CHEZ LES ARABES L
M. Sédillot, marchant sur les traces de son père, poursuit avec une ardeur infatigable, et un zèle d’autant plus méritoire qu’il n’est pas suffisamment apprécié, le projet de passer en revue les travaux que les Orientaux, et, en particulier les Arabes et les Persans, ont exécuté, sur les sciences mathématiques , principalement sur l’astronomie, durant cette longue période de temps qui s’est écoulée depuis Ptolémée jusqu’à la renaissance des sciences dans l’Occident. Il veut ainsi prouver, avec évidence , que les astronomes orientaux ont contribué, d’une manière notable, aux progrès de cette belle science qui a pour objet les phénomènes célestes, et qu’ils ne se sont pas contentés, comme beaucoup de gens le supposent, de reproduire, à peu de chose près, les connais-
• Extrait du Journal des Savants, septembre 1847.
sances que leur avaient léguées les Grecs. Au milieu des travaux considérables dont les langues de l’Orient, depuis près de trois siècles, avaient été l’objet, les savants, voués presque exclusivement à des recherches philologiques, historiques ou géographiques, n’avaient donné qu’une faible attention à ce qui concerne les sciences mathématiques, sur lesquelles beaucoup d’entre eux n’avaient que des connaissances peu étendues. Aussi, à l’exception de quelques ouvrages publiés par Greaves, Golius, Ed. Bernard, Hyde, Sim. Assemani, Caussin de Perceval, les savants qui avaient voulu écrire l’histoire de l’astronomie, n’ayant à leur disposition qu’un petit nombre de traductions latines, écrites dans le moyen âge avec peu d’exactitude , n’avaient pu donner , sur cette matière, que des observations souvent incorrectes, et, en général, incomplètes. M. J.-J. Sédillot avait donc rendu à la science un service signalé, en exploitant cette mine trop négligée, en traduisant et faisant connaître à l’Europe les astronomes arabes et persans. La mort ne lui permit pas de publier ses travaux , dont il se borna à communiquer les résultats au savant Delambre, qui les consigna dans son Histoire de V astronomie au moyen âge. M. Sédillot fils, non content de compléter les travaux de son père, en a prodigieusement étendu le champ, et s’est livré à des recherches aussi nombreuses qu’intéressantes sur l’histoire des sciences mathématiques chez les Orientaux. Plusieurs ouvrages ont été publiés par lui sur cette matière. Un des plus remarquables est, à coup sûr, son Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes. Je
lî’ai pas besoin d’indiquer les autres ouvrages et opuscules que sa plume féconde a produits^ et dont aucun n’est inconnu aux amateurs éclairés de la littérature orientale.
M. Sédillot, dans un opuscule imprimé en 1839, avait promis de publier en entier le traité sur l’astronomie, composé par Oloug-Beg, fds de Schah-Rokh, et petit-fils de Tamerlan. Ce prince, livré avec passion à l’étude des sciences astronomiques , entouré de savants qu’attirait auprès de lui sa noble munificence, avait élevé, dans sa capitale, un observatoire magnifique , pourvu d’instruments de tout genre, et avait exécuté de nombreuses observations des corps célestes. Comme il avait été à même d’étudier les mémoires laissés par tous les astronomes célèbres que l’Orient avait vus naître, son livre devait naturellement offrir un ensemble, un résumé de toutes les connaissances que l’on possédait à l’époque où vivait le noble auteur ; et la publication complète de ce monument scientifique ne pouvait manquer d’être attendue avec une sorte d’impatience.
Une notice étendue sur la vie et les ouvrages d’Oloug- Beg devait être placée en tête de cet ouvrage, ainsi qu’une introduction, qui avait pour but de présenter les résultats de recherches entreprises jusqu’à ce jour sur l’histoire de l’astronomie et des mathématiques chez les Orientaux.
