‹ Mélanges d'histoire et de littératureChapitre 8 sur 21 · Vieilles Gazettes · texte numérisé non relu

Vieilles Gazettes

sensation nouvelle s'empara de certains cercles. On voulut terrifier le croquerai taine botté qui menaçait le repos des honnêtes gens. Les événements s'y prêtaient. Les Yankees se montraient dignes de leur déclaration d'indépendance. Les troupes anglaises tenaient mal- •aisément devant eux. Les Canadiens pouvaient en tirer profit pour se faire respecter. Une hardiesse inaccoutumée se manifesta, en etîet, parmi nous. Ce n'était, ni plus ni 7uoins, que la politique qui chercliait à prendre droit de cité sur les bords du Saint-Laurent, — du bon bord, Dieu merci !

Se faisant l'organe de l'opinion pubUque soulevée par les injustices de Haldimand, Fleurj' Mesplet entreprit de publier, à Montréal en 177î>, un journal '' du genre libellique," selon que s'exprime un annaliste du temps.

Le rédacteur de ce journal fut un nommé Valentin Jotard ou Joutard, avocat, de Montréal, où s'imprimait la feuille nouvelle sous le y titre de : Ta?ît pis. tant mieu.i\ premier journal entièrement français puV^lié en Amérique.

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Le gouverneur ne se le fit pas dire longtemps ; il coft'ra l'imprimeur et le rédacteur, trouvant ce moyen à la fois expéditif et sûr. Tant pis, tant mieux mourut du coup. Cela se passait en 1780.

Jotard et Mesplet furent logés dans la prison de Québec; ils trouvèrent, dans la chambre qu'on leur destina, M. Pierre de Sales Laterrière, directeur des forges Saint-Maurice, près les Trois-Eivières, qui y attendait depuis treize mois son procès, sur accusation de trahison pour avoir fourni des pioches, des poêles et des canons aux Américains, lors de leur entrée dans le pays en 1775. Haldimand se servait de tous les prétextes pour abattre cey,si.-qifi pouvaient porter ombrage à son de^]^(^tinà^\^î^^^^^jl\}^i

Les Pranc^ais compromis ks'w'}^iWl>6^^^'nrè^^ de raison dans nos affaires n'a\^ietït''pas un poids notable dans l'opinion publique, mais on trouvait inconvenant ces représailles et cet appareil fanfaron d'un pouvoii- qui n'avait pas

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pu se défendre liii-inème loi-sque le pays avait subi l'iiivasioii.

^ Là-dessus, on s'agita un peu. parait-il, et Haldiniand. qui était la cause de cet émoi, ne fut pas fâché de s'en prévaloii* pour exercer <le nouvelles rigueurs. IjQ:^ agitateui-s. dont les noms ne nous sont j^as tous parvenus, étaient apparemment nombreux, puisqu'il est dit que ce général en encoml)ra les prisons.

Jotard. dit Laterriôre. était " satirique et sophistique comme un avoi-at. avec un front d'airain que rien n'étonnait. Ivrogne, faux et menteur comme le diable et gi'and cj)icuricn. Son éducation était solide sans être accomplie. Il haïssait tout ce i\\ù était anglais, rlw outre il était plein de préjugés, et fort mauvais ami."

V«nl."i d!)nc le portrait du premier éci-ivain qui s'avisa de lancer des articles politiques dans notie pays. 11 fallait un champion de cette trempe, ou à peu prùs, pour oser Jeter le gant à un être aussi omhî-ageux et à la fois aussi résolu que l'était Haldimand.

" ^rc-^plei. dit M. T.atorrièi-e. dillérait de

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Jotard par rédiicalion. C'était un imprimeur. 11 avait pourtant des connaissances, mais il s'en fiiisait accroire et ne parlait que d'après son rédacteur. D'aillears, fourbe et menteur presque autant que celui-ci, et d'un génie méchant. Si son épouse, qui était trôs-res2:>ec table, ne l'avait pas adouci, il aurait été capable de bien des choses indignes d'un honnête homme."

Laterriôre était imbu de préjugés dont il faut tenir compte. Nonobstant, son témoignage est précieux.

'• Environ deux mois api-ôs l'arrivoe de Jotard et de Mes])let dans ma chambre, écrit encoi'e M. de Laterriôre, on y amena un Ecossais du nom de Charles Ilay, ma]tre-tonnelier,(l) de Québec, accusé de correspondance avec l'ennemi. Il avait été bien éduqué au collège d'Edinburg. Il était doux, sobre et fort obligeant."

Laterriôre lui donna bientôt la préférence sur ses deux premiers compagnons, et, durant trois années qu'ils vécurent ensemble, ils furent con-

1 Du Calvet dit qu'il était négociant.

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stamment amis, ce qui ne plaisait ni à Jotard ni à Mesplet, aussi les prises de bec et d'ongles étaient-elles fréquentes entre les quatre personnes qui habitaient la cellule.

Jotard et Mesplet, toujours coalisés, tombaient ensemble sur Laterriùre qui. doué d'une grande force musculaire, habile à la parade et à l'attaque, leur tenait tète sans trop se donner de mal. L'Ecossais intervenait pour faire cesser le combat et régler les conditions de la paix commune. Les deux journalistes portaient souvent leur plainte au gouvei-neur, qui ne les écoutait pas.

Les emprisonnements allaient leur train.

Bientôt on vit arriver M. du Calvet. accusé d'agiter le pr.ys et d'exécuter ce que Jotard conseillait dans Tant pis, tant mieux.

Du Calvet était Français, comme Laterrière. Jotard et Mesplet. II avait vendu ses biens en France ))our s'établii- en Canada. Tenant une forte maison de commerce à Montréal, il possédait de plus une seigneurie dans la rivière Chaml>ly. et la chai'ge de juge de paix. •• lion-

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nête homme, sévère, juste et calviniste," dit Laterrière.

Du Calvet ne fut pas logé avec les trois prisonniers qui nous intéressent. Je ne parle de lui que pour aider la mémoire du lecteur qui connait le rôle politique de ce personnage remarquable.

Des compagnons de captivité qui figurent autour de Ducalvet. citons encore les suivants :

François Cazeau, Louis Carignan et Joseph Dufort, négociants ; Pillion, chirurgien ; Burton, boulanger ; Lavallée, forgeron ; Jacques Noels, forgeron ; Williams, Ilamel, Cazettey, Foucher, Liébert, iils, Cazeau, tils et D'IIelzône, fils.

