La substitution des sinus aux cordes, l’introduction
des tangentes dans les calculs trigonométriques, l’application de l’algèbre à la géométrie, la résolution des équations cubiques.
IL Le mouvement de l’apogée du soleil, l’excentricité de l’orbite de cet astre, la durée de l’année, avaient été déterminés, par les astronomes de Bagdad, avec une exactitude remarquable.
IIL Les corrections faites aux Tables de Ptolémée,
IV. De nombreuses observations astronomiques, qui se succédèrent les unes aux autres, depuis le vf jusqu’au xvf siècle.
V. L’observatoire de Samarkand, fondé cent ans avant celui qu’établit Tycho-Brahé.
VL Des instruments astronomiques, tels que le mural, le gnomon à trou, le pendule même.
VIL La diminution progressive de l’obliquité de Fécliptique.
VIIL La quantité de la précession, estimée, dès le xf siècle, à sa juste valeur.
IX. Les irrégularités de la plus grande latitude de la lune, observées plus de six cents ans avant Tycho-Brahé.
X. Enfin la détermination de la troisième inégalité lunaire, ou variation, découverte par Abou’Iwéfa.
M. Sédillot se demande, en passant (et c’est une question qu’il a soulevée dans un autre ouvrage), si nos savants du xyF siècle n’auraient pas eu connaissance de quelques-uns des principaux écrits de l’école de Bagdad; mais j’oserais, quant à moi, repousser tout à fait ce soupçon. D’abord, les savants dont il est question, et qui
joignaient à la plus haute scienee un earactère plein de franchise et d’honnêteté^ étaient^ je crois, incapables de s’attribuer les découvertes des autres.
D’ailleurs, à cette époque, les études orientales étaient presque complètement négligées, et il ne se trouvait guère d’hommes qui fussent en état de reproduire, soit en latin, soit dans quelque langue moderne, les découvertes scientifiques des Orientaux. Tycho-Brahé et les astronomes de son temps n’avaient probablement à leur disposition que ces mauvaises versions latines, rédigées dans le moyen âge, et qui sont encore aujourd’hui sous nos yeux; voilà probablement les seuls secours qu’ils aient eus pour connaître et apprécier les travaux des astronomes de l’Orient.
Cette introduction se termine par un tableau chronologique des astronomes arabes, observateurs et mathématiciens.
Avant de finir cet article, je rappellerai un vœu qu’exprime M. Sédillot, et qu’il a déjà consigné dans plusieurs de ses ouvrages. 11 désire que les personnes instruites, qui, par leur position, sont destinées à résider longtemps dans les contrées de l’Asie et de l’Afrique, soient invitées à rechercher avec le plus grand soin les ouvrages originaux composés sur les différentes branches des sciences mathématiques et astronomiques. Je partage d’autant plus ce souhait, que les livres dont il est question, ceux qui renferment de véritables découvertes scientifiques, étant, par leur objet, à la portée d’un petit nombre de savants, ont dû être peu transcrits, et que, les exem-
plaires devenant chaque jour de plus en plus rares^ il est à craindre qu’ils ne finissent par se perdre complètement. Un exemple viendra, je crois, à l’appui de ce que j’avance. S. A. Ibrahim Pacha possède, h Alexandrie, une belle bibliothèque, composée d’un très-grand nombre de manuscrits orientaux, surtout de ceux qui ont rapport aux sciences mathématiques. On trouve dans cette collection quantité de traités sur les différentes branches de l’astronomie. Autant que j’en ai pu juger par le catalogue que m’avait communiqué mon ami, feu M. Jaubert, parmi ces livres astronomiques, fort estimables sans doute, mais qui sont, en général, d’un genre élémentaire, on chercherait inutilement ces grands traités fondamentaux qui ont fait faire à la science des progrès réels.
MÉMOIRE
SUR
LES NABATÉENS.
Il exista jadis dans l’Orient une nation nombreuse, puissante, qui, par son vaste commerce et ses richesses immenses, fruit d’efforts heureux et d’une activité infatigable, obtint une réputation aussi étendue que méritée. Les monuments indestructibles que ce peuple a laissés, et dont l’existence n’a été révélée à l’Europe que^ depuis un petit nombre d’années, attestent un haut degré de civilisation et doivent avec raison attirer les regards et exciter l’admiration des amateurs éclairés de l’antiquité et des arts. Les Nabatéens, car c’est d’eux que je veux parler, ont été plusieurs fois nommés par les savants qui ont pris pour but de leurs investigations l’histoire et la géographie de l’Asie; mais ces recherches, plus ou moins approfondies, laissent encore beaucoup à désirer. Per-
sonne, ce me semble, ne s’est encore occupé sérieusement d’examiner à quelle race d’hommes appartenaient les Nabatéens, de quel pays ils tiraient leur origine, et s’ils avaient toujours habité les régions où, suivant le témoignage de l’histoire, ils restèrent fixés pendant plusieurs siècles. J’ai pensé que ce sujet intéressant réclamait quelques discussions nouvelles, et que les lecteurs instruits accueilleraient avec un peu de bienveillance un travail entrepris sans aucun esprit de système et par le seul motif de découvrir la vérité; ce travail aura du moins le mérite d’offrir quelques renseignements inconnus et de répandre quelque jour sur une question encore mal éclaircie.
Les Nabatéens ne sont nommés nulle part dans le texte hébreu de la Bible. Cette circonstance pourrait induire à croire que ce peuple, à l’époque où fleurirent les écrivains sacrés, n’habitait point encore dans le voisinage de la Palestine; Hérodote n’en fait non plus aucune mention; mais d’autres auteurs grecs et latins ont connu les Nabatéens, dont ils parlent, dans une quantité de passages, avec des détails plus ou moins étendus; et tous s'accordent à placer dans l’Arabie la contrée qu’occupait cette, nation, moins guerrière qu’active et industrieuse.