La première partie de ce travail était prête à paraître, lorsque l’auteur se vit engagé dans une controverse fort vive, relativement à la détermination de la troisième inégalité de la lune, ou de la variation, attribuée comrnu-
némentà Tycho-Brahé, mais dont ia découverte, suivant lui, appartenait à Tastronome Abou’lwéfâ de Bagdad» Dans cette lutte, où M. Sédillot eut à combattre un astronome justement célèbre, il dut réunir toutes ses forces, rassembler toutes les ressources de l’érudition et de la critique pour repousser les arguments de son savant adversaire, etmaintenir la réalité de sa propre assertion. On peut dire que, dans cette discussion, M. Sédillot a déployé un véritable talent, une logique aussi puissante qu’habile; et ce mérite ne saurait être contesté même de ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je n’entrerai pour le moment dans aucun détail sur cette question. Peut-être, avant peu, aurai-je occasion d’exposer, à cet égard, mes idées personnelles, car cette controverse est à la fois du domaine de la philologie et de celui de l’astronomie ' .
Au milieu des nombreuses publications par lesquelles M. Sédillot soutint la réalité de sa découverte, il put encore, grâce à une activité bien méritoire, présenter aux savants le texte des Prolégomènes du sultan de Samarkand. C’est l’ouvrage qui fait l’objet de cette notice. L’éditeur, fidèle à l’engagement qu’il avait pris, a placé en tête une introduetion fort étendue et pleine d’intérêt, dans laquelle il passe en revue la vie et les travaux des hommes habiles qui, durant le moyen âge, avaient, chez les Arabes, cultivé l’astronomie et les mathématiques; il indique les progrès que chacun d’eux avait fait faire â ces sciences. Cette revue commence au règne d’Alma-
' Ârago, dans son Astronomie, Humboldt dans son Cosmos ont donné droit de cité à la découverte d’Aboul-wéfâ,
moun , de ce grand prince dont le nom est cher aux lettres, et qui avait établi deux observatoires, l’un à Bagdad et l’autre à Damas. Elle continue, sans de grandes lacunes, jusqu’à l’époque où fleurit Oloug-Beg. M. Sédillot démontre, contre l’opinion de Hyde, que les astronomes Abd-errahman-Soufi et Nasir-eddin-Thousi ne sont pas les seuls astronomes dont les noms, antérieurement à Oloug-Beg, témoignent en faveur de l’activité intellectuelle des Orientaux. 11 fait voir que des travaux nombreux, égaux ou supérieurs à ceux des deux astronomes préconisés par le docte Anglais, avaient paru, sans interruption, dans le domaine de la science orientale.
Le lecteur instruit voit avec plaisir se dérouler sous ses yeux cette série intéressante d’hommes et de travaux estimables ; et M. Sédillot a rendu un vrai service à la science en lui offrant ce tableau, dont personne ne contestera l’importance. Sans doute, les détails qu’il contient n’ont pas tous le mérite de la nouveauté; car, des éléments dont il se compose, une partie avait été consignée dans l’ouvrage de Casiri. Les orientalistes et les astronomes en avaient depuis reproduit des extraits nombreux ; mais on aime à les voir réunis dans un tableau bien fait, tracé par un homme qui joint la connaissance des langues à celle de l’astronomie. Si, sur plus d’un point, des faits sont seulement esquissés à grands traits, et sans les développements qu’ils pourraient comporter, c’est que l’auteur en a parlé ou en parlera plus au long dans ses diverses publications.
