‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 6 sur 115 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Ce fut une visite rapide au Caire, à Jérusalem, à la Mer Morte, en Samarie, en Galilée, à Césarée de Philippe, à Balbek, à Smyrne, à Constantinople, un tour devenu aujourd'hui comme élémentaire. Mais ce n'était qu'une sorte de première lecture. Jacques Thomas comptait bien revoir et revoir en détail le pays de la Bible. La rudesse du voyage, les dangers même , n'étaient point pour le décourager. Et l'admirable commentaire qu'est la TeiTe Sainte pour TEcriture Sainte était un enseignement qu'il ne voulait pas négliger plus que les autres. Ses yeux perçants et jeunes savaient voir, et s^enthousiasmer de ce qu'ils voyaient, et ne voir que ce qui se voit. Telle de ses lettres datées d'Orient est pleine de tressaillements, en gardant cette notation précise, presque sèche, qui est la marque de son style.

Au cours de 1881, M. Paulin Martin ayant demandé à être déchargé des leçons d'hébreu qu'il donnait à l'Institut catholique de Paris, on pria Jacques Thomas de le suppléer. Il le fit à la satisfaction de tous. Et c'eût été plus encore la satisfaction de tous qu'il eût accepté celte fonction définitivement. Jacques Thomas hésita : on le vou-

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lait à Paris, mais on le voulait plus encore à Toulouse, où la faculté de théologie demandait un professeur d'Écriture Sainte et ne voulait que lui. Notre ami revint à Paris en octobre et novembre 1881, pour achever quelques travaux, prendre conseil encore, et , après avoir longuement mûri sa décision, il se résolut à opter pour Toulouse. La chaire qu'il abandonnait à Paris fut donnée à M. Fabbé Loisv.

A Toulouse, la faculté de théologie de notre Institut catholique avait été ouverte en 1879. Le cours d'Écriture Sainte avait été confié provisoirement à un prêtre d'un grand savoir, d'une modestie plus grande encore, que sa vocation propre portait plus vers Fétude que vers l'enseignement, et qui désirait se retirer, après avoir pourtant inauguré le cours d'exégèse, le cours d'introduction et le cours d'hébreu. Jacques Thomas prit sa place.

Son premier soin fut d'organiser un solide enseignement de Fhébreu. Bien rares étaient et sont encore les grands séminaires où l'on peut en apprendre le rudiment. Nos étudiants de première année avaient besoin d'im cours élémentaire. Les

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anciens pouvaient être menés plus loin : Jacques Thomas établit un cours supérieur, auquel il put joindre en certaines années un cours de syriaque. L'économie d'un cours d'Écriture Sainte est plus difficile à établir. Certains esprits, entraînés par la routine pédagogique, semblent portés à confondre V introduction avec l'Écriture Sainte ellemême. Nous devons à cette confusion invétérée que les manuels, et souvent quels manuels! se substituent aux commentaires. Quant à l'histoire sainte, existe-t-elle encore? Jacques Thomas jugeait que V introduction y telle qu'elle était pratiquée, avait le tort de poser trop de conclusions sans bases suffisantes; il jugeait qu'une enquête dans les textes eux-mêmes était l'indispensable introduction à Pintroduction , et qu'il la fallait littérale , historique, réelle, dût-elle parfois conclure autrement que les auteurs les plus classiques , et quelquefois même ne conclure point.

. Comprenant l'importance de la littérature prophétique dans les graves questions agitées par la critique contemporaine, Jacques Thomas se plaça du premier coup sur ce ferme terrain qu'il voulut explorer, creuser, connaître à fond. « Les écrits des

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prophètes, dit-il, se rattachent au milieu dans lequel ils ont été composés par leurs fibres les plus intimes, comme l'arbre vigoureux tient profondément au sol par les mille radicelles qui moulent leurs formes sur le terrain qu'elles pénètrent. Il n'est pas facile de les en détacher. La critique la plus exigeante a dû le reconnaître... On trouve dans les Prophètes des traces manifestes des récits et des institutions mosaïques^ toujours plus abondantes à mesure que les temps avancent :

voilà le fait. Ces traces ne sont-elles que des jalons indiquant les étapes d'une composition successive, ou bien supposent-elles déjà préexistant dans son ensemble le grand ouvrage sur les origines de la nation? Telle est la question que soulèvent les critiques et qui préoccupe tant aujourd'hui les esprits. Nous ne Taborderons pas encore directement. . . » Cet esprit sérieux ne va pas se jeter tout d'abord au cœur d'un si difficile problème pour en donner hâtivement une solution quelconque. Sous le titre général d^histoire critique et littéraire de V Ancien Testament, il étudiera pendant de longues années les Prophètes antérieurs à la captivité et en particulier Isaïe. Voici le

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