‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 82 sur 115 · GaL VJ, 15 : xc^ xavovi TOuTcp cToixeïv · texte numérisé non relu

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sion, mais la nouvelle créature. » Donc s'il parle des Apôtres ou de leurs Églises en des termes qui supposent son union effective avec eux, c'est qu'il juge que leur enseignement n'est pas contraire au sien sur ce point, pour si attachés qu'ils demeurent à la Loi dans la pratique ; et certes nous ne pouvons mieux faire que de nous en tenir au jugement de saint Paul, en l'absence d'autre témoignage direct.

Nous ne pouvons, en effet, faute de documents, entreprendre une enquête particulière sur la conduite et les sentiments de chacun des Apôtres ; les souvenirs recueillis sur eux n ont été mis par écrit, presque tous, qu'à une époque tardive ; ils nous arrivent la plupart défigurés à travers la légende, souvent dans des livres apocryphes, parfois même hérétiques. Les trois Apôtres dont il nous reste des écrits importants, capables de nous révéler leurs idées personnelles, sont précisément ceux avec lesquels saint Paul constate son accord : Jacques, Pierre et Jean * ; c'est au plus fort de sa lutte avec

1. Nous laissons de c5té saint Jude el son épitrc, trop courle ])our nous fournir quelques renseignemenls sur la question présente. Il n'^ a pas trace de doctrine judaïsante dans l'épitre. On le range sans preuve parmi les adversaires de saint Paul, à moins que ce ne soit f>arce qu'au début il se dit : « frère de Jacques, » ou parce qu'il allègue la prophétie de Hénoch. — Mais la vénération pour un patriarche n'est pas un caractère spécifiquement judaisanl; et son hypothétique hostilité envers Paul est subordonnée à l'hypothétique hostilité de Jacques. Si celle-ci n'existe pas, comme

les judaïsanls, dans TÉpltre aux Galates, six ou sept ans après Tévénement, qu'il parle de cet accord pour s'en prévaloir et d'une façon qui ne permet de supposer, nous lavons vu, aucune hostilité, aucun dissentiment sur un point essentiel. Les termes mêmes de cet accord, tels que saint Paul en passant nous les donne, montrent assez que les trois « réputés colonnes de l'Église » admettent au fond sa doctrine. Car ils ont reconnu non seulement la liberté des Gentils, l'évangile des incirconcis — ce qui implicitement suppose que la Loi n'est pas principe nécessaire pour la justification de Jésus-Christ — mais encore ils ont approuvé l'apostolat de Paul, son ministère et celui de Barnabe auprès des Gentils, et par là même accordé qu'on pouvait s'affranchir des observances légales, tenir la conduite que Pierre n'hésita pas à suivre peu après à Antioche, vivre à la façon des Gentils et non des Juifs — èôvtx(i)ç xal oux, 'louSaïncl); Cfjv — c'est-à-dire surtout de communiquer, manger avec des Gentils, ce qui est en principe supposer que la Loi peut cesser, même pour un Juif, d'être obligatoire, et cela nous suffit largement pour dire que, sur le point capital, les Apôtres ne pensent pas autrement que saint Paul, quelles que soient les divergences de vue sur l'application dans la

nous espérons le montrer, on n'a plus aucune raison de voir dans les hérétiques que flagelle Jude des chrétiens de saint Paul.

pratique ou sur la manière même dont ils conçoivent le changement qui s'opère.

En particulier, pour Pierre, il n'est pas besoin d'insister davantage. L'incident d'Antioche nous a pleinement édifiés sur ses idées et sur sa conduite habituelle dans ime Église de Gentils ; on peut dire que sa fausse démarche, présentée avec tant de force par saint Paul comme une dissimulation, comme une sorte d'éclipsé de ses vrais sentiments, ne nous a que mieux servi à connaître, grâce à la vive réprimande dont elle a été l'objet, quelle était sa véritable pensée. felix culpa! Les deux Épltres qui nous restent sous son nom, ont plutôt un caractère paulinien, on le reconnaît, et c'est en partie pour cela qu'on en nie l'authenticité; ce n'est pas ici le lieu de la démontrer; mais ceci nous autorise à affirmer qu'on n'a aucun témoignage positif pour prétendre que saint Pierre ne pensait pas comme saint Paul.

Quant à saint Jean, ni dans son Évangile, ni dans ses Èpltres, on ne trouve vestige d'attachement outré aux observances légales ; bien loin de là! On ne le nie pas, et c'est encore un des motifs que l'on allègue pour en enlever la composition au fougueux judaïsant, à ce Fils du tonnerre dont on se crée une idée imaginaire. Il est vrai qu'on lui laisse l'Apocalypse, où l'on entend trouver la justification d'un pareil portrait et même des traces

de Tantagonisme contre saint Paul. Que TApocalypse, par son style, par ses images, par le décor des visions, ait une tournure juive très accentuée et nous rappelle les anciens prophètes, Ézéchiel, Daniel, il n y a pas à le nier; mais ce n'est pas là la question. Admettrait-on, ce qui est loin d'être démontré, que ce livre, d'origine juive, aurait été ensuite édité, complété et approprié au point de vue chrétien, il n'en resterait pas moins vrai qu'on n'y trouve rien qui sente la tendance judaïsante, la tendance à exalter l'ancienne loi, à la présenter comme un élément essentiel, ou au moins comme un organe important dans la religion du Christ. H n'en est pas même une fois question.

Parmi ceux qui sont marqués du sceau de la rédemption, Jean n'oublie pas cette « foule immense de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue, » dépassant de beaucoup le nombre des rachetés d'Israël, puisque « nul ne peut la compter, se tenant devant le Trône et l'agneau avec des vêtements blancs et des palmes à la main... » (Apoc. VII, 8.) Et qui leur a valu le titre de rachetés? Va-t-il dire : leur place parmi les tribus, leur incorporation à Israël dans la Loi? — Non, le principe de rédemption qu'il met en avant, le seul qu'il nomme, c'est, comme dans la théologie de saint Paul, « le sang de l'agneau. » La foule chante par la voix des quatre animaux symboli-

ques et des vingt -quatre vieillards : « Tu fus immolé et tu nous rachetas pour Dieu dans ton sang, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation » (Apoc. V, 9).

Et, si Tauteur a énuméré d'abord avec complaisance les élus de chaque tribu d'Israël, nous avons, pour ainsi dire, la mise en scène de cette vérité historique, proclamée dans TÉvangile de saint Jean par Notre-Seîgneur lui-même : « Le salut vient des Juifs, » au momunt où II prononce la parole qui entre toutes définit le caractère universel et spirituel des temps nouveaux : « Croismoi, femme, le moment vient où le culte du Père ne sera plus attaché ni à cette montagne, ni à Jérusalem... Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ^ » Mais que Fappel ait d'abord été adressé aux Juifs, n'est-ce pas ce que saint Paul reconnaît lui-même : « aux Juifs premièrement, puis aux Gentils 2, » et ne va-t-il pas prêcher d abord dans les synagogues?

Une autre tendance des judaïsants, qui est la contre-partie de la précédente et qui est allée s'accentuant chez leurs rejetons du IP siècle, les porte à diminuer la personne et la vertu du Christ ; on dirait que la Loi le leur masque. Or, en aucun livre du Nouveau Testament, pas même dans les

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