IR0QU0I8 ET ALGONQUINS
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Notre dessein, dans les lignes qui vont suivre, est de dresser d'une manière succintc le tableau des changements connus qui se sont opérés dans la possession du Canada par les différentes races de Sauvages, avant la fondation de la colonie.
La plupart de nos arguments sont empruntés aux historiens. Nous nous bornons à les répéter ici en les dégageant des récits au milieu desquels ils se rencontrent le plus souvent. Cet aperçu sera facile à consulter pour quiconque n'a pas eu occasion de faire sur ce sujet des recherches un peu suivies.
Aussi loin que l'on peut remonter, c'est-à-dire au quinzième siècle, les vallées du Saint-Laurent et de l'Ottawa étaient occupées par deux
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grandes races, parlant chacune sa langue propre : la race Iroquoise et la race Algonquine.
Elles se subdivisaient en de nombreuses tribus portant des noms particuliers. (1)
Les Algonquins habitaient le long de la rivière Ottawa, que les Français désignèrent longtemps sous le nom de rivière des Algonquins.
Ils avaient non seulement la rivière Ottawa et les terres qui la bordent, mais leurs courses pouvaient s'étendre facilement d'un côté vers le lac Huron et la baie Géorgienne et de l'autre à la hauteur des terres où l'Ottawa, le Saint-Maurice et le Saguenay ont leurs sources communes. Ces peuples chasseurs devaient en effet se répandre sur une grande étendue de pays.
La tradition des Agniers, tribu iroquoise, porte que le pays des Algonquins était situé à cent lieues à l'ouest des Trois-Eivières. (2) Nous savons que dans les premiers temps des
1 Ferland, Cours cf Histoire du Canada, vol. i. p. 95.
2 Faillon, Hist. de la cf. vol. i. p. 526-7.
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Français, l'île des Allumettes, sur le haut de l'Ottawa, était regardée comme le quartiergénéral des Algonquins, et que d'ordinaire l'on désignait un certain nombre de ceux-ci sous le nom des gens ou Sauvages de Vile, pour signifier que leur demeure était en cet endroit.
Au 15ième siècle les Iroquois possédaient les Trois-Eivières et Montréal. (1) Le lieu de leur rendez-vous le plus ordinaire parait avoir été le lac Saint-Pierre. Ce territoire assez restreint leur suffisait, parcequ'ils. menaient une vie sédentaire.
Avant d'occuper les rives du Saint-Laurent, les Iroquois avaient vécu dans l'Ouest selon ce que rapportaient leurs vieillards. (2) Cela donnerait à supposer que les Algonquins, suivant la même marche, de l'ouest à l'est, vinrent après eux et s'arrêtèrent juste aux confins ouest des territoires iroquois, sur l'Ottawa.
Les Iroquois étaient les premiers orateurs Sauvages ; ils déployaient parfois assez d'esprit
1 Œuvres de Champlain, 1870, p. 391. 2ième note.
2 Mémoire de Nicolas Perrot, publié en 1864, p. 9.
et de science d'argumentation pour déconcerter les Européens instruits. On les nomma Iroquois parcequ'ils terminaient leurs harangues par le mot hiro : j'ai dit. Parmi les nations sauvages, on les nommait Toudamans.
Entre les deuxraces existaient des différences marquées, quant au caractère, au tempérament, aux mœurs et coutumes, ce qui peut fortifier l'oj^inion déjà émise de l'arrivée des Algonquins dans cette partie du monde à une autre époque que celle où les Iroquois y sont venus.
Nous avons déjà dit que leur langage était différent l'un de l'autre, autant par exemple, que le grec et le latin.
Connaissant l'humeur et les mœurs pacifiques des Iroquois dans l'origine, et la jactance et les dispositions querelleuses des Algonquins, nous pourrions conjecturer que ces derniers on dû se rendre en Canada, après avoir traversé le continent de l'ouest à l'est les armes à la main, tandis que les Iroquois y avaient été attirés, avant eux, par le besoin de se soustraire au
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voisinage de quelque peuple de l'ouest incommode ou conquérant.
Si toutes les nation sauvages du Canada sont venues du côté du soleil couchant nous croyons que notre hypothèse est assez juste ; si au contraire les races algiques proviennent directement de l'Europe, par la voie de l'Atlantique, elle tombe d'elle-même. Ces deux opinions sont aujourd'hui en présence ; il paraît bien difficile de dire de quel côté penchera l'histoire.
Les tribus iroquoises, peu belliqueuses d'abord, mais qui devaient linir par porter la terreur et la dévastation sur presque tous les points de l'Amérique du nord, cultivaient la terre et dédaignaient la chasse. Elles vivaient réunies en villages ou bourgades. On comprend qu'il résultait de ces dispositions naturelles des individus, une forme de gouvernement plus stable, mieux ordonné, exerçant plus d'-empire que chez les races moins sédentaires ; aussi l'autorité des chefs et des Conseils était-elle grande parmi les Iroquois. Ce germe se développa à la faveur des événements dont nous
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allons dire un mot, et devint le nerf du redoutable pacte fédéral des cinq natiojis iroquoises. Quand au caractère de la plupart de ces tribus, il est célèbre par ses fourberies. Les Iroquois en général étaient doués d'une imagination vive et d'un tempéramment passionné.
Les Algonquins offraient à peu près tous les traits opposés. Ils s'adonnaient à la guerre et à la chasse, conséquemment menaient une vie nomade. Leur mode de gouvernement s'en ressentait- on peut même dire qu'en dehors du pouvoir déféré au chef de chaque familles, il n'existait point d'autorité dans la nation, et par suite très-peu d'ensemble dans la conduite des affaires publiques. Fiers de leur indépendance exagérée, possédant une intelligence sinon faible du moins ordinaire, habitués à porter les armes et à mépriser le travail, ces Sauvages se croyaient les maîtres de la contrée, et ils ne perdaient aucune occasion de témoigner leur mépris aux Iroquois et de les molester. (1)
1 Mémoire de Nicolas Perrot p. 9. Ferland, Cour d' Histoire^ vol. i. p. 95,
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On ne saurait douter que les Iroquois aient habité les bords du fleuve.
Nicolas Peii'ot dit positivement : " Le pays des Iroquois était autrefois le Montréal et les Trois-Rivières." Le Père Le Jeune : " Voyageant de Québec aux Trois-Eivières, les Sauvages m'ont montré quelques endroits où les Iroquois ont autrefois cultivé la terre." {^Relation, 1636. p. 46.)
