‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 97 sur 115 · F. E. Kœnig, Hisior-krit. Lehrgebùude der hebr. Sprache · texte numérisé non relu

F. E. Kœnig, Hisior-krit. Lehrgebùude der hebr. Sprache

BIÉ1ANGES d'UISTOIRE. f3

D'autres ne s'arrêtent pas seulement aux minutieuses analyses des formes actuelles , mais cherchent à reconstituer l'organisme vivant de la langue et à trouver l'explication des phénomènes actuels dans un état antérieur : ce sont surtout Ewald, Olshausen, le Hollandais Land, plus récemment B. Stade, dont la grammaire étendue, publiée en partie en 1879, n'est pas encore achevée; parmi les catholiques, Bickellyson Grundriss der hebr. Grammatick (Lpz. 1870), court, mais très substantiel, a été traduit en anglsds par Curtiss en 1877, et, sur cette édition anglaise, en français par M. Tabbé E. Philippe en 1883.

On regrette de ne pouvoir citer en France aucun travail d'ensemble et de première main sur la grammaire hébraïque, ce qui prouve dans quel délaissement y sont longtemps demeurées les études d'hébreu et de langues sémitiques en général. L'ouvrage capital est encore VHistoire générale des langues sémitiques de M. Renan (4® édit., 186/f.). Il y a beaucoup de réserves à faire sur sa classification chronologique des livres de la Bible. L'auteur l'a du reste modifiée depuis; mais il donne le plus complet aperçu que nous ayons jus-

1 . L'arabe seul a été l'objet de travaux grammaticaux de premier ordre. Il suffit de rappeler la Grammaire et la Chrestomathie arabes de de Sacy. De nos jours, le Traité de grammaire syriaque de M. Rubens Durai (Paris, 1881) est l'apport le plus considérable de Térudition française aux grammaires sémitiques.

qu'ici sur les rapports des différentes langues sémitiques et sur les grandes lignes de leur histoire ^ Il est regrettable que M. Renan n'ait pas poursuivi la seconde partie où il aurait traité la grammaire comparée. Un tel ouvrage aurait fait peut-être plus honneur à la science française que des ouvrages comme les Origines du christianisme et V Histoire d'Israël, où des vues toutes subjectives g&tent un imposant appareil d'érudition et font ranger quelques-uns de ces livres dans la littérature d'imagination plutôt que dans le genre historique. La réputation de l'auteur n'aurait pas dépassé un cercle de spécialistes, ni l'art de l'écrivain trouvé si belle occasion de se produire, mais il aurait bâti sur un sol moins mouvant que les hypothèses de la critique biblique, et l'érudition française aurait compté dans le domaine de la philologie sémitique un ouvrage qui, mené à bonne fin, serait allé de pair avec les meilleurs travaux de l'Allemagne.

1. Sans être aassi déyeloppée, mais plas préciease parce qu'elle est remise au courant, l'esquisse de M. Noeldecke résume le môme sujet. Die semUischen Sprache. Eine Skizze. Lpz., 1887. Ce travail a été rédigé pour YEncyclopœdia Britannica, Les directeurs de ce yaste ouvrage s'adressent pour la rédaction de chaque article aux spécialistes les plus autorisés sans distinction de nationalité ou de confession religieuse. A côté des articles sur les langues sémitiques ou sur le Pentateuque, rédigés par Noeldeke, Wellhausen, on trouve l'article Propagande^ écrit par le cardinal Simeoni, préfet de cette congrégation.

Quelles sont donc les ressources dont ces différents grammairiens ont fait usage pour reconstituer la grammaire hébraïque sur des bases scientifiques? D'abord, ils ont peu à peu appliqué ici les connaissances générales que Tétude des langues mettait en lumière. Ainsi, on a fait une classification plus exacte des sons et de leurs rapports au point de vue des organes de la parole et on y a trouvé Fexplication de bien des phénomènes grammaticaux. La loi de Taccentuation, mieux observée, a donné la clef de l'altération phonétique des voyelles, parmi lesquelles on a appris à distinguer les sons primitifs, les sons dérivés, les les voyelles de simple secours. Les masorètes en marquant d'un accent spécial l'intonation propre à chaque mot dans le récitatif sacré, et le plaçant en général sur la syllabe tonique, ont singulièrement faciUté ces recherches : aussi le système des accents, soit dans les livres ordinaires, soit dans les trois poétiques : Psaumes, Job, Proverbes, a-t-il fait le sujet d'études spéciales qui intéressent la grammaire comme l'exégèse. On a, enfin, mieux établi, comme dans toutes les langues à flexion, les rapports de la racine, du radical et des suffixes. En d'autres branches, rien n'a plus servi aux

