XXII INTRODUCTION
tament , que de savoir si Samson est un personnage historique. Et ainsi pour tout le reste. Voilà pourquoi Jacques Thomas applique à THeptateuque et aux livres de Samuel, non plus la méthode exégétique, mais la méthode narrative : il traite des origines d'Israël, de la formation de la monarchie juive, en un exposé historique. Les livres des Rois et des Paralipomènes sont compris dans une histoire des royaumes de Juda et d'Israël, De même, l'étude d'Esdras, de Néhémîe, des Machabées, et aussi d'Esther, de Tobie et de Judith, rentre dans Thistoire des Juifs sous la domination persane et grecque. Il ne craint pas d'intituler un de ses cours Histoire du monde oriental, comprenant sous ce titre un rapide exposé de l'histoire de la Chaldée et de l'Assyrie, de TÉgypte, de la Syrie et de la Palestine, des Mèdes et des Perses, en orientaliste qui estime que, si la Bible hébraïque n'est pas séparable de l'histoire d'Israël, le peuple de Dieu n'est pas séparable du vieil Orient.
Enfin Jacques Thomas fait entrer, non pas simplement le commentaire des Évangiles, mais la vie de Notre-Seigneur dans le programme de
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son enseignement. Il applique aux Évangiles la méthode qu'il a appliquée à PHeptateuque, celle d'un exposé historique : il reconstitue le milieu et le temps où le Sauveur a voulu paraître» il coordonne les données synoptiques de son histoire, il explique la suite et le sens de sa prédication, il résout les difficultés de tout ordre que soulève pareil travail devant qui Tentreprend avec clairvoyance. Mais de toute cette critique on ne retire point rimpression d'une science froide et négative; Jacques Thomas est un prêtre qui parle de Notre- Seigneur à des prêtres, et qui, suivant les traces du divin Maître sur un chemin aussi difficile qu'est celui de la critique, n'en écoute pas moins attentivement la voix qui parle, et sent en lui-même le cor ardens in via des disciples en route pour Emmaûs. Tel était l'enseignement de Jacques Thomas.
On ne peut s'empêcher de songer aux programmes des grandes facultés de théologie d'Allemagne, celle de Strasbourg, par exemple, où trois professeurs se partagent la philologie biblique, l'exégèse des textes, l'histoire d'Israël et la vie de Jésus. A lui seul, Jacques Thomas avait constitué ce triple enseignement à Toulouse.
xiiv INTRODUCTION.
Il eût fait bien plus encore, si la Providence Teût permis. C'est elle qui, à Toulouse même, Tavait rapproché du R. P. Lagrange, alors professeur au scolasticat des Frères Prêcheurs. Les deux savants étaient liés d'une religieuse affection et s'encourageaient Tun Tautre. Lorsque en 1888, le R. P. Lagrange partit pour TUniversité de Vienne, puis en 1890 pour Jérusalem, Jacques Thomas eut voulu Taider de toutes ses forces dans la création de rÉcole pratique d'études bibliques, aujourd'hui si vivante, des Dominicains de Jérusalem. Il lui écrivait, traçant un véritable programme :
« Formez en Orient une mission permanente scientifique, qui enregistrera les découvertes intéressant l'archéologie et la géographie bibliques; qui servira de correspondant aux professeurs d'Écriture Sainte des universités catholiques ou des grands séminaires en quête de renseignements pour leurs études. A cette double fin , quand le moment sera venu, créez un organe spécial pour votre œuvre, comme la Quarterly de l'Exploration Fund, par exemple, comme le Bulletin de correspondance hellénique. Chacune de vos courses doit aboutir à un rapport scientifique. Ces travaux
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amassés au jour le jour seront plus tard des matériaux précieux pour une œuvre d'ensemble. Si, depuis cinquante ans que les études de topographie palestinienne ont pris leur essor, on avait eu ainsi un bulletin catholique bien informé, bien sincère, tenu au courant de toutes les fouilles, ayant saisi des occasions de remuer le sol qui ne se présenteront plus, ayant au moins raconté fidèlement tout ce qu'on avait alors vu, quel trésor nous aurions maintenant! Il faut reprendre Fœuvre au point où elle en est, et la poursuivre. Dès que vous le pourrez, créez un bulletin spécial pour vous, j'insiste là-dessus, ce sera votre meilleur moyen de propagande, il justifiera sans cesse votre existence. Ne vous mettez à la remorque d'aucwne autre revue. Les revues (quelles qu'elles soient) veulent surtout des travaux de généralisation, où l'on tire des conclusions, surtout du genre apologétique ; elles ne comprennent pas la portée d'observations désintéressées qui préparent, mais à longue échéance, les conclusions vraiment scientifiques. » A quelque temps de là (avril 1891), le général des Dominicains autorisait la fondation de la Revue biblique internationale. Jacques Thomas fut