De nos jours, où la presse et la télégraphie ont tant multiplié le colportage des nouvelles, il arrive constamment que l'on nous trompe et que les contes bleus les plus malfaits nous sont débités par des gens paj'és pour nous tenir au courant de ce qui se passe dans le monde. Comment s'étonner, par conséquent, des faux bruits dont se contentaient les pauvres prisonniers de llaldimand ? Une lettre autographe

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de François Cazoau (nommé ci-dessus) que l'on 7n'a passée renferme ce passage, en date du 22 juin 1780, ])rison de Québec :

" Tout le monde soutient qu'une flotte française est en bas dans la rivière. Des personnes mêmes sont venues de la Pointe-Lévi pour le dire expressément aux prisonniers. Tous les officiers et soldats s'y attendent. Il est défendu à toute personne (\e>^Q promener sur les travaux (les fortirîcations ?) sous peine de la prison. Il n'est même pas permis aux Journaliers de se voir. Ciiacun e^t obligé de faire son ouvrage à l'insu (c'est- :i-dire isolément) des uns des autres. Malgré cette sage précaution du général. u]i ami fidèle, que je crois comme je suis vivant, m'a dit avoir parlé à un espion, sur les travaux, habillé en l'unifoi-me du régiment du colonel Zisoppe (?) qui lui a dit positivement que les troupes du roi (d'Angleterre) ont été battue à la Nouvelle York (Xew York) par les Américains et qu'ils (les Américains) étaient en marche pour le Canada. Il (l'espion) a montré une letti'c du général Billy (?), Amérique,

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adressée à leurs amis, qui dit qu'il y a deux armées qui entrent en Canada cette année, et qu'une flotte française sera en rivière (dans le Saint-Laurent) avec trente mille hommes pour Québec. L'espion dit que c'est vrai sur sa vie. Bans le même jour il a été vendu (trahi). La lettre ( qui le trahissait ? ) fut remise au général Haldimand mardi de cette semaine. On fait chercher partout pour le prendre. Je pense qu'il s'en sera retourné (chez les Américains) rendre compte. La lettre de l'espion dit que la flotte anglaise a été abimée par les Français. Ils (les Anglais) se sont sauvés comme ils ont pu, dans leurs ports, autours dos îles de l'An- «rleterre. Le combat s'est donné au canal Saint- (Teorge."

On sait que les Anglais n'étaient pas victorieux dans les Etats, que la France, s'occupait du Canada comme de l'an quarante, et que tous les espionnages et toutes les ruses des yankees pour aviver la haine du régime anglais parmi nous n'étaient basés que sur des impostures. Si les Anglais nous tracassaient ouvertement,

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les Américains (une autre sorte d'Anglais) nous trompaient, ou plutôt cherchaient à se jouer do nous comme on se joue des imbéciles.

Nous avons conservé de Jacques Bonhomme Tinstinct généreux, mais. Dieu merci, on ne nous " blague " que lorsque nous sommes dans l'impossibilité d'agir.

Jotard, Mesplet, Laterrière et Hay restèrent à peu près trois années ensemble. Vers la lin de leur captivité, Jotard et Mesplet manifestaient pour la dive bouteille un attachement qui les rendait insupportables.

11 faut nous rappeler que la guerre de l'indépendance américaine durait toujours et que llaldimand, tout en refusant d'accorder un procès à ses prisonniers, les tenait sous clef dans l'intérêt de la cause anglaise.

Le 20 novembre 1782, furent signés les préliminaires du traité de paix qui reconnaît l'indépendance des Etats-Unis.

Le 2 mai 1783, Ducalvet fut mis en liberté, sans avoir pu passer devant les juges. Il' alla en Angleterre faire appel à la justice du roi.

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Laterrière fat libéi-é en novembre. Il partit pour Terreneuve, laissant ses compagnons encore indécis sur leur sort, mais il est probable qu'ils sortirent de prison Tannée suivante, lorsque Carleton (lord Dorchester) i-emplaça Haldimand.

Cazeau, riche négociant de Montréal, qui avait une réclamation d'un million contre les Etats-Unis pour fourniture à l'armée de l'indépendance, s'occupa de se faire rembourser. Ses lettres nous révèlent un côté curieux de la marche des affaires de ce temps de révolutions américaine et européenne ; je m'en occu^^erai ailleurs.

Pendant cinq ou six années, nous n'entendons plus parler de journaux ni de journaliste. En 1784, Ducalvet dit que si la presse continue à être captive, elle va devenir clandestine ; nous ne savons si la chose eut lieu comme il la prédisait, mais il est certain que la Gazette de

Québec régnait seule et tenait avec persistance

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son rang de gazette " la plus innocente de la domination britannique/' William Brown, son fondateur, mourut en 1789, au moment où M, John Neilson, qui devait Tillustrer, commençait à y publier des articles.

Brown mourut, sans avoir perfectionné le texte français de sa gazette, preuve que les Canadiens instruits n'y attachaient pas grande importance^ car il» eussent pu inspirer aux propriétaires plus de respect pour cette partie de leur œuvre. La Gazette était publiée dans les deux langues par un esprit de calcul des jH-opriétaires, qui comptaient l'introduire chez les Canadiens, et par un motif de prudence du gouvernement de la colonie, qui ne voulait pas troi> montrer son désir d'étouffer la laDgtie française garantie par les traités. C'est du moins ce qui semble véritable.

On vit paraître^ en 1788, le Québec Herald dont Texistance fut de courte durée.

La même année, Fleury Mesplet établit, à 3Iontréal, la •' Gazette Littéraire." Nous n'entendons plus pai'ler de Jotard.

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Depuis quatre ans, le pays était gouverné par Carleton, qui nous aimait, et, comme nous nous sentions à l'aise sous sa protection, un commencement de travail littéraire se manifestait de place en place. La Gazette de Mesplet venait à point servir les pionniers des lettres en Canada.

Un mouvement littéraire, commençait à poindre, se développant peu à peu, avec des* périodes d'acalmie et des élans de vigueur. Les premiers hommes de plume qui se montrèrent parmi nous furent aussi nos premiers journalistes. La littérature, la politique, le journalisme, trois arts qui débutaient en Canada, marchaient ainsi en se donnant la main, tombaient et se relevaient ensemble.

C'est alors que M. Joseph Quesnel, poète et musicien, vint se fixer en Canada. Il était de Saint-Malo. Nous lui devons la principale part du réveil littéraire que l'on remarque à partir de 1788 dans notre pays. Colas et CoUnette, qu'il composa en 1788 et qu'il fit jouer à Montréal en 1790, ouvre dignement la liste dos productions canadiennes.

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Avec le petit groupe de Français dont j'ai parlé et qui comptait M. Quesnel parmi ses plus habiles, semble naître chez les Canadien» la fantaisie d'écrire. On joua aussi du théâtre.

'• Les représentations scéniques, écrit M. Gérin, étaient devenues, paraît-il, fort en vogue à Québec, vers 1791. On voit que le prince Edward, accompagné des gouverneurs Clark et Simcoe, assista, le 18 février 1792, à la représentation de la Comtesse cCEscarhagna et du Médecin malgré lui.''

Jusque là, nous avions été assez indifférents au besoin de produire des œuvres littéraires. Nous ne manquions pas d'hommes instruits, cependant. Mais l'état de sujets entièrement soumis aux volontés d'un pouvoir ombrageux nous imposait en quelque sorte la nécessité de ne faire paraître nos talents que le moins possible.

C'eut été offenser les jnges, les fonctionnaires, le parti des " pétitionnaires " que de leur montrer que nous possédions plus d'études et de connaissances qu'eux 1

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La chansonnette fut de tout temps une arme dans la bouche de.nos aïeux. Or, pour chanter des couplets, il faut en premier lieu des poètes qui les composent.

