez les salutations empressées de :
SlÉ
Fan
Ou
Lou
LlANG
iéou
tchao
ki
tcheng
ien
coang
ho
coang
hi
Fan
Fan
Ma
Ou
iun
ouin
ouin
tso
tien
chang
hay
tao
leang
iuèn
« tous ensemble. »
« 14me jour de la 3e lune de la 22e année de Tao kwang » {24 avril 1842).
Les signatures apposées à ce document sont les noms ofp.-
1. Napoléon François Libois, né le 14 décembre 1805 à Chambois (Orne), parti 20 février 1837 ; Procureur des Missions étrangères à Macao ; y Procureur à Rome, 6 avril 1872.
ciels des Hanistes et doivent être lus dans l'ordre indiqué par les chiffres que j'ai placés au-dessus de chaque nom. Le n° 1 -est le célèbre Howquâ dont le nom a figuré si souvent dans les démêlés des Anglais et des autorités chinoises au sujet de l'opium. Les autres sont connus des Européens, sous les noms suivants, par ordre d'ancienneté :
2. Mowqua, 3. Pankequa, 4. Kingqua, 5. Goqua, 6. Mingqua, 7. Saouqua, 8. Ponhoyqua, 9. Samqua, 10. Ching Shing ou kwanqua1.
Le 8 juillet 1842, la corvette la Favorite mouillait sur la rade à Macao après une traversée d'onze jours depuis Singapore; elle repartait le 17 juillet emmenant Jancigny, arrivait à Hongkong- le 18 au soir, appareillait le 20 dans la matinée et se dirigeait vers Ting Haï dans la grande Chousan où les vents ne lui permirent d'arriver que le 6 août vers midi ; de là elle se rendit à Wou soungoù, le 23, elle mouillait près de YErigone qui d'ailleurs n'avait pas tardé à remonter le Yang tseu jusqu'à Nan King.
La prise de Tchen Kiang (21 juillet 1842) au confluent du Kiang- et du Grand Canal avait permis aux Ang-lais de remonter jusqu'à Nan King-; le 11 août, ils étaient près d'attaquer cette capitale de la vieille Chine, lorsque les Chinois hissèrent le pavillon blanc. Les nég-ociations traînèrent en longueur; mais enfin, le 29 août, un traité était sig-né à bord du vaisseau de guerre anglais le Cornwallis par le major général Sir Henry Pottingek et les Hauts Commissaires chinois Ki-Ying et Ilipou2.
1. Voir Les Marchands hanistes de Canton, par Henri Cordier. l^xt. du Toung pao. Série II, Vol. III. Leide, 1902, in-8, p. 32.
2. Jancigny dans une lettre de Macao, le 7 mars 1843, nous apprend qu'Ilipou mourut à Canton le 4 mars à six heures du soir et qu'on faisait courir le bruit qu'il avait été empoisonné.
Ce traité, le plus considérable conclu par la Chine avec une puissance européenne depuis le traité de Nertchinsk, comprend treize articles dont nous ne rappellerons que les principaux : ouverture au commerce des cinq ports : Canton, Amoy, Fou Tchéou, Ning- Po et Chang Haï, avec le droit d'y établir des consuls (art. 2) ;cession de l'île de Hong- Kong- (art. 3); indemnité de six millions de dollars pour la valeur de l'opium saisi à Canton en mars 1839 et pour les mauvais traitements infligés aux sujets britanniques (art. 4); abolition des marchands hannistes et paiement de trois millions de dollars pour les dettes de ces derniers à l'égard des sujets britanniques (art. 5); une indemnité de guerre de douze millions de dollars (art. 6), etc. Ce traité fut approuvé par l'Empereur le 24e jour de la 9e lune de la 22e année de son règne (27 oct. 1842), et les ratifications furent échangées à Hong Kong-, le 26 juin 1843 ».
