‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 15 sur 100 · PREMIÈRE OPÉRATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OPÉRATION

Je m'embarquai sur ce vaisseau avec deux commis, deux enfans de langue et un chirurgien; toutes personnes destinées par la Compagnie pour rétablissement du Comptoir projette. Je partais de Flsle de France le 16 avril 1749 et dirigeai ma route du côté de Pondichéri pour y aller prendre deux Cochinchinois qu'un vaisseau de Macao y avait laissés et les reporter à la Cochinchine pour servir d'interprètes au Comptoir que j'établirais dans le port de Faïfo, tandis que je serais occupé à négociera la Cour.

Après plus de deux mois de traversée, le Sumatra, très mauvais voilier, arriva à Pondichéry, le 20 Juin, dans l'état le plus misérable, coulant bas d'eau. M. Dupleix1, général des Indes françaises, ordonna la visite du vaisseau qui fut déclaré hors d'état de faire 1<> voyage de la Cochinchine.

Pour ne pas retarder des opérations que la Compagnie avait à cœur, je présentai une requête au

1. Joseph-François Dupleix remplaça Dumas à Pondichéry à la lin de 1741, et lui-même eut pour successeur à Chandernagor Du chef de la loge de Rfahé,

Conseil de Pondichéry, demandant à la place du Sumatra le vaisseau le Machault^ qui dès lors était destiné à hyverner aux Indes, faute de marchandises. Le Conseil me l'accorda; il fut armé en toute diligence; on y versa la cargaison du Sumatra et le 7 Juillet je partis de la rade de Pondichéry pour le port de Faïfo2 où j'arrivai le 29 août 1741)3.

Cette longue traversée, à la suite de la première, me fit arriver à la Cochinchine dans la morte-saison, tems auquel les pluyes commencent et les marchands se retirent dans les montagnes pendant 4 à 5 mois qu'elles durent, de sorte qu'il ne s'y fait plus alors

1. Le Machault était un bâtiment de 600 tonneaux, armé de 30 canons, monté par 180 hommes, commandé par Christy de la Paltière ; il fut armé à Lorient pour les Indes, le 9 janvier 1748 et fut désarmé le 15 juillet 1751.

2. « Il y a en Cochinchine plusieurs ports. Le plus considérable est celui que les Portugais nomment Faïfo et les Cochinchinois Hué-han. 11 est dans la province de Cham, situé par les 16 degrés moins quelques minutes, éloigné de la cour de quelques journées de chemin. Le port est profond. Les vaisseaux y sont en sûreté. Il est extrêmement commode pour les marchands. Les bâtimens viennent mouiller à la porte des factoreries. L'entrée n'en est pas difficile. C'est une grande rivière qui traverse la province de Cham et vient des montagnes de Laos. Faïfo est l'endroit le plus commerçant de la Cochinchine. Il y a toujours près de 6 000 Chinois qui sont les plus gros marchands; ils sont mariés dans le pays et payent tribut au Roi. Il y a aussi deux églises, une des Pères Jésuites portugais, l'autre des Franciscains espagnols. Le Gouverneur de la province demeure à une lieue de là, dans un endroit nommé Kéta le long de la même rivière. C'est là que les missionnaires français ont une église. On trouve en arrivant à Faïfo des factoreries à louer autant que l'on veut. Les plus grandes coûtent ordinairement 100 piastres pour tout le temps de la mousson. » (Mémoire sur la Cochinchine, 1744. — Revue de V Ext. -Orient, II, 1883, pp. 334-5.)

3. En réalité, il arriva dans la baie de Tourane, le 20 août 1749. « L'entrée de la baye est à trois lieues dans le nord de l'isle Chiam appelée communément Chiam Pelo Verdadeiro Dans le fond de la baye presque vis à vis son ouverture git la petite embouchure de la granit1 rivière de Faïfo : toutes les montagnes qui forment la baye et l'environnent sont bien boisées et présentent un coup d'œil agréable » {Journal d'un voy. à la Cochinchine [Machault]. Revue d'Eoct. -Orient, [II, p. 363).

aucun commerce. D'ailleurs 74 bâtiments chinois avaient déjà enlevé cette année toutes les marchandises du Pays et n'ayant encore ny permission ny connaissance, ny monnoye chez une nation où les Français paraissaient pour la première fois, je ne pus entamer aucune opération de commerce pendant les derniers jours de la belle saison qui s'écoulait.