Le Canada n'a jamais manqué de ri meurs, et il en a produit qui, pour être inconnus aujourd'hui, n'étaient pas moins en vogue, pas moins écoutés de leur vivant. Un recueil manuscrit du siècle dernier, que j'ai eu la bonne fortune de feuilleter, nous montre que, même aux époques les plus critiques de notre histoire, le génie poétique, la verve gauloise, l'esprit frondeur existaient dans les cercles canadiens. Les gens instruits, en bon nombre, se permettaient d'aiguiser une épigramme, de polir une strophe badine nue Ton faisait courir sous le manteau ou qui s'apprenait par cœur. C'est ainsi que le3 Français se vengent le plus souvent de leurs ennemis et se consolent des maux qu'ils ne peuvent éviter.

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Après dix-huit mois d'existance la Gazette Littéraire de Fleury Mesj^let fut supprimée, parceque ses tendances étaient évidemment à l'annexion du Canada aux Etat-Unis. Les chefs de cette entreprise, incapables de saisir le vrai point de vue de notre politique, ne voulaient que nous mettre dans les bras des voisins ; ils ne s'apercevaient pas que nous étions sortis de nourrice à la suppression du régime français.

La Presse, née de la discussion, c'est-à-dire de la liberté politique, commençait pourtant timidement à paraître chez nous, du moment où un semblant de liberté nous était accordé. Il est intéressant de suivre ses vicissitudes à mesure que le pouvoir public serre la poigne ou se montre plus conciliant. Les phases les plus critiques de notre histoire parlementaire offrent des exemples curieux de cet état de chose. Avant d'arriver à l'époque o\x réellement les journaux prirent naissance pour ne plus disparaître (1830), soixante années de luttes avaient eu lieu pendant lesquelles des feuilles françaises de diverse valeur s'étaient montrées pour répon-

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dre aux besoins du temps — mais toutes étaient tombées sous les coups des gouverneurs qui redoutaient leur influence.

La révolution française venait d'éclater. Elle tenait levé sur l'Europe une épée qui avait été victorieuse en Amérique, La métropole au' glaise se sentait embarrassée. Les colonies allaient-elles vouloir rompre les liens qui les unissaient à Londres? Le Canada, le Canada si français, ne suivrait-il pas son ancienne mèrepatrie dans la marche des idées nouvelles ?

Un changement politique était d'ailleurs devenu nécessaire en Canada. On faisait circuler des requêtes pour le demander, les unes dans un sens et les autres en opposition au premières. Des brochures s'imprimaient ; les journaux d'Angleterre et des Etats-Unis se mettaient à discuter là-dessus ; enfin le rappel de VActe de Québec était réclamé unanimement.

Pitt fit passer un bill calqué sur la constitu-

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tion antçlaise, mais calqué imparfaitement à dessein. C'est Forigine de nos parlements.

Ces temps sont fertiles en surprises. Le duc de Kent prince du sang, officier dans les troupes arrive à Québec. Il est reçu avec enthousiasme. Le 29 décembre 1T91, on lui offre un banquet pour célébrer et son an-ivée et l'inauguration du régime parlementaire. Eh bien î que pensezrvous que Ton fit à ce dîner, le premier de nos gueuletons politiques ? On y but, officiellement, à la Eévolution française l Le duc de Kent avala le toast sans broncher. Bons princes, ces Anglais, quand nous les dégourdissons, — témoin le prince de Galles actuel,

Du reste, à ces agapes, messieurs Baby et Amiot chantèrent chacun, en français, un impromptu de leur façon. Des gens qui avaient l'aplomb de boire en cérémonie à la Révolution de 1791, en Tannée 1791, et de choquer leurs verres avec le fils d'un roi, }X)uvaient, à plus forte raison, donner libre cours aux effusions de

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la verve poétique. Le bon vin fait passer bien des couplets.

Il y avait dans l'air un vent de littérature. On annonçait la publication prochaine du Magasin de Québec^ recueil anglais et français. Des brochures menaçaient de voir le jour : " Papiers sur l'Angleterre ; " " Lettre de l'évêque de Capse au sujet de l'établissement d'une Université ; " " L'ancienne et la nouvelle Constitutions du Canada;" un poëme : ''Abraham's Plains ; " " La nouvelle constitution de France", et d'autres produits du cru.

Cependant, dit M. de Gaspé, la politique de nos autorités à cette époque était soupçonneuse, et partant cruelle. On croyait voir partout des émissaires du gouvernement français.

Deux Canadiens furent alors expédiés du pays : leur crime était d'avoir été à la Martinique, dans un navire américain, pour terminer quelques affaires de commerce.

Nous en avons vu bien d'autres ! Ce qui ne nous a jamais empêchés d'écrire, de chanter et

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d'offrir le combat à nos adversaires, quand besoin était.

Les Canadiens n'en étaient pas moins dans une inquiétante position en 1791. De rudes attaques leur étaient portées, entre la poire et le fromage, je veux dire entre un banquet de fraternit^i à Québec et un débat dans le parlement de Londres.

Ces agitations des esprits se traduisaient par des brochures et des couplets. Le journalisme militant demandait à naître. La Gazette de Québec parut secouer la torpeur dans laquelle i^e complaisaient ses chefs. Elle ouvrit ses colonnes à des communications qui portaient sur les devoirs des électeurs; elle publia ça et là ^quelques lignes touchant les affaires publiques. Enfin, elle paraissait vouloir se transformer.

En même temps, d'autres journaux naquirent: l'un à Terre ne use, le Newfoundland Advertiser,

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en 1790, et le Upper Canada Gazette^ imprimé, je ci^ois, à Kingston.

Tant de rapports malveillants avaient été transmis en Angleterre sur notre compte, que l'acte constitutionnel, quelque satisfaisant qu'il fût, ne suffisait pas à calmer les susceptibilités de nos représentants. Rendus en Chambre à Québec, ils conservaient une attitude qui embarrassait les Anglais. La réputation d'ignorance des Canadiens était surtout le côté délicat de la position. Les Anglais d'ici savaient parfaitement à quoi s'en tenir, mais la plupart n'avaient point poussé l'esprit de justice jusqu'à tenter la réfutation de cette colomnie, et quand ils se trouvaient en présence des chefs canadiens, tous hommes profondément instruits, ils ne savaient sur quel pied danser, comme on dit. Une anecdote peindra la situation :

Mr. Panet, élu premier orateur de l'assembl ce voyait qu'il était de convenance de se présenter chez le gouverneur. Le Jour de l'An arrivant sur ces entrefaites, il se rendit chez Son Excellence et fut conduit tout d'abord dans une pièce

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où il trouva un grenadier posté près d'une table, laquelle table portait un registre. Le grenadier prenant une plume, la lui place dans la main et lui indique la page du registre oii il doit signer. Le sang de M. Panet ne fit qu'un tour. Croyant voir là une insulte directe à sa race, il ne put résister à la colère qui l'étreignait.

