‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 88 sur 109 · SUR LES PROPHÈTES · texte numérisé non relu

SUR LES PROPHÈTES

C’est dans la période qui va du schisme des tribus après Salomon jusqu’à la captivité, que vécurent la plupart et les principaux des Prophètes. Nous puisons l’histoire de cette époque, dans la littérature biblique, à deux sources importantes :

1. Bulletin théol. de l'Instlilut cath. de Toulouse. 1° déc. 1888.

2. Le Jet II. Reg. ne forment qu'un seul ouvrage; la division en deux livres, adoptée d’abord dans la version des Septante, n’a été introduite dans le texte hébreu qu’au XVIS siècle avec la division en chapitres. — 11 en est de même pour les Paralipomènes. — De plus, le Livre de Samuel portant dans les Septante et de là dans la version latine le titre I et II Reg., les livres désignés dans l’hébreu comme I et II Reg. ont dans ces versions le rang 111 et IV Reg. — Nous nous conformons ici à l’ordre de l’hébreu. — Quant au second ouvrage, le nom de Paralipomènes (napakermoueva) nous vient de la version grecque. Par sa signification, « choses omises », il ferait entendre que ce livre renferme ce qu’a omis le Livre des Rois dont il formerait un supplément ; mais en fait il reprend en grande partie les événements racontés par le Livre des Rois. Le titre de l’ouvrage dans l’hébreu « dibrè hayyämim, les dires des jours », c'est-à-dire annales, chroniques, convient mieux au con-

le Livre des Rois et celui des Paralipomènes. Le premier appartient, par sa rédaction, à l’âge même des prophètes, au temps de ceux qui furent comtemporains des derniers jours du royaume de Juda et des premières années de l'exil; on y retrouve la trace de leur plume et de leur esprit. Après le règne de Salomon, il nous fournit l’histoire synchronique et parallèle des deux royaumes, tant que dure celui du Nord; puis il poursuit l'histoire de Juda jusqu’à sa ruine et au delà jusqu’à la trente-sep-

tième année de la déportation du roi Joachim (IL. |

Reg. xxv, 27).

Le second ouvrage, postérieur au premier de près de deux siècles, s’est placé à un autre point de vue : il ne considère que le royaume de Juda, le seul vrai représentant de la théocratie, où, malgré les ombres et les défaillances, avec la lignée des rois légitimes s’est perpétué le culte mosaïque. Le royaume dissident, depuis longtemps disparu, reste au second plan et, comme les nations étrangères, n'apparait que lorsqu'il s’est trouvé mêlé aux affaires de Juda par la guerre ou par des alliances. Écrivant à une époque qui touche de près à la restauration du temple et du ministère lévitique, aux

réformes d’Esdras et de Néhémie, l’auteur des Pa-.

tenu, comme l’observe saint Jérôme (in Prol. Galeato\:« Verba dierum, quod significantius C'hronicon totius divinae historiae possumus appellare. »

ralipomènes a donné une large place à tous les souvenirs anciens sur l’organisation du culte. Il re- monte jusqu'aux origines par les tables généalogiques du début (I Par. 1-1x) et présente ainsi la suite du royaume de Dieu en Juda, faisantavant tout la chronique de la maison de David, de Jérusalem et du Temple : ce qui intéresse davantage le peuple de son temps, où les tribus de Juda et de Lévi sont prépondérantes. C’est dans la deuxième partie des Paralipomènes que nous rencontrons l’histoire des temps postérieurs au schisme jusqu'à l’édit de Cyrus, qui mit fin à la captivité. L'auteur est naturellement amené à rapporter les mêmes événements que le Livre des Rois, et il le fait, à quelques variantes près, dans les mêmes termes, soit qu'il emprunte directement son récit à notre Livre des Rois en le complétant au moyen d’autres documents qu'il a soigneusement indiqués, soit — ce qui nous parait plus probable — qu'il puise, au moins de seconde main, à la même source première.

Tels sont les deux ouvrages qui nous permettent de reconstituer dans ses grandes lignes l’hisoire d'Israël à cette époque; ils nous fournissent une trame serrée, un cadre chronologique suivi pendant près de cinq siècles et, pour certains faits même, un récit abondant et détaillé. Mais, si précieuses que soient ces données, il faut avouer que

trop souvent, et en particulier depuis le temps des Prophètes qui ont laissé des écrits, nous n’avons qu'un sommaire où les événements principaux sont indiqués plutôt que racontés. Leur enchaîinement nous échappe, et cà et là il y a des lacunes qu'il est imposible de combler. Les auteurs n’ont voulu laisser qu'un aperçu général faisant ressortir la providence spéciale de Dieu sur Israël, et pour le reste 1ls renvoient à des documents copieux qui ne sont plus. Enfin, il est parfois difficile de combiner,

surtout dans l’état actuel du texte, ces extraits

découpés dans le Zavre des Rois en deux séries pa=.

rallèles, celle des rois de Juda et celle des rois d'Israël, de trouver le point de raccord entre des indications rapides et toujours trop courtes par quelque endroit.

