‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientales (volume 2)Chapitre 30 sur 65 · e année du 15e jour de la 3e lune · texte numérisé non relu

e année du 15e jour de la 3e lune

mettra aux Chinois de causer avec un représentant de la France, le seul autorisé à traiter des affaires*.

J'aurais également désiré conférer avec le Commissaire Impérial, nommé par l'Empereur en remplacement de l'infortuné Ilipou, mais l'époque de son arrivée à Canton étant encore incertaine et des intérêts majeurs réclamant ma présence en Cochinchine, je serai obligé de partir très prochainement pour ce pays, et probablement avant l'arrivée du Commissaire impérial. Tout en regrettant cette circonstance, je m'y soumets néanmoins d'autant plus volontiers que je suis informé, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire à V. E. dans ma précédente lettre, que M. le Cte de Ratti-Menton a été nommé par le Roi des Français au Consulat de Chine, et que ce haut fonctionnaire arrivera prochainement avec des instructions spéciales pour régler les intérêts politiques et commerciaux qu'il sera possible d'établir entre le Céleste Empire et le Royaume de France pour le plus grand avantage des deux nations.

Je crois que M. le Cte de Ratti-Menton sera à Canton le mois prochain, sans cependant pouvoir l'affirmer à cause de la grande distance qu'il a parcourue pour se rendre de France en Chine ; mais quelque soit l'époque de son arrivée, je prie instamment V. E. de reporter sur cet agent supérieur la bienveillance dont elle a bien voulu m'honorer depuis le jour où je la vis pour la première fois et dont je conserverai le précieux souvenir toute ma vie.

Si, après mon départ, V. E. avait quelque communication importante à faire au gouvernement du Roi des Français, je l'engagerais à attendre, pour agir, l'arrivée du Consul qui seul sera autorisé par S. M. à traiter des affaires publiques avec le Gouvernement de l'Empereur.

En quittant la Chine, peut-être pour n'y plus revenir jamais, que V. E. veuille, etc.

Sig. Cécille.

1. Lettre du Corn1 Cécille au V.-Roi en date de Canton le 15 avril 1843 (Extrait).

Cependant Jancigny ne demeurait pas inactif et il entretenait une correspondance importante avec les Hautes Autorités chinoises. Il échangea des lettres avec Ki Koung, Gouverneur Général des Deux Kouang- :

J'ai le plaisir d'accuser à V. E. réception de sa lettre du 26 du mois dernier.

J'ai lu avec attention ce que V. E. a jugé à propos de me communiquer relativement aux difficultés et aux délais qu'entraîne la fixation du nouveau tarif... Je suppose que V. E. veut par là faire allusion aux négociations pendantes entre les Gouvernements chinois et anglais.

Je ne me propose pas d'examiner, quant à présent, jusqu'à quel point les arrangements avec l'Angleterre pourront, commercialement parlant, exercer dans l'avenir quelque influence de détail sur les négociations récemment ouvertes entre les deux nobles Empires, la Chine et la France.

Ce que je souhaite surtout, c'est que certains principes généraux soient aussitôt que possible arrêtés entre S. E. le Commissaire Impérial et moi-même (avec coopération du Consul de France) comme base des relations futures, à la fois politiques et commerciales, entre les deux Empires.

Dans ce but j'ai cru nécessaire de m'adresser à S. E. le Commissaire Impérial, et j'ose espérer que V. E. partagera entièrement ma conviction quant à la nécessité et à l'opportunité d'une prompte décision sur un point de cette importance. On s'occupera des détails en temps convenable. Voici pour le moment, ce que j'ai à soumettre à V. E. et je saisis cette occasion de lui renouveler mes compliments et mes salutations les plus empressées.

{Signé) A. dB. de Jancigny.

Macao, le 5 juillet 1843.

Ki, Second Précepteur du Prince Impérial, Président du Conseil de la Guerre et Gouverneur Général des deux Quam, adresse la réponse suivante au noble Agent français :

J'ai bien reçu, il y a quelques jours, votre lettre par laquelle vous m'exprimiez le désir de voir établir les principes généraux qui doivent servir de base aux relations commerciales de votre noble royaume (avec la Chine) et la nécessité que ces points importants fussent traités de concert avec le Haut Commissaire Impérial et moi. Nous nous sommes consultés et avons conjointement examiné le nouveau règlement (ou nouveau tarif) proposé par la nation britannique et dont la minute est enfin terminée.

Mais, attendu qu'il ne convient pas qu'aucune nation soit traitée avec la moindre partialité ou privée des effets de la bienveillance impériale, il est nécessaire que ce tarif soit le même pour tous.

Le Haut Commissaire Impérial ayant reçu l'ordre de venir à Canton pour y traiter des affaires des nations qui s'y trouvent (représentées), aucune ne restera étrangère à sa sollicitude et nous espérons pouvoir, en tout, nous conformer à vos sentiments en consultant la raison. Notre unique but étant que les natifs (Chinois) et les étrangers, les négociants et le peuple vivent en parfaite harmonie.

Indépendamment d'une dépêche que j'adresse au Haut Commissaire Impérial, sur tous les points de la lettre que vous m'avez écrite afin qu'il puisse délibérer et donner des ordres en conséquence, j'ai jugé utile de vous transmettre cette réponse, sans délai, pour votre gouverne. Je saisis cette occasion pour vous souhaiter toutes sortes de prospérités.