— Comment ! s'écria-t-il, vous doutez que l'Orateur de la Chambre sache écrire ! Et cela ])arco que je suis Canadien !...

Et sans attendre de réponse, il sortit du château.

Le gouverneur, informé de l'affaire, fit immédiatement préparer sa voiture, et courut otîVir des explications à AL Panet, qui les accueillit en galant homme, laissa tomber sa colère et s'excusa d'avoir mal interprété un acte aussi naturel.

— Votre Excellence, dit-il en finissant, voit l'état des espi-its. On nous a rendus si défiants à force de nous dénigrer, que nous soupçonnons ].artout des pièges ou des actes d'insolence.

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Les deux personnages se quittèrent en bons termes. Il est probable que l'aventure servit à rendre prudents ceux qui nous décriaient.

Voici le premier acte que renferme le Journal de la Chambre cC Assemblée du lundi IV décembre 1792:

" Vers les onze heures du matin, les Honorables Pierre Panet, Jenkin Williams, et James Monk, Ecuiers, Commissaires appointés sous le Grand Sceau de la Province, pour administrer les serments aux Membres de la Chambre d'Assemblée, sont venus à la Chambre, et s'adressant à Samuel Philipps, Ecuier, Greffier de la dite Chambre, lui ont demandé s'il avait reçu une liste des Membres rapportés comme devant siéger dans la dite Chambre, ainsi que les Writs d'Élection; et ont été informés que le Greffier de la Couronne en Chancellerie les lui avait délivrés. Alors sur la demande qu'ils en ont faite, le Retour des Membres a été produit et les Writs remis par le

Greffier. Sur quoi, les Membres ont été sommés de se présenter dans la Chambre devant les Commissaires ; il sont venus immédiatement, et ont procédé à prendre tour à tour le serment prescrit par l'acte 31 de Geo: III., eh. 31., suivant 1e Retour; lequel serment a été administré en langue Française aux Membres parlant Français par l'Honorable Pierre Panet, Ecuier, et par l'Honorable Jenkin Williams, Ecuier, aux Membres j^arlant Amodiais, le Greffier les appelant au livre par leurs noms l'un après l'autre suivant le rôle ci-dessus mentionné. L'Honorable James Monk, Ecuier, ouvrant chaque Writ en l'examinant, a répété les noms rapportés par les Shérifs et Officiers Rapporteurs."

Nos hommes politiques ne pouvaient s'appuyer sur l'étude des principes constitutionnels anglais ; nous étions privés des moyens de faire cette étude. Les anti-Canadiens n'étaient pas plus savants, mais ils avaient à leur compte le

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préjugé et la haine qui ne mesure rien. De là ces attaques fréquentes contre nous. De là aussi notre tiédeur apparente dans la riposte.

La race français attend toujours qu'elle soit poussée au pied du mur avant de tirer parti de ses ressources naturelles. Kous avons la patience et le droit en notre faveur. C'est au moment d'être écrasés, c'est à l'heure suprême que nous nfCv^^^jL^^issons. Singulier peuple !

Ij<55 livres n'étaient pas rares dans notre pays sous les premiers gouverneurs anglais. On a constaté qu'il y avait soixante mille volumes dans les bibliothèques, ce qui correspond à un volume par âme. De nos jours, il serait curieux de voir si nous en avons autant, proportions gardées. Je crois que non.

Ces livres étaient venus de France avant 1760. Ils traitaient de philosophie, d'histoire et de littérature en général, mais on peut affirmer qu'il ne s'y rencontrait aucun ouvrage propre à nous éclairer sur le mode de gouvernement le plus praticable et le plus juste dans une colonie.

Nos instincts étaient donc à la littérature et

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point à la politique. Je parle des CanadieDS qui lisaient. Il aurait été impossible de tirer le moindre petit journaliste de notre population. Xi l'enseignement nécessaire à la chose, ni la liberté du côté du pouvoir ne nous étaient donnés. Aussi nos premiers journalistes furent-ils des Français d'importation directe, comme on l'a vu.

Garneau nous apprend queVhivi»-*a jeunesse, on copiait à la plume des livres qui étaient restés dans le pays après la conquête, ou qui arrivaient de France par de rares occasions. Il faut entendre ici principalement les ouvrages d'économie politique, si peu nombreux à cette époque, et ceux qui s'occupaient de l'administration de la chose publique dans un pays libre.

La littérature du grand siècle et même celle de l'école de Voltaire nous étaient familières.

Les écrits traitant des principes et du fonctionnement de la constitution anglaise étaient inconnus chez nous en 1790, lorsqu'il plut à M. Pitt de nous gratifier d'un mode de gouvernement calqué — disait-il — sur celui de l'Angle-

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terre. Nous fûmes la dupe de cette promesse ei belle, si belle qu'elle dépassait nos espérances. Avoir une constitution semblable à celle de la mère-patrie, c'était un bonheur inespéré — nous n'osions pas demander autant ! Il est vrai que nous ne connaissions cette merveille que par ouï dire, mais enfin nous savions qu'on y trouvait la responsabilité ministérielle, des libertés politiques très-étendues, une égalité devant la loi qui charmait à la fois l'oreille et le cœur. Hélas ! too good to be true !

La première session du premier parlement eut lieu, et l'on s'étonna du peu de latitude qu'offrait le nouveau régime à nos justes instincts de liberté. Un soupçon se répandit : Nous aurait-on joués ? Est-ce que l'on ne pourrait pas se j^rocurer un livre traitant de cette matière, et par là voir ou nous en sommes ?

Après, des recherches, on trouva un livre, un unique exemplaire de je ne sais plus quel auteur. De Lolme peut-être.

Alors, comme il n'existait ni télégraphe, ni

bateaux à vapeur, ni même de service postal

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coDimode, deux ou trois députés se mirent en marche pour visiter à domicile chacun de leurs collègues. Arrivée chez l'un d'eux, ils se prenaient à commenter le livre de la science nouvelle, à en extraire des passages, à les comparer avec les détails de notre constitution, et quand la leçon était finie, en route ! c'était au tour du comté voisin — et ainsi de suite par toute la province.

Une tempête sortit de là. Le semblant de constitution anglaise combiné par M. Pitt fut battu en brèche — on sait le reste

Le journalisme, telle que nous l'entendons, ne saurait exister sans le gouvernement con- Btitutionnel. Il est le comjîlément et à la fois le contrepoids de ce genre d'administration.

C'est, en effet, à l'ouverture de notre premier parlement que l'on distingue dans la Gazette de Québec une jwinte de réforme, une tendance à peine visible il est vrai, mais qui dénonce l'envie

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de jouer un rôle dans notre petit monde politique.

La même nécessité avait sans doute créé, aux deux extrémités du fleuve Saint-Laurent, les deux feuilles que j'ai citées plus haut.

