‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 27 sur 100 · Né à Caen, 13 avril 1769; f à Ermont, 9 sept · texte numérisé non relu

Né à Caen, 13 avril 1769; f à Ermont, 9 sept

et l'Angleterre, reçut Tordre de se retirer à l'Ile de France qu'il administra glorieusement jusqu'en 18 il. En effet dès l'année suivante (1803) les hostilités éclataient à nouveau entre la France et l'Angleterre; lord Whitworth, ambassadeur d'Angleterre quittait Paris le 18 mai 1803 et le cabinet de Londres donnait l'ordre de saisir, dans les pays les plus lointains, tous les navires français sans exception.

Le roi d'Angleterre, George III, qui s'intitule liai Loung, Dragon de la Mer, écrivit (1804) à l'Empereur de la Chine Kia K'ing, une lettre pour le prévenir contre les Français :

« J'avais fait, dit-il, la paix avec le gouvernement du royaume de France; cependant ce gouvernement, en même temps qu'il traitait de paix, détruisait au contraire tout sans but et sans politique; et c'est par cette raison que je lui ai déclaré la guerre une autre fois. En vérité, je désirerais avoir la paix avec ce gouvernement ; mais je ne puis nullement souffrir les injures et les mépris de ce gouvernement, qui sans doute entretient de mauvais desseins, puisqu'il a des troupes nombreuses dans ses ports maritimes ; ce qui me fait soupçonner que cette nation prétend de s'empare un jour de mon royaume. Par ce motif, je tiens également prêtes beaucoup de troupes, pour prévenir une attaque imprévue, et non pas dans le dessein de faire la guerre comme elle fait. Cependant, quoique mon royaume soit en guerre avec le gouvernement français, mes sujets peuvent aller tous les ans sans obstacles dans les ports de votre Empire à l'effet d'y négocier, comme ils avaient coutume de le faire jusqu'à présent. Quoique le gouvernement français tienne ses escadres sur les frontières de ses ports maritimes, il n'en sortira aucune; car j'ai donné ordre à mon escadre de bloquer tous les ports, afin que l'escadre de cette nation n'en puisse pas sortir; j'ai ordonné à quelques-uns de mes vaisseaux de guerre de défendre les bâtiments de commerce, ils peuvent, par conséquent, naviguer avec sûreté, el sans craindre les

vaisseaux de guerre ennemis. Les Français cherchent souvent à répandre dans votre Empire des bruits désavantageux, en parlant mal de mon royaume; je pense que V. M. comme Empereur très sage et prudent, n'y prêtera pas l'oreille et qu'elle ne croira point à de pareils bruits. Le gouvernement français ne peut nullement prétendre à s'emparer de mon royaume; mais il cherche à se mettre en possession des pays appartenant à ma juridiction. Comme son escadre et son armée ne se rencontrent point avec les miennes, il cherche à nous ruiner, tantôt d'une, tantôt d'autre manière , néanmoins jusqu'à présent il n'a pas réussi; car j'ai fait toutes les dispositions pour prévenir ses desseins, et j'ai préparé tout ce que la nature d'une pareille afïaire exige.

« Le royaume de France se trouve depuis douze ans en état de révolution et de guerre avec mon royaume. Il serait inutile à présent d'en rapporter à V. M. toutes les circonstances, vu que V. M. les connaît toutes. Le roi de France était brave homme ; il a péri par les mains des Français, sujets de la nation ; je pense que V. M. n'ignore pas cette circonstance depuis plusieurs années. Cerles, ces hommes de cette horrible conspiration méritent l'indignation perpétuelle. Actuellement il existe dans ce royaume un homme vil qui le gouverne comme chef de cette nation ; il cherche continuellement à tromper tout le monde par sa doctrine insidieuse et ses faux projets : c'est pourquoi les habitants du royaume de France vivent dans le désordre, sans lois et sans aucune impulsion de leur conscience. Je pense que les Fiançais dans l'empire de Chine n'entreprendront jamais de répandre sa doctrine insidieuse et les desseins de ses faux projets; car V. M. comme empereur très sage et très prudent conçoit très bien ses projets trompeurs et ses faussetés.

« Je me réjouis beaucoup, et me glorilie de pouvoir féliciter V. M., et je désire en même temps que son empire jouisse d'un bonheur perpétuel. Comme il s'offre dans ce moment une occasion, je vous envoie des présents, productions de mon royaume, destinés pour Y. M. ; et elle me fera la grâce et l'honneur de les recevoir.

<t En Angleterre, 1804, le 22* jour de la 5e lune1. »

1. J'ai publié cette lettre m-extenso dans les Annales inlern. d'Histoire. — Congrès de la Haye, N° 6, j»|>. .~>71-C.

Nous ne connaissons la réponse de l'empereur que par l'extrait de la traduction qui en est donnée par Montgomery Martin1 :

« Le royaume de Votre Majesté est à une distance éloignée au-delà des mers, mais il observe ses devoirs et obéit à ses lois, contemplant de loin la gloire de notre Empire, et admirant avec respect la perfection de noire Gouvernement. Votre Majesté a envoyé des messagers avec des lettres pour que nous les lisions ; nous trouvons qu'elles ont été dictées par de justes sentiments d'estime et de vénération ; et c'est pourquoi, étant disposé à réaliser les désirs de Votre Majesté, nous sommes décidé à accepter tous les présents qui accompagnaient les lettres.

