‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 60 sur 115 · Ibid. 19 : 8ià iyta xptvco \Li\ napevo/XeTv · texte numérisé non relu

Ibid. 19 : 8ià iyta xptvco \Li\ napevo/XeTv

gré la particule yip qui Tintroduit. « Car Moïse , depuis les temps anciens, en toute ville à ceux qui le récitent, étant lu dans les synagogues chaque sabbat K » Ce qui me paraît le plus probable (s'il n'y a pas une lacune impossible à combler) c'est que pour justifier les mesures proposées, saint Jacques observe que, la loi de Moïse étant toujours récitée dans les synagogues, on ne doit pas scandaliser ceux qui la lisent en tolérant chez les nouveaux convertis ce qu'elle considérait comme une abomination. Dès lors ces prescriptions sont visiblement proposées par saint Jacques dans une intention de conciliation. C'était beaucoup de ne pas imposer la Loi; il ne fallait pas choquer à l'excès les sentiments juifs.

En somme, Jacques, fidèle à ce qui a été convenu entre lui et saint Paul, accorde la liberté des Gentils, justifie à ses yeux et aux yeux de ses compatriotes cette concession par les oracles des prophètes, mais l'entoure des réserves destinées à écarter un scandale légitime chez les Juifs qui con-

1. AcL XV, 21 : MouoYJ; yàp i% Yeveûv àp/otico^ xatà wdXtv toO? xiqpuffffovTaç aûrèv Ixei êv Taîç auvaycdYatc xaxà wâv 9àâ6aTov àvaytv(ii>(rx6(i.evoc... Tout en reconnaissant la difficulté, nous trouvons excessive la réserve du savant professeur de Louvain, Beelen [Corn, in AcL Apost. 18G4, p. 389) : (c Fateor me non satis perspicere quanam tandem ratione versiculo 21 conlineatur causa cur Jacobus voluerit ut ea quœ dixerat v. 20 elhnico-christianis praeciperentur; nec ullum adhuc legi interprètent qui rem, mea quidem sententia, recte expUcaverit. »

tînuent à lire et à pratiquer fidèlement la loi de MoYse. Nous sommes bien en deçà des hautes visées de Pierre. A Dieu ne plaise que nous voulions diminuer l'autorité de Jacques ; mais nous cherchons à bien caractériser la portée de son discours et rinfluence qu'il eut dans la réunion de Jérusalem. Ces observations rendent hommage à son sens pratique, à sa profonde connaissance du milieu dans lequel il vivait , à son esprit de modération et de sagesse *. Aussi allons-nous continuer à signaler sans scrupule tout ce qui met en évidence la note individuelle de son discours; en laissant intacte la vérité de l'Évangile, il reflète la physionomie toute juive de son auteur. Si l'historien des Actes l'a abrégé, ou plutôt s'il a recueilli ce qui s'en était conservé , sa plume lui a laissé son aspect particulier sans altération ; encore moins l'at-elle créé. Non seulement la marche générale des idées que nous venons d'étudier, le montre , mais

1. Nous savons du reste par son épttre que saint Jacques n'aime pas une sagesse disputeuse et au zèle amer; en vain se glorifle-tellede la vérité (III, 14); on vain bénit-on Dieu, si on maudit les homines faits à l'image de Dieu (ibid. 9-10). — Bien autre est l'idéal que propose ce prétendu judaïsant fanatique, a La sagesse d'en haut, dit-il, est d'abord pure, ensuite pacifique, bienveillante, persuasive, pleine de miséricorde et de bons fruits ; elle ne critique pas, elle ne dissimule pas. Le fruit de la justice se sème dans la paix pour ceux qui gardent la paix. » (III, 17-18 : i7) 6è àvb>6sv <ro(pia npûTov nèv àyvio iffxiv, iiztixa elpy|Vi)tYi, ènietxi^c, êuueiOtqç, (jLeoTY) é).éouc xat xapriûv àyaOûv, àStàxpiTOc, àvuTrdxpiTOç. Kapic^ç Se SixaioaOvv); èv slpiQViQ oTce^pcTai toîc TcoioOaiv slpiQVY]v.)