Quant aux Canadiens-Français, ils étaient moins ardents que les Anglais à se servir de la presse périodique. Ce n'est pas qu'ils n'en sentissent le besoin, sans doute; mais ayant avant tout à se défendre et non pas à attaquer, ils croyaient peut-être trouver dans la Gazette de Québec un secours efficace et moins susceptible d'éveiller les appréhensions du 2:)ouvoir, que ne l'eût été un journal fondé et soutenu exclusivement par eux. Calcul assez juste, en ce qu'il consistait à tourner les armes de l'ennemi contre lui-même.

La Eochefoucault, qui visita le Haut-Canada en 1795, dit que la Upper Canada Galette ne comptait aucun abonné à Kingston — mais qu'en revanche la Gazette de Québec en avait deux dans cette ville ! A beau être nul qui vient de loin !

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Voici comment s'exprime cet auteur.

** L'amour des nouvelles est loin d'être aussi répandue dans le Haut-Canada que dans les Etats-Unis. Une seule gazette s'imprime à Newark (Niagara) et le gazetier, s'il n'était pas ^ goldé par le gouvernement, ne poun*aît, par ses êouscriptions, payer le quart de ses frais ; c'est nn extrait très-court, et choisi dans les principes du gouverneur (lord Simcoe) des papiers de New- York ou d'Albany, et surtout de Québec, précédé et suivi d'annonces de vente. Ce papier paraît toute les semaines ; on en envoie en petit nombre au fort Erié, en petit nombre au Détroit. La presse de cette gaajette sert à imprimer les actes de l'assemblée, les proclamations du gouverneur, et cVst son emploi le plus habituel. D'ailleurs Niagara est, par sa position, très-reculé pour les nouvelles, surtout au temps de guerre."

Les autorités coloniales craignant les conséquences d'une libre expression des sentiments populaires, se tenaient toujours prêtes à sévir contre les journaux.

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L'Europe n'était pas plus avancé sous ce rapport.

Ce n'est qu'en 1795 que commença en Angle» terre une agitation sérieuse en faveur de la liberté de la presse. Le signal partit d'un dîner de Whigs sous la forme du toast suivant :

^^ A la liberté de la presse, qui est comme l'air que nous respirons et sans lequel nous mourons ! "

En France, en plein Directoire,(l797) on était plus avancé. Au-delà de cent journaux faisaient rage dans la politique. Notre surprise est grande lorsque nous lisons ceux de leurs articles qui nous ont été conservés. Sauf la question du rétablissement de la royauté, les journalistes avaient la permission de parler de tout, et ils s'en servaient sans ménagement. Plus d'un thème s'ouvrait à leurs commentaires. En but aux attaques de FEuroi^e entière, le peuple français répondait à toutes, soit par le canon, soit par la plume. Un nouvel embarras leur était survenu. Les Etats-Unis trouvaient un moyen nouveau de payer à la Fi-ance la

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dette de sang et d'argent qu'ils avaient contractée envers elle. Le vieux Washington s'était laissé entraîner dans le parti des Anglais, et l'Amérique, démocratisée j^ar les républicains français, penchait du côté monarchique européen, en haîne de la démocratie et de la république française. Un traité de commerce venait d'être signé entre les Etats-Unis et l'Angleterre, stipulant des conditions désavantageuse à la France. C'était le commencement de cette longue série de mécomptes que le cabinet de Washington a su ménager aux autorités françaises jusqu'à nos jours.

La révolution français était le cauchemar des gouverneurs du Canada. Elle succédait, dans leur esprit aux craintes qu'avait produites l'indépendance des Etats-Unis.

L'ébranlement que subissait l'Europe pouvait croj'ait-on, avoir son contre-coup ici, au milieu d'une province française, encore en apparence mal rangée sous le contrôle britannique. Bien

plus, on signalait des émissaires venus de France dans le but d'a^'iter le Bas-Canada. En novembre 1793, loixl Dorchester lança une proclamation contre ces derniers, et l'on vit » bientôt paraître des ordres directs du bureau de ce gouverneur enjoignant à quelques Français de quitter le pays. Je pourrais même citer une curieuse lettre par laquelle on défendait à un jeune Canadien de rentrer dan« le Bas- Canada, à son retour de France, ou il avait «complété ses études. Ces mesures de précaution affectèrent^ jusqu^à un certain point, des prêtres échappés à la hache révolutionnaire qui cherchaient un refugxî parmi nous.

Chose digne de remarque, la Gazette de Québec semblait se plaire à repi*oduire des articles ■des journaux de France préconisant les idées siouvelles. Les mêmes écrits, publiés dans un ^j<3urnal canadiens-français, eussent valu la prison au téméraii-e qui s'en fïit constitué le parrain.

On nous craignait parce que nous étions le nombre. On nous défendait l'entrée de la vie

316 Vieilles Gazettes.

publique à cause de la force nouvelle que nous pouvions j puiser. Deux accusations terribles pesaient sur nous : nous étions French et bad subjects. Français, c'est-à-dire bons seulement à faire des esclaves ; et mauvais sujets, parce que les commerçants anglais et les gens en place ne voulaient pas de nous. Alors, comme aujourd'hui à Manitoba, l'expression : loyal subjects, ne pouvait s'appliquer, croyait-on, qu'aux Anglais. Quand au mot Canadien, il était en horreur au roi et aux tribunaux. Les temps sont bien changés en cela, puisque les Anglais cherchent maintenant à n'appeler Canadiens que cette partie de la population nouvelle du pays parlant la langue anglaise. Qui aurait osé prédire ce revirement il y a un demi siècle? Tout-à-l'heure, on va sans dout nous imposer quelque nom baroque en échange de celui que l'on nous aura pris !

La Gazette de Québec, de 1791 à 1804, n'avait rien ou presque rien changé à ses allures. Evitant à la fois de se faire l'interprète du parti anglais et du parti canadien, elle empêchait la

Vieilles Gazettes. 317

guerre à coups de plume d'éclater parmi nous. Cependant, il vint une heure où les Anglais, plus impatients que nous cette fois, entreprirent de se créer un organe à eux. Au mois de janvier 1805, M. Thomas Cary fit paraître le Mercury de Québec. C'était une manifestation d'hostilité trop importante pour rester sans réponse, aussi les chefs canadiens se mirent-ils bientôt en frais d'opposer arme contre arme et de faire la lutte sur ce terrain nouveau.

Aigris de ces attaques incessantes, les Canadiens débutèrent par un faux pas. Ils avaient la majorité dans l'Assemblée Législative, et M. Bédard pensa bien faire en proposant, au printemps de 1805, une censure contre la Gazette de Montréal qui se faisait l'écho des critiques dirijrées contre certaines lois de l'Assemblée. La motion fut adoptée.

Presque aussitôt après, ce fut au tour du Mercury de subir le blâme pour avoir rendu compte des délibérations de l'Assemblée en les accompagnant de commentaires peu flatteurs pour les Canadiens. M. Cary, arrêté et mis

IS Vieilles Galettes.

sous la garde du sergeiit-d'armes, ne se tira d'affaire qu'en présentant des excuses à la Chambre. Cette aventure suggéra au tenace rédacteur da Mercury un- stratagème dont je parlerai plus loin.