.le ne m’arrêterai point à faire connaître en détail cette
intéressante série d’hommes honorables, qui ont voué leur vie à de longs, à de consciencieux travaux sur toutes les branches de l’astronomie. Parmi ces noms, qui doivent être chers à la science , on remarque des savants dont la noble activité ne s’était pas concentrée sur une seule science , mais qui avaient su embrasser des genres divers de connaissances, et, à cette occasion, je consignerai une observation que le sujet amène naturellement. Parmi les astronomes arabes se trouve un homme véritablement extraordinaire, qui, par la variété et l’étendue de ses connaissances, la force de son esprit, sa logique puissante, fut réellement la lumière de son siècle, et dont les ouvrages ont été, pour les écrivains suivants, une mine précieuse, où ils ont puisé une grande partie de leur instruction. Je veux parler d’Abou-Rihan-Mohammed-al-Birouni, Eh bien, le biographe arabe n’a consacré à la vie de cet homme illustre qu’un petit nombre de lignes assez insignifiantes. Les autres historiens arabes ont montré la même insouciance pour transmettre à la postérité la vie , les actions et l’histoire des travaux de leur noble compatriote. Au reste, cette ingratitude n’est pas la seule que l’on doive reprocher aux Orientaux. Il a existé deux hommes qui , chacun dans son genre, ont fait à la nation arabe un honneur infini -, je veux dire les deux savants historiens Masoudi et Nowaïri ; toutefois , ils n’ont pas attiré davantage l’attention de leurs contemporains, de leurs successeurs , de ceux qui leur avaient les plus essentielles obligations. Et, tandis que des hommes médiocres, des collecteurs de traditions, des auteurs de
compilations froides et insignifiantes, ont obtenu des notices biographiques étendues, dans lesquelles leurs travaux ont été minutieusement relatés, quelques mots à peine ont appris à la postérité que ces êtres vénérables, les auteurs de si gigantesques travaux avaient paru un moment sur la scène du monde.
Les bornes d’une notice ne me permettent pas de faire connaître en détail tous les faits intéressants que renferme cette introduction ; mais, en les lisant, une réflexion pénible se présente à l’esprit : de tant d’ouvrages indiqués ici, la plus grande partie, celle qui offrirait, sans doute, les découvertes les plus importantes, n’a jamais passé en Europe, et ne nous est connue que par des extraits ou de simples indications.
On voit évidemment, par cette riche nomenclature, que les Arabes, durant le moyen âge, ne s’étaient nullement bornés à traduire dans leur langue et à commenter les productions mathématiques et astronomiques des Grecs et des Indiens ; que, grâce à la protection et aux encouragements éclairés de plusieurs khalifes et autres personnages puissants, des savanls en grand nombre s’étaient appliqués, avec un zèle infiitigable, à éclairer, par des observations répétées, par des traités instructifs, les différentes parties de la science, à en reculer le domaine ; que des princes eux-mêmes, tels que Djafar,fils du khalife Mouktafi, les sultans Bouïdes Adad-eddaulah et Scharfeddaulah, n’avaient pas dédaigné d’entrer dans cette carrière, et de témoigner, par des travaux actifs, par des ouvrages estimables, leur amour pour l’astronomie.
Il faut pourtant reconnaître que, partout, dans cette énumération d’écrivains et d’ouvrages, on voit percer cette propension qu’ont toujours montré les Orientaux pour s’attacher à découvrir dans le ciel les présages des événements qui doivent se réaliser sur la terre-, que, chez eux, l’astronomie a trop souvent pour objet, moins la connaissance des phénomènes célestes que les rêveries de l’astrologie judiciaire. Ainsi, on peut remarquer, dans les extraits donnés par M. Sédillot, que plusieurs savants astronomes sont vantés comme possédant le don de lire dans l’avenir. Pour me borner à un seul exemple, en parlant du célèbre astronome Al-Fergani (Alfragan), l’auteur dit : (c II possédait à un haut point le don des pronostics surnaturels. » Au reste, ces recherches entreprises souvent dans un but astrologique, ont dû conduire les hommes à des découvertes astronomiques. C’est ainsi que les rêveries de l’alchimie, le vain désir de produire de l’or, ont créé la chimie, et ouvert souvent la voie à quelques-unes des grandes découvertes dont s’enorgueillit cette science.
Il est aussi une observation que l’on peut hasarder, quoique, sans doute, avec quelque défiance.