86 MÉLANGES D^HISTOIRK

aussi les détails des premiers mots jusqu'à la fin.

Au début le nom de Siméon (Suixswv) est bien caractéristique. Dans les Actes, le narrateur emploie couramment le nom de Pierre ; là seulement où le récit l'y oblige il se sert de l'autre, mais, comme dans son Évangile, sous la forme moderne Simon (Si^wv) ^ Ce nom, plus familier à TÉglise de Jérusalem, ne parait avec sa prononciation antique qu'ici sur les lèvres de Jacques fidèle aux vieilles formes. La coïncidence est frappante.

A la fin, si ce discours provenait tout d'une pièce de l'auteur des Actes, aurions-nous cette dernière phrase , dont la connexion si peu apparente avec ce qui précède, défie presque toute explication? Aurions-nous partout cette couleur juive si prononcée? Pierre s'est servi de formules toutes chrétiennes qui mettent en avant la loi individuelle ; Jacques 2, lui , présente la conversion des Gentils avec les formules nationales coulées

1. AcL X, 5, 18, 32; XI, 53. La transcription grecque Su^ieuv provient de la forme plus pleine p^D^ dans laquelle la chuintante et l'aspiration ^ se faisaient encore entendre. Dans la transcription £({io>v, on a la forme l^iDitET <^t I^ID^D dans le Talmud,

où nous n'avons plus que la simple sifflante et où l'aspiration s^est perdue.

2. Act. XV, 7, 9. Pierre : IUXé^sto ô 6e&; $tà toû (rrdfiaro; aou àxoOffai xà IOvy] tov Xrfyov toO eOayyeX{ou xal ici(rrev<xat... t^ wîaxei xa- 6ap(<r(xc Ta; xap6(a; aÙTÛv.

Ibid. 14 : Jacques : ô 6eàc èizeamé^'zo >a6eTy èÇ lOvûv Xaov tû ôvdfiari aOroû.

dans le moule de la pensée juive. Les Gentils qui se convertissent, il les appelle : oî àxb twv èôvwv èxiŒTpéçovTeç èxt xbv 0sov; s'il s'agissait de païens passant simplement au judaïsme, on ne dirait pas autrement. Le Christ n'est pas nommé ; il n'apparaît dans le discours de Jacques qu'à travers le voile des anciens prophètes. Dans le discours de Pierre , la loi et la grâce de Jésus sont au premier plan.

Jacques dut apporter plusieurs oracles des prophètes (o5 XoYoi Twv xpoçTQTwv); uu seul nous est conservé; il est significatif. Ce n'est pas en effet un de ces passages où les chrétiens après la venue du Sauveur reconnurent la prédiction, mais bien un de ceux qui même parmi les docteurs juifs étaient appliqués aux temps messianiques; encore ici un trait qui nous ramène plutôt à Jacques et à l'Église de Jérusalem qu'à l'auteur des Actes. L'allusion à la tente renversée de David , dans ce passage d'Amos (XI, 11), a suggéré le nom de Bar fiefdim (fils des tombés D^S^sa il), pour le Messie.

Rabbi Nahman, lisons-nous dans le Talmud*, dit à R. Isàak : « As-tu appris quand Bar Nefilim doit

1. Tr. Sanhedr. fol. 96, 2. Cfr. autres applicaUons messianiques de ce texte d'Amos dans les auteurs juifs, le Bereschit Rabbû, sect. 88; \QSohar, ap. Schôttgen, Horae Hebraicae, t. II, p. 70, 111, 221, et aussi R. Martin, Pugio fidei,., notes de du Voisin, in prooem.

venir? » R. Isàak répondit : « Qui est-il? »

R. Nahman dit : « Le Messie! » R. Isàak : « Mais le Messie est-il ainsi nommé? » R. Nahman : » Oui; il est dit : En ce temps-là je relèverai la tente de

David qui est tombée »