'• La presse, à cette époque, écrit M. T. P. Bédard, avait fait si peu de progrès, qu'on n'avait pas encore pensé à légiférer sur le plus ou moins de liberté qu'elle devait avoir."

Au reste, le Mercury ne cachait pas ses intentions. En 1801), il publiait que le devoir des Anglais était de travailler à diminuer l'influence des Canadiens-français dans la colonie. Après un demi siècle d'occupation, disaitil, il est juste que l'Angleterre ait ici une ]jrovince tout à fait anglaise.

En présence de ces faits, parut à Québec, le 13 novembre 1806. le "Prospectus d'un papier périodique, imprimé et publié par Charles Roi. rue Saint-François" ; quatre pages in-quarto. paraissant tous les samedis; prix : dix chelins

Vieilles Gazettes. 310

par an, outre quarante nous de frais de poste. On y lit :

*• Il y a déjà longtemps que des personnes qui aiment leur pays et leur gouvernement regrettent en secret que le trésor rare que nous possédons dans notre constitution, demeure si longtemps caché, faute de l'usage de la liberté de la Presse... Ce pouvoir est si essentiel à la liberté que l'Etat le plus despotique oi:i il serait introduit deviendrait par là même un Etat libre ; et qu'au contraire la consitution la plus libre, telle que celle d'Angleterre, deviendrait tout à coup despotique par le seul retranchement de ce pouvoir... Sous la constitution d'Angleterre, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la liberté de la Presse ; et par l'expression libre de ses sentiments, toute la nation devient pour ainsi dire le conseiller privé du gouvernement... Sous la constitution de l'Angleterre le peuple pense tout haut, et c'est là ce qui fait la force étonnante de cette constitution.. Les Canadiens, comme nouveaux sujets de l'empire britannique, ont surtout in-

320 Vieilles Gazettes.

térêt de n'être pas mal représentés. Il n'y a pas longtemps qu'on les a vus flétris par de noires insinuations, dans un papier publié en anglais, sans avoir eu la liberté d'y insérer un mot de réponse, tandis que certain parti voulait sans pudeur la liberté de la Presse... On leur a fait des crimes (aux Canadiens) de se servir de leur langue maternelle... mais les accusations n'épouvantent que des coupables, l'expression sincère de la loyauté est loyale dans toutes les langues... Ce n'est pas au langage, c'est au cœur qu'il faut regarder, celui qui ne s'y sent rien que de loyal n'a rien à craindre. Fiat Justifia ruât Cœlem. Ce sera le motto du papier. Le Canadien en sera le nom. C'est celui dont l'honneur est à venger."

Le véritable journalisme politique date en ce pays de l'apparition du Canadien, dont le premier numéro, publié le 22 novembre 1806, se compose principalement d'écrits refusés par le Mercury. Le grave et le léger s'y marient très-bien. Voyons, par exemple, ce passage :

'' Il sera peut-être trouvé digne de l'attention

Vieilles Gazettes. 321

des philosophes de remarquer combien le vent du nord-ouest devient dominant dans ce pays... L'expérience a été faite l'hiver dernier sur un nombre considérable de girouettes... On peut constater qu'elles ont été constamment dirigées par le vent du nord-ouest, quelque fort qu'ait soufflé le vent d'Est. Ce vent du nord-ouest porte vers les Etats-Unis et a une influence très-maligne sur ce pays."

Les girouettes nommées, au nombre de sept, sont, on l'a deviné, des hommes politiques dont les tendances annexionistes n'étaient déguisées que par le manteau de zélés Britishers qu'il croyaient devoir prendre pour nous écraser, nous les Français, nous les parias.

Le ton badin du nouveau journal n'avait rien de trop léger. Mordre jusqu'au sang sous prétexte de rire semblait lui plaire. Les coups portaient tout de même.

Le Mercury s'était fait l'organe du juge Sewell et de la petite population anglaise de Québec hostile aux Canadiens, qui ne manquait

Vieilles Gazettes.

ni de ressources pécuniaires ni de crédit en haut lieu, ni de détermination dans la lutte.

Le Canadien, établi pour défendre les droits et les intérêts de la population française, entra tête baissée dans l'arène et combattit son adversaire sur le terrain où celui-ci s'était placé.

Xomlner les ^"H'emiers rédacteurs du Canadien serait nommer nos chefs politiques du temps : Bédard, Blanchet, Borgia, Bourdages, Plante, Taschereau et autres. Cependant, on y lit à la date du 31 janvier 180t, que: "Mr. Antoine Bouthillier s'étant chargé d'être le rédacteur du Canadien, toutes les correspondances doivent lui être adressées à l'avenir."

Dès le 7 février suivant, le journal est " imprimé et publié par les propriétaires, à l'imj^rimerie canadienne, rue St. François." Le nom de Eoi, l'imprimeur, disparaît alors.

Le Canadien débute par la production de plusieurs documents de haute importance sur les événements de la cession du pays, de la formation du gouvernement civil, l'acte de Québec et entin la dernière constitution. Ces études his- #

Vieilles Gazettes. 323

toriques sont encore aujourd'hui d'un grand attrait : on peut se figurer s'il dihrent produire de la sensation dans le pays et même en Angleterre parmi les hommes politiques qui s'occupaient du Canada.

Comme dans le Mercury, les articles et communications sont imprimés sans nom d'auteur.

La souscription au Canadien s'étendit rapidement dans la province. On ne pouvait espérer en ce genre plus de succès. Ceci montre que les Canadiens avaient négligé la Gazette de Québec, non j^ar indifférence à l'endroit des publications périodiques, mais bien afin de ne donner que le moins de force possible à une feuille qui d'un moment à l'autre, pouvait passer armes et

bagages à l'ennemi — ce qu'elle a su faire en temps oj^portun.

Quant à la masse des lecteurs, ils ne devaient pas être tentés de se procurer une gazette qu'ils ne pouvaient pas lire, aussi le Canadien ne dût pas rencontrer le Mercury souvent dans les campagnes, sauf peut-être, chez quelques gros

bonnets qui s'occupaient de la chose publiant et lisaient tout ce qui se publiait.

Pour bien des gens, une gazette n'est pas autre chose qu'une feuille à cancans.

L'attention que chacun attache à ces sortes d'imprimés dépend de plus d'une cause, mais la masse du peuple n'a qu'une façon de les apprécier: " C'est là que l'on apprend les nouvelles." Or, poui' le peuple qui lit peu ou point, le mot " nouvelles " a le sens plus que léger de médisance, calomnie, cancan, moquerie, historiettes comique, etc. Si on y ajoute l'intérêt que suscitent les annonces de naissances, mariages et décès, le cadre est rempli. C'est le terre-àterre, rien de plus.

Dans un ordre plus relevé, nous trouvons la classe qui lit par goût et qui ne voit dans une gazette que la partie purement littéraire, le feuilleton, les petits vers. Cette catégorie est nombreuse.

