‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 74 sur 115 · G MÉLANGES D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

G MÉLANGES D'HISTOIRE

gens étaient envoyés par lui. Cette expression montre sans doute qu'ils avaient d'étroites relations avec Jacques, qu'ils venaient de l'endroit où il résidait habituellement, c'est-à-dire de TÉglise de Jérusalem, voire même par induction qu'ils étaient de son entourage , mais par elle-même ^ elle ne dit pas davantage.

On tire une conclusion que ne renferme pas le texte même traduit dans le sens particulier « envoyé par Jacques. » Des interprètes grecs (OEcumenius, Théophylacte) ^ ont accepté cette traduction sans y voir nullement la conclusion qu'on y cherche. Admettons en effet que Jacques ait envoyé à Antioche ces personnages, qu'il leur ait au moins donné une lettre de recommandation ^ ; admettons que le texte le dise ; mais il ne dit pas quelle mission ils avaient reçue; il ne suppose d'aucune façon qu'ils étaient envoyés précisément

1. Conformément à sa signification première, Véloignement c/e, la séparation de, (cf. Curtius, Gram. grecq. § 452, trad. ff. 1884 ; Koch, Gram. grecq, ^ 87, trad. fr. 1887J, la prép. àicô est ainsi employée pour indiquer le lieu d'où Von vient, en d'autres passages du N. T. par ex. Act. XV, 1. Kat Tive; xaOeXOdvTE; dciuo t^ç 'louSaia;... est-il dit en parlant de6 Juifs qui allèrent de Jérusalem à Antioche pour enseigner la nécessité de la circoncision; mais, bien que partis de l'Église-mère, ils n'avaient reçu aucun mandat, comme le disent les Anciens dans leur lettre : xtvèç i\ i^|jUii>v èÇeXOovreç êrapà^av v(iSç..., ol; oO $ie<rrsiXâ(ieOa. (^c/. XV, 24).

2. Parmi les modernes, Ëstius la donne à côté de l'autre comme possible. Drach l'accepte sans hésiter.

3. Comme s'en prévalaient certains à Corintlie (/ Cor. UI, 1).

pour épier Pierre ou qu'en l'intimidant ils agissaient à l'instigation de Jacques. Pour y voir cela, il faut encore ici lire entre les lignes. Qu'ils aient reçu mission d'aller à Antioche, cela peut indiquer qu'ils étaient des personnages considérables et expliquer la timidité de Pierre à leur égard. Supposons encore — bien que le texte ne l'insinue même pas — qu'ils se soient réclamés de l'autorité de Jacques. N'arrive-t-il pas souvent que des inférieurs, pour défendre leurs opinions personnelles, mettent en avant des noms respectés sans y être nullement autorisés? C'est même, nous le savons, le procédé ordinaire des judaïsants contre saint Paul : ils mettent à couvert leurs sentiments . contre lui sous le patronage des grands Apôtres^. Nous avons cité les paroles des Anciens de Jérusalem qui désavouent ceux qui sont allés troubler les chrétiens d' Antioche. Saint Paul luirmême n'aura-t-il pas à réprouver un parti qui s'abrite de son nom pour fomenter des divisions à Corînthe et tirer des conclusions outrées de sa doctrine-?

Saint Jacques n'est donc pas engagé dans la démarche par laquelle des gens de son entourage, venus à Antioche, peut-être avec une mission, intimidèrent saint Pierre; par lui-même le texte

Page 1