Cor, 1, 12 sqq. — VI, 12 sqq
en question ne nous apprend rien sur la conduite et les sentiments de saint Jacques et n'implique aucune intervention de sa part dans l'incident d'Antioche. Pierre et Paul restent seuls en présence, et nous avons vu à quelles proportions, examiné de près sur le témoignage de saint Paul, se réduit ce débat si grossi par des critiques; on ne devrait pas même dire débat, diflPérend; il n'y a pas trace de discussions dans le récit de TÉpître; c'est une divergence de vues dans l'application d'un principe; c'est une fausse démarche, si bien définie par l'expression pittoresque oiy. ôpÔoTCoooucjiv ; démarche qui cherche à se cacher plutôt qu'à s'afficher. Elle est peut-êlre l'indice que, dans l'esprit de l'apôtre de la circoncision, il y a encore, sur la conduite à tenir vis-à-vis de l'Église des incirconcis, quelques hésitations, des vues inoins arrêtées que chez l'Apôtre des Gentils, si abondamment éclairé sur sa mission spéciale. L'incident d'Antioche, ne cessons de le redire, prouve l'existence d'un parti judaïsant dans l'Église, d'un parti puissant, intrigant, qui intimide parfois les Apôtres — cela, personne ne le nie, ne peut le nier, — mais il ne prouve en rien que Pierre et Paul aient jamais été les chefs respectifs de pareils partis et qu'ils se soient rencontrés, comme tels, à Antioche. . .
Si on ne lit que les Épltres où saint Paul se propose de combattre Terreur judaïsante, on est exposé à le prendre pour un adversaire de la Loi; mais, si à ces écrits où la polémique Tamène à revendiquer hautement raflPranchissement vis-àvis de la Loi, on ajoute certaines données des Actes dans le récit de sa vie; si on éclaire cellesci par maints passages des Épîtres, qui ont avec elles d'étroits rapports, on se fait une idée plus adéquate de la conduite et des sentiments de saint Paul à regard des observances légales?
Les Actes, en eJBfet, tantôt d'une façon incidente et tantôt avec plus d'insistance, ont rappelé quelques circonstances où il juge bon de se conformer à la Loi. Ainsi au début de son deuxième voyage apostolique, par conséquent après la réunion de Jérusalem et aussi selon toute probabilité peu après la rencontre d'Antioche, il fait circoncire Timothée, né d'une mère juive mais d'un père païen ^ Ailleurs, on le voit célébrer les fêtes juives, celle des Azymes ou la Pâque à Philippes (Act. XX, 6) et
1. On cite encore Act. XVIII, 18; mais le texte attribue le vœu à Aquila, l'hôte et le compagnon de saint Paul, plutôt qu'à l'Âpôlre. Cependant le passage montre que saint Paul laissait à ses compatriotes croyants la liberté de se conformer aux rites juirs.
la Pentecôte pour laquelle il veut se rendre à Jérusalem (Act. XX, 16); quand il arrive en cette ville, sur le conseil de saint Jacques et des Anciens, non seulement il fait les dépenses pour les sacrifices de plusieurs naziréens, mais il se soumet luimême à ce vœu, pour prouver aux fidèles de Jérusalem que, loin de pousser les Juifs de la dispersion à apostasicr Moïse, il est toujours lui-même respectueux de la Loi de ses pères (Act. XX, 20-26).
Au lieu de tenir compte de ces faits pour apprécier les vrais sentiments de Paul, on trouve plus simple de les mettre de côté, en rejetant encore ici le témoignage des Acte§ comme contredits par les déclarations où saint Paul, dans les Épitres proclame sa liberté par rapport à la Loi, en particulier par celles où il affirme qu41 a refusé d^accepter la circoncision de Tite (Gai. II, 3), où il condamne même la pratique de la circoncision : « Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien... » (Gai. V, 2). De même, dit-on, que Tauteur des Actes donne aux discours de Pierre et de Jacques un tour tout paulinien dans la réunion de Jérusalem, de même dans la suite de son récit il fait agir Paul à la manière de Jacques et de Pierre pour amener ainsi la conciliation.
Il est vrai que, dans ses Épitres, saint Paul n'a pas eu occasion de rapporter directement les faits que nous venons de citer d'après les Actes, ni même
des faits analogues, mais on y trouve précisément les principes qui justifient pareille conduite. Elle n'est donc pas antipaulinienne^ et le simple exposé de ces principes nous servira à la fois à défendre le témoignage des Actes et expliquer Tattitude de saint Paul. Quant aux déclarations contradictoires objectées, qu'on les replace dans le contexte d'où on les détache d'une façon arbitraire, au milieu des circonstances où elles sont prononcées et en présence des adversaires auxquels elles s'adressent et Ton verra que jamais elles ne visent et ne condamnent la Loi elle-même ou les Juifs fidèles qui la pratiquent simplement, mais seulement ceux qui veulent timposer^ ceux qui en font une condition de salut ou y cherchent une situation privilégiée, ceux enfin qui par elle introduisent un principe de division et de distinction entre races dans l'Église. Quoi d'étonnant si, en vue de tels adversaires et en s'adressant à des Gentils qui se laissent entraîner par eux et soumettre aux observances légales, saint Paul parle en des termes d'une vivacité extrême de la servitude de la Loi, s'il va jusqu'à considérer cette servitude comme un retour à un état religieux inférieur analogue à celui d'où les Gentils étaient sortis par leur conversion*, s il met tant en avant l'afTran-