Pour les hommes de finance, de politique, d'industrie le journal a des attraits qui ne sont

Vieilles Gazettes, 325

plus les mêmes. Le bavardage et la littérature ,sentimentale sont misde côté,

La politique, le commerce, l'industrie, ont vu un horizon tout nouveau s'ouvrir lorsque les gazettes ont été créées, Eien d'équivalent n'existait auparavant.

Il n'en fut pa« de même de ia première classe de lecteurs dont je viens de j^arler. Pour elle, la gazette était simplement une forme plus commode appliquée à un état de choses fort connu. Je veux dire qu'avant l'apparition des journaux, la besogne de colporteur de nouvelles et cancans, en un mot la chronique et la rumeur publique, étaient confiées à quelqu'un qui s'en acquittait fort bien. Nous avions des *' journalistes " travaillant dans cette spécialité que l'on nomme le fait-divers, la note locale, le compte-rendu de la cour de police. Ces journalistes, qui ne se servaient ni de j^lume ni de papier, avaient pour toute arme une langue bien pendue, pour bagage littéraiixî une bonne mémoire. C'étaient... les quêteux !

Oui l les quêteux. Ils ont joué un rôle que la

326 Vieilles Gazettes.

Presse à bras et à cylindre n'a pas le droit d'oublier. N'ont-ils pas, en outre, porté la besace comme Homère, et comme lui encore amusé nos grandes-mères ? Sans eux, le goût des "nouvelles" ne se serait guère dévelopj^é — et le Canadien, tout d'abord, n'eût semblé intéressant que pour les gens de haute volée.

Les mendiants, troubadours aujourd'hui méconnus, comptaient jadis de fins matois dans leurs rangs. Plus d'un avait de l'esprit à revendre. La plupart d'entre eux n'étaient ni des infirmes, ni des nécessiteux imbéciles, mais des rafinés qui avaient érigé en art la paresse et le détachement des biens de la terre. Ils sillonnaient les campagnes toute l'année, et partout bien reçus, choyés, adulés, je ne puis les comparer qu'à des fils de famille revenant sans cesse de lointains voyages, pour qui on tue quotidiennement le veau gras.

— Savez-vous, Madeleine ? Il est arrivé un quèteux chez Jean Larouche.

— Pas possible ! Allons y veiller ce soir, hein ?

Yieilles Gazettes. 327

— Attendez à demain ; il sera chez mon beaupère. Nous irons. Il paraît qu'il en sait des nouvelles, ah ! Seigneur ! Pensez donc qu'il a fêté les jours-gras bien plus loin que la ville et qu'il sait tout cela par cœur î

N'est-ce pas la gazette vivante que cet homme dont la conversation est désirée par tout un village, à tel point qu'on se le passe de l'un à l'autre? Ecrions-nous avec le chansonnier: *' Qu'il est heureux, le malheureux !"

N'y a-t-il pas, pour les écrivains de nos jours, sujet de regretter l'empressement que l'on mettait à cette époque à loger, nourrir et faire les yeux doux aux raconteurs ambulants dont nous continuons la lignée ?

Un jour, une rumeur se répandit par les paroisses :

— Jean, as-tu entendu parler de ça ? Ils disent qu'on va avoir la gazette.

— Ben oui, si l'Anglais ne trouve pas à redire

— J 'pense pas: c'est imprimé.

— Ah ! c'est imprimé ! A la bonne heure ; c'est comme un livre, c'pas ?

328 Vieilles Gazettes.

— Il paraît que non... que oui... j'suis pr.s trop certain, mais c'est quelque chose de tout à fait drôle apparemment.

— Et comme de raison, ce qu'on dit dans c'te gazette c'est la pure vérité.

— Beau dommage, puisque c'est imprimé !

— Par exemple, ceux qui voudraient pas la croire la gazette, qu'est-ce qu'on lem* ferait ? ; Ici grand embarras des deux amis, qui se séparent en disant :

— J'ai peur que ce soit là une manigance de l'Anglais pour nous mettre dedans. Prenons garde. Faudra en parler au premier quêteux qui passera.

Pour se renseigner sur la gazette imprimée, on s'adressait à la gazette de chair et d'os.

D'où venait le matériel qui servit à imprimer le Canadien ? La tradition, représentée aujourd'hui par M. Etienne Parent, veut qu'il ait été ou acheté ou emprunté à l'atelier de la Gazette de Québec.

Le Mercury disait autre chose. Selon lui, les caractères avaient été envoyés de France, et

Vieilles Gazettes. 329

l'on inférait de cela que le Canadien ne pouvait être qu'un organe de l'idée française — accusation majeure en ces temps agités. On disait même ouvertement que le général baron Turreau ministre plénipotentiaire de France près les Etats-Unis (1804-1810), avait servi d'agent principal à cette transaction.

Je trouve que le Canadien ne se défend pas assez de l'imputation. Les attaques de son adversaire tendaient à le rendre suspect, et pour toute réj^onse il se contente de dire que si le général Turreau a fourni les. caractères qui servent à l'imprimer, lui le journal,^' il faut av^ouer qu'il a été un peu mesquin et que ses présents ne sentent pas la magnificence qu'on pourrait tout naturellement supposer au représentant d'un grand souverain." (1) De fait, le Canadien de ce temps a un air nécessiteux qui intéresse à première vue.

Mais il avait pour sauvegarde contre ces malices du Mercuery une ligne de conduite si peu

1 Voir le Canadien, 3 et 24 janvier 1807.

330 Vieilles Gaêettes.

sympathique au gouverment français, que l'on devine pourquoi il négligeait le plus souvent de répondre à des attaques de cette espèce. En tout ce qui touchait à la France et surtout à Napoléon, il était aussi British que possible. Aujourd'hui, cette manière de juger le peuple français nous paraîtrait du fanatisme anglais monté jusqu'à la folie.

C'était la mode, en Angleterre et dans les colonies anglaises, de crier haro ! sur " l'ogre de Corse."

Napoléon, au faîte de sa puissance, faisait trembler l'Eui'ope et l'univers entier — hormis M. de Chateaubriand (c'est lui qui s'en vante) et les journalistes de Québec.

La légende populaire l'atfublait de mille formes, toutes plus étranges les unes que les autres.

C'était un monstre dont les yeux verts et le rire satanique glaçaient le sang dans les veines de ses ennemis. Les femmes en mouraient à six pas, et les soldats à une distance proportionnée. Quant aux enfants, il se contentait de

Vieilles Gazettes. 331

les écorcher pro^irement i^our les manger à la croque-au-sel.

Il est curieux de lire dans le Canadien et le Mercury le sommaire des nouvelles d'Europe, en ce qui a trait à Napoléon, que ces deux journaux ne nomment jamais que '' Bonaparte." Ses victoires étaient invariablement annoncées dans un nuage de réticenses ; à les lire, on ne supposerait jjas qu'il s'agit des plus grands faits d'armes connus de l'histoire. Un doute carrément exprimé couronne l'article : il n'est pas possible que les armées de Bonaparte aient remporté des avantages aussi considérables qu'on le dit. Ensuite, la nouvelle se confirmant, le fait devenant pour ainsi dire palpable, on écrit que c'est en effet un item au crédit des Français, mais que les généraux anglais et prussiens, qui leur mènent la guerre, ont dressé des plans de campagne irrésistibles, et qu'avant longtemps les troupes françaises seront balaj^ées du sol de l'Europe !