Je me transportai à la Cour, éloignée du port d'environ trois journées de chemin. Je traitai avec le Roi*, dont je fus bien reçu et commençai par obtenir de lui la permission de commercer avec ses sujets. Je pensai ensuite à me pourvoir d'une monnoye courante pour faire mes achats.

On ne connaissait à la Cochinchine d'autre monnoye que des deniers de cuivre et quelquefois dé toutenague2. Ces deniers sont de la forme de nos liards, mais percés dans le milieu, pour la commo-

1. L'Empereur d'Annam était alors Lê-hiên-tông (Lê-duy-dào), 26» roi de la dynastie de Lé, 1740-1786, mais le pouvoir était exercé par un Nguyén, V<"> vu'o'ng(Nguyên-phu*o-c chu), 1737-1765.

2. Toulenague, du portugais luienaga, alliage chinois de cuivre, zinc et nickel dont le meilleur vient du Yunnan. Poivre dans son récit du Voyage du Machaull, Bev. de l'Ext.-Orienl, III, pp. 108 et seq., donne une longue note : De la Toulenague.

Lee Chinois en apportant de la Toutenague à la Cochinchine, ne Be proposèrent qu'un essay de commerce, et de sçavoir s'il était possible de tirer parti d'un métal méprisé chez eux et qui n'a par lui-même qu'une valeur intrinsèque. Ils en apportèrent pour la première fois en 17 i:>. Le |»ri\ médiocre qu'ils y mirent flatta l'avarice du roy qui règne aujourd'hui. Obligé pour faire sa monnoie d'acheter bien cher le cuivre • le- Chinois et n'en ayant pas toujours autant qu'il vouloit parce que l.i BOrtie «le celle matière esl défendue en Chine, il crut retirer un avanconsidérable en faisant faire des caches de toulenague. Depuis ce tems, les Chinois en ont accepté considérablement et ont acheté avec bénéfice les anciennes caches qui étaient de cuivre, pour les porter chez eux où elles ont COIII'v

» Le Roj achète toute la toutenague 11 quans le pique de 120 catis, et en le réduisant en monnaie il en tire 48. 49 et souvent 50 quans; ce qui lait un bénéfice immense. »

dite de pouvoir les enfiler. 60 deniers font ce qu'on appelle, dans le pays un Thienei et dix Thieues ou 600 deniers font ce qu'ils nomment un Quouane2. L'or ou l'argent, sous quelque forme de mon noyé qu'ils se trouvassent, étaient marchandise dont le prix variait suivant la rareté et les besoins.

Je trouvai que la piastre, qui avait toujours valu un Quouane, trois Thienes, ou 780 deniers, ne valait plus qu'un Quouane, ou 600 deniers.

Comme les piastres devaient être par la suite la matière principale de nos achats à la Gochinchine, il me parut essentiel, dans une première tentative de commerce, d'en bien établir la vraie valeur et d'en fixer le prix pour toujours, afin de savoir sur quoi compter. Je donnai donc tous mes soins à ce premier objet.

Je proposai d'abord au Roi de lui vendre une partie des piastres, que j'avais apportées, à raison de 780 deniers la piastre. Ma proposition fut rejetée; comme je savais que ce prince avait eu précédem-

1. Le Tien, appelé par les étrangers sapèque, est une pièce de monnaie trouée au milieu; elle forme la 10* partie de l'once ou lu'o'ng; c'est aussi la réunion de 60 sapèques en zinc.

« Les marchandises une fois vendues se payent en or ou en argent, mais plus souvent et plus communément en caches [sapèques] qui sont Tunique monnoye du pays. Ils les enfilent à la façon chinoise. Chaque ligature ou amarrage est composée de 600 caches, laquelle quantité ils nomment un quam. Le quam vaut 4 1. 10 sols de notre monnoye. Ce quam se divise en dix tiens ou masses [mace] qui chacune ont soixante caches. Ils n'ont ni sols ni condorins. Au dessous du tien, ils comptent par choué. Un choué c'est 10 quams ou 6.000 caches. Ainsi le quam ou taël de Cochinchine ne fait que 6 masses de Chine. Par conséquent le taël de Chine fait un quam 6 tiens et 40 caches de Cochinchine. L'or et l'argent ne sont que marchandises. » {Mém. sur la Cochinchine, 1744. — Rev. d'Ex t. -Orient, II, 1883, pp. 332-3.)

Poivre donne dans son Journal, III, pp. 467 seq., la Manière de fondre les caches en Cochinchine.

