‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 72 sur 115 · I. Cfr. GaL II · texte numérisé non relu

I. Cfr. GaL II

Pierre lui-même Ta reconnue (Yj(/.£tç... etooTsç... xal 'ii[Léïq eîç XpKjrbv 'Ir^aouv 67wt(TT£Uffa(JL£V iva §tx.ai(*)0G)|ji.£V èx '3r((jT£a)(; XpiaTOu xal oux èÇ £pYt*>v vifjiou. Gai. II, 15-16).

Plus loin, bien que saint Paul se mette en scène à la première personne, comme il lui arrive souvent dans ses discussions, c'est bien la conduite de Pierre quHl vise et représente : « Car si j'édifie de nouveau ce que f ai renversé^ je me constitue moi-même prévaricateur ^ »

Saint Pierre s'est donc affranchi comme saint Paul des observances légales, et saint Paul suppose qu'il admet toujours le principe fondamental sur lequel repose cet affranchissement. Il n'a donc jamais été, et il n'est pas devenu l'adversaire doctrinal de l'Apôtre des Gentils.

Que s'est-il alors passé? Il nous est maintenant facile de le comprendre. Pierre, venu à Antioche, se trouve dans une Église où les Gentils sont nombreux; il s'est mis en rapport avec eux, se dégageant des observances juives qu'il envisage comme^ indifférentes au salut; c'est ce que saint Paul appelle les xaTaXij£iv. Des Juifs chrétiens, arrivés de Jérusalem, se scandalisent de sa conduite, le blâment sévèrement, vont peut-être jus-

1. Gai. II, 18: et yàp & xaTeXuaa Tauxa TcàXtv oUo8o(i(ii> 7rapa6arr,v è^autàv (Tuviaxàvo).

qu'à la menace. Pour empêcher un éclat, par timidité, en vue de la paix, Pierre reprend avec ces Juifs les habitudes juives qu'il juge en soi indifférentes. N'est-ce pas parce qu'il les tient aussi pour indifférentes que Paul s'y conforme parfois, comme nous le verrons, pour éviter le scandale et se faire tout à tous. Où donc est la faute? Pierre ne partil pas de deux principes également vrais et admis de Paul : les observances légales sont choses indifférentes au salut; on peut s'y conformer pour le bien des faibles? Rien de plus juste en théorie ; rien de plus délicat à appliquer dans la pratique, et Pierre fait ici une application malheureuse de ces principes excellents. Céder* en cette circonstance, ce n'était pas condescendre à des âmes faibles mais sincères, c'était entrer en apparence dans les vues de gens qui s'obstinaient dans un principe faux : la nécessité de la Loi pour le salut au moins chez les Juifs. Céder en cette circonstance, c'était faire concession sur un point que l'on ne pouvait regarder comme indifférent; l'unité de l'Église était en péril ; c'était consacrer un principe de division, maintenir le mur de séparation entre Juifs et Gentils, montrer qu'on les regardait toujours comme des àfxapTwXoC, avec qui on ne devait pas se mêler; c'était les forcer par là à judaïser; c'était revenir en arrière de la décision de Jérusalem. Le mérite de saint Paul est d'avoir vu toutes les con-

séquences d'une pareille conduite et de les avoir courageusement signalées. La démarche était déplorable ; il n'est pas surprenant que Paul ait crié si fort. Les écrivains ecclésiastiques ^ qui ont admis comme réel le reproche de saint Paul, se demandent jusqu'à quel point l'action de Pierre fut coupable? Pierre pouvait agir de bonne foi par condescendance pour les Juifs de Jérusalem, et sans

