Tru'o'ng Vinh-ky, Cours d'hisl. annamite, II, p
cartes qu'il avait dressées avec grand soin pour qu'il les rapporte en Europe :
Monsieur Félix Rbnouard de Ste. Croix1.
Puisque vous voulez bien, mon cher de Sle. Croix, vous charger de mes notes et de mon Mémorial sur la Cochinchine, je ne puis rien trouver de plus favorable pour moi par ce que vous y employerez tout le zèle d'un ami. Le Pays de la Cochinchine est plus intéressant qu'on ne le croit, et par la suite il le sera encore bien davantage; l'ambition du Roi ne se bornera pas à êlre tranquille possesseur du Tonquin, de la Cochinchine et d'une partie du Cambodge; les mille grands bateaux plats qu'on construit en ce moment dans lesdiflerents ports n'annoncent pas des dispositions pacifiques — quelques provinces du sud de la Chine, l'Isle d'Hainan, le royaume de Siam recevront certainement quelques visites de ce roi actif et guerrier. S'il étendail ses conquêtes jusqu'à Siam, cela le rapprocherait bien du Bengale et... S'approprianl File d'Hainan il est maître des mers de Chine et quel parti ne pourraiton pas tirer d'une pareille circonstance? Sans doute celle où se trouve l'Empire à présent ne lui permettrait peut-être pas des opérations aussi éloignées, mais ne serait-il pas possible de se ménager la bonne amitié de ce prince et son assistance en cas de besoin? vous qui connaissez l'Inde et qui en avez parcouru une partie en observateur politique et qui sortez tout récemment des îles Philippines, ne sentez-vous pas mieux que moi l'avantage qu'il y aurait à pouvoir être suide l'Est et de l'Ouest de la mer de Chine et si par la suite se réalisait le rêve flatteur de la cession des îles Philippines la France, qui oserail alors sans sa permission mettre le nez dans les mers de Chine. Mais ce Château es! en Espagne, il n'y faut pas penser et en attendant se faire s'il est possible des liaisons ailleurs. Qu'en coûterait-il au gouvernement
d'établir en Cochinchine -ans bruit et sm> que cela parût, un agent simplement agent commercial, les appointements de ces places sont modiques en raison des dépenses de ce paya et l'utilité que l'Empire en retirerai! par la suite n'est p
d'une petite importance. Si on se déterminait à ce parti, j'aurais la présomption d'établir quelques prétentions à une pareille place lant par la connaissance que j'ai du pays que par la bienveillance dont le Roi m'a toujours honoré, et je crois, mon Ami, que revêtu d'un caractère public par mon gouvernement, je ne tarderais pas à lui être utile. Si cependant le plan que je propose ici, n'entrait pas dans les vues du Gouvernement et qu'il voulut pour récompenser mon travail me donner une marque de sa bienveillance, des instruments du Génie et de l'Astronomie donnés par le Gouvernement ou l'Institut seraient ce qui me flatterait le plus. Mes faibles talents ne me permettent pas d'aspirer au titre de Correspondant d'un corps aussi savant, mais si j'étais assez heureux pour qu'on voulût agréer l'hommage du fruit de mes travaux, je pourrais envoyer des observations intéressantes sur des sujels que me fournirait ce pays pour ainsi dire inconnu et qui seraient toujours intéressants par leur objet s'ils ne pouvaient l'être par mes faibles lumières.
Au reste, mon cher de Ste Croix, je suis bien persuadé d'avance des soins que vous nous donnerez ; ils seront empressés et délicats. — Je vous confie le fruit d'un travail assez rude de six années, tout ce que vous ferez, sera bien fait, et si les circonstances s'opposaient à ce que votre amitié vous dictera de faire pour moi et au désir que j'ai d'être ulile à ma patrie, rien ne pourra diminuer ma reconnaissance ni altérer les sentiments que je vous ai voués pour la vie.
J. M. Dayot.
Macao, le 15 novembre 1807.
A son retour en France, Renouard de Ste. Croix s'empressa d'accomplir la mission que lui avait confiée Dayot; il fut reçu par le Ministre des Affaires étrangères1 auquel il remit les cartes de son ami. M. de Cbampagny rend compte à l'Empereur de la
| |1. JeanBaptisle Nom père, Cemle de Champagny, duc de Cadore,
ambassadeur, f lb34; il avait succédé à Talleyrand au ministère des Affaires étrangères qu il cccuj-a du 8 août 1807 au 16 avril 1811 ; il tut remplacé par Maret.
visite que lui a faite Sainte-Croix dans la lettre suivante :
Sire1,
Votre Majesté m'a renvoyé M. Raynouard [sic] de Ste Croix pour recevoir les papiers dont il se disait chargé pour le gouvernement, et entendre les détails qu'il aura à donner sur le voyage qu'il vient de faire.
J'ai vu M. de Sle Croix; il m'a remis de fort belles caries des côtes de la Cochinchine ; elles ont été faites par un Français, M. d'Ayot, qui habite la Cochinchine depuis l'époque où le roi actuel alors enfant revenait de France accompagné de deux corvettes que lui avait données le Roi dont il était venu2 implorer l'appui contre son tuleur qui lui avait enlevé son trône. Ce prince remonté sur le trône de ses aïeux, y a déployé de la vigueur et de la capacité : il a ajouté à ses anciens états le Tonquin et une partie du Cambodge, et a gardé à son service plusieurs des Français qui l'avaient accompagné. M. d'Ayot y est resté; il a été placé à la tête de sa marine, et il a profité de son séjour et de son influence dans le pays pour faire une parfaite reconnaissance de ses côtes. Ses cartes sont très-soignées; les navigateurs qui en feront usage pourront seuls juger si elles sont exactes; mais elles sont précieuses par le détail qu'elles renferment, et par les plans de presque tous les ports de cette côte peu connue. Elles sont accompagnées d'un mémoire nautique sous le titre de Pilote cochinchinois qui renferme des instructions détaillées pour la navigation de cette côte. M. d'Ayot, en envoyant ce travail de six années à sa patrie dont il est séparé depuis si longtemps, a fait un acte de bon citoyen ; il voudrait faire tourner au profit de la France l'influence qu'il a acquise à la Cochinchine; il croit qu'il est important de mettre le roi de ce pays dans nos intérêts; il présage sa future grandeur qui en ferait pour nous un allié puissant, avec le secours duquel, la France, si l'Espagne lui cédait les îles Philippines, deviendrait maîtresse des mers de la Chine et pourrait eu exclure les