‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 71 sur 115 · GaL I, 18 et II, 1, combinés d'une façon approximative · texte numérisé non relu

GaL I, 18 et II, 1, combinés d'une façon approximative

ainsi de nouveau ceux qui prétendent qu'il tient son évangile des Apôtres, toute la suite du morceau fait ressortir Taccord loyal qui a existé entre lui et Barnabe d'une part, Jacques, Pierre et Jean d'autre part. Le récit de la rencontre d'Antioche, qui suit immédiatement, va au même but. Il ne le fait pas seulement, comme le répètent beaucoup d'interprètes , pour prouver encore une fois qu'il n'est pas un simple délégué des Apôtres, et que, comme Apôtre, il est leur égal puisqu'il ne craint pas de résister à Pierre , mais encore et surtout il renverse les accusations de ses adversaires qui ont pu alléguer l'incident d'Antioche comme un indice de l'opposition entre Paul et les Apôtres, Il rétablit le fait sous son vrai jour et s'applique à montrer que Pierre était d'accord * avec lui dans la doctrine et même dans la pratique, et que par une inconséquence il a dévié de sa conduite ordinaire. Les détails donnés, les paroles rapportées, la manière de raconter l'incident tendent à prouver que, loin de confirmer les insinuations des ju-

1. Les judaïsants du ii° ou iii° siècle — mieux avisés que certains critiques — ont très bien vu la portée du langage et de l'argumentation de saint Paul, l'homme ennemi, et ils s'en plaignent en la personne de saint Pierre dans la prétendue lettre de celui-ci à saint Jacques (n° 2) (cf. en tête des Homél, Clémentines), a On a essayé par des interprétations forcées, dit Pierre, de détourner mes paroles en faveur de l'abolition de la Loi ; on a prétendu que c'était là mon sentiment, mais que je ne le prêchais pas ouvertement. »

daïsants, ce fait témoigne plutôt de leur précédent accord : qu'on en juge.

Que dit Paul, en effet? Dès que Pierre s'est trouvé dans un milieu ouvert aux Gentils, il s'est mis en communion avec eux, s' affranchissant en cela des observances légales. « Il mangeait avec les Gentils. » — (jLETa Twv eOvwv o-uvi^aôisv — Il ne s'abstient que plus tard : est-ce après réflexions ou scrupules personnels? — Non c'est une influence du dehors, par crainte, par timidité, craignant ceux de la circoncision venus récemment de Jérusalem. Nous présenterait-on ainsi un rival de doctrine, un partisan déclaré des observances légales? Mais peutêtre cette crainte va-t-elle jusqu'à changer les convictions intimes de Pierre? Endoctriné par les judaïsants, devient-il un adversaire? Il n'en est rien : Paul ne le croit pas ; il regarde la démarche de Pierre comme une dissimulation; devant les réclamations des judaïsants, par condescendance sans doute, Pierre a caché ses vrais sentiments, et Paul l'insinue deux fois. •< Ils dissimulèrent avec lui — auvuTcexpfôiQŒav auTw (Gai. II, 13) — dit-il en

parlant de ceux qui l'imitèrent, Et Barnabe

lui-même fut entraîné avec eux par leur dissimulation, — o)(7T£ xai Bapvà6aç cruva-îri^^^ÔY; auTwv tî) ùtucxpiŒsi. » (ibid,) Ce n'est donc pas un changement réel de doctrine, une déclaration de principe, c'est une fausse démarche dont saint Paul va découvrir

les fâcheuses conséquences — o5x op6o7co$o0ffiv Ttpoq TT)v àXTQÔetav toU vjayyeJdoD [ibid, v. 14.).

Lisons maintenant le discours que Paul adresse à Pierre, ou plutôt les traits saillants de ce discours, tels qu'ils se sont profondément gravés dans sa mémoire et qu'il juge bon de les rappeler devant les Galates. Rien de plus significatif que les premiers mots : « Si toi, tout Juif que tu es, tu vis à la façon des Gentils et non des Juifs, comment forces- tu les Gentils à judaïser? » Nous avons expliqué déjà la portée de ce dernier trait. Notons ici le premier : « Tu vis à la façon des Gentils et non des Juifs. » Vivre à Hb, facondes Gentils y c'était s'affranchir des observances légales, et pour le cas présent, comme le montre ce qui* précède, c'était manger avec les Gentils^ [/.stoc tûv èôvwv auvsaOteiv ; voilà ce que saint Paul appelle èôvixûç xai eux louSatxûç Çijv ; tant ce fait de ne pas communiquer avec les Gentils était caractéristique de la vie juive ! Or, remarquons la force de ce présent ^ : « ttivis... èôvixwç xal o\)% louSaïxwç Ç^ç »; ce n'est pas le présent temporel; au moment où Paul parlait ainsi, Pierre ne vivait plus èôvixwç ; il avait repris les habitudes juives; c'est le sujet même du

1. C'est saint Ghrysostome qui suggère cette remarque : où YÀp etnev* et du 'Iou6ato; ûv I6vtxâ>; SCyjc, &).Xà Cfjc, &oxe, xal vvv Tifjv aÙTîiv yvcôfAYiv exsk;. — Car il ne dit pas : tu vivais, mais : tu vis, de telle sorte que maintenant aussi tu as le même sentiment. ;> {Hom. in Gai. II, 11 sq. ap. Migne, Pat* gr,, t. 51.)

reproche. Le présent ne s'explique que parce que saint Paul regarde la précédente conduite de Pierre, avant l'arrivée des Juifs de Jérusalem, comme la conduite ordinaire et propre de cet Apôtre, et c'est ce qui rend, du reste, le reproche plus vif, en accentuant rinconséquence. Tout cela cadre exactement avec le auvuirsxptOTQffav... ifi uTCcxp(a£i.

Saint Paul se hâte ensuite de passer aux aperçus doctrinaux qui justifient la première conduite de Pierre, et présentent la nouvelle comme contraire aux principes reçus par celui-ci. Le trait caractéristique de ce discours, c'est la reductio ad absurdum que saint Paul manie* avec tant de vigueur; il pousse l'interlocuteur à reconnaître qu'il va contre un principe qu'il ne nie pas, qu'il ne peut pas nier*. Les paroles suivantes le supposent: « Nous, Juifsdenaissance, » c'est-à-dire, toi et moi, et tousles autres Juifs entraînés par ta dissimulation, « Nous, dit-il, .... ayant reconnu que nul n'est justifié par les œuvres de la Loi, sinon par la foi du Christ Jésus, nous aussi avons cru au Christ Jésus, afin d'être justifiés par la foi du Christ, et non par les œuvres de la Loi, » Ce qui fait en l'espèce la force de l'argument de saint Paul pour convaincre Pierre d'inconséquence, ce n'est pas seulement l'incontestable vérité du principe, mais c'est encore que

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