Yoici comment est rapportée l'origine des guerres entre les deux races :
De jeunes Iroquois^ invités par un parti de jeunes Algonquins fanfarons, à les suivre à la chasse, furent assez heureux pour les surpasser et abattre plus de gibier que ces chasseurs. L'amour-propre des Algonquins s'en trouva froissé. Ce fut la cause d'une série de diiférends qui aboutirent à la guerre ouverte.
La supériorité des Algonquins dans les armes se manifesta dès les premières rencontres ; il ne parait pas non plus qu'ils aient éprouvé d'é-
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checs considérables dans le cours de cette première guerre. Ayant vaincu aisément les Iroquois, ils s'emparèrent de leur pays.
Le témoignage de Bacqueville de la Potherie n'est pas sans importance en cette matière comme en nombre d'autres. Il dit qu'après leur défaite " les Iroquois rongèrent leur frein. Au printemps suivant, ils retournèrent dans leurs premières terres qui étaient aux environs de Montréal et le long du fleuve, en montant au lac Frontenac (lac Ontario)." (1)
Peut-être s'agit-il ici non de toute la race iroquoise, mais de quelques tribus (les Hurons ?) qui aurait réussi à reprendre possession de leurs terres, comme nous le verrons par la suite.
Toutefois, s'il s'agit de la race entière, ils ne restèrent pas longtemps dans les environs de Montréal, car il est certain qu'ils se retirèi'ent vers le lac Erié, d'oii une nation du voisinage les chassa presque aussitôt. Ils se réfugièi*ent sur la rive est du lac Ontario, de manière à
1 Histoire de l'Amérique Septentrionale, vol IV, p.
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s'étendre sur le lac Champlain, aux sources de la rivière Sorel, dont l'embouchure leur ouvrait une porte en plein lac Saint-Pierre, entre les Trois-Eivières et Montréal. (1)
Il n'est guère possible de préciser l'époque où commença cette division entre les deux races, mais tout nous porte à croire qu'elle eut lieu vers le temps (1492) où Christophe Colomb découvrit l'Amérique, ou même un peu plus tard.
Les Houendats (plus tard les Hurons) forte tribu iroquoise, paraissent avoir cherché les premiers à reprendre possession du pays perdu. Ils battirent la tribu algonquine des Onontchataronnons (plus tard la tribu de VIroquet) qui s'était installée sur l'île de Montréal. Cela dut avoir lieu entre 1500 et 1530 à peu près.
La tribu de l'Iroquet prétend, disent les Eelations des Jésuites, avoir occupé l'île de Montréal et les terres qui sont du côté de Chambly et de la ville de Saint-Jean.
1 Mémoire de N. Perrot, p 10-12. Ferland^ Coursât histoire, vol 1, p 46.
^' Yoilà, disait en 1644 l'un de ces Sauvages, voilà où il y avait des bourgades très peuplées. Les Hurons, qui pour lors étaient nos ennemis, oat chassé nos ancêtres de cette contrée Les uns se retirèrent vers le pays des Abenaquis (le Nouveau-Brunswick) d'autres allèrent trouver les Iroquois et une partie se rendit aux Hurons mêmes et s'unit à eux." (1)
" Les Hurons qui alors étaient nos ennemis," cela ne donne-t-il pas à penser qu'il s'agit d'une époque antérieure à la découverte du Canada? Nous ne connaissons aucune circonstance qui nous permette de supposer que les Hurons furent en armes et luttèrent avec avantage contre des tribus de la nation Algonquine. Il est vrai que l'orateur dont les paroles viennent d'être citées ajouta que son grand-père avait cultivé du blé d'inde dans l'île de Montréal, mais comme les Sauvages ne remontent point au delà d'une trentaine d'années sans embrouiller tout la chronologie, et que le mot grand-père
1 Relations, 1642, p. 38 ; 1646, p. 84.
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s'applique aussi bien dans leur bouche à un ancêtre éloigné qu'à un simple aïeul, ce témoignage ne saurait suffire pour fixer la date de la conquête de Montréal par les Hurons. •
La haine du nom algonquin et l'espoir de reconquérir leur ancienne patrie, réveilla le génie des Iroquois. Ils apprirent à faire la chasse et la guerre, à conduire habilement des expéditions, à harceler sans cesse l'ennemi dans ses marches, dans ses retraites et dans ses campements. Ils se révélèrent enfin sous une face nouvelle.
Ils se donnaient le nom de Hottinonchiendi qui signifie " cabane achevée." Leurs forts étaient en efi'et les mieux construits au point de vue de la solidité et des besoins de la guerre.
L'ordre qui régnait ordinairement dans leurs afl'aires publiques se consolida, prit les formes de véritables lois et contribua pour beaucoup au succès de leurs armes.
Lorsqu'au bout de quelques années, ils reparurent sur le grand fleuve, les Algonquins virent qu'ils allaient avoir sur les bras un ennemi qui ne serait plus à mépriser.
Iroquois et Algo7iqums. 195
La jDlupart du temps, les maraudeurs iroquois se contentaient de <' faii-e coup " sur un campement, puis ils se retiraient avec adresse dès que les Algonquins se montraient en nombi-e. Le lac Saint-Pierre, avec ses îles et son étendue, offrait un refuge aux flottilles de guerre, comme aussi des points de repère, et des embuscades toutes préparées.
Avant l'arrivée de Jacques Cartier, les Iroquois descendaient ainsi la rivière Sorel, qui porta longtemps leur nom, et étendaient leurs ravages jusque dans le bas du fleuve, au delà de Québec. Les premiers navigateurs qui visitèrent le Canada les connurent sous le nom de Toudamans que leur avait imposé les autres nations sauvages. Le mot Iroquois dont on se sert à cette époque, parait désigner le princij)al groupe et Tondamans une tribu de cette nation:
Par la terreur que ré^Dandaient les Toudamans, on s'explique l'absence de villages que le découvreur du Saint-Laurent remarqua entre Montréal et Achelaï, près des rapides du Eichelieu, à mi-clioiuin entre Québec et les Trois-Eivières.
196 Iroquois et Algonquins.
Le mot Toudamans semble être une corruption de Touandouahs, Tsoundouans.(l) " Les Toudamans furent plus tard connus sous le nom d'Iroqunis:' (2)
Jacques Cartier parle des Toudamans, gens du sud, qui menaient la guerre aux Sauvages de Québec et qui poussaient leurs courses jusqu'au golfe.
