Archives de la Marine et des Colonies
vaisseaux et que Dons comptions reconquérir son Royaume, ce qui est arrivé en 1802 après plusieurs combats décisifs. Et
poursuivant nos conquêtes nous avons fait celle du Tonquin, de sorte qu'aujourd'hui il se trouve Roy du Tonquin et de la Cocliinchine. Nous avons pris le premier rebelle ainsi que tous ceux de son parti, qui ont été mis à mort avec leurs familles, de sorte que tout est tranquille.
Je complais m'en retourner en Europe après les conquêtes du Roi, mais la guerre entre la France et l'Angleterre y ayanl mis obstacle fait que je me trouve obligé de rester jusqu'à une occasion favorable ne voulant pas risquer ma loi lune en temps de guerre. D'ailleurs je suis assez bien dans ce pays. Je jouis de la faveur du prince et d'une grande considération el malgré Ions ces avantages je ne cesse cependant de penser à mon pays, à ma famille et à mes anciens amis. Voilà dixhuit ans que je n'ai reçu de nouvelles de chez moi. Vous me rendriez grand service si vous pouviez m'en donner; car ma fortune est assez considérable pour pouvoir les aider s'ils se trouvaient dans le besoin, et je l'eusse déjà l'ait parla voie des missions si j'en avais reçu quelques nouvelles. Vous pourri*/, me faire passer vos lettres par les vaisseaux en Chine en les adressant à M. Marquini, Procureur des Missions Étrangères à Macao, ou à Manille à l'adresse de M. Dayot, négociant. C'est un service que vous rendrez à un ancien camarade dont il vous aura toute obligation.
Vannier l.
Pour copie conforme Le Secrétaire Général de la Préfecture
Ron.m':.
1. Vannier était né Aurav le6 mars 17612, où demeurait son beau-frère Guérin, officier retraité. Dans une lettre adressée au Ministre de la Marine, par le Général-Conseiller d'État, Préfel du Morbihan, Jullien, de Vannes le 30 aoùl 1807, ce dernier envoyant copie de la lettre de Vannier que nous publions, ajoute au Bujet de Guérin: - Ce dernier est intelligent et brave et sa principale ambition est «l»- se rendre utile; et si l'intention de Sa Majesté Impériale était d'envoyer Bur les lieui un agent secret, je pense que nul ne sérail plus propre à remplir cette commission que celui «pie je vous propose. Il pourrai! être instruit et dirigé par son parent, el ce Berail ce me semble un très grand avantage pour le Buccès de Ba mission. ■ Vannier mourut à Lorienl le C juin 1842.
En Chine, notre situation n'était guère brillante. De Guignes, dernier Agent du Roi à Canton, avait servi d'interprète à l'ambassade hollandaise que conduisit Isaac Titsingh à Peking (1794-1795); il avait quitté Canton en 1797, les fonds nécessaires aux frais de la résidence de France n'arrivant plus depuis la prise de Pondichéry en 1793, et il était rentré définitivement à Paris le 4 août 1801, après une absence de dix-sept ans. Un autre jeune français, Agie, qui avait passé son enfance dans notre factorerie où il avait appris le chinois, avait également servi d'interprète à l'ambassade hollandaise; il était rentré à Canton d'où il était parti vers 1802 ou 1803 pour s'établir à Anvers, dit-on.
Quant à notre factorerie, elle ne nous appartenait plus :
« Les Français avaient une factorerie. Elle fut vendue à l'enchère, lors de la dissolution de la Compagnie, au commencement de la Révolution. Messieurs Constant et Piron, qui avaient été supercargues delà Compagnie, rachetèrent. L'un et l'autre quittèrent ensuite Canton. M. Piron y retourna vers la fin de 1802, en qualité d'Agent de la Nation, mais nommé seulement par le Gouverneur de l'Isle de France. Il fit rétablir la factorerie et arbora le pavillon national. Etant mort à la fin de 1804 et se trouvant débiteur de Mr. Constant, celui-ci devint, dit-on, seul propriétaire de la factorerie. Depuis, elle a été aux soins d'un Anglais, qui la loue partiellement à différents capitaines. Je ne sais s'il agit pour M. Constant, ou si ce Monsieur l'a vendue à quelque Anglais. M. Constant1 est, je crois, un Genevois, qui depuis plusieurs années est établi
1. Charles de Constant était en effet Genevois; ses papiers sont conservés dans la Bibliothèque publique (Université de Genève). Cf. Revue de V 'Extrême-Orient , I, pp.C28-9. \oivLe Correspondant ,25 avril 1910, Chateaubriand et Rosalie de Constant, par Henri Cordier.
en Angleterre. On pourrait peut-être racheter cette facto-
•ene
Depuis la Révolution, il n'y avait plus guère que les Anglais, les Hollandais, les Espagnols, les Suédois et les Américains qui fissent le commerce à Canton.
La position de nos missionnaires était également fort précaire : en 1805, la persécution avait commencé contre les Chrétiens ; les missionnaires français Jean Richenet- et Lazare Dumazel 3, lazaristes, arrivés par le navire anglais Dorsetsliire, qui avaient reçu la permission d'aller à Peking, devaient être rapatriés par ordre impérial ; ils restèrent néanmoins à Canton.
Les grandes luttes contre la France pouvaient laisser croire que l'activité des Anglais dans l'Extrême-Orient était diminuée : l'insuccès des ambassades de Lord Magartney et d'Isaac Titslngh n'avait pu leur ouvrir les yeux ; leurs guerres avec Napoléon, leurs relations incertaines avec les Etats-Unis, la pacification douteuse de l'Inde, devaient les rendre circonspects dans des attaques qui, dirigées contre le Portugal, visaient en réalité l'intégrité de l'empire Chinois, sous le couvert d'une défense contre les Français. Le 20 décembre 1802, le gouverneur et capitaine général de Macao, José Manuel Pixto, prévenait le vicomte de Axadia, ministre d'Outre- mer, qu'il avait reçu du premier subrécargue de la Compagnie anglaise de Canton, autorisé par le gouverneur du Bengale, une lettre afin qu'il fut permis à une
1. Noie sur ei moyent ou le mode de rétablir le commerce franco Chine. Par M. Richenet, 3 août 1817. — Archives du Min. des Affa étrangères.