XX VIII INTRODUCTION
nationale, notre pauvre ami en était arrivé à l’heure où les dernières lueurs d’espérance s’éteignent. « Je ne puis plus vous rien promettre, écrivait-il au R. P. Lagrange (26 décembre 1892). Je suis désolé, découragé, et j'hésite à revenir sur le chapitre des misères, mais je vous dois ces explications; elles me vaudront au moins votre compassion, et aussi, je l'espère, quelques bonnes prières. Déjà, en vous écrivant l’an dernier, je vous avais fait entendre que mon état de santé ne s’améliorait pas; je descends peu à peu Péchelle que j'avais si péniblement remontée, en partie au moins, quand nous nous sommes connus. Cette année, me voilà même obligé d'interrompre les cours. Je ne vois plus que quelques élèves chez moi pour l’hébreu. Je verrai si au printemps je puis faire davantage... L'an dernier, pour mes cours je vivais sur les notes anciennes; il m’eüt été impossible d’en recueillir de nouvelles et de faire un effort. J'ai écrit à M. Vigouroux pour me décharger de quelques articles du Dictionnaire, dont j'avais accepté la rédaction. Vous ne sauriez croire combien cet état m'est pénible : sentir la vie et le mouvement autour de soi, et ne pouvoir
INTRODUCTION. XXIX s’y arrêter et y avoir sa part, c’est l’état des refaïm dans le Seol avec leur demi-existence... Si jen reviens, je promets de dire à vos lecteurs ce qui s’y passe, et de leur expliquer la fameuse phrase : Non mortui laudabunt te, Domine. »
Il souriait au milieu de sa désolation intérieure, mais 1l parlait de son retour à la santé sans plus une illusion. Il régla ses dernières volontés avec l’ordre et la délicatesse qu’il mettait à tout; 1l voulut que ses livres fussent partagés entre le couventdes Dominicains de Toulouse, qu’il avait beaucoup aimé, et l’Institut catholique, qu'il voulait servir encore; dans une humble église de village qui lui était chère depuis sa prime enfance, il fonda des messes pour le repos de son âme et des àmes de sa famille, et, afin que les pauvres eussent leur part, une messe « pour les âmes les plus délaissées de la paroisse ». Il mourut le 5 septembre 1893, dans son domaine de la Placette près Lavaur, à l’âge de 39 ans.
Nous avons recueilli quelques essais auxquels Jacques Thomas avait pu mettre la dernière main et qu'il avait publiés en divers recueils. Plusieurs de ces essais sont des œuvres d’un intérêt dura-