La carte de Lescarbot (1609) place les Toudamans sur la rive sud du fleuve entre Québec et les Trois-Rivières. Cependant, cet auteur n'ayant jamais visité le fleuve, il ne faut pas attacher trop d'importance à sa carte. Les mots " gens du sud" dont se sert Cartier et ce que nous savons du site où étaient les cantons iroquois, nous donnent l'assurance que ce ne pouvait être entre Québec et les Trois-Rivières, mais bien en haut de la rivière Sorel comme nous l'avons dit. Du reste, cette même carte de Lescarbot indique la rivière Sorel sous le nom de rivière des Iroquois, et quelque part vers
1 Note de M. l'abbé Laverdière.
2 Ferland, Cours d'histoire, vol. p. 35.
Iroquois et Algonquins. lOT
Saint-Hyacinthe sont placés des campements avec le mot Iroquois. Sans être très-correct, Lescarbot est encore un bon guide ici.
Les Sauvages visités par Cartier à Hochelaga, avaient des habitations à la mode iroquoise. Les mots recueillis chez eux en cette occasion, sont des mots iroquois. Or, comme ils paraissent avoir été entièrement détachés denToudamans qui faisaient la guerre aux Algonquins de Québec ; Ton peut voir en cela une preuve que toutes les tribus iroquoises n'avaient point été chassées d'abord par les Algonquins ou que l'une de ces tribus avait réussi à rej^rendre possession du haut du fleuve — c'est la tradition des Onontchataronnons rapportée plus haut.
De la relation de Cartier et des récits des Sauvages, l'on peut inférer qu'une partie des Hurons, après avoir chassé les Onontchataronnous ou Iroquets était resté avec quelques uns de ces derniers dans l'île de Montréal et y avait établi la bourgade que les Français trouvèrent, au pied de la montagne, en 1535. Plus tard, les Hurons, harcelés par les Algonquins, ou peut-
198 Iroquois et Algonquins.
être par les Tsonnontouans et les Agniers, alliés à une forte escouade d'Iroquets, se seraient vus forcés de se replier sur les territoires du Haut Canada." (1)
C'est de cette manière que le peuple de langue huronne-iroquoise que Cartier avait visité disparut de l'ile entre 1535 et 1608.
Au temps de Cartier, les Toudamans (ou Tsounontouans) figurent seuls du côté des Iroquois.
Pendant la seconde moitié du même siècle, 1550-1600 la lutte se fait entre les Algonquins et les Agniers principalement. (2)
Il faudrait donc croire que les Tsonnontouans d'abord et les Agniers ensuite soutinrent les premiers la guerre de représailles contre les Algonquins, sans parler de la reprise de Montréal par les Ilurons avant le découverte de Jacques Cartier.
La rivière Sorel s'appelait rivière des
1 Ferland, Cours d histoire, vol. 1, p 47.
2 Relation des Jésuetes, 1660, p 6-
Agniers, nation iroquoise, du temps de Sagard (vers 1625). (1)
Les Houendats ou Hurons, dont les instincts pacifiques s'accommodaient mal du régime guerrier adopté par presque toutes les tribus de leur race, semblent s'être tenus à l'écart du principal groupe iroquois, à partir du temps où ils furent forcés de quitter l'ile de Montréal, ce qui eut lieu, selon les apparences, quelques années après le départ de Jacques Cartier et de Koberval, du Canada. Ils allèrent habiter les terres qui sont entre le lac Simcoe et la baie Géorgienne, la partie la plus fertile de la province d'Ontario. Ils conservaient la tradition Iroquoise en ce qu'ils se livraient à l'agriculture et négligaient non seulment la guerre mais aussi la chasse. (2)
Un passage de la relation de Champlain (3) fait supposer que la grande guerre commença vers 1550. On voit aussi par les auteurs cités
1 Sagard, Histoire du Canada, p. 174.
2 Ferland, Cours d^ histoire, vol. i. p. 95.
3 Œuvres de Champlain, p. 1032,
200 Iroqxiois et Algonquins
au présent article, qu'il dût y avoir à l'époque en question un redoublement d'entreprises de guerre de la part des Iroquois Agniers et de la tribu algonquine de l'Iroquet alliée aux Iroquois. Les Algonquins se regardaient comme les propriétaires du site actuel de la haute-ville des Trois- Rivières, et, pour y résister aux attaques des Iroquois, ils avaient bâti un fort sur le tertre que nous appelons le Platon.(l)
Les Iroquois, offasqués de cette manifestation de résistance l'emportèrent d'assaut et le rasèrent à fleur de sol. En 1635, le Père Le Jeune dit en avoir vu les bouts de pieux restés dans la terre et encore noircis par le feu dont on s'était servi pour les détruire. Nous ne saurions dire quand eu lieu cet événement.
Les Trois-Rivières étaint occupées par des partis de chasse et de pêche appartenant à la race algonquine, qui s'y succédaient au caprice des événements. Ce lieu se trouvait le plus exposé aux attaques des bandes iroquoises, à cause de sa
1 Relation, 1634. p. 12.
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proximité du lac Saint-Pierre et de la rivière Saint-Maurice où se cachaient les ennemis. Toutes les traditions des Sauvages s'occordent à dire que nul endroit du cours du fleuve n'était plus aimé ni autant fréquenté. Il n'y en avait probablement pas qui fussent plus souvent témoin des drames barbares qui se jouaient entre les Toudamans et les Algonquins, puisque sa position semble le désigner comme le champ de bataille des deux races. La chasse et la pêche j abondaient prodigieusement et en faisaient un rendez-vous général. Longtemps après la fondation de Québec, et en dépit des instances que les gouverneurs et les missionnaires firent pour les détourner de leur coutume de séjourner aux Trois-Rivières, les Algonquins et plusieurs familles de Montagnais y restèrent attachés.
L'éj)isode suivant est un tableau fidèle des combats des Sauvages. On peut en reporter la date à l'année 15G0,(1) autant qu'il est possible de s'en assurer.
1 Maurault, Jïist. des Abénaquis, p. 284.
202 Iroquois et Algonquins.
La tribu de VIroquet, déjà mentionnée, était de race algonquine, cependant elle s'était en partie séparée de sa nation comme on Ta vu et lui faisait la guerre, de même que certaines tribus, (les Hurons par exemples) de la race iroquoise s'allièrent plus tard aux ennemis des Iroquois.
