Cfr. Gai V, 6; VI
il était an point où cette incompatibilité se manifestait d*ane façon éclatante : les observances légales empêchaient de communiquer avec les Gentils; ce qui est exprimé sous une forme plus concrète : on ne pouvait manger avec eux. Quand on sait la place que tenait dès l'origine dans le culte chrétien le repas fraternel, renfermant ce qu'il y avait de plus auguste parmi les mystères, on sent à quelle profondeur serait allée la division, si on eût maintenu pour les Jui& pareille obligation. Ici la loi était prise clairement en défaut, elle devait céder. On ne pouvait couler l'esprit noQveau de l'Évangile dans ses formes surannées et l'y contenir sans les faire éclater par quelque endroit. « On ne met pas le vin nouveau dans de vieiUes outres, avait dit le divin Maître ; sinon, elles crèvent; le vin se répand et les outres périssent. » (Hatth. IX, 17). C'est précisément ce. que va mettre en lumière l'événement d'Antioche. La conception étroite des judaïsants veut renfermer, au moins pour eux, la vie chrétienne dans les observances légales ; l'esprit nouveau qui bouillonne dans l'âme de Paul et parle par sa bouche, pousse d'une façon irrésistible à l'expansion et à l'unité. L'outre se rompt et demeure sans valeur. En cette occasion, en effet, plus vivement que jamais, Paul Fa senti ; il ne se contente pas de blâmer la conduite de Pierre dans la brusque apostrophe
du débat, mais, prenant la question de plus haut, il expose le principe sur lequel est fondé Taffranchissement des Juifs croyants vis-à-vis de la Loi : elle est sans valeur pour le salut; et, tout en lui rendant un dernier hommage, il proclame leur définitive émancipation dans ce trait profond : « Par la Loi, je suis mort à la Loi. » (Gai. II, 19.) La Loi a préparé et amené elle-même l'âge de liberté, comme l'enfance prépare l'âge mûr.
Bien apprécier les sentiments et la conduite de Pierre en cette circonstance est le côté délicat de Tafifaire; on ne peut le faire sûrement qu'en se plaçant au point de vue de saint Paul; c'est sur son témoignage et d'après son témoignage seulement que l'on doit juger. Dépasser ce point de vue et ce témoignage ou rester en deçà, c'est manquer à toutes les règles de la critique, c'est être décidé d'avance à prendre l'ombre pour la réalité. Or, comment saint Paul nous montre-t-il Pierre? le représente-t-il comme un adversaire décidé, partisan par principe des observances légales? Rien n'est plus éloigné de sa pensée ; qu'on lise et relise son récit (Gai. II, 11-14), son discours (14-21); qu'on note toutes les circonstances qu'il relève; que l'on remarque surtout dans quel but il rappelle cet événement dans TÉpître aux Gala tes, et l'on demeurera convaincu qu'il n'a pas regardé
Pierre comme un rival de doctrine, mais plutôt comme un homme qui d'habitude agit et pense comme lui, mais qui par timidité a dévié un moment du droit chemin. Une lecture superficielle a pu seule donner une impression contraire; une lecture attentive ramène certainement à cette vue. Saint Paul revient, dans FÉpltre aux Galates, sur les événements antérieurs de sa vie pour défendre son autorité apostolique attaquée par les judaïsants. On a nié qu'il fût un véritable Apôtre tenant de Dieu môme sa mission; on Ta représenté comme un simple envoyé des Apôtres, qui, loin de leur être fidèle , prêche une doctrine contraire à la leur. Paul s'empresse de répondre à ces accusations. Il affirme hautement lorigine divine de son apostolat; par l'histoire de sa vie depuis sa conversion, il montre qu'il n'a reçu sa mission et sa doctrine d'aucun homme, mais directement de Dieu par révélation ^ ; ensuite, dans le récit de la réunion de Jérusalem 2, son intention manifeste est de prouver qu'il n'est pas en désaccord avec les autres Apôtres. Il note avec soin qu'un long intervalle 3, une quinzaine d'années, s'est écoulé entre sa conversion et cette entrevue où il conféra de sa doctrine avec les Apôtres; et s'il confond