‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 5 sur 115 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

Nous avons cité ces lignes , entre tant d'autres aussi jeunes , sans craindre que les amis de Jacques Thomas nous adressent le reproche de trahir de ces sentiments éphémères dont on sourit quelquefois comme de juvénilités. Cette élévation , cette générosité, cette fougue, cette piété, cette délicate sensibilité , ces scrupules et ces désirs , c'était tout son cœur en son inaltérable essence. Il eûtsuffi de voir son beau regard modeste mais ardent et profond pour deviner la flamme intérieure qui animait cette frêle vie.

Il revint de Rome à Paris pour un dernier stade d'études, de 1879 à 1881. Il entendait se préparer enfin directement à la science scripturaire, en suivant les cours de TÉcole des Hautes Études de la Sorbonne. Saint-Sulpice lui avait appris Fhébreu; il fut pour l'assyrien l'élève de M. Pognon, pour l'arabe, de Stanislas Guyard, pour l'égyptien, de Grébaut, pour le copte, de M. Maspéro, et il s'essaya même au sanscrit avec Bergaigne. Il suivait aussi à l'Institut catholique de Paris les cours de l'abbé Paulin Martin, mais surtout les cours de notre commun mattre, M . l'abbé Duchesne. Chez M. Duchesne j'eus l'occasion de

INTRODUCTION. xv

rencontrer maintes fois Jacques Thomas. Je revois encore le clair salon, très haut d'étage, mais égayé par de beaux arbres et la silhouette italienne du dôme des Carmes, où M. Duchesne aimait à nous réunir. L'abbé Thomas mettait, là comme à la Procure, toute la maison en éveil et en joie. « Jack » , comme on l'appelait dans l'intimité, avait le don de provoquer Tentretien par sa curiosité sagace et informée. On imagine avec quelles ressources de science et d'esprit le maître de la maison s'y prêtait, et si la critique appliquée aux sciences sacrées était un thème à infinis renouvellements! Je me rappelle une conversation de ce genre, dont la critique avait fait tous les frais et dont le sujet était loin d'être épuisé , lorsque Jacques Thomas s'excusa de se retirer, et avoua simplement qu'il avait commencé et qu'il était pressé d'achever la lecture des articles De Sacrificio mis^ sae de Suarez. Ce trait suffirait à révéler à quelle famille d'esprits il appartenait, vif et riche assez pour se multiplier en tant d'efforts philologiques, trop grave pour être capable de se désintéresser du sens profond des choses.

Au printemps de 1880, il visita la Terre Sainte.

Page 1