progrès des études grammaticales que d'observer une langue à différents moments de son histoire, c'est-à-dire dans des monuments littéraires ou épigraphiques de différentes époques. L'hébreu, semble-t-il au premier abord, se trouve placé pour cela dans des conditions très favorables, puisque les livres qui composent la Bible s'échelonnent sur une si longue suite de siècles. Illusion! Le style des auteurs varie, mais la langue, dans ses éléments grammaticaux, subit à peine quelque variations dont il n'est pas possible de retracer l'histoire ^ Ce n'est pas le lieu de rechercher la cause de ce phénomène qui parmi les langues sémitiques n'est pas du reste spécial à l'hébreu, surtout en ce qui concerne les consonnes. Notons cependant que les livres bibliques, dans leur longue transmission et leurs éditions successives, ont dû être mis au courant de la prononciation et de l'orthographe actuelles. On a un indice de ce fait dans les morceaux qui se trouvent édités deux fois, par exemple le psaume xviii, édité à cette place dans la collection liturgique, et encore dans le 11° livre de Sa-

1. Aussi est-on bien revenu de l*arguinent emprunté à la langue pour dater tel ou tel livre. Sans doute, les livres du dernier âge, tels que Daniel, Esdras, les Paralipomènes , présentent, surtout pour le lexique, des particularités notables; mais avec ce genre d'argument on devra s'en tenir à de très larges limites, et, pour arriver à des solutions plus précises, en appeler toujours à des considérations d'autre nature.

muel ch. xxii. La ppononcialîon masorétique représente la prononciation de la dernière époque , appliquée, sauf de rares exceptions, à toute la série. Ajoutons que, pour utiliser des documents au profit de la gramnoaire historique, il faut connaître avec exactitude l'âge et la succession de chacun d'eux. Or, la critique biblique est loin d'avoir dit son dernier mot à ce sujet. Le dira-t-elle jamais? Pour ces causes, dans l'état actuel du texte, une histoire complète de la langue hébraïque n'est pas possible, comme le reconnaît B. Stade dans sa grande grammaire (§ 16).

Il manque encore une autre source d'informations, si utile aux autres grammaires : les différences dialectales. Il y en avait certainement dans la langue parlée, populaire, comme le montre la fameuse histoire du shibbôleth (Juges, xii, 6) ; il y en avait aussi dans les écrits ; mais, dans Tétat où ceux-ci nous sont parvenus, elles nous échappent, et si nous en trouvons çà et là la trace dans quelques archaïsmes ou dans quelques noms propres, ce n'est pas suffisant pour servir à la construction de la grammaire.

Le grammairien est donc réduit, dans le champ des textes bibliques, à comparer soigneusement entre elles les formes actuelles, et il arrive souvent à des résultats importants. Depuis longtemps^ par exemple, on a observé que la plupart des désî-

nences personnelles du verbe au parfait ne sont que les prénoms séparés joints au radical verbal et écourtés comme des enclitiques par Taltération phonétique (cfr. en grec même procédé, si visible dans la conjugaison en mi). Mais des grammairiens maladroits appliquent sans discernement ces observations, veulent retrouver dans toutes ces désinences les pronoms séparés correspondants; ainsi, dans la terminaison de la3®pers. sing. fém.^^, ils voient, vaille que vaille, le pronom de la 3** pers. fém., tandis que ce n'est tout simplement que la terminaison ordinaire du féminin d (pour AT). La comparaison des formes amène à déterminer celle qui était primitive; ainsi en est-il pour cette terminaison du féminin : à, quand le mot est prononcé seul ; at ou ât quand le mot est prononcé en connexion avec un autre ou qu'il a un suffixe. De ces deux formes, AT est la primitive. Il s'est produit le phénomène bien connu dans nos langues : une lettre finale se maintient quand elle est soutenue par une suivante liée avec elle; elle se perd dans la prononciation quand elle n^est pas liée ; dans esprit, prononcé seul, le t tombe de la prononciation, et la voyelle i reçoit un renforcement. Mais le t se trouve maintenu si le mot est lié

1. G*e8t à tort que l'on transcrit ordinairement par une h (-ah) le he qui se trouve dans celle terminaison du féminin; cet he représente seulement la yoyelle finale et n'a pas d'autre valeur.

à un autre : esprit alerte. Le T qui parait dans le féminin à Tétat construit et avec les pronoms suffixes, les voyelles qui se trouvent entre le mot, nom ou verbe, et ces pronoms suffixes, ne sont pas plus des sons de connexion ou euphoniques surajoutés, que, chez nous, le / dans les formes donnet'ily trouve-t-il^ ou Tancienne terminaison de la 3® pers. s'est conservée et se trouve , dans notre orthographe, malencontreusement séparée du verbe.

