‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 29 sur 100 · Minute, 180$ Min. des Affaires étrangères · texte numérisé non relu

Minute, 180$ Min. des Affaires étrangères

2. Erreur; c'est le (ils de Gia-long, le prince Canh, qui «''(ait venu en France.

Anglais. Dans celte vue il désire d'être nommé Consul de France en Cochinchine; mais si cette vue n'entre pas dans la politique du gouvernement français, il serait flatté d'obtenir en témoignage de satisfaction, un instrument d'astronomie donné par le gouvernement ou par l'Institut. Sans doute, il ignorait encore quelle décoration honorable peut devenir la récompense de ceux qui servent leur pays avec distinction dans quelque carrière que ce soit. Ce sera au ministre de la Marine à juger, à qui je propose à Votre Majesté de renvoyer les cartes de M. d'Ayot, si le mérite et l'utilité de ce travail et le don généreux qu'en fait son auteur ne peuvent pas lui mériter cette distinction que Votre Majesté accorde aux savants comme aux guerriers, lorsque l'utilité publique est le bul de leurs recherches et de leurs travaux.

Je ne verrais aucun inconvénient à donner à M. d'Ayot qui a ainsi prouvé qu'il est bon français, le titre de Consul de France à la Cochinchine, sans appointements jusqu'à la paix; ce sera pour lui une honorable récompense; il est possible que cela devienne un jour pour le commerce français, la source de quelques avantages.

Je reviens à M. Renouard de Ste Croix qui n'a. eu à cet égard que le mérite d'un fidèle dépositaire, mais M. de Stc Croix a aussi acquis de son côté quelques litres à l'estime publique : il est parti de France avec l'amiral Linois, dans la vue d'aller chercher dans l'Inde une occupation glorieuse et il se proposait de se joindre aux Mahrates en guerre contre les Anglais. Mais la puissance des Mahrates était écrasée au moment de son arrivée dans la presqu'île1 ; il s'est alors embarqué; je oe sais quelle circonstance l'a conduit aux îles Philippines; il y a pris du service comme aide de camp du gouverneur, dont il a obtenu toute la confiance; il a fait pour la défense de ces îles un plan qui a été accepté; après deux ans de séjour, il a voulu relourner dans sa patrie. Un vaisseau Ta déposé à Canton où il a séjourné quelque temps; en 4 mois un bâtiment américain Ta conduit à New- York; il s'y est arrêté dix jours et s'est embarqué sur le vaisseau VArcturus récemment arrive

1. La seconde guerre mahrate (1803-lSOli replaça l'Empereur titulaire de Delhi sous la protection anglaise, et détruisit l'influence française aux Indes. La dernière guerre mahrate eut lieu eu 1817-1818.

au Passage [Pasajes] après? 3 jours de traversée. Ainsi M. de Ste Croix rapporte les nouvelles les plus fraîches que nous ayons eues delà Chine depuis longtemps; il y était encore au mois de décembre dernier.

11 m'a remis avec la carte et le mémoire nautique dont je viens de parler :

Une notice sur le Tonquin, ouvrage d'un missionnaire français qui a passé vingt ans dans ce pays, à laquelle M. de Ste Croix a ajouté une introduction sur les succès du roi actuel de la Cochinchine qui est le même que celui qui est venu en France implorer la protection du gouvernement et qui a ajouté le Tonquin à ses états.

Un mémoire sur la défense des îles Philippines renfermant un plan qu'il dit avoir été adopté et exécuté par le gouverneur de ces îles. M. de Ste Croix possède sur les Philippineoù il a séjourné plusieurs années un mémoire plus étendu.

Plusieurs papiers sur la Chine. Un état des importations et des exportations faites par le commerce européen en Chine; quelques lettres secrètes de missionnaires renfermant des pièces assez curieuses comme une lettre du roi d'Angleterre à l'Empereur de la Chine au sujet de la guerre contre la France et un édil de cet empereur contre la Propagation de la Foi chrétienne; une relation de l'affaire du Tartare tué à Canton par des matelots anglais, affaire qui n'est qu'une farce et qui offraient les moyens de faire exclure les Anglais de la Chine; un projet d'ambassade qui aura le même but, et d'autres pière< encore d'un plus faible intérêt.

Enfin une carte chinoise de la côte méridionale de la Chine, carte qui est tout à fait dans le genre des cartes romaines où tous les points sont sur la même lio-ne conformément à leurs distances respectives et san* égard à leur position et un plan de la ville de Pe-king également fait par un Chinois, mais auquel on a ajouté quelques indications en français.