Dans le discours de saint Jacques, nous avons moins une citation formelle qu'une paraphrase du texte d'Amos; Torateur se préoccupe surtout d'appliquer les traits saillants du passage à la question présente ^ C'est encore dans ce but qu'à la fin il soude ses propres paroles à celle du texte : 'ké'^zi Kùpioç xciwv TatÎTa y^^iù^OL «tu* atwvoç ^, dit le Seigneur qui accomplit maintenant ces choses

1. Si, à la réunion de Jérusalem, saint Jacques parla dans le dialecte national, araméo-paleslinien (ce qui me parait le plus probable) et non en grec, c'est sans doute quand les principaux passages de son discours furent traduits en cette dernière langue pour se répandre dans les cercles chrétiens, que l'on accommoda la citation aux expressions même de la yersion grecque courante, c'est-à-dire de la version alexandrii e dite des Septante,

2. Nous suivons la leçon la mieux garantie par les mss. et par plusieurs des anciennes versions (copte, éthiopienne, arménienne, éd. Zohrab.]* Mais, comme on remarquait que ces courtes paroles YV(d(TTà an* oclcôvoç ne faisaient pas partie du texte cité, on a voulu les expliquer à part, et pour leur donner une signification, on a complété la phrase sous forme de glose qui a fait corps avec le texte, mais de diverses manières, les uns ajoutant simplement :... £<xtI tôS Oeû Ttdvra rà ipya aÙTou , comme dans la plupart des mss. cursifs, — d'où le texte reçu, — et dans la version syriaque; les autres complétant et modifiant ainsi yvcoaTov an* alcôvoç xtô KupCcp Ta Ipyov aÙToO, comme dans quelques mss. et dans la version latine. L'état fragmentaire du discours se prétait à ces développements.

connues dès longtemps, » Ces derniers mots sont de Torateur.

La parole de Jacques eut un effet décisif : elle représentait si bien les sentiments intimes de la partie saine de l'Église de Jérusalem ! On se rallia aux mesures proposées qui pour le fond donnaient satisfaction aux Gentils et ménageaient aussi les craintes ou les scrupules des Juifs; leur position et leurs privilèges étaient laissés hors de la question. Jacques eut, on peut le dire, les honneurs de la journée. Le discours de Pierre est le vrai plaidoyer ; il a le mérite des larges initiatives. Jacques conclut et prend même le langage du juge : Sib i-^iù xp(va)... (Act. XV, 19). On sent son influence jusque dans la rédaction de la lettre envoyée aux chrétiens d'Antioche, de Syrie et de Cilicie; il est probable qu'il prit part à sa rédaction ; la formule de salutation par laquelle elle débute avec le simple x^^psiv, qui tranche si fort avec toutes les autres formules des lettres apostoliques, ne se retrouve précisément que dans TÉpltre de saint Jacques*.

Les Apôtres et les Anciens résolurent, avec le consentement de toute l'Église, d'envoyer aux fi-

Jac, I, 1.

dêles de Syrie des délégués pour leur communiquer ce qui s'était fait et ce qu'on avait décidé à Jérusalem. On choisit deux hommes de haut rang* * parmi les frères : Juda, appelé Barsabba, etSilas; ils devaient accompagner Paul et Barnabe et porter une lettre qui garantissait leur mission. L'auteur des Actes a conservé ce document -. On y désapprouvait d'abord ceux qui avaient troublé sans mandat les frères d'Antioche; on recommandait ensuite non seulement les deux délégués, mais encore Barnabe et Paul en des termes qui attestaient leur dévouement pour la cause de Jésus-Christ.

La lettre renferme ensuite en quelques mots la décision, conforme de tous points à ce qu'avait proposé saint Jacques. La formule qui l'introduit montre que dès l'origine l'Église avait conscience d'être dirigée dans ses résolutions solennelles par une influence supérieure. « Il a paru bon au Saint- Esprit et à nous de ne vous imposer aucune autre charge comme obligatoire sinon ceci, à savoir de vous abstenir des idolothytes, du sang, des viandes étouffées et de la fornication ^ »

Il importe de s'arrêter sur cette décision, puis

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