En attendant cette défaite qui n'arrivait pas le Canadien trouve cependant moyen de glisser

332 Vieilles Gazettes.

dans ses articles une bonne note à Napoléon ; il s'appuie de son opinion touchant la vaccine pour recommander à nos nationaux l'adoption d'une mesure publique dans ce sens.

Une fois ou deux, il se passe la fantaisie d'une éjiigramme décochée aux alliés de l'Angleterre. Cette hardiesse fait pousser des cris de paon au Mercury :

l'amitié déplacée !

Pour servir Frédéric comme étant grands amis, Napoléon vient de quitter Paris ; Au lieu d'aller battre le Eusse, Qui s'avance à mauvais dessein, On dit qu'il va jusqu'à Berlin, Faire la barbe au roi de Prusse !

C'était en janvier 1807. On ne pouvait mieux j^rédire léna.

Les épigrammes étaient fort à la mode, de même que les chansons satiriques. L'esprit gaulois des Canadiens se portait plus volontier vers ce plan de défense que du côté des grands articles de prose. Le Mercury s'en montrait

Vieilles Gazettes. 333

incommodé et citait force auteurs en manière de riposte.

Savez-vous d'où vient qu'au Mercure Si souvent on ne trouve rien ?

C'est le carrosse de Yoiture :

Il faut qu'il pai-te, vide ou plein !

Le Mercure (pour Mercury) frappait du pied, pestait et nous damnait de par la constitution ; mais à chaque ruade nous lui administrions des petits vers qui lui donnaient la fièvre.

Le numéro du Mercury du 1er janvier 1807 est orné d'une centaine de vers, genre sérieux et pompeux. Les Canadiens-Français n'y sont pas épargnés: leurs chefs sont peints dans l'attirail de Don Quichott battant la campagne. On ne leur accorde pas même, à titre de compensation ou de circonstance atténuante, la compagnie du joyeux Sancho. Les fondateurs du Canadien figurent

" With goose-quill arm'd, instead of spear." Si Juvénal revenait au monde, s'écrie l'auteur, il aurait beau jeu à les fustiger d'importance, etc.

C'est au Canadien, je crois, que Joseph Quesnel adressait les couplets suivants, en 1807 :

Conseil à un journal.

Aimable fils de la gaîté, Et de Thalie enfant gâté,

J'ai deux mots à te dire.

Chez toi seul, — j'en disais merci, — J'avais rencontré jusqu'ici

Le petit mot pour rire.

Lorsque dans d'aimables chansons, Tu donnes d'utiles leçons

Je t'aime et je t'admire !

On peut se permettre à propos Sur les méchants et sur les sots

Le petit mot pour rire.

Toi dont l'esprit national Fait le mérite principal

Est-ce à toi d'en médire ? (1) Le despotisme qui te haït,

1 Médire du petit mot pour rire.

Vieilles Gazettes. 335

Bientôt, mon cher, t'interdirait Le petit mot pour rire.

De deux partis trop en fureur.

Ah ! plutôt tempère l'aigreur

En blâmant leur délire :

Au nom de l'ordre et dans son sein Ramène le bon Canadien

Au petit mot pour rire !

C'est que la lutte était résolument engagée entre les Canadiens et les Anglais ! Le Mercury ne nous pardonnait pas les rigueurs dont il avait été l'objet. Pour comble d'embarras, un parti nouveau, celui des Chouayens, collaborait en français au Mercury et cherchait à fausser l'esprit du peuple par des sophismes politiques plus ou moins adroitement débités.

" La presse en Canada est libre j'en suis sûr " Depuis que V Canadien y foit bonne figure,

" N'en déplaise, falala, *' N'en déplaise au Mercure ! " Le Canadien du 7 février 1807 dit de certaines gens qu'ils sont =' de ceux qui se sont réjouis

336 Vieilles Gazettes.

d'entendre annoncer la liberté de la Presse, pensant que son but était de donner à tous les écrivains le plaisir de voir imprimer tout ce qu'il leur prendrait fantaisie d'écrire, sans se mettre en peine si les lecteurs auraient autant de plaisir à les lire."

A cette date, les Chouayens sentant que leur amitié trop manifeste pour le Mercury les compromettait dans l'esprit de leurs compatriotes, venaient de forder un journal, le Courrier de Québec^ dont le juge De Bonne était l'inspirateur en politique.

Disons un mot de ce qu'était les Chouayens, ce troisième parti si dangei'eux pour nous, parce qu'il se recrutait dans l'élément français et tendait à nous affaiblir en nous divisant.

L'origine de ce nom se rattache au combat du fort Chouagan ou Chouayen (Oswégo), livré le 14 août 1750. La cause du drapeau français paraissait tellement aventurée en Amérique, que plusieurs Canadiens penchèrent en

Vieilles Gazettes. 337

cette occasion du côté de l'armée anglaise, espérant se mieux tirer d'affaire en mollissant les premiers. La victoire inespérée qui couronna les efforts des Canadiens et deMontcalm détruisit leurs calculs, et jeta le désarroi dans le camp des Anglais.

ISTos pères se payaient de leur vaillance par des chansons :

Anglais, le chagrin t'étouffe,

I)is-moi, mon ami, qu'as-tu ?

Tes souliers sont en pantouffle

Ton chapeau z'est rabattu !...

Tel était le " Malboroug s'en va-t-en guerre " du Canada.

L'épithète de Chouayens s'appliqua depuis aux faux patriotes et aux transfuges de la cause nationale. Des camps, elle passa dans la politique. " C'est ainsi, dit le Canadien du 17 janvier 1809, que l'on désigne ordinairement les gens du partit du gouvernement dans les élections. La basse-ville de Québec qui comprend le faubourg Saint-Roch, fait une guerre continuelle aux Chouayens, et voici comment cela

Vieilles Gazettes.

est venu : On donnait à un quartier du faubourg Saint-Jean, où il y avait beaucoup de filles publiques, le nom de Fort Chouayen. C'est le nom d'un ancien fort du pays. Pendant la dernière élection de la haute-ville, ce nom s'étendit à tout le faubourg, et on appelait Chouayens, ou " gens du fort Chouayen,'' tous les électeurs de ce faubourg qui dans cette élection étaient pour M. Denechaud (1). La signification de ce nom s'est ensuite étendue à tous les gens du parti du gouvernement qui étaient pour M. Denechaud...de sorte que actuellement ce sont eux qui sont particulièrement désignés par ce nom. On ne l'applique plus au faubourg Saint-Jean qu'autant qu'on les croit de ce parti, et si ce qu'on dit est vrai, il n'y a plus dans ce faubourg d'autre Chouayen que M. Denechaud et les filles du Fort qui sont toujours du parti. M. De Bonne, qui n'a jamais demeuré dans le faubourg Saint-Jean, est un Chouayen dans la signification actuelle, c'est le Grand Chouayen

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