DIVISION
des CONSULATS
A Son Excellence Monseigneur le Ministre des Affaires Etrangères à Paris1.
Monseigneur,
Votre Excellence m'ayant chargé d'acquérir et d'offrir moi-même divers objets destinés pour les présents de Sa Majesté le roi de France à l'Empereur de la Gochinchine, j'ai l'honneur de lui proposer un objet que je regarde comme bien précieux, et que ce Souverain recevra sûrement avec bien de la satisfaction et de la reconnaissance : c'est le vaccin. J'ai vu
1. Ecrit au ministre de l'intérieur le 14 octobre 1820 — L. s.
les ravages qu'a fait la petite vérole dans ces contrées lointaines, et je juge que c'est servir l'humanité même que d'y faire connaître et répandre le précieux préservatif employé en Europe avec tant de succès.
Un essai a été fait par le chirurgien d'un vaisseau français, mais sans réussite; il y a lieu de présumer que le virus, conservé entre deux verres, suivant l'usage adopté pour le transporter moins loin, aura perdu sa vertu dans une longue traversée, de 6.000 lieues.
Je supplie Votre Excellence de vouloir s'intéresser à ma demande, et d'ordonner toutes les mesures nécessaires pour qu'il me soit adressé à Bordeaux d'où je dois partir dans les premiers jours du mois prochain, sur le vaisseau le Larose, expédié par la maison Balguerie, Sarget et Cie, une provision de bon vaccin renfermé avec toutes les précautions possibles afin qu'il arrive en bon état, et de faire accompagner cet envoi des instructions convenables et des ordonnances de police et d'administration qui ont élé employées pour la propagation de ce préservatif.
M. Lefort, officier de santé du navire le Larose, me parait bien propre à être chargé des premiers essais; il est très avantageusement connu en Cochinchine, même à la cour, par des cures heureuses et par son zèle et ses connaissances dans son art, aussi bien que par sa bonne conduite. Je me fais un devoir de le recommander à Votre Excellence.
Daignez agréer, etc.
J.-B. GlIAHiNKAl.
Officier français, mandarin à la cour de Coebinchine.