Un jour qu'un grand nombre de guerriers de riroquet se présentaient devant les Trois- Rivières les Algonquins s'avisèrent d'employer un stratagème qui leur réussit. Le gros des Algonquins se cacha dans les bois qui bordaient la rivière Bécancour à quelques centaines de pas de son embouchure, laissant quelques canots en vedette sur le fleuve dans la position de gens occupés à la pêche. Ce qui avait été prévu arriva. Les Iroquets se lancèrent sur les pêcheurs isolés lesquels prirent la fuite vers la rivière, en poussant des cris de désespoir. Derrière eux arriva tout la flottille ennemie, sans se douter du danger où elle courait et croyant tenir une proie facile. L'embuscade avait été si bien préparée que presque tous les
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coups eurent de l'effet. Une première et une second décharge de flèches abattit beaucoup de de monde du côté des Troquets, et avant que ceux-ci eussent eu le loisir de se remettre de la surjDrise de cette attaque imprévue, leurs ennemis sortirent du bois et la hache assomma ceux qui avaient échappé aux traits. Charlevoix dit qu'il n'en survécut pas un seul^ parceque les Algonquins ne voulurent faire aucun prisonnier. Le grand nombre de cadavres qui restèrent dans le lit de la rivière et sur ses bords, infesta l'eau à tel point qu'elle en prit le nom de rivière Puante, qu'elle portait encore un siècle après La tribu de l'L'oquet ne se releva jamais complètement de cet échec (1).
Les gens qui restaient de cette tribu furent adoptés par la nation algonquine, sans toute fois perdre leur principal chef duquel ils tenaient le nom de VIroquet.
Ce petit peuple offre ainsi doublement l'une des singularités que l'on observe chez les Sauvages du Canada : battu par les L-oquois, il
1 Charlevoix, Journal, vol. I. p. 162-4,
204 Iroquois et Algonquins.
devint iroquois, puis battu par les Algonquins il redevint algonquin. Ajoutons que les Hurons, avec lesquels il avait eu tant de rapports, se rapprochèrent des Algonquins vers la même époque que lui probablement, entre 1560 et 1580.
Après le massacre de la rivière Puante, les Algonquins, remportèrent une série de victoires qui leur donna de l'assurance et une grand vanité. A la fin du seizième siècle les Iroquois étaient détruits ou à peu près, " il n'en paraissait presque plus sur la terre, " mais " ce peu qui en restait, comme un germe généreux, p'ôussa tellement en peu d'années qu'il réduisit réciproquement les Algonquins aux mêmes termes que lui (2)."
Isolés comme ils l'étaient par toute ta largeur de l'Ontario, les Houendats étaient plus rapj^rochés des territoires des Algonquins que de ceux où vivait leur propre race. D'ailleurs, le seul fait de s'être autant éloignés dans cette direction montre une tendance à se séparer du corps de la nation, si toutefois ils n'avaient pas été
2 Relation 1660, p. 6.
chassés de Montréal par les Iroquois eux-mêmes pour s'être montrés trop conciliants avec les Algonquins, ce qui n'est pas improbable.
On croit que les Houendats s'unirent de bonne heure aux Algonquins pour des fins de traite et de bon voisinage ; mais ils ne perdirent ni les mœurs domestiques ni la langue des Iroquois. L'alliance fut inaltérable, on le sait malgré les malheurs qui fondirent à cause de cela sur les pauvres Houendats (Hurons) mais jusqu'à leur extermination ceux-ci conservèrent les traits particuliers à leur origine.
En 1599, Pontgravé voulut établir un poste de traite aux Trois-Riviôres parcequ'il connaissait le lieu pour l'avoir déjà visité, mais son associé, Chauvin, qui avait d'autres vues, se contenta de faire le trafic à Tadoussac. La guerre régnait toujours entre les Sauvages.
Les Français commençaient à attirer les
nations Algonquines qui échangeaient avec eux
leurs pelleteries pour des articles de fabrique
européenne. Les Hurons qui faisaient cause
commune avec les Algonquins, descendirent,
206 Iroquois et Algonquins
en 1600. jusqu'à Tadoussac. A partir de ce moment, il est probable que les Iroquois les vouèrent comme les Algonquins à l'extermination.
Cette défection ne fit qu'activer le sentiment de vengeance contre les Algonquins. Les cinq tribus iroquoises les plus vaillantes : les Agniers, les Tsonnontouans, les Onnontagués, les Onneyouts et les Goyogouins, apparaissent alors comme les principaux membres de la j^lus puissante ligue indienne dont l'histoire ait parlé. Ce sont ces tribus que les Français eurent à combattre et qui. grâce à l'incurie des governements de Louis XIII et Louis XIV, retardèrent pendant de longues années les progrès du Canada en promenant le fer et le feu au milieu des colons dispersés sur les bords du Saint- Laurent.
Les Attikamègues, nation de langue et de coutumes montagnaises, habitaient les plateaux où le Saint-Maurice et le Saguenay ont leurs sources. Ces peuples, excessivement timides, n'approchaient point du fleuve par crainte de
Iroquois et Algonquins. 207
la guerre. Ce n'est qu'en 1637, alors que le fort des Trois-Rivières pouvait les protéger dans une certaine mesure, qu'ils se hasardèrent à descendre le Saint-Maurice et à venir trafiquer de leurs pelleteries aux magasins de la çom> pagnie de la N'ouvelle-France en ce lieu.
" Lorsque les Français revinrent pour fonder Québec, il ne trouvèrent plus le peuple de langue huronne ou iroquoise, qui avait si bien accueilli Cartier à Hochelaga. Pressé par les nations algonquines, qui habitaient la rivière des Outaouais et la partie inférieure du Saint-Laurent, il s'était peut-être retiré vers le midi ou l'ouest." (1)
Cette citation est expliquée, croyons-nous, comme il a été dit plus haut, par le fait que les Hurons, ou une autre peuplade iroquoise, avait réussi à reprendre Montréal avant l'arrivée de Jacques Cartier, qu'elle le perdit ensuite vers la fin du siècle alors que les Algonquins avaient l'ascendant et qu'il " ne paraissait presque plus d'Iroquois sur la terre. "
l Ferland, Cours oP Histoire vol. i, p. 45.
208 Iroquois et Algonquins.
Nous savons déjà que ce qui restait d'Iroquois " poussa tellemeut en peu d'années qu'il réduisit les Algonquins aux mêmes termes."
Aussi lorsque Samuel de Champlain remonta le fleuve, en 1608, rencontra-t-il très-peu de Sauvages entre Montréal et Québec, et même ces deux endroits semblent avoir été déserts. Les Algonquins avaient le dessous à leur tour ; ils se tenaient plutôt dans leur ancien territoire de l'Ottawa. Les Iroquois couraient le fleuve et le rendaient presque inabordable.