2. Un quan est une ligature de sapèques composée de 600 pièces de zinc; la ligature est appelée Mot quan lien.

nient quelqu'envie d'établir une monnaye d'argent dans son royaume, je lui rappellai ses idées là-dessus et lui en fis voir les avantages, mais ce nouvel expédient, qui tendait à assurer le prix de nos matières d'argent, trouva des difficultés dans l'esprit du Roi.

Je réussis enfin, après deux mois de négotiation, à obtenir de ce prince un édit qui rendait nos piastres même monnaye courante à raison d'un Quouane, trois Thienes ou 780 deniers. Cet édit Ral qui fixe à perpétuité le prix des piastres à la Cochinchine, fut publié dans la capitale le 20 novembre 1749, et ensuite dans toute l'étendue du Royaume. La traduction authentique de cet édit est au Dépôt des Indes, à la Compagnie.

Cette première opération, ainsy terminée, je retournai, avec l'agrément du Roi, dans le port de Faïfo, pour y régler les affaires du vaisseau et du comptoir que j'y avais laissé. Les Commis que j'avais chargé de travailler à la cargaison du bâtiment, tandis que je négocierais à la Cour, avaient trouvé de grandes difficultés, malgré les instructions que je leur avais données pour traiter dans un pays dont ils ignoraient la langue et les usages. La négligence et l'infidélité de leurs interprètes, et surtout la mauvaise saison qui s'était déclarée dès le mois de 7bre, les avaient arrêtés dans leurs opérations. J'envoyai dans les moniagnes des gens affidés qui m'amenèrent des marchands avec lesquels je traitai; je lis connaître aux commis de notre comptoir les prix des marchandises, la façon de les peser et mesurer; enfin je les instruisis, en fésant des marchés en leur présence, de la façon dont ils devaient traiter avec les Cochinchinois ; et pour rendre les interprètes plus attachés à leurs devoirs, je leur

promis une récompense proportionnée à leurs services. Après quoy je repartis pour la Cour où il me restait encore des articles essentiels à régler avec le Roi pour l'avantage et la sûreté de notre commerce.

Le Prince m'accorda successivement plusieurs audiances dans lesquelles il m'honora d'une familiarité sans exemple chez les souverains asiatiques. Je profitai de ses bonnes dispositions pour obtenir' de lui des Lettres Patentes par lesquelles il accorde aux Français, jusques là inconnus à la Gochinchine, la permission de faire le commerce dans toute Pétendue de son Royaume, avec l'exemption de toutes sortes de droits, moyennant un présent de 4.000 Quouanes par chaque vaisseau, de quelque grandeur qu'il puisse être.

La Nation française est la première qui ait obtenu du Gouvernement Gochinchinois une permission de cette espèce. Les Hollandais n'ont osé la solliciter que quelques années après, en suivant nos traces, et jusqu'icy sont les seuls qui en partagent avec nous le privilège.

Je n'eus pas besoin de demander au Roi la permission de laisser un comptoir dans son pays ; il me pressa lui-même de l'établir et me sollicita de rester à sa Cour, en me promettant, pour l'année suivante, un commerce très avantageux, mais les circonstances ne me parurent pas favorables pour faire alors cet établissement. Le commerce de ce pays était fort dérangé par l'introduction d'une nouvelle monnaye de toulenague qui avait occasionné beaucoup de fraudes, de monopoles et de désordres de toutes espèces qui ne pouvaient subsister longtems, mais dont je ne pouvais pas prévoir le terme.

D'ailleurs pour pouvoir établir avec prudence le

comptoir à la Cochinchine, il me fallait une certitude raisonnable que Ton pût y renvoyer Tannée suivante un vaisseau de l'isle de France, et je savais par expérience que le port de notre Isle était dépourvu de bâtiments, puisque je n'avais pu y trouver que le Sumatra pour ma première tentative; ce mauvais vaisseau m'avait laissé à Pondichéri et celui que j'avais alors était destiné à retourner en France. Je jugeai donc qu'il valait beaucoup mieux emmener tous nos employés et différer d'une année l'établissement du comptoir qu'on pourrait toujours faire lorsqu'on serait en état de le soutenir. Je résistai poliment aux sollicitations du Roi, en lui donnant à espérer que je reviendrais incessamment, dès que les circonstances seraient plus favorables à notre commerce ; je fis mes remerciements et mes adieux à ce Prince, et je retournai à Faïfo disposer toute chose pour notre retour.