M. Sédillot défend, avec une sorte d’enthousiasme, et avec un vrai talent, la gloire scientifique des Arabes. Je suis loin de contester la part qui revient à ce peuple dans les découvertes de la science, et de nier le résultat de ses patientes investigations. Toutefois (et ceci ne peut nuire à personne), ne portons pas trop loin cette prétention favorable que les travaux des Arabes nous inspirent; il
existe, pour la science, des limites matérielles, que la sagacité, le génie même, ne sauraient dépasser. 11 n’en est pas de l’astronomie comme de beaucoup d’autres sciences, dans lesquelles un travail opiniâtre et une rare capacité permettent de faire chaque jour des progrès marquants, et laissent l’espérance d’arriver tôt ou tard aux plus importants résultats. Lorsque Fhomme doit sonder la profondeur des cieux, étudier les mouvements de ces corps immenses, placés à des distances prodigieuses, la faiblesse de ses organes visuels se fait sentir à chaque pas, et il est obligé de se dire à lui-même : « Tu iras jusquelà, mais tu n’avanceras pas plus loin. » A coup sûr si, dans nos temps modernes , la découverte du télescope n’était venue révéler aux yeux de l’homme des mondes nouveaux, agrandir indéfiniment dans l’espace le champ des découvertes, Galilée et ses dignes successeurs n’auraient pu, malgré leur génie, réaliser ces admirables travaux, qui ont immortalisé leurs auteurs et reculé si loin les limites de la science. On dira , il est vrai , que, dans l’Orient, un ciel pur et diaphane se prête beaucoup mieux aux observations astronomiques que notre atmosphère sombre et brumeuse. La chose est parfaitement vraie ; mais, toutefois, cette transparence du ciel, quoiqu’elle aide prodigieusement la vue humaine, ne lui offre pas un secours complètement suffisant pour plonger ses regards dans l’immensité du monde planétaire, et ne peut que d’une manière bien imparfaite, remplacer ces puissantes lunettes auxquelles notre astronomie moderne doit journellement ses importants progrès.
En second lien, si quelques contrées de l’Orient sont, sous ce rapport, favorisées par la nature, et si leur ciel se prête mieux aux observations des astronomes, il n’en est pas de même partout. Dans bien des provinces, l’atmosphère, comme chez nous, se voile quelquefois de nuages épais, de brouillards sombres, que le regard de l’homme ne saurait franchir. Rappelons-nous que, dans l’année 1769, l’astronome Legentil, membre de l’Académie des sciences, se rendit à Manille, et de là à Pondichéry, pour observer le passage de Vénus sous le Soleil ; mais, au moment où le passage allait se réaliser, le ciel se couvrit d’un nuage; et ce savant revint en Europe sans avoir pu, en aucune manière, observer le phénomène qu’il était venu chercher à une si grande distance, et au travers des tempêtes.
L’auteur, après avoir, dans une revue rapide, mais pleine de faits curieux, offert le tableau de ce que les hommes instruits de l’Arabie, de la Perse et des contrées voisines ont fait, durant le moyen âge, pour perfectionner les études astronomiques, et compléter les notions qu’avaient transmises au monde savant Ptolémée et les autres astronomes grecs et indiens, arrive au sultan Oloug-Beg, dont l’ouvrage a été le principal objet de son travail.