« Quant à ceux des sujets de Votre Majesté qui, pendant de nombreuses années, ont eu l'habitude de faire commerce avec notre Empire, nous devons faire observer que notre gouvernement céleste regarde toutes les personnes et toutes les nations avec des yeux de charité et de bienveillance, et traite et considère toujours vos sujets avec la plus grande indulgence et affection; en conséquence, il n'y a pas lieu ou occasion pour les efforts du gouvernement de Votre Majesté en leur faveur ».

Il était difficile d'être plus arrogant.

Cette même année 1804, le premier subrécargue de l'East-India Company, à Canton, J. W. Roberts, se rendit en Cochinchine avec deux navires chargés de marchandises et de présents.

« Il commença par mettre dans ses intérêts les principaux mandarins auxquels il n'eut pas peine à persuader combien le commerce avec les Anglais leur fournirait d'occasions et de moyens de s'enrichir. Ces mandarins à leur tour persuadèrent à leur Roi d'accepter les présens qui lui étaient destinés et

1. China; polilical, commercial, and social. Lontlon, 1847, Vol. II pp. 18-19.

d'accorder l'audience sollicitée par l'agent anglais qui déjà se croyait assuré du succès de sa mission.

« Les Anglais n'ignoraient pas l'estime particulière et la faveur dont jouissaient les Français auprès de Gia-long, aussi ne négligea-t-on rien pour en prévenir les effets. Par exemple, on avait compris dans les présents destinés à ce prince, des tableaux qui retraçaient les époques les plus funestes de notre révolution et rappellaient surtout les malheurs de l'infortuné Louis XVI, au sort duquel Gia-long, avait souvent donné des regrets.

« On ne chercha point du reste à s'assurer des missionnaires français, dont on crut n'avoir rien à craindre, et qui, en effet, à cette époque, étaient devenus, pour ainsi dire, étrangers à leur patrie.

« Mais deux autres Français, marins au service du Roi de Cochinchine, se trouvaient à la Cour vers ce même temps. Gia-long les consulta sur la puissance anglaise en Europe et dans l'Inde ainsi que sur l'objet de la mission du Sr. Roberts, qui ne demandait rien moins que la cession d'un port et le privilège exclusif du commerce de Cochinchine. Ces messieurs exposèrent au Roi que c'était à peu près de la même manière que les Anglais avaient commencé à s'établir dans d'antres pays dont, par la suite, ils s'étaient rendus les maîtres et étaient devenus les oppresseurs de ces mêmes Princes qui les avaient accueillis avec bienveillance.

« Sur ce rapport, le roi Gia-Long (quoique d'humeur intésée jusqu'à L'avarice) renvoya sans hésiter tous les présents qu'il avait déjà reçus et fit dire au Sr. Roberts qu^ les Anglais qui désormais viendraient commercer dans ses Etals y jouiraient sans distinction des mêmes privilèges que tout autre peuple.

« Cette réponse fui un congé à L'Agent anglais qui repartit aussitôt pour Canton l ».

Dans un mémoire1 adressé au général comma'n-

1. Ext. d'une lettre de M. .1. Janssaud, Paris, ir> dov. 1818, aui Bains de Tivoli, rue st. Lazare, au Comte Mole, Ministre de la Marine et des Colonies. — Areh. de la Marine et des Col. — Citée en partie par M. Septans, p. ion.

'■ch. de la Marine et des Colonies.

dant en chef l'île Bourbon, Bouvet de Lozier, le 9 mai 1815, par un sieur Salèles, nous lisons :

« Il y eut à l'époque de mon second voyage une expédition faite en ambassade par les Anglais. Ils furent mal reçus et les cadeaux renvoyés. J'étais présent à Canton quand ils furent vendus en vente publique. J'avoue que cette contrariété n'a pas été citée avec toutes ses particularités, cependant elle est réelle, et j'ai eu tous les plus petits détails. Si pareille expédition eût été faite de la part des Français, elle eût réussi avec tout l'avantage et la considération que les Cochinchinois sont en disposition de nous offrir d'après l'attachement qu'ils portent aux Français qu'ils aiment en reconnaissance des obligations qu'ils ont à l'évêque d'Adran ».

Au cours de ses pérégrinations dans l'Extrême- Orient, Renouard de Sainte-Croix rencontra à Macao, l'un des officiers français qui avaient aidé l'évêque d'Adran à faire monter Gia-long* sur le trône d'Annam : Jean-Marie Dayot, était d'origine bretonne, d'une famille de Redon, qui s'était établie à l'Ile-de- France; il commandait V Adélaïde1 lorsqu'en 1786, Pigneaux de Behaine engagea ses services avec ceux de J. B. Chaigneau, Philippe Vannier, etc. ; il fut placé à la tête d'une division navale de deux navires annamites : le Dong-nai et le Prince de CocJiinchine%. Dayot remit à Sainte-Croix ses notes et des

1. « En 1786, il commandait la polacre V Adélaïde, bâtiment armé à Pile de France pour aller prendre à Pointe-de-Galles et à Mascate un chargement de salpêtre et des épices. La prise de ce bâtiment par des pirates mahrattes amena de nombreuses réclamations de l'armateur. Dayot vint à cette occasion à Pondicbéry. Son but était d'obtenir l'intervention de M. de Gonvvay, alors gouverneur des Indes françaises, auprès de la régence mahratte, afin que le bâtiment capturé fût rendu à son légitime propriétaire ». (Alf. Brissaud, Jean-Marie Dayot, pp. 519-520, Revue maritime el col., XCVIII, L898, p. 549).

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