Mais cette comparaison des formes actuelles n'aurait pas donné tous les résultats obtenus, si parallèlement on n'avait eu recours à un autre moyen, fécond entre tous, et qui compense dans une certaine mesure l'impossibilité où l'on est de suivre le développement historique de la langue ou de retrouver les dififérences dialectales. Ce moyen, c'est la comparaison avec les autres langues sémitiques. Tout en conservant leur individualité, elles présentent des ressemblances notables. Dans aucune autre famille les rapports ne sont aussi étroits. La parenté se remarque surtout pour le moule grammatical dans lequel elles sont coulées, et telle forme altérée chez Tune se retrouve plus pleine chez l'autre. Ces langues ont de plus, en commun, un très grand nombre de racines et des

procédés de dérivation analogues pour les radicaux nominaux ou verbaux; mais la signification des mots est sujette chez des peuples différents h des variations si nombreuses et si subtiles, que la lexicographie hébraïque ne doit se servir de ces comparaisons qu'avec beaucoup de réserve , avec plus de réserve qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, comme vient de le montrer Fried. Delitzsch, dans les prolégomènes 1 d'un nouveau dictionnaire d'hébreu et d'araméen bibliques.

Le système de grammaire présentant plus de connexion, on arrive sous ce rapport à des conclusions plus précises, tout en gardant les précautions et la mesure que comporte le sujet. Résumons à grands traits ce qui fait ]a parenté de ces langues au point de vue de la grammaire : les^ racines sujettes à flexion sont trilittères ou traitées comme telles; procédés semblables de dérivation pour les radicaux du verbe et du nom ; changements constants des voyelles à l'intérieur des racines pour distinguer les différents radicaux; même système pronominal; pour le verbe, deux modes principaux et ressemblance dans la construction des diverses formes.

Ajoutons un très rapide aperçu sur le groupe sémitique en général, tel que les dernières re-

1. Prolegomena eines neues hebralsch-aramaischen Wôrter» buchs zumÀ, r... Leipzig 1886.

cherches permettent de le décrire. Ou le divise en deux branches, celle du Sud et celle du Nord. Dans la première^ on trouve un plus grand nombre de nuances dans la prononciation des consonnes ; les formes pleines et les sons voyelles s'y sont mieux conservés; la formation de ce qu'on appelle les pluriels brisés , c'est-à-dire par une modification à l'intérieur du mot, est encore un trait distinctif.

Dans cette branche, la langue la plus connue, la plus répandue, est V arabe ^ autrefois un des dialectes parlés par les tribus du nord et du centre de la péninsule arabique, devenu prépondérant par suite de la conquête musulmane, aujourd'hui encore la plus vivante des langues sémitiques, quoique diirérant de l'arabe primitif et littéraire et présentant de notables variations suivant les nombreux pays où elle est parlée.

Au sud de la péninsule, les inscriptions des Himjarites, particulièrement étudiées par un savant français, M. J. Halévy, et celles des Sabéens, ont révélé l'existence d'un autre rameau de dialectes se rattachant à la branche du sud. Un troisième rameau est formé par V éthiopien ou plus exactement le géeZy porté sur la côte orientale de l'Afrique par des tribus sémitiques venues du sud de la péninsule arabique. Si, au point de vue de la grammaire hébraïque, l'arabe est de toute cette branche la langue la plus importante à étudier, l'é-

thiopien, par ses monuments littéraires, intéresse davantage les études bibliques et ecclésiastiques. Il possède une très ancienne version de la Bible, dont la polyglotte de Walton a donné le Nouveau Testament, et dont Dillmann a commencé la publication de l'Ancien 1. De plus, la liturgie et les monuments ecclésiastiques de l'Église abyssine mériteraient d'être étudiés de plus près. Une grammaire élémentaire de la langue éthiopienne vient de paraître. Écrite avec compétence par F. Praetorius^, munie d'une chrestomathie et d'un glossaire, elle ouvre la voie pour aborder les travaux plus considérables de Dillmann. L'éthiopien se survit dans deux rejetons collatéraux, le Tigré et le Tigrinâj encore parles en Abyssinie.

La. seconde branche renferme des rameaux plus touffus, quoique morts aujourd'hui pour la plupart ou ne laissant que des rejetons insignifiants. C'est d'abord le rameau que l'on peut appeler palestinien^ en prenant le nom de Palestine dans le sens large qu'il n'a eu qu'à une époque récente. A ce rameau appartient Vhébreu. A côté de lui se trouvent, plus rapprochées que de toute autre, la langue des inscriptions phéniciennes et celle de la stèle moabite de Mésa. La langue des inscriptions

1. Biblia V. T. aethiopica, t. I. Octateuchas... Leipzig, 1853-

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