Voilà pour le moment ce que je crois devoir vous communiquer. 17 de la 6e lune de l'an 23 de Tao-Kouang (14 juillet 1843.)

Le Colonel A. dB. de Jancigny etc. etc. A Son Excellence Ri-Ying Haut Commissaire Impérial, Second Précepteur du Prince Impérial, Président du Conseil de la Guerre, Vice-Roi et Gouverneur général des deux Rouan g", Membre de la famille impériale, etc., etc., etc.

Ayant été officiellement informé de l'arrivée de V. K. dans la capitale des deux Kouang, par S. E. le Gouverneur générai

desdites Provinces, je saisis, dans l'état encore précaire dénia santé, la première occasion qui se présente pour offrir à V. E. mes félicitations sincères sur son heureuse arrivée.

Mon très respectable ami, S. E. le Vice-Roi, aura sans aucun doute fait part à V. E. du vœu ardent que j'ai toujours manifesté de voir, conformément aux désirs de mon Auguste Souverain et de la nation française en général, les rapports d'amitié qui de temps immémorial ont existé entre les deux Gouvernements, prendre dans les circonstances présentes des racines plus profondes, et se développer au sein du Céleste Empire et des États de son Auguste Souverain.

Pour atteindre ce but, il est convenable de s'occuper sans délai de l'examen des relations qui devront s'établir entre les deux nobles Empires, et d'arrêter de concert, comme base de ces relations futures, quelques principes fondamentaux et Conventions provisoires dont la sanction serait soumise ensuite à nos souverains respectifs.

En conséquence ( ne pouvant encore à cause de l'état de ma santé me rendre à Canton et jouir de l'avantage d'une conférence avec V. E.) je prends la liberté de solliciter pour M. Challaye, Consul de France, et M. de Chonski, mon secrétaire, la faveur d'une entrevue avec V. E.

Ces Messieurs, en présentant à V. E. mes souhaits et mes compliments empressés, se trouveront à la fois heureux et honorés de saisir une occasion aussi flatteuse de communiquer directement avec V. E. sur les différents points importants liés, dans l'avenir, à la prospérité mutuelle des deux Empires.

Si, comme je l'espère, V. E. pense, ainsi que moi, qu'il est convenable et opportun que nous nous entendions promptement sur les principaux points auxquels j'ai fait allusion dans cette lettre, je lui demanderai de vouloir bien envoyer ici, sans délai, un officier d'un rang convenable, ayant la connaissance des affaires et muni des instructions nécessaires. Nous serons ainsi en mesure d'entretenir une correspondance régulière et utile jusqu'à l'époque où je pourrai espérer de faire la connaissance personnelle de V. E.

Je prie V. E. d'agréer mes salutations et mes souhaits lesplus empressés et les plus sincères.

(Sig.) A. dB. de Jancigny.

Macao, 5 juillet 1843.

Ki, etc., au Colonel A. de Jancigny, agent du Gouvernement du Roi des Français en Mission spéciale en Chine, etc., etc., etc.

Votre lettre que je viens de recevoir est une preuve manifeste de vos intentions bienveillantes et m'a causé une vive satisfaction. J'espère que la maladie dont le hasard a voulu que le noble Colonel souffrît les atteintes, aura certainement disparu dans peu de jours et qu'il jouira dès lors d'un bonheur sans mélange.

La France est sans contredit, l'un des Empires les plus grands et les plus florissants de l'Europe et ses relations (amicales) et son commerce -avec la Chine- datent de l'époque la plus reculée. Les négociants de cette nation qui sont venus à Canton y ont toujours tenu une conduite exemplaire. Telle a toujours été mon intime conviction.

Maintenant que nous avons consenti à l'établissement d'un tarif régulier et à supprimer les dépenses extraordinaires (auxquelles les négociants étaient soumis) afin que toutes les nations puissent participer également aux gains et aux avantages du commerce, il n'a jamais pu entrer dans notre pensée que les négociants français ne participassent pas à ces avantages.

Messieurs Challaye et Chonski ayant remonté à Canton ces jours-ci, j'ai délégué un Commissaire d'un rang élevé pour les recevoir et s'aboucher avec eux. Ces messieurs lui remirent une pièce relative à la fixation des droits, etc., pièce qui a été mise sous mes yeux, mais, attendu que M. Challaye a annoncé que ce n'était qu'une première rédaction peu exacte et qu'il se trouvait un document plus clair et plus complet entre vos mains, je vous prie de vouloir bien le faire traduire en chinois et me l'envoyer au plus tôt à Canton, afin que je puisse, avec le Vice-Roi et le Lieutenant Gouverneur, l'examiner et en approuver les dispositions. J'enverrai ensuite, de nouveau, à Macao un officier d'un grade convenable, d'une habileté et d'une expérience (éprouvée, pour qu'il puisse délibérer en personne avec vous sur tous les points (nécessaires).

Dans le cas où vous seriez rétabli, et que vous vinssiez à cette Capitale, je m'empresserai de vous voir et je vous recevrai avec tous les égards qui vous sont dus.

Je profite de cette occasion pour vous souhaiter toutes prospérités. Scellée et close le 18e jour de la 6e lune de l'an 23e de Tao-Kouang (15 juillet 1843).

PROJET d'une CONVENTION provisoire entre

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