Les traitants rencontraient les Sauvage^^ amis à Montréal et aux Trois-Eivières, à des époques fixes de l'été. Une fois la traite terminée il restait à peine quelques familles dans ces endroits.
Les Sauvages de Québec et des Trois-Rivières étaient toujours errants, et ne cabanaient que par groupes de deux ou trois familles là où ils trouvaient du gibier et du poisson, dit le Père LeClercq. (1)
2 Premier établiêsement de la Foi, vol, i. p. 63,
Iroquois et Algonquins. 109
En 1608, Champlain fonda la ville de Québec. L'année suivante, sollicité par les Algonquins et les Montagnais, peuple du Saguenay, il entreprit contre les Iroquois l'expédition du lac Champlain qui devait attirer sur les Français la colère des cinq nations. En cette circonstance, un chef célèbre du nom de VIroquet cemmandait la tribu algonquine qui est connue sous ce même nom d'Iroquet; et Ochatéguin était le capitaine d'une tribu de Hurons qui portaient, au dire de Champlain, ce même nom de Ochatéguin,
On voit ici que les Algonquins, les Hurons et les gens de Tlroquet étaient dès lors intimement liés. Avec eux se tenaient les Montagnais du Saguenay, et, par parenté avec ces derniers, les Attikamègue du Saint-Maurice, plus timides «que guerriers. Tel était Fassemblage de peuples qui avec Taide des Français, devaient tenir tète aux puissants Iroquois,
Cinq ou six nations dispersées depuis le Saguenay jusqu'au lac Iluron, sans chef suprême, san^ plan d'unité.' sans cohésion en un mot,
210 Iroquois et Algonquins.
allaient lutter contre une association habilement formée, se maintenant par une véritable discipline, et dont le foyer, peu étendu occupait un site écarté, commode, et protégé par le voisinage des colonies anglaises et hollandaises.
Lorsqu'en 1609 Champlain eût fait alliance avec les Algonquins, ceux-ci se rapprochèrent des Trois-Rivières. La guerre, qui s'étendit quelques années après jusque vers le haut de l'Ottawa, les contraignit à se rapprocher davantage des Français. A partir de 1635, il est aisé de suivre dans les registres des Trois- Eivières et dans les Eclations des Jésuites le rôle qu'ils jouaient en ce lieu. Nicolas Perrot nous dit que vers 1640-50, les villages de cette nation étaient tous aux environs des Trois- Rivières.
En 1615 Champlain visita le pays des Hurons et fit partie d'une troupe qui alla attaquer au delà du lac Ontario un fort iroquois, situé en arrière d'Oswégo, à peu près oii est la ville de Syi-acuse aujourd'hui. Malgré des actes d'hostilité de ce genre, la destruction de la tribu
Iroquois et Algonquins. 211
huronne ne commença que fort tard, vers 1648. Nous savons que en 1615 Champlain reconnut que «eux-ci avaient dix-huit bourgades, renfermant quarante mille âmes. Les Français les nommèrent Hurons parcequ'ils se rasaient les cheveux ou les redressaient de manière à former sur la tête, du front à l'arrière, une crête assez semblable à la hure d'un sanglier. En 1608, la tribu de l'Iroquet habitait
l'intérieur d'un territoire triangulaire dont Vaudreuil, Kingston et Ottawa formaient les angles. (1)
Dans les années 1610, 1615-16, elle fit de nouveau partie des expéditions contre les Iroquois. Les Relations de 1633, 1637, 1640, 1646, et autres, la mentionnent encore comme étant d'une certaine importance.
Jusque vers 1630, la supériorité des Iroquois n'était pas bien marquée. Les Algonquins rachetajent par leur courage ce qui leur manquait en prudence et en discipline, mais les
l Ferland, G(mn d'Ifisfoire, vol. i, p. 91-
212 Iroquois et Algonquins.
armes à feu que les Hollandais d'Albany fournirent alors aux Iroquois donna l'avantage à ceux-ci, car les Français évitèrent pendant longtemps de fournir des fusils à leurs alliés. (1) Leur amour de la geurre jeta constamment les Algonquins dans des entreprises hasardeuses, d'où leur indicipline était peu propre à les tirer. Il faut dire aussi qu'étant plus honnêtes, plus francs que les Iroquois, ils furent à plusieurs reprises victimes de la foi jurée, sur laquelle ils 8'appuyaient naïvement. Notons encore que par un empressement inconsidéré à " frapper coup, " les Algonquins occassionnèrent à leurs alliés les Français nombre de mauvaises affaires avec les Iroquois, à des époques où la colonie avait surtout besoin de repos et de tranquillité.
Ce qui est étrange, c'est l'espèce de fausse bravoure dont les Algonquins firent parade, par un reste d'habitude de leur ancienne renommée. Ils savaient que leurs ennemis agissaient plus par ruses et par pièges que tout autrement,
1 Ferland, Cours d'Histoirg, vol. i, p. 148.
Iroquois et Algonquins. 213
mais ils ne laissaient point de commettre chaque jour les imprudences les plus grossières. Quant à l'habileté et au courage, ni l'une ni l'autre des deux races n'en cédaient, mais les Algonquins manquaient de ténacité dans les expéditions et de persistance dans la poursuite de ces guerres cruelles. (1)
La mort de Piescaret, en 1647, fut comme le signal de la ruine de la nation algonquine, qui eut lieu en même temps que celle des Hurons.
Les Algonquins et leurs adhéj'ents ne reçurent que très-peu de secours du côté des Français. Ce n'est qu'en 1665 qu'arrivèrent dans le pays des forces vraiment imposantes, mais il y avait quinze ans que les Hurons. et les Attikamègues étaient détruits et que la poignée d'Algonquins qui restaient se tenaient cachés sous les canons des villages français.
La colonie de la Nouvelle-France, commencée
1 Lafiteau, Mœurs des Sauvages, \7 2^, vol. i, p. 91, 101- 2, 173, ]96.
Ferland, Cours cTHist., vol. i, p. 148. Faillon, Flisi., de la cf., vol. I, p. 524-33.
214 Iroquols et Algonquins.
en 1608, n'eut d'établissements stables qu'à partir de 1(j33 ; elle ne prit véritablement de l'importance qu'en 1665.
Les Iroquois, qui avaient, à cette dernière date, porté leurs armes victorieuses dans le golfe, sur les bords du fleuve, aux sources du Saint-Maurice et de l'Ottawa, sur les terres du Haut-Canada, autour des grands lacs et jusqu'au pays des Sioux, ne voyaient plus d'ennemis sérieux que les Français. Ils surent leur tenir tète pendant un autre demi siècle, c'est-à dire jusque vers 1700. Les Français leur suscitèrent alors des ennemis redoutables dans les Abénaquis, venus d'Acadie et placés aux environs des Troi^-Rivières.