Le commandant Cécille avait laissé VErigoie à Wou Soung, était remonté sur une jonque à Nan King et avait été présent à la signature du traité; il quitta Nan King* le 4 septembre pour rejoindre son navire et eut la surprise le 6, en descendant le fleuve, de rencontrer la Favorite qui le remontait, surprise peu agréable à en juger par la dépêche que le commandant Cécille adressa le 30 sept. 1842 au Ministre de la Marine :
J'ai laissé la Favorite dans le Yang-tseu Kiang. J'ai été fort étonné de l'y rencontrer, et plus encore de voir M. de Jancigny à bord. J'avais refusé formellement de conduire cet agent
1. Henri Cordier dans l'Histoire générale de Lavisse et Rambaud, X, p. 980.
commercial, qui passe aux yeux des Anglais pour un agent politique envoyé en Chine dans des vues peu bienveillantes à leurs intérêts. J'avais refusé formellement, dis-je, de le conduire dans le nord, sachant le mauvais effet que cela produirait dans l'armée anglaise.
La Favorite mouilla le 17 septembre 1842 devant Nan King-, quelques heures après le départ du vapeur Auckland qui portait le traité. Elle était de retour à Macao le 10 novembre en même temps que VErigone arrivée de Canton.
Jancig-ny ne manque pas de relater un petit incident qui se passa prés de Macao1 :
M. le Commandant Cécille, de YErigone, et M. le Commandant Page, de la Favorite, ayant été se promener avanthier en compagnie de quelques Missionnaires Lazaristes dans une île située de l'autre côté de la rade intérieure, l'île happa, y ont été soudainement assaillis par un rassemblement de Chinois appartenant à la lie du peuple et qui dans cette partie du territoire chinois se sont toujours rendus redoutables par leurs habitudes de violence et de pillage. Ces Messieurs ont été tous plus ou moins maltraités. M. le Commandant Cécille a été assez grièvement blessé à la tête et a reçu deux fortes contusions, l'une à la main droite, l'autre à la cuisse ; on lui a volé sa casquette galonnée et ses lunettes, c'est, à grand peine qu'il a pu, avec ceux qui l'accompagnaient dans cette malheureuse excursion, effectuer sa retraite à l'embarcation qui les a ramenés à Macao où les autorités chinoises, immédiatement informées de ce qui s'était passé, se sont empressées de venir témoigner au Capt. Cécille combien elles étaient indignées de cet outrage et l'assurer que les mesures les plus promptes et les plus efficaces allaient être prises pour s'emparer des coupables dont les principaux leur avaient été signalés.
1. Lettre au Ministre des Affaires étrangères, Macao, 30 (1er. 1S 12.
Cette affaire fut d'ailleurs promptement réglée.
Peu de temps après, des difficultés surgissaient entre le Commandant Page et Jancigny au sujet d'une carte du Yang tseu rédigée à bord de la Favorite que réclamait ce dernier. Décidément Jancigny ne s'entendait pas avec la Marine : il écrivit à Paris une lettre de plaintes contre les Commandants Cécille et Page.
Pendant son séjour à Canton, le Commandant Cécille avertit le 1er mars 1843 le Vice-Roi des deux Kouang, de l'arrivée d'un Consul de France :
...J'ai été informé que S. M. le Roi des Français envoie un Consul de lre classe en Chine. Cet agent supérieur arrivera dans peu, je l'espère. Je me réjouis de cette circonstance qui me fait espérer que des relations plus intimes pourront bientôt s'établir entre l'Empire Céleste et le royaume de France...
Sig. Cécille.
Le Vice-Roi répondit* :
...Après la mort du Commissaire Impérial Ilipou, le Consul anglais a demandé que j'écrivisse à l'Empereur pour le prier d'envoyer à Canton Y, Vice-Roi des deux Kiang, pour prendre la gestion des affaires. Je me suis conformé à ce désir, et si l'Empereur approuve cette demande, il ordonnera à Y de se rendre immédiatement du Kiang Nan ici. Le tems de son arrivée ne doit pas être éloigné. Je prie donc l'honorable Commandant d'attendre ce Commissaire Impérial : alors nous nous verrions ensemble face à face, et nous traiterions de nos affaires selon les circonstances. De cette manière tout s'arrangerait convenablement...
Le Commandant Cécille ne peut attendre l'arrivée de Y mais l'arrivée de M. de Ratti-Menton per-