Avant d’esquisser la vie et les ouvrages de ce prince, M. Sédillot a recueilli des renseignements très-intéressants sur la ville de Samarkand, qui fut la capitale des États de ce prince. Dans ce morceau important, on distingue surtout la description de cette grande ville, insérée dans les Mémoires historiques du sultan Baber, qui, lui-
même, avait, durant quelque temps, résidé, par droit de conquête, dans cette capitale de l’empire de Tamerlan. Cette description avait déjà paru, en anglais, dans la traduction qu’ont publiée des Mémoires de Baber deux savants honorables, MM. Leyden et Erskine. M. Sédillot donne, avec la version, le texte original. Mais qu’il me soit permis d’exprimer deux regrets. J’aurais désiré que cette notice se trouvât ici tout entière ; en second lieu, l’éditeur, en recevant cet extrait, que lui avait communiqué feu M. Jaubert, et qui avait été tiré d un manuscrit provenant de M. Ducaurroy, l’a publié tel qu’il lui avait été remis. Il ne s’est pas souvenu qu’il existait, du même ouvrage, un exemplaire beaucoup meilleur. Ce volume, ainsi que trois autres manuscrits persans, avait appartenu ^ à David Leroy, membre de l’Académie des belles-lettres et ensuite de l’Institut. Après la mort de ce savant, ses héritiers firent présent de ces ouvrages à l’impératrice Joséphine, qui les donna à la Bibliothèque impériale (royale). Ily a plus de quarante ans que j’avais copié sur le manuscrit toutes les notices géographiques qu il renferme. Comme on y trouve des variantes assez nombreuses et assez importantes, je reproduirai, plus tard, cette description améliorée et complété. Si ma version présente plusieurs rectifications au travail de ce savant éditeur, il faudra moins en attribuer l’honneur à mon habileté personnelle qu’à la supériorité du texte qui se trouve sous mes yeux.
M. Sédillot donne une courte notice sur la vie d’Oloug- Beg. Ce prince, fils de Schak-Rokh, et petit-fils de Ti-
ïïiour (Tamerlan), était doué des qualités les plus estimables , il avait reçu de son père le gouvernement de la Transoxiane. Passionné pour Pétude des sciences, et s’appliquant surtout avec une ardeur infatigable aux études astronomiques, il fit élever dans la ville de Samarkand un observatoire, muni de tous les instruments alors en usage, observa lui-même les astres, et encouragea, par des éloges et des récompenses, ceux qui se livraient à cette noble science. Malheureusement la mort, et une mort déplorable, vint trop tôt enlever ce bon prince aux travaux qui faisaient le charme de sa vie; car on sait qu’il périt dans un combat que lui livra son propre fils.
Oloug-Beg, non content de se vouer à l’astronomie, s’était aussi occupé de l’histoire. 11 avait composé, sur les faits relatifs a sa nation, un livre, qui offrirait, sans doute, un véritable intérêt pour les amateurs de l’histoire orientale, mais qui, malheureusement, n’est point passé en Europe. Cet ouvrage portait pour titre : Histoire des quatre peuples. Par cette expression, les écrivains persans de cette epoque entendent les quatre grands empires, entre lesquels s’était divisé celui des Mongols, au moment de la mort de Tchinghiz-khan.
M. Sédillot fait observer que les Prolégo7nènes des Tables astronomiques d'Oloucj-Beg se composent de cinq parties distinctes. « La première est, dit-il, une sorte de )) préface où l’auteur emploie les formes les plus empha- )) tiques et en meme temps les plus obscures, pour exposer » les motifs qui Font porté à rédiger cet ouvrage, et faire » connaître les noms des savants qui Font aidé dans son
» travail... La seconde partie est consacrée à l’énuméra-
)) tion des ères en usage chez les peuples de 1 Orient
y) Les trois dernières parties, restées jusqu’à ce jour iné- » dites, traitent de la connaissance ou détermination des » temps, de la théorie du mouvement des planètes, et » de certains calculs astronomiques qui se rattachent à » l’astrologie judiciaire. »
Le volume qui vient d’être offert au public contient le texte seul des Prolégoynènes. Mais, comme nous l’assure M. Sédillot, la traduction françaises accompagnée de commentaires, est, dès à présent, terminée. « Nous le join- » drons, dit-il, aux Tables, que nous ferons paraître, nous y) l’espérons du moins, dans un avenir peu éloigné. » Tous les hommes instruits feront des vœux sincères pour que cette espérance, donnée par le savant éditeur, se réalise bientôt.