Du présent article, nous pouvons l'aire un résumé sous la forme que voici, qui montre les mouvements successifs de ces peuples :
Les Algonquins habitaient l'Ottawa ; les Iroquois le Saint-Laurent. Ces derniers disaient être venus de l'ouest.
Iroquois et Algonquins. 215
Vers 1500 les Algonquins chassent les Iroquois des bords du fleuve et s'y installent. Les Iroquois vont se fixer entre le lac Champlain et le lac d'Ontario.
Entre 1500 et 1530, les Ilurons (ou une autre tribu iroquoise), reprennent Montréal sur les Iroquets, tribu algonquine. La plupart des Iroquets passent dans les rangs des Iroquois par la conquête.
A la même époque les Tsonnontouans, autre tribu iroquoise, commencent à exercer des ravages sur le fleuve en descendant par la rivière Sorel.
En 1535, Jacques Cartier visite à Montréal les Hurons-Iroquois. De là jusqu'à Québec il n'y a qu'un seul village. Les Tsonnontouans ou Toudamans répandent la terreur partout dans ces endroits.
Vers 1560 les Algonquins massacrent presque tous les guerriers de l'Iroquet, à la rivière Puante, et le reste de cette tribu retourne aux Algonquins.
Entre 1560 et 1600, la tribu iroquoise des
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Agniers est celle qui conduit principalement la guerre contre les Algonquins.
De 1560 à 1600 les Algonquins prennent le dessus dans toutes le directions. La tribu iroquoise qui tenait Montréal se retire vers l'ouest ; on croit la reconnaître dans les Hurons que Champlain trouva, en 1615, près du lac Simcoe.
Yers 1600 parait avoir commencé la ligue des cinq nations iroquoises. A la même date les Hurons descendent traiter avec les Français.
En 1603, Champlain trouve les rives du fleuve inhabitées. Les Algonquins battus par lea Iroquois, se sont repliés sur l'Ottawa.
En 1609, avec Champlain qui part pour la première guerre des Français contre les Iroquois, il ,y avait des bandes de Hurons, d'Algonquins, d'Iroquets et de Montagnais ayant leurs chefs particuliers. L'alliance des Français attire de nouveau les Algonquins au fleuve et ils se fixent principalement aux Trois- Eivières. La guerre continue avec des chances égales de part et d'aati*es.
Iroquois et Algonquins. 117
En 1624, grand assemblée de toutes les tribus, aux Trois-Eivières, pour enterrer la hache et proclamer la paix dans le Canada. Cette démonstration remarquable n'eut aucun résultat avantageux. Le désaccord exista aussitôt après comme auparavant.
Yers 1630, les Iroquois prennent l'ascendant 'ivw les Algonquins à la faveur des armes à feu q[ue leur procurent les Hollandais.
En 1647, Piescaret, chef algonquin, est assassiné. Sa nation est détruite après cela, ainsi que les Hurons.
Jusqu'en 1665, les Iroquois régnent en maîtres dans une grand partie du Canada. Les troupes que l'on envoyé alors contre eux ne les réduisent pas entièrement.
Il y a vingt-cinq ou trente ans, la ville dos Trois-Eivières était encore fréquentée par les restes de quatre grandes races sauvages. C'étaient lo les Tètes-de-Boulc, nation composée de débris des familles attikamègucs, mon-
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tagnaises, algoiiqiiines et des races de la baie d'Hudson, qui venaient en traite chez les marchands de la ville ; 2o les Abénaquis de Saint-François, et surtout ceux de Bécancour, qui y passaient à toutes les époques de l'année ; 3o les Algonquins dont les cabanages et les territoires de chasse n'étaient jamais éloignés de ce lieu ; 4o les Iroquois de Saint-Régis, que la compagnie de la Baie d'Hudson employait pour la traite du haut Saint-Maui*ice — le dépôt des articles de traite, les pelleteries, et la construction des canots d'écorce étant concentrés aux Trois-Riviôres.
Soit à cause de la nature temporaire de leurs occupations dans cette place, soit par suite de la répugnance qu'éprouvaient les autres Sauvages à se rapprocher d'eux, les Iroquois faisaient bande à part et n'étaient même pas salués i^ar les autres, sauf les Algonquins, lesquels s'y prenaient de la manière suivante :
Lorsqu'un Algonquin rencontrait un Iroquois, il lui jetait un coup d'œil froid, et j^rononçait,
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d'un ton un peu plus» sec que clans son langage ordinaire, ce simple mot: " Iroquois! "
L'Iroquois, à son tour, répétant le même manège, disait sourdement : " Algonquin!"
Et tous deux continuaient leur chemin.
Nous n'avons jamais entendu dire qu'il en fut résulté de querelle.
Au fond, c'était peut-être un acte de politesse, un mode de salutation.
Les fomilles iroquoises et algonquines qui habitent aujourd'hui le village de la mission du lac des Deux-Montagnes, conservent à peine un souvenir vague des luttes qui, autrefois, divisèrent ces races. Leur missionnaire M Cuoq nous écrit qu'elles vivent depuis longtemps ensemble en parfaite intelligence et sans se reprocher leurs anciens actes de barbarie. De ressentiment, de vendetta^ il n'en existe pas l'ombre parmi eux. Dans les chicanes particulières qui surgissent ça et là, ni homme, ni femme ne songent à faire allusion au temps passé, même en se disant des injures, — chose
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que les Sauvages pratiquent aussi savamment que pas un de nous.
Ces deux belles races qui s'éteignent, survivent pourtant aux passions et à la haine engendrées entre elles il y après de quatre cents ans. L'esprit de l'Evangile a passé sur leurs bourgades. Après avoir vécu si longtemjis en armes l'une contre l'autre, elles se préparent à mourir dans les bras l'une de l'autre.
sous LES BOIS,
Qui pour Cacouna, qui pour Kamouraska, qui pour Eimouski, qui pour Re8tigouche»..le lecteur va croire que je parle sauvage,., tout le monde, c'est-à-dire tout Montréal, tout Québec et tout Ottawa, s'en vont ** aux eaux," comme si les aqueducs étaient rares dans les villes avantagées d'un tarif de taxes.
