Extrait du T'oung Pao, 190C
étaient : le P. Guy Tachard, qui resta au Siam, Joachim Bouvet, Louis Lk Comte, Jean de Fontaney, Jean-François Gerbillon et Claude de Visdelou. Ils s'embarquèrent à Brest le 1er Mars 1685 sur V Oiseau, commandé par M. de Vaudricourt, avec le chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi à Siam, et partirent le surlendemain. Ils arrivèrent en Chine le 23 juillet 1687 et à Pe-king le 7 février 16881 .»
Les progrès de Gerbillon dans la langue mandchoue, paraissent avoir été singulièrement rapides, car nous le voyons dès l'année qui suivit son arrivée à Pe-king, être avec le Père Pereyrà - un des interprètes qui prirent part aux négociations du traité de Nertchinsk (27 août 1689) signé en latin, en russe et en mandchou. D'ailleurs les travaux de Gerbillon sur le mandchou ont servi aux missionnaires de Pe-king jusqu'au P. Amiot dont les ouvrages ont pour base ceux de son devancier.
Gerbillon fut Supérieur de la mission française de Pe-king en 1699, après le P. de Fontaney qui en fut le premier; le 3 novembre 1700, Gerbillon fut nommé Supérieur de tous les Jésuites français de Chine ; il est mort à Pe-king, le 22 mars 1707.
J'ai acheté de Charavay, il y a quelques années, les cinq lettres que je publie aujourd'hui. Elles sont inédites; toutes sont entièrement autographes; la troisième a été malheureusement fort endommagée et j'ai laissé en blanc les fragments déchirés.
1. Henri Cordier, Histoire générale de Lavisse et Rambaud, VI, pp. 911-2.
2. Thomas Pereyra, né à S.-Martinho de Valo, 1er nov. 1645 ; arrivé en Chine en 1673; f à Pe-king, 24 déc. 1708.
CINQ LETTRES INÉDITES DU PÈRE (iERBILLON 3
A Levau1, le 5e de Juin 168G.
Mon très honoré Père
Comme nous sommes sur le point de partir de ce Royaume pour aller a Macao qui est l'entrée de la
1. Levau est pour Louvo. « C'est, dit le P. Tachard ( Voij. de Siam, 16S7, p. 225), une Ville à quinze ou vingt lieues de Siam vers le Nord, où il passe neuf ou dix mois de l'année, parce qu'il y est plus en liberté, & qu'il n'est pas obligé de s'y tenir renfermé comme il fait à Siam, pour entretenir ses sujets dans l'obéissance & dans le respect. »
« L'arrivée (22 août 1662) à Juthia, capitale du Siam, de Pallu, évèque d'Héliopolis, et de la Mothe Lambert, évèque de Béryte, marque en réalité le commencement des relations de la France avec le Siam. Elles débutèrent dans des circonstances très particulières : la rivalité des Compagnies hollandaise et française dans l'Indoustan, la prépondérance de la première, enfin les avances faites à nos compatriotes par le roi Phra- Naraï. Baron, notre agent à Surate, envoya, en 1680, le vaisseau le Vautour avec Boureau-Deslandes, qui établit un comptoir au Siam. Par malheur, une première ambassade siamoise, à destination de la France, périt sur la côte de Madagascar avec le Soleil d'Orient qui la portait. Cependant un certain Constance Phaulkon, né vers 1618 dans l'île de Céphalonie, avait, après beaucoup d'aventures, échoué au Siam, où il avait fini par devenir premier ministre. Il se montra favorable aux Français, et, le 25 janvier 1684, une deuxième ambassade partait de Siam et arrivait à Calais sans mésaventure. Fort bien reçus en France, les ambassadeurs siamois furent chargés d'une lettre de Louis XIV pour leur roi.
Le chevalier de Chaumont fut chargé, en qualité d'ambassadeur, d'accompagner les envoyés siamois. On lui donna comme second l'abbé de Ghoisy. L'Oiseau et la Maligne, commandés par MM. de Vaudricourt et de Joyeux, partirent de Brest le 3 Mars 1685, portant, outre l'ambassadeur et les envoyés siamois, les six jésuites dont nous avons parlé précédemment et quelques autres ecclésiastiques. Ils arrivaient le 23 septembre au mouillage de la rivière de Siam. Sans entrer dans le détail des intrigues qui eurent lieu à la cour entre Constance Phaulkon et le P. Tachard, disons qu'un traité fut signé à Louvo, le 10 Décembre 1685, par le chevalier de Chaumont et Constance Phaulkon, celui-ci « députe avec ample pouvoir de Sa Majesté de Siam, pour accorder en son roial nom des privilèges aux missionnaires apostoliques dans tous ses roiauines en la manière suivante ». Le traité ne comprend que cinq articles. Ils sont tous relatifs au libre exercice de la religion chrétienne et à la protection des missionnaires et de leurs ouailles. Aucune clause politique ou commerciale. Beaucoup de bruit pour peu de chose. Une audience solennelle du
Chine, ou ie ne trouvera y apparemment occasion de vous escrire que vers le mois de Décembre prochain, ie laisse icy mes lettres entre les mains d'un de nos pères qui aura soin de les envoyer par les voyes les plus sûres. J'en laisserai deux pour vous et une pour ma mère qui seront envoyées par trois voyes différentes affin que vous en recevies au moins quelques unes. J'en useray de rnesme autant que ie le pourray quand ie seray a la Chine ou la liberté que toutes les nations étrangères y ont présentement pour le commerce nous donnera moïen (renvoyer des leltres plus souvent et par différentes voyes iusqua ce que l'expérience nous ayt appris quelles seront les plus sures et les plus courtes.
Je vous ay escrit fort amplement par ie vaisseau ' qui nous a ammené icy et qui remeine Mr l'ambassadeur2 et ie vous ay envoyé une relation fort en détail de tout ce qui nous est arrivé depuis nostre départ de France3 iusques au iour que M1 l'ambas-
roi, le 12 décembre, clôture la mission de Chaumont, mission toute d'apparat, qui eut un retentissement comparable à celui que causa un siècle plus tard l'ambassade de Macartney en Chine, mais qui eut toutefois une suite plus immédiate : l'envoi d'une nouvelle mission avec un but plus pratique que celui de la conversion des Siamois au christianisme. Chaumont quittait Siam le 22 décembre 1685 et, le 18 Juin suivant, il rentrait à Brest, accompagné de trois ambassadeurs siamois et de vingt mandarins, porteurs d'une lettre de Phra-Naral à Louis XIV. » (Henri Cordier, Histoire générale de Lavisse et Rambaud, VI, pp. 915-917.)