Il fait hommage à Votre Majesté de ce Plan et de et te carte, objets «le curiosité plutôt que d'utilité, qui peuvent faire juger que malgré les leçons de* missionnaires, l'antique Chine est encore a«sez peu avancée dans l'application de la géométrie élémentaire que dans le* arU de dessin.

M. Renouard de S** Croix a fait ce voyage •« ses fiai-, el pour des motifs louables; il ambitionne l'honneur de con-

server au gouvernement les connaissances qu'il vient d'acquérir, et si on était dans le cas d'envoyer aux Philippines une personne de confiance, on pourrait l'honorer de cette mission.

Les cartes de Dayot furent soumises à l'examen d'une Commission spéciale qui ordonna qu'elles fussent gravées; l'ordre ne fut pas exécuté, que je sache, et les cartes trouvèrent un asile sûr en même temps que l'oubli dans le Dépôt des Cartes de la Marine à Paris1.

Le 12 Septembre 1808, nouvelle lettre du premier subrécargue de la Compagnie anglaise de Canton, J. W. Roberts, écrivant (au nom du contre-amiral W. O'B. Drury, battant pavillon sur le Russell, envoyé par le gouverneur général des Indes, Lord Minto) au gouverneur et capitaine général de Macao, Berna rdo Aleixo de LexVios e Faria, toujours sous le prétexte fallacieux de la crainte d'une attaque des Français contre Macao. Une correspondance s'ensuit entre le gouverneur portugais et l'amiral anglais. Les Chinois interviennent; Macao n'est qu'un territoire dépendant de Hiang-chan, et le fonctionnaire chinois, Pong, s'oppose au débarquement des Anglais ; le suzerain chinois défend son vassal portugais qui lui paie une redevance annuelle; l'amiral Drury trouve donc les Chinois derrière les Portugais ; aussi essaie-t-il d'arracher aux premiers ce qu'il n'a

1. Dayot « fit paraître, au commencement de ce siècle [XIX*], un portulan cochinchinois et des instructions nautiques, dont Horsburgb s'est servi dans son grand travail sur la navigation de la mer de la Chine ». (Rcu. mar. et col., I. c. p. 519). — « En 1820, le gouvernement français, afin de lui donner une marque de satisfaction particulière, lui adressa un cercle astronomique, qu'une mort prématurée Pempécha de recevoir ». (Ibid., p. 520).

MELANGKS OHIKNTAUX

pu obtenir des seconds par l'intimidation ; malgré les belles dépêches par lesquelles il tente de faire prévaloir ses vues auprès du vice-roi de Canton, il est obligé de rembarquer ses troupes. Le P. Rodrigo, qui servait d'interprète à l'amiral Drury, est jeté en prison par les autorités chinoises de Canton, les subrécargues anglais de cette ville s'empressent d'annoncer cette capture au gouverneur de Macao, Lucas José de Alvakenga. Le commerce étranger, arrêté à Canton, fut rouvert au 1er Janvier 1809 (le 16e jour de la 1 Ie lune de la 13e année Kia K'ing) par le viceroi de cette ville, Wou Chiong-kouang, dans un avis et des considérants extrêmement déplaisants pour l'amiral Drury. 11 est bien certain que sans l'attitude fort énergique des autorités chinoises, d'abord à Hiang-chan, puisa Canton, Macao aurait été occupée par les Anglais, et serait restée entre leurs mains après les traités de 1815. Un troisième effort fut tenté en 1814; le vaisseau Doris, ayant, pendant la seconde guerre avec les Etats-Unis, capturé un navire américain, amena sa prise à Macao. De nouveau, les Chinois cessèrent toutes relations commerciales avec les sujets britanniques depuis le mois d'avril jusqu'au mois de Décembre. Malgré un usage séculaire, le gouverneur-général des Deux Kouang interdit l'emploi des indigènes dans les factoreries étrangères : des perquisitions furent faites en conséquence dans les établissements anglais pendant que leurs agents principaux étaient obligés de se rendre à Macao poulie séjour annuel et obligatoire des étrangers. An 6 décembre 181 1, plainte fut porté*4 aux membres de leur Comité par les subrécargues anglais contre les fonctionnaires de Macao, qui leur étaient hostiles, comme d'ailleurs les naturels du pays. La plainte

resta lettre morte, mais s'ajoula à la liste déjà longue des griefs des Anglais1.

