‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 83 sur 115 · RomA, 16; II · texte numérisé non relu

RomA, 16; II

Épttres de saint Paul, la pçrsonnè du Christ, sa divine puissance, son auguste majesté ne sont plus exaltées que dans FApocalypse ; les titres et les attributs de la divinité lui sont ouvertement donnés. Il est « TAlpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (I, 8, cfr. XXII, 13). Il est « TAmen, le témoin fidèle et vrai, le principe de la création de Dieu » (III, 14). Lui, TAgneau immolé, reçoit « bénédiction, honneur, gloire, puissance à jamais » avec « Celui qui est assis sur le trône » (V, 12, 13). Il est « le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois » XVII, 14; XIX, 16) ; enfin son nom est le Verbe de Dieu (XIX, 13), plus souvent : V agneau; de telle sorte que le Jean judaïsant de l'Apocalypse se trouve ne pas parler autrement que le Jean de l'Évangile.

Cependant, dans les lettres aux sept Églises d'Asie qui précèdent les visions, on prétend rencontrer des attaques dirigées contre saint Paul ou les chrétiens de saint Paul. L'auteur les désignerait sous le nom de ces Nicolaïtes qui mangent les idolothytes, pratiquent la xopveia (II, 14, cfr. 6, 20), dont les meneurs « se disent apôtres et ne le sont pas, se disent juifs et ne le sont pas, mais ne sont que synagogue de Satan » (II, 9) : — allusion aux revendications de Paul pour le titre d'apôtre et pour la nationalité juive (II Cor. XI, 22, 23). — Jean enfin appellerait par dérision leur doctrine

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les profondeurs de Satan (II, 24) en opposition avec la sagesse de Paul qui scrute les profondeurs de Dieu (1 Cor. II, 10). — Mais aucune indication positive ne donne à penser que Tauteur de TApocalypse vise saint Paul; aucun témoignage, ni à Tâge apostolique, ni après, ne laisse même soupçonner que le nom de Nicolaïtes ait jamais désigné saint Paul et ses disciples. Les allusions en question ne sont donc qu'hypothèse; et Fhypothèse prendrait quelque consistance — non cependant sans difficulté — si l'antagonisme de Paul et de Jean était connu par ailleurs. Dire qu'il existe, et le chercher ensuite dans les passages cités, c'est pétition de principes; c'est construire une hypothèse, lui prêter réalité, puis la retrouver à plaisir dans les textes; mais on n'y trouve que ce que l'imagination y a mis, le plus souvent de l'arbitraire. Or c'est ici le cas; les rapprochements présentés peuvent être ingénieux, ils ne sont pas raisons; et d'ailleurs pareille réprobation ne peut s'appliquer ni à la doctrine manifeste de saint Paul sur les idolothytes, puisqu'il repousse avec forcé tout ce qui est vraiment idolâtrie et participation à la table des démons; ni à sa doctrine sur la Tuopvsfa qu'il condamne si fort, qu'on l'entende dans le sens ordinaire ou des mariages mixtes, puisqu'aussi bien il les interdit, au moins incidemment, et ne fait exception que dans le cas

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du mariage préexistant à la conversion*. — Mais comment Jean déclarerait-il que Paul n'est pas apôtre alors qu'il a formellement reconnu son apostolat (Gai. II, 7 sqq.)? Comment s'infligeraitil un tel démenti? Et, pour si fanatique judaïsant qu'on le suppose, son aveuglement irait-il jusqu'à nier 2 que Paul fût juif? Il ne peut donc viser saint Paul. A la fin de l'âge apostolique comme au début du IP siècle, l'Asie est assez fertile en sectes hérétiques pour trouver sans embarras à qui appliquer les invectives de saint Jean, voire même l'expression « les profondeurs de Satan » que suggéraient naturellement les doctrines ténébreuses des gnostiques.

Et Jacques? l'antiquité ecclésiastique nous l'a

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