J'emportai avec moi les Patentes que le Roi m'avait accordées ; et il m'envoya dans le port une lettre pour le Roi de France, avec un présent. Je fis charger promptement tous les effets dont j'avais traités dans la Capitale et ceux que les commis avaient achetés à Faïfo pendant mon absence.

Je partis du port de Faïfo le 11 fer 1750. J'arrivai à l'isle de France le 10 du mois d'avril suivant. Je remis dans les Magazins de la Compagnie cinquante milliers de sucre, et toutes les marchandises de ma cargaison qui étaient propres au besoin de la colonie ; je chargeai les autres qui convenaient mieux à notre commerce de France sur le vaisseau le Dragon que je trouvai dans le port, prêt à faire son retour en Europe. En un mot, je remis, soit à l'isle de France, soit en France, de toutes les espèces de marchandises

que la Gochinchine fournit, tant en sucres qu'en soyes crues et fabriquées, en métaux, en cire, en poivre blanc et noir, en drogues pour les teintures, en yvoire et en bois d'aigle. Par ce moyen je mis la Compagnie en état de juger des avantages qu'elle pourrait retirer par la suite du nouveau commerce dont je venais de lui procurer l'ouverture.

Je remis à la caisse de l'Isle de France cinq barres d'or et vingt mille trois cents piastres restantes des trente mille que j'avais portées à la Cochinchine dont les circonstances ne m'avaient pas permis de faire l'employ. Je remis les Patentes du Roi de la Cochinchine au Gouverneur de l'Isle de France ; mais comme il manquait de vaisseaux, ainsy que je l'avais prévu, il envoya ces Patentes à Pondichéri, comme un comptoir de la Compagnie qui avait plus de moyens et se trouvait plus à portée de faire valoir les privilèges que j'avais obtenus pour le commerce de la Cochinchine.

J'envoyai en même tems à Pondichéri une copie du détail de mes opérations à la Cochinchine que j'avais envoyé à la Compagnie, avec un Mémoire qui contenait ce que l'expérience m'avait appris sur la manière de suivre ce nouveau commerce avec avantage.

Le Conseil de Pondichéri voulant profiter des permissions et privilèges que j'avais obtenus et depuis ce tems là envoyer annuellement un vaisseau à la Cochinchine, le premier voyage ne donna que28pro/o de bénéfice net sur l'armement; mais les bénéfices de ces voyages ont augmenté chaque année et les Mémoires envoyés à la Compagnie par les soubrécargues employés dans ce moment, lui assurent un bénéfice annuel de trois cent cinquante mille livres,

tous frais déduits; enfin dans un compte envoyé tout récemment à la Compagnie par M. Magon1, ce Gouverneur lui annonce un profit de plus de quatre vingt mille livres sur l'achat, qu'il a fait, de la pacotille seule des Officiers d'un vaisseau de la Cochinchine relâché dans son port. Quel profit ne donnera donc pas la cargaison de ce bâtiment !

Il est constant et reconnu que les marchandises de la Cochinchine, portées à Surate, y donnent cent pour cent de gain, tandis qu'il n'y a aujourd'hui dans toutes les Indes aucun autre commerce qui donne seulement 40 pr °/0. Il n'en est donc aucun aussi lucratif que celui de la Cochinchine, indépendamment des accroissements qu'il peut recevoir et des avantages que la Compagnie est en état de retirer suivant ses premières vues, d'un comptoir qu'elle y a déjà établi et qui le sera plus solidement encore, quand elle le jugera à propos.

Je laisse à décider à tout citoyen raisonnable si le service que j'ai rendu à la Compagnie par l'ouverture d'un commerce aussi avantageux, ne mérite pas la pension de 120011 qu'on m'avait promise en termes positifs, parcequ'à mon insçû et en mon absence on a eu l'adresse de la stipuler, dans mes conditions, en termes équivoques.

Outre ce service, que j'ai rendu à la Compagnie, suivant la teneur de mes engagements, je crois lui en avoir rendu un autre qui paraîtra moins important à ceux qui ne jugent des services que par l'argent comptant qu'ils rapportent, mais qui aura son mérite aux yeux des vrais citoyens. J'ai transporté

1. Magon remplaça en 1756, Bouvet de Lozier comme gouverneur de l'Isle de France ; il eut lui-même pour successeur Desfohges Boucher en 175(J.

de la Cochinchine à l'Isle de France plus de trois cents plants de tout ce que le Pays produit en arbres et plantes utiles, telles que le cannelier, le poivrier, l'Aloué ou bois d'Aigle1, les arbres qui donnent la

1. Poivre lui-même écrit dans son Journal d'un Voyage à la Cochinchine, p. 432 : « J'ay acheté du bois d'aigle de la 3e sorte qui vaut ordinairement dix-huit à vingt quans le pic. C'est une marchandise à laquelle il est fort aisé d'être trompé. Les Cochinchinois mêlent adroitement parmi ce bois des morceaux contrefaits peints à l'extérieur et embaumés à la fumée du vrai, de façon qu'il faut être bon connaisseur pour n'être pas surpris.