D'ailleurs l'Angleterre éprouvait également de grandes difficultés dans la partie occidentale de la péninsule indo-chinoise :

En 1802, le marquis de Wellesley, gouverneurgénéral des Indes, envoyait pour la seconde fois le colonel Symes à la cour de Badoun-Meng, roi de Birmanie. Malgré une escorte de cent cipayes, la mission de Symes échoua piteusement et il est probable que c'est la raison pour laquelle on n'en a pas écrit la relation ; en mai 1805 et en 1809, Canning, lieutenant, puis capitaine, agent à Rangoun, fut obligé la première fois de quitter son poste six mois après son arrivée, la seconde, il fut reçu à Amarapoura, ce qui ne l'empêcha pas d'être chargé pour le gouverneur général des Indes de deux lettres fort impertinentes2.

Cependant en 1809, Napoléon paraît se préoccuper des choses d'Extrême-Orient3.

Et nous retrouvons encore l'infatigable Sainte- Croix : il adresse le 21 décembre 1811 à Napoléon Ie1 un projet d'ambassade4 en Chine pour renverser le système de commerce que les Anglais font en ce pays ; les Hollandais lui ont fourni de précieux renseignements. L'Empereur donne l'ordre de renvoyer le mémoire de Renouard de Sainte-Croix au Duc de Bassano, qui avait remplacé le 17 avril 1811 M. de Champagny au Ministère des Affaires étrangères.

1. II. Cordier, Ilist. générale, de Lavisse et Rambaud, X, pp. 972-3.

2. Henri Cordier, Relal. de la Grande Bretagne avec la Birmanie,]). 12. t 3. Consulter sur les projets de Napoléon sur l'Inde : LUe de France sous Decaen (1803-1810)... par Henri Prentout. Paris, Hachette, 1901, in-S.

4. J'ai publié ce document dans le Toung Pao, Mai 1901, pp. 139-145.

Le projet de Sainte-Croix ne fut pas mis à exécution.

Au commencement de 1812, le Conseiller d'Etal <THauterive s'adressait au Ministère de la Marine pour obtenir des renseignements sur la mission de l'évéque d'Adran en Cochinchine en 1788 ; par suite, M. Poncet, Chef de la Division des Colonies, écrivait le 24 janvier 1812, à son collègue, Deluzines, chef du dépôt des Archives et Chartes de la Marine et des Colonies, pour l'inviter à compulser deux dossiers classés, l'un sous le n° 3 dans un carton n° 16 timbré Colonies orientales, Administration, et l'autre sous le n° 1 dans un carton n° 23, même timbre, qui lui avaient élé envoyés le 22 août 1807.

Deluzines répondit à Poncet le 29 janvier 1812 :

« Vous me marquez que l'intention de Son Excellence est que je lui transmette le plus tôt qu'il sera possible le résultat des documents qui y existeraient sur la mission de L'évéque d'Adran à la Cochinchine en 178S, sur un traité à cette époque entre la France, accordant du secours au Roy de la Cochinchine, et ce Roy alors dépossédé et ayant besoin d'appui pour rentrer dans ses Etats, et enfin sur les suites de ce traité, sur les difficultés que les Gouverneurs français dans les In Orientales auraient pu apporter au succès de la mission de l'évoque d'Adran.

« J'ai compulsé les deux dossiers en question et en réfléchissant mûrement sur la demande qui m'est faite, j'av craint de ne pouvoir y répondre avec succès. Il faudrait pour que je le tisse comme je le désirerais que je fusse plus pénétré que je ne puis l'être de l'esprit dans lequel elle est faite. En ne remplissant pas les vues de Son Excellence ma réponse provoque une autre lettre et entraîne ainsi des longueurs qu'il s'agit d'éviter.

« Dans cette incertitude, j'ai pensé que je ne pouvais mieux faire que de vous adresser ces deux dossiers dont il vou< esl bien plus facile de retirer vous-même les résultais que von-

désirez. L'inventaire des pièces se trouve à la têle de chaque dossier.

« Je me rappelle d'avoir dans le temps beaucoup entendu parler de la Cochinchine, et qu'à cette époque TEvêque d'Adran vint à Paris avec le fils de ce Roy pour y solliciter les secours de la France. Cette négociation traîna beaucoup en longueur. Cependant le Ministre de la Marine, d'après les ordres du Roy, destina des troupes et nomma un général pour suivre cette expédition. A son arrivée, il trouva que le Roy avait reconquis son royaume sans secours étranger. Je n'ose garantir littéralement ces faits ; je ne vous les présente que comme objet de mémoire » 4.

Peu chercheur le Sieur Deluzines !

Mais les événements deviennent de plus en plus graves en Europe ; il n'est plus question de la Cochinchine a.vant le retour des Bourbons.

1. Archives de la Marine el des Colonies. — Extrait partiellement par M. Septans.

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