1. Cfr. d'après saint Auguslin, saint Ttiomas Comm, in h. l. et Summa theol. 1. 2. q. 103 a. 4 ad 2 ; 2. 2. q. 33 a. 4 ad 2 ; q. 43 a. 6 ad 2; et les principaux interprêtes cattioliques, Estius, Cornélius a Lap., B. de Piquigny, etc.. — Pour répondre plus facilement à certains hérétiques, Origène supposa que le reproche de saint Paul n*était pas réel et que la démarche de Pierre était aussi une feinte concertée entre les deux apôtres f>our faire parvenir l'enseignement yérilable aux judéo-chrétiens sans les offusquer. Aux attaques de Porphyre, la plupart des Pères et des interprètes grecs, et parmi eux saint Chrysostome (Comm, in h, L et Hom, in Gai, II, 11), opposèrent le sentiment d'Origène. Le nom d'olxovofiia, donné à la conduite des deux Apôtres, cachait ce qu'elle pouvait avoir de choquant et de compromettant pour leur sincérité. L'autorité de saint Jérôme {in Gai, II, 11) aurait pu répandre en Occident pareille théorie, mais elle vint se heurter au sens si droit de saint Augustin ; la controverse entre ces deux Pères, poursuivie à travers une laborieuse correspondance, est célèbre. Augustin eut le dernier mot, et Jérôme, sur la fin de sa vie, (c. Pelag, I, 22j jiarle de la faute de Pierre comme d'une faute réelle. L'Occident se rangea presque à l'unanimité (sauf Cassien, Collât. 17) au sentiment de saint Augustin, tandis que chez les Grecs la théorie d'Origène suivait son cours dans les commentaires de l'âge postérieur (cf< Œcumenius, Theophylacte...). —Au lieu de s'égarer à la suite d'Origène, il eût mieux valu s'en tenir à la parole de Tertullien, qui donne la note exacte de toute l'affaire : Vtlque conversationis fuit viiium^ non praedicaêionis : ce fut une faute de conduite, non de doctrine {de Praescr. 22; il y revient dans Adv. Marcion. I, 20; IV, 3;V, 3)

se rendre compte des conséquences de sa conduite. Cela suffit pour Texcuser : Dieu seul a connu le fond de son cœur; ce n'est pas à nous de le sonder.

Ce qu'il nous importe de savoir — et le témoignage de saint Paul ne nous laisse aucun doute à cet égard — c'est que la démarche de Pierre est une inconséquence, une faiblesse plutôt qu'un acte prémédité et fondé sur les faux principes des judaïsants. Rien ne ressemble moins à une levée de boucliers, à une intention doctrinale de judaïser, que la faute de Pierre, si faute il y a. Pour l'envisager autrement, il faudrait la voir à travers un autre témoignage que celui de saint Paul, mais ce témoignage n'existe pas. En somme, Paul n'a pas eu l'intention de présenter Pierre comme un rival de doctrine, et connaissant la sincérité de Paul, nous pouvons ajouter : Si Paul n'a pas voulu présenter Pierre comme un rival, c'est que Pierre ne l'a pas été. Aussi le silence de saint Paul sur l'issue de l'incident ne nous laisse-t-il aucun doute, aucun soupçon fâcheux. Paul, qui n'a pas hésité à peindre en termes si vifs, si sévères, la démarche de Pierre, n'eût pas manqué de nous dire s'il avait eu affaire à un adversaire obstiné et ne se contentant pas d'une simple dissimulation. S'il n a rien ajouté de plus, c'est que Pierre ne persista pas dans cette fausse attitude.

Malheureusement, après la rencontre d'Antio-

che, les écrits apostoliques sont muets sur Thistoire de saint Pierre et nous ne pouvons constater par eux d'une façon directe et positive qu'il n'y eut aucune trace de cette divergence de vue chez les deux Apôtres. Cependant saint Paul envisagea si peu l'incident d'Antioche comme une rupture de l'accord intervenu entre lui et les Apôtres à Jérusalem, qu'il demeura toujours fidèle à la clause restrictive qu'on avait mise à la liberté de son apostolat (Gai, II, 10); il continua à recueillir les aumônes pour les pauvres de Jérusalem et par là se montra toujours en communion visible avec cette Église, comme le prouvent les Épîtres postérieures^.

Du côté de saint Pierre, nous avons aussi un indice bien significatif : dans sa IV Épltre (III, 15-16) il parle « de notre frère bien-aimé Paul, » loue sa sagesse et attire l'attention sur ses Épîtres. Il n'y a rien qui sente la moindre animosité^.

Enfin, si le débat entre Pierre et Paul avait eu l'importance qu'on lui prête, nous en trouverions la trace dans la haute antiquité ecclésiastique; cependant il n'en est rien. Les plus anciens documents, comme la lettre de Clément de Rome,

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