Chacun son goût. Moi j'aime mieux la nature
primitive qui n'est pas à la mode du jour, mais
que le caprice des hommes. ^et des femmes..,
ne pourra jamais démoder, Yous ne comprenez
j)eut-être pas le plaisir que j'éprouve à prendre
des quartiers d'été inconnus des touristes, mais
fréquentés par de belles rivières, des milliers
d'oiseaux chanteurs et perdus au fin fond des
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forêts s^cnlaires. Que voulez-vous? le goût n'est point à discuter ; j'aime ce que j'aime, et vous, vous aimez autre chose. Grand bien voua fasse — ^je vous admire, monsieur Tout-le-Monde,
" Les bluets sont bleus, les roses sont roses f " â dit un poète grand amateur de la vérité et de la couleur locale.
Les arbres verts, les ruisseaux si clairs, la molle fougère s'étalent à perte de vue autour de moi, toutes choses que l'on pourrait peindre avec plus d'art que je n'en mets ici à les énumérer.
■Je vous éci-is donc de la campagne, au bord des boiS; dans une retraite charmante où le» bruits de la ville ne pénètrent jamais et où l'on ne parle en mal du prochain que sur les gazettes dont, en venant ici, j'avais doublé l'intérieur d'un grand panier aux provisions.
Maintenant que la belle saison étale le» splendeurs de sa robe et que l'atmosphère
Sous les Bois. 223
tiède des journées d'août nous invite à mettre habit bas, il fait bon aller s'asseoir au pied d'un pin, dans une clairière de la vieille forêt, et de se croire seul au monde, en écoutant le frémissement des cascades, les chants des oiseaux et les récits qui tombent de la bouche d'un forestier. Une douce quiétude s'empare de l'âme, un sentiment d'indépendance ignoré jusque là se fait jour dans votre rêverie, et, mêlant à toute chose l'oubli des maux passés, vous sentez renaître ce je ne sais quoi de poétique et de tendre au-delà de toute expression, qui composait la vie intérieure de nos premières années.
Ce n'est pas ailleurs, c'est ici qu'il faut s'arrêter pour reprendre courage, ressaisir le calme de nos esprits et placer une barrière rustique enti-e la ville et nous. C'est ici que sont la retraite et la nouveauté.
Figurez-vous mou bonheur : pas de visites à faire sous l'ardeur du soleil, pas de poussière à avaler tout le long du jour et surtout pas d'article à écrire l
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Si j'écrivais, ce serait pour rimer des phrases mesurées, cadencées, limées, — peut-être une idylle, peut-être une chanson.
L'air est plein d'inspirations qui s'accrocheraient à la première plume venue.
Fort heureusement, je n'ai pas de plume... mais j'ai un crayon qui vaut bien une plume, eauf le respect que j'ai voué aux imprimeurs.
Ce crayon monte en croupe et galoppe toujours avec moi. Yoilà comment il n'est point ailleurs que dans ma main et pourquoi je ne puis m'empècher d'aligner des mots sur du papier.
Il a son histoire, il me rappelle assez de souvenirs pour m'occuper tout un jour et davantage.
Tel que vous ne me voyez pas, lecteurs, je suis en train de décider s'il ne vaudrait pas mieux vous raconter l'histoire de mon crayon poui' l'édification des jeunes et l'étonnement des vieux.
Ce serait un chapitre triste. 11 y aurait quelques larmes et nombre de soupirs, et le tout
Soits les Bois. 225
finirait par un mariage qui ne ne serait pas le mien.
Vous n'êtes pas assez impitoyables pour exiger des révélations qui manquent absolument de gai té. J'aurai la force de garder en portefeuille les vingt-deux colonnes et deux tiers de prose que j'écrirai un jour plus tard pour la postérité.
Non, vous ne saurez pas pourquoi j'ai fui jusque dans ces lieux cachés, pourquoi je veux y rester seul, et à quoi je pense...
Parlons plutôt de ce qui se pi^sente en ce moment sous mes yeux, savoir : mon sac de voyage et mon compagnon de voyage.
Mon sac de voyage n'est point un sac, c'est un panier'aux provisions, il loge très bien entre les varangues de mon canot d'écorce et. Dieu merci, nous ne sommes pas dyspeptique.
S'il m'arrive de manquer un coup de fusil, le guide ne manque pas le sien — de cette manière,
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le gibier qui nous visite nous trouve toujours à domicile et n'y laisse jamais sa carte.
Mon guide n'est point un vulgaire engagé, c'est un ami, un garçon qui passe sa vie dans les bois si vous voulez, mais spirituel, habile, brave en fou, assez instruit et comme feu Molière, observateur. Personne ne voit mieux les travers du peuple civilisé, personne ne s'en moque à meilleur titre. Avec cela, heureux comme un roi de l'ancien temps, ayant une pente à la poésie, la poésie des voyageurs, la joyeuse, la mélancolique, la bonne, la vraie. Si vous l'entendiez chanter en maniant son aviron :
Bans la forêt et sur la cage, Nous étions trente voyageurs !
ou bien encore :
Bans les prisons de Nantes Y a-t-un prisonnier !
vous " donneriez Sorel, Machiche et St. Bénis" pour vivre à ses côtés !
Par la tradition, il descend en ligne droite de cettte vaillante et noble race de voyageurs
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canadiens, dont Fenimore Cooper nous a si adroitement escamoté le type en littérature. Il se nomme Gonzagues.
La première fois que nous nous sommes rencontrés, je ne l'ai pas pris pour un homme, il me semble qu'il participait de la nature des êtres fantastiques — bien des gens le croyaient aussi.
C'était, il y a eu six ans au mois de juin, sur le bord de la rivière Vermillon. La bande des flotteurs de bois était arrêtée dans un endroit périlleux, leur chef ne savait plus à quel saint se vouer pour passer outre avec les honneurs de la lutte.
Expliquons-nous :
Quinze, vingt, trente hommes sont établis en automne aux abords d'une rivière ou d'un cours d'eau quelconque.
Pendant l'hiver ils abattent des arbres, les coupent en billots et les charroient sur la rive.
Il n'est i)a8 rare que cette rive soit un escarpement, une falaise, enfin quelqu'endroit moins
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praticable que le carré Yiger ou les calemboui'gs de Charles Oui met.
Le printemps venu, Ton ferme le chantier et les hommes destinés à l'opération difficile du flottage descendent les rivières en chassant devant eux les pièces de bois échouées au rivage, accrochées sur les pointes de rochers ou empilées par le mouvement des eaux à la tête des cascades et des rapides.