M. Sédillo.t se demande si Oloug-Beg a écrit son ouvrage en arabe, en persan ou en turc oriental. Il fait observer que les deux exemplaires des Tables arabes présentent des différences notables et sont évidemment l’œuvre de deux traducteurs, tandis que les manuscrits persans offrent une identité complète de rédaction. 11 conclut donc qu’ils forment l’ouvrage original du noble auteur; et je ne puis qu’applaudir à cette décision. En effet, il est peu naturel de croire que, dans une province aussi éloignée que la Transoxiane, où personne ne parlait la langue arabe, sous le règne des successeurs de Tamer-
^ Cette traduction a paru en 1853.
lan, à une époque où l’empire des khalifes était renversé depuis deux siècles, où les monarques des contrées orientales de l’Asie n’avaient conservé presque aucune relation avec les peuples d’origine arabe, un prince, pour rédiger un ouvrage d’une utilité pratique, eût été choisir un idiome inconnu à la plus grande partie de ses sujets. Quant au turc oriental, quoiqu’il eût été la langue maternelle de Timour, que ce prince s’en fût servi pour rédiger ses mémoires, toutefois les fds et les petits-fds de ce conquérant paraissent, en général, avoir négligé cet idiome, et s’appliquèrent, de préférence, à la langue persane, que l’on parlait, presque exclusivement, dans les contrées soumises à leur domination. Si, plus tard^ le sultan Baber écrivit en turc le curieux monument qui renferme l’histoire de sa vie et de ses conquêtes, c’est que, dans le petit royaume qui formait les États héréditaires de ce prince, l’idiome turc était beaucoup plus répandu que le persan. Mir-Ali-Schir, à qui nous devons un grand nombre d’ouvrages écrits tant en prose qu’en vers, a, en général, choisi la langue turque, parce que, guidé par un sentiment patriotique, il voulait prouver avec évidence que cet idiome était, sous bien des rapports, préférable à celui des Persans, et pouvait se prêter, sans effort, à exprimer les idées les plus sublimes, les plus abstruses, comme les plus gracieuses.
M. Sédillot indique ensuite les manuscrits dont il s’est servi pour son travail. Deux appartiennent à la bibliothèque du roi; un troisième, qui vient de la bibliothèque de l’observatoire, présente une copie imparfaite des Ta-
blés, faite par Kehr, sur un manuscrit de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Un quatrième, qui se trouve dans la bibliothèque du roi, renferme un Commentaire sur les Tables d'Oloug^Beg, qui a pour auteur Meriem-al-Tchélébi, fils de Kadhi-Zadeh. Enfin les deux derniers manuscrits offrent la version arabe. M. Sédillot a eu soin de recueillir et d’indiquer, en bas des pages, les variantes de ces différents exemplaires.
L’éditeur fait ensuite observer que les détails sur l’astronomie chinoise, consignés dans les Tables cVOloug- Beg, n’ont pas été puisés par ce prince dans les sources originales, ou empruntés aux relations des ambassadeurs qui avaient été envoyés dans ces contrées de la Chine et du Khatai ; mais qu’ils ont été copiés textuellement dans l’ouvrage de Nasir-eddin-Thousi. On conçoit que ce dernier, ayant vécu à la cour de Houlagou, et obtenu auprès de ce prince un fort grand crédit, avait pu facilement recueillir des renseignements précieux sur la Chine et les contrées voisines, en consultant soit des Chinois ou des Mongols instruits, qui avaient accompagné l’expédition du frère de Mangou, soit des Persans, que les chances de la guerre, des relations de commerce ou des négociations, avaient conduits et fait résider aux extrémités de l’Orient.
M. Sédillot, après avoir passé en revue les astronomes et les mathématiciens de l’Orient, résume ainsi les découvertes dont, suivant lui, les sciences sont redevables aux travaux de ces hommes estimables :