Dans ces conditions, pour avoir un supplément.

d'informations et éclaircir des difficultés, il est

naturel de recourir à l’histoire générale du monde.

oriental pendant la même période, et c’est ce que n'ont pas manqué de faire les chronographes et les interprètes les plus autorisés. Maïs cette histoire elle-même ne leur arrivait que très incomplète et pleine d’obscurités, à travers des récits comme ceux d'Hérodote, des fragments tels que ceux de Bérose ou de Manéthon ; le canon chronologique de Ptolémée était le fil conducteur pour retrouver les points de contact et coordonner les renseignez

ments épars à travers les auteurs. On avait ainsi comblé certaines lacunes, éclairci quelques problèmes mais non sans en soulever bien davantage. On ne comprenait pas au fond le rôle qu’avaient joué à ce moment dans l’Asie antérieure les grands empires d'Égypte et d’Assyrie, l'influence qu'ils avaient exercée sur les petits États intermédiaires, parmi lesquels se trouvaient Juda et Israël. Le milieu dans lequel se mouvait l’histoire particulière de ces deux royaumes étant lui-même mal éclairé, 1l n'en revenait sur celle-ci qu’une faible clarté, et chez les interprètes, pour la plupart des rapprochements avec l’histoire générale, ce n'était qu'incertitude, tâtonnements, conjectures incohérentes.

La lumière pouvait venir de deux côtés, suivant que l’on mettrait la main sur les annales de Juda et d'Israël, auxquelles renvoie le Livre des Rois,

ou bien sur les annales des peuples qui interviennent si fort dans leur histoire et dans celle des nations voisines. C’est de ce dernier côté que la lumière est venue, et il ne faut pas le regretter; les annales d’un petit peuple sédentaire et dont l'influence, au point de vue politique, demeura toujours très restreinte, n'auraient jamais jeté sur tout le monde oriental autant de lumière que les fastes de rois conquérants qui ont porté leurs armes des plateaux de la Médie aux cataractes du Nil

et parlé tour à tour des nations qu'ils ont rencontrées devant eux. Aux inscriptions égyptiennes, et plus encore aux inscriptions assyriennes, nous. devons de connaître cette période d'histoire bien mieux que telle autre époque plus rapprochée de nous. L'histoire d'Israël traverse à ce moment un milieu bien exploré, presque sans interruption, à la lumière de documents contemporains : épreuve redoutable pour une histoire dont la légende et la fiction feraient le fond, mais précieux avantage pour une histoire digne de ce nom.

Les monuments nous ont fait connaître, et à la même place que les livres d'Israël, quels étaient ces rois d'Égypte, de Ninive ou de Babylone, sur lesquels les interprètes anciens ne pouvaient que hasarder des conjectures ou ne possédaient que des données très imparfaites : le Sésac de l’invasion égyptienne sous Roboam, le Sua dont le dernier roi d'Israël espère le secours, le Tharaca du temps d’'Ézéchias, le Néchao! que va combattre l'infortuné Josias, d’une part; et, d’autre part, les rois d’Assyrie, T'eglathphalasar, Salmanasar, Sargon, Sennachérib, Assaraddon, et ceux de Babylone, Bérodak-Baladan, Nabuchodonosor, Evilmé-

1. Cf. I Reg. x1v, 25; cf. x1, 40 ; II Reg. xvn, 4; xix, 9; XXI, 29. — Je laisse à tous ces noms propres la forme plus ou moins altérée qu'ils ont prise dans nos versions, pour ne pas dérouter les. lecteurs habitués à les rencontrer ainsi écrits dans la Vulgate.

rodak\. De plus, les inscriptions de princes dont ne parle pas la Bible, par exemple celles d’un Teglathphalasar et d'un Salmanasar antérieurs aux personnages de même nom quelle mentionne, plus tard celles d’Assurbanipal nous révèlent, avec les précédentes, la situation respective des peuples de l’Asie antérieure, et c’est la donnée capitale qui est la clef de l'histoire générale de ce temps. De l'Égypte et de l’Assyrie dépend l’équilibre du monde oriental; entre ces deux puissances, il oscilie, suivant qu’elles montent ou qu'elles déclinent, suivant que l’une l'emporte sur l’autre. Si leur domination éprouve quelque défaillance, des royaumes indépendants se forment entre l'Euphrate et le torrent d'Égypte, comme celui des Héthéens, puis celui de David et de Salomon, ou bien les petits États s’agitent à l'aise, s’armant l’un contre l’autre. Damas contre Israël ou Juda contre ses voisins. Quand l’Assyrie devient menacante et déborde, ils se coalisent et tournent leurs regards vers l'Égypte; mais le conquérant rompt les ligues, renverse les obstacles, et puis, dans le récit de ses campagnes, passe en revue tour à tour rebelles confédérés ou tributaires, parmi lesquels figurent Achab, Jehu, Manahem, Phace, Osée d'Israël, Azarias, Achaz, Ézéchias,

Page 1