C'est une rude corvée dans laquelle il est bon d'apporter un poignet solide, un coup d'œil prompt et sûr, de grandes qualités de nageur, de rameur et d'équilibriste et pardessus tout, une conscience en paix avec Dieu, car la mort se dresse à chaque pas de ces vigoureux exercises.
Ce printemps-là, une escouade de flotteurs arrivait par la rivière Yermillon en face de l'obstacle que je vais vous décrire : près de quatre cents billots déposés sur la croupe d'une rive très-escarpée s'étaient mis en mouvement
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lorsque le soleil avait fondu la neige au flanc de la falaise. D'après le calcul des bûcherons, cela devait arriver et précipiter les billots tous ensemble dans la rivière, en simplifiant les travaux du flottage.
Le plan était trop beau pour réussir. Il se présenta une barrière naturelle. Deux souches placées à mi-côté et que la neige avait rendues imperceptibles pendant l'hiver, reçurent les premiers billots échappés du sommet, les arrêtèrent, et bientôt l'énorme charge se trouva à poser tout entière sur ces deux appuis.
En-dessous, une vingtaine de pieds restaient libres entre le niveau de la rivière et la masse de billots accrochés.
Au-dessus, il y avait accès pour les travailleurs— mais repêcher quatre cents billots, les tirer à la côte et les faire rouler plus loin vers la rivière, cela coûte beaucoup d'argent. Comment s'y prendre ?
Sur ces entrefaites, arriva Gonzagues.
Bûcherons, chasseurs, voyageurs, guides de cages, etc., saluez, c'est votre maître à tous.
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— Voyons donc, dit-il, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de passer ici comme des messieurs ?
Et sans perdre plus de temps, il prit une hache et monta la côte, droit sous l'amas de billots.
Cette manière de monter à l'assaut était toutà-fait dans le caractère de Gonzagues. On le connaissait et personne n'aurait osé l'interroger sur ses intentions, avant qu'il en eût parlé luimême.
Chacun se rappelait que l'année précédante il était monté sans souffler mot, sur une jam ou empilement de pièces de bois formée à la tête d'une cascade dangereuse et que là, tout seul, un pic à la main, il était parvenu à décoller la ckf ou pièce principale qui retenait l'avalanche de billots au-dessus dugouftre. Au moment où tout cela s'ébranlait pour bondir en avant, Gonzagues s'était précipité de côté dans un endroit de la chute un peu moins roide, vers lequel les billots ne pouvaient se diriger, et ses hommes l'avaient j^erdu de vue dans les bouillons blancs de la rivière.
Sous les Bois. 231
Pendant ce temps, les billots avaient également sauté la chute et se dandinaient au bas sur ces mêmes bouillons blancs.
Les hommes partis à la recherche du corps de Gonzagues furent stupéfaits en l'apercevant qui se chauffaits au soleil sur un petit rocher à fleur d'eau, d'où il leur fit signe d'aller le chercher.
Sur le reproche de témérité qu'on lui adressa quelques minutes après, il répondit, en bourrant sa pipe et hochant les épaules :
— Bah ! est-ce que vous croyez qu'il y a assez d'eau dans le Saint-Maurice pour me noj^er !...
Je viens de dire qu'il avait monté la côte, droit sous l'amas de billots.
Nous étions à le regarder, immobiles dans nos grandes berges de drave (drave, ou drive, ; en français : flottage des bois) ne nous rendant pas compte de son idée.
Tout-à-coup chacun poussa un cri d'angoisse en y mêlant le nom du téméraire. Gonzagues
232 Soiis les Bois.
entamait à tour de bras l'une des deux souches. Sa hache s'abattait, rapide et ferme, sur les attaches du barrage, les grosses racines de la souche.
Mais les cris, les supplications s'élevèrent avec une telle énergie qu'il s'arrêta
— Qu'est-ce qu'il vous faut ? dit-il.
— Il faut que tu descendes, lui criâmes-nous, ne vois-tu pas que tu vas attirer sur toi les billots suspendus sur ta tête, c'est la mort inévitable !
— Rangez vos berges, et ne craignez rien pour moi, mais rangez-vous, sinon vous serez écrasés comme des mouches.
Ce fut tout son raisonnement. Je ne réuesirai jamais à décrire ce qui se passa ensuite. Nous étions spectateur d'un drame dont le dénouement paraissait fatal ; chaque coup de hache avait un écho dans nos poitrines, chaque seconde amenait une nouvelle épouvante. Un condamné sur l'échafaud n'est pas plus près du sacrifice que ne l'était Gonzagues. Cris, menaces, supplications, il n'écoutait rien et bûchait toujours.
Sous les Bois, 233
La rivière, très-profonde en cet endroit, coulait sous lui à vingt pieds, presqu'à pic. Il avait devant lui bien haut par dessus les épaules, la pile de billots retenue par l'obstacle qu'il brisait.
Soudain, il s'arrêta. La souche avait craqué.
L'on aurait entendu voler une abeille. Les respirations des hommes qui étaient là se pouvaient compter.
Gonzagues, l'œil au guet, avait encore la main sur la hache, il attendait.
Comme la débâcle ne se faisait pas, il se remit à pratiquer des entailles.
Au bout d'une minute, la masse écrasa les derniers liens, mais avant de se ruer au bas de la pente, elle chancela pendant trois secondes et l'intrépide bûcheur en profita pour plonger comme une anguille dans le courant placé sous lui. Il avait à peine atteint le fond, que la rivière était couverte de billots flottant pêlemêle, — les uns qui avait piqué une pointe en bas revenaient à la surface et dansaient comme des marionnettes avant de se coucher mollement
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sur la lame ; les autres, entraînés par l'élan formidable qu'ils avaient reçu, se pourt-hassaient au loin et heurtaient les premiers ; c'était une scène d'éléments déchaînés dont le tableau pourrait se faire sur la toile, mais difficile à traiter la j)lume à la main.
Lorsque nos yeux découvrirent l'auteur de cet exploit, il se tenait debout sur l'un des billots les 25lus éloignés et reprenait haleine. Sa course entre deux eaux, en ligne droite vers la rive opposée, l'avait mis hors de danger, car en somme la charge des pièces de bois s'était plutôt abattue près du rivage, et la résistance de l'eau avait contribué à l'amortir considérablement.
Parvenu à terre, Gonzagues reçut nos éloges avec un grand sang-froid. Quand nous lui dîmes que sans son courage il aurait fallu renoncer à flotter ces quatre cents billots, il répondit simplement : " Vous auriez bien pu faire éclater l'une des souches avec de la poudre, sans y mettre tant de cérémonies ! "
Personne n'avait songé à cela !