V. fa lettre des affaires étrangères du 12 novembre
je possède, et la rareté des occasions pour ce pays, me forcent d'insister pour partir sur le navire l«i Saint-Michel qui fera voile de Bordeaux directement pour Touranne au commencement du mois prochain.
Appréciant les raisons d'économie qui guident le Ministère, je me suis déterminé à partir avec le titre de Vice-Consul de S. M., ne demandant provisoirement que d'être défrayé des dépenses que m'occasionnera ma nouvelle expatriation et laissant à Son Excellence le Ministre des afFaires étrangères le soin de m'indemniser plus tard, en raison du zèle dont je désire faire preuve en cette occasion.
Votre Excellence a donné trop de preuves de l'intérêt qu'elle porte au commerce pour que j'aye besoin de militer en sa faveur. MM. Balguerie d'ailleurs, par leurs lettres et par l'organe de M. Sarget, ont dû plaider sa cause plus chaudement qu'il ne m'est donné de le faire. Je me contenterai de faire valoir ici l'avantage de la présence d'un agent français dans les porls de Cochinchine, lorsque les bâtiments du roi y relâcheront pour se ravitailler ou pour effectuer les missions auxquelles ils sont souvent employés, et dans le cas surtout où des avaries majeures réclameraient pour eux l'assistance du gouvernement chez lequel il serait accrédité.
Permettez-moi, Monseigneur, de vous rappeler qu'après avoir attaché mon nom à une expédition maritime assez aventureuse, j'ai obtenu de votre prédécesseur une récompense dont je sens tout le prix; et que vous-même, en me recommandant récemment aux bontés du roi, m'avez inspiré une reconnaissance que vous comblerez en appuyant verbalement ma demande auprès de Son Excellence le Ministre des affaires étrangères.
Je dois faire observer à Votre Excellence que l'emploi de son crédit est pour moi d'une urgence éminente; car, en cas de succès, je devrai être à la mer le 10 du mois prochain.
J'ai l'honneur d'être, etc.
E. Chaigneau.
Rue de Richelieu, n° 25.
A Son Excellence le Ministre des affaires étrangères,
à Pa ris l .
A bord du Saint-Michel, au bas de la rivière de Bordeaux, le 18 décembre 1829.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que depuis trois jours je suis embarqué sur le navire le Saint-Michel que des brumes épaisses ont retenu jusqu'à ce moment dans la rivière. Il est enfin sous voiles; et, dans peu d'heures, aura laissé les côtes de France pour se diriger, par la voie de Singapore, vers celles de la Gochinchine. En adressant aujourd'hui à Votre Excellence mes remerciements pour la faveur qu'elle a bien voulu m'accorder, j'ose me recommander à sa bienveillance pour l'avenir et la prier de m'accorder une protection que mon élbignement va réclamer d'une manière toute particulière. Plein de confiance en votre justice, j'attendrai avec patience que vous assuriez au consulat de Gochin-
chine les avantages qui lui sont promis, et il me tardera de provoquer cette mesure en annonçant à Votre Excellence que j'aurai reçu en Cochinchine un accueil favorable du Mandarin des Etrangers.
Je prie Votre Excellence d'ordonner qu'il me soit fait envoi, à ma résidence, d'une collection de journaux et des Annales maritimes ainsi que du Bulletin des lois. J'avais espéré trouver à Bordeaux les Annales pour 1829, chez monsieur le Commissaire général de la marine ; mais elles n'y sont point parvenues. Mon intention étant de m'adonner spécialement à l'étude des lettres chinoises, je recevrai avec reconnaissance un exemplaire du Dictionnaire chinois de de Guignes si Votre Excellence veut bien le faire obtenir pour moi de la Bibliothèque Royale.
La corvette du roi la Favorite devra sous peu visiter la Cochinchine ; je m'empresse de signaler à Votre Excellence cette heureuse occasion pour me transmettre ses ordres et les ouvrages que je lui demande. Je viens d'écrire à S. Ex. le Ministre de la Marine pour l'informer que dans le cas où le commandant de la Favorite devrait voir le roi de Cochinchine et le Mandarin des Etrangers, il est urgent qu'il soit porteur d'une lettre de S. M. le roi de France pour le roi de Cochinchine. La mission de cette corvette à Tourane ne peut d'ailleurs que produire un très bon effet, et devra nécessairement favoriser l'objet de celle que Votre Excellence veut bien me confier.
Daignez agréer, etc.
E. Chaigneau.
A Son Excellence le Ministre des affaires étrangères , à Paris1.
Tourane, Cochinchine, le 31 décembre 1830.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que depuis mon arrivée dans ce pays j'ai éprouvé des difficultés sans fondement de la part du gouvernement cochinchinois, au point de m'être considéré plutôt comme toléré que comme installé en la qualité qu'il a plu à Votre Excellence de me conférer. Heureusement, l'état des choses à changé depuis le 20 de ce mois, à l'aspect du pavillon du roi qui flotte dans la baie de Tourane à bord de la corvette de S. M. la Favorite ; et le zèle et la dignité qu'a apportés M. le commandant Laplace, dans les relations que nous avons entamées de concert avec le gouvernement, me sont garants du succès de sa mission. Le séjour d'un mois au moins que fera ici ce bâtiment, sera plus que suffisant pour réparer le temps perdu et me faire obtenir tout le crédit que j'ai droit d'attendre de la cour de Cochinchine. Un bâtiment de l'empereur part demain matin pour Singapore si précipitamment, que je suis dans l'impossibilité de différer pour communiquer à Votre Excellence les nouvelles intéressantes que nous attendons de Hué par suite d'une entrevue récente et solennelle avec l'un des grands Mandarins.
Je ne puis passer sous silence le naufrage du navire
J. M'en parler. — L. a. s.
MÉLANGES ORIKXTAl'X
marchand le Saint-Michel, de Bordeaux, sur lequel j'ai effectué mon passage de France en ce pays ; il a entièrement péri dans la nuit du 9 août dernier, à soixante-dix lieues environ de ce port ; et c'est par une espèce de prodige qu'au nombre de vingt-sept, dans deux petits canots, nous sommes parvenus à y aborder après cinq jours et six nuits de la plus pénible navigation. Arrivé moi-même à terre dans l'état de dénuement le plus complet, j'ai pourvu depuis cette époque à la subsistance de cet équipage qui est demeuré jusqu'à ce jour à la charge du département de la Marine. Si le malheur personnel que j'ai essuyé dans cette circonstance me donne quelques droits à la bienveillance de Votre Excellence, je la prie d'avoir égard à la différence des traitements qui m'ont été alloués en 1825 et en 1830, et j'oserai lui rappeler la promesse verbale qu'elle a daigné me faire du titre de Consul et des émoluments qui y sont attachés pour la résidence que j'occupe. Plein de confiance à cet égard, je suis avec un profond respect, etc.
E. Ciiaigneau.
Vice-consul du roi.