« Il faut sçavoir qu'il y a trois sortes de bois d'aigle, la première qu'ils nomment Khi-nam, c'est le cœur de l'arbre d'aloë qui est si résineux qu'on peut y enfoncer l'ongle comme dans la cire. Il se vend fort cher et le Roy a seul le droit de vendre cette marchandise ; c'est le bois de Calembat.

« La seconde sorte se nomme tlam hieong, en français Calembouc. Il paroît presque aussi résineux que l'autre, mais il a plus de bois et est par conséquent plus léger et plus dur. Cependant lorsqu'on le jette dans l'eau, il ne surnage point et c'est la marque la plus sûre pour le connoistre. Il est d'une couleur brune avec beaucoup de petites taches noires occasionnées par la résine qui rend cette douce et agréable odeur qui le fait rechercher par les Orientaux pour parfumer leurs maisons et composer leurs parfums. Cette seconde espèce vaut de sept masses à un quan jusqu'à un quan et demi la livre. Il y a un bénéfice considérable à la porter à Suratte, Gedda, Moka, Bassora, etc.

* La troisième espèce est le bois d'aigle proprement dit. Les gens du pays le nomment thie hieong. Il est plus blanc, plus léger, moins résineux que les deux autres espèces. Il se vend de trente à quarante quans le pic suivant les années. Les trois espèces sont le même arbre plus ou moins mûrs, plus ou moins résineux.

« On pourroit à ces trois espèces en ajouter quatre autres que les gens du pays nomment sin hieong, c'est-à-dire bois d'aigle verd; il se vend dix-huit quans, le pic; lao hieong, douze quans; nhil hieong, dix; nhi hieong, trois quans. Ces trois espèces sont un bois blanc sans presque aucune veine noire. Elles sont du même arbre à la vérité, mais sans résine et par conséquent sans parfum et sans valeur. Les Cochinchinois marchands de bois d'aigle ne manquent jamais de glisser parmi la troisième espèce de grosses bûches de ces dernières auquelles ils sçavent donner la couleur comme si elles étaient de la seconde espèce. Il faut les rebutter, autrement on feroit de mauvais marchés, parce que les bûches pèsent beaucoup. »

Bois d'aigle, traduction du latin lignum aquilae, traduit du malais agila d'où le portugais pao de' aguila. Cf. A. Cabaton, les Chams, p, 50, — Yule-Cordiep-'s Marco Polo, II, p. 271 n.

bray et les raisinés, ceux qui fournissent les huiles et les vernis, ceux qui sont les plus propres à la construction, ceux qui donnent les teintures, les fruitiers de toutes espèces, et surtout une sorte de riz excellent convenable à notre Isle de France, en ce qu'il croit dans les terres sèches et qu'il meurit près de deux mois plus tôt que les autres riz, ce qui est un avantage très considérable dans un pays où les récoltes ne périssent que par les ouragans qui arrivent ordinairement sur la fin de la saison. Ce riz de la Cochinchine, semé à l'Isle de France, y avait bien réussi; mais les habitants en ayant livré la culture à l'ignorance des nègres, il y est péri aujourd'hui. Les autres plants, transplantés dans les jardins de la Compagnie, y ont presque tous péri aussi, faute de soins ou par l'ignorance de ceux qui ont été chargés de leur culture. L'administration, qui n'avait pas senti la valeur du présent que j'avais fait à la Colonie, en ignore la perte. J'avais cependant remis à l'Isle de France, avec ces plants, un mémoire sur leur utilité et sur la manière de les cultiver. J'avais envoyé à la Compagnie une copie de ce mémoire en lui demandant ses ordres pour en assurer la conservation et la multiplication ; je ne connais plus à l'Isle de France que deux ou trois Canelliers et Rottins qui sont les restes de plus de 300 plants que j'avais apportés de la Cochinchine et il n'en reste guère qu'un pareil nombre de ceux que j'avais apportés du Gap de Bonne-Espérance.

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