Au rapport de Joseph, les descendants des douze fds d’Ismaël habitaient depuis l’Euphrate jusqu’à la mer Rouge, et cette vaste étendue de pays portait le nom de contrée nabatéenne ; saint Jérôme a traduit d’une manière littérale les renseignements donnés par Lhistorien juif.
Diodore de Sicile est le premier écrivain qui nous montre les Nabatéens formant un corps de nation, et qui nous donne sur l’histoire de ce peuple des détails circonstanciés et intéressants. Ce chroniqueur, parlant des diverses nations établies entre l’Égypte et la Syrie, s’exprime en ces termes : cc Lu partie orientale est habi- D) tée par les Arabes appelés Nabatée^is, dont le pays est » désert, sans eau et renferme peu de terres cultivées. » Ce même écrivain place dans la contrée des Nabatéens un rocher extrêmement fort, auquel on montait par un seul sentier, si étroit et si difficile qu’il ne pouvait être franchi que par des hommes peu nombreux et ne portant aucun fardeau. Or, ce rocher, ainsi que l’ont bien vu les commentateurs, est précisément celui qui donna son nom à la capitale de l’Arabie Pétrée.
Diodore ajoute que dans ce même pays se trouvait un lac, long de cinq cents stades et large de soixante, qui produisait une immense quantité de bitume. 11 est impossible de ne pas reconnaître, dans cette description, la mer Morte, ou le lac Asphaltite.
L’historien rapporte que cette contrée produisait le baume. Or, on sait que cet arbrisseau précieux croissait jadis dans le pays de Galaad, à l’orient du Jourdain et de la mer Morte.
Décrivant ailleurs l’extrémité septentrionale de la mer Rouge, il atteste que, vis-à-vis d’une île appelée Vîle des Phoques, était un promontoire qui regardait Pétra d’Arabie et la Palestine. Rajoute que les rives du golfe Elanitique de la mer Rouge étaient bordés de bourgs habi-
tés par les Arabes nabatéens, et que ceux-ci s’étendaient également assez loin dans les terres.
Antigone ayant résolu de porter la guerre chez les Nabatéens, Athénée, son général, partit de l’Idumée et arriva, dans l’espace de trois jours et trois nuits, sous les murs de Pétra, dont il s’empara par surprise, mais qui, bientôt après, lui fut enlevée par les Nabatéens. Démétrius, fils d’Antigone, voulant venger la défaite d’Athénée, s’avança durant trois jours dans des déserts qui n’offraient aucune route frayée et se présenta devant Pétra, qu’il croyait emporter d’un coup de main. Mais, voyant qu’il était attendu, que les Nabatéens avaient eu le temps de mettre en sûreté leurs richesses, et que le siège d’un rocher aussi escarpé offrait peu de chances de succès, il écouta des propositions d’accommodement et reprit le chemin de la Syrie ; après une marche de trois cents stades il arriva sur les bords du lac Asphaltite.
Dans ces différents passages, le nom de Pétra désigne la ville d’Arabie dont nous connaissons aujourd’hui les ruines; et les Nabatéens, qui en avaient fait leur capitale, étaient le même peuple qui vivait répandu dans le désert d’Arabie, entre la mer Morte et le golfe Arabique. Le témoignage de Slrabon, à cet égard, n’est pas moins formel . Ce géographe atteste que l’Arabie des Nabatéens était contiguë à la Judée et à la Phénicie, et offrait une voie facile pour pénétrer en Égypte. Ailleurs il rapporte que, suivant l’assertion d’Ératosthène, de la ville d’Héroopolis, située à l’extrémité septentrionale de la mer Rouge,
en passant par Pétra, capitale des Nabatéens, la distance jusqu’à Babylone était de cinq mille six cents stades.
Artémidore, cité par le même géographe, parlait, comme Diodore, de Vile des Phoques, et du promontoire qui s’étendait vers Pétra des Nabatéens et la Palestine. Il ajoutait que dans le fond du golfe Elanitique était située la contrée des Nabatéens, pays bien peuplé et abondant en pâturages. Strabon dit ailleurs que les Nabatéens habitaient immédiatement auprès de la Syrie; qu’ils avaient pour capitale la ville de Pétra, dont il donne une description conforme à celle que fait Diodore. Il ajoute que cette ville était à trois ou quatre journées de Jéricho.
Etienne de Byzance parle en plusieurs endroits des Nabatéens et de leur capitale, il dit que la contrée appelée Aïamene, AtafxrjVYi, ainsi que celle qui portait le nom d'Aïanitis, faisaient partie du pays des Nabatéens; que ces derniers étaient également désignés par la dénomination de Dacharénéens, Aayaprjvol.
L’historien Joseph fait plusieurs fois mention des Nabatéens. Il atteste que ce peuple était peu belliqueux. Judas Macchabée, accompagné de son frère Jonathas, ayant traversé le Jourdain et s’étant avancé trois journées au delà de ce fleuve, ils rencontrèrent les Nabatéens, qui venaient à leur rencontre avec les dispositions les plus amicales. Le même Jonathas ayant appris qu’il allait être attaqué par les Bacchides, envoya son frère Jean, surnommé Gaddis, vers les Nabatéens, afin de laisser en dépôt ses bagages chez ce peuple, fidèle
allié des juifs. Plus tard Jonathas fit une expédition dans le pays des Nabatéens, d’où il enleva un grand nombre de captifs et un butin immense.
Pompée, dans le cours de sa brillante expédition dans l’Orient, s’était proposé d’aller porter la guerre dans les états d’Aréthas, roi des Nabatéens ; mais d’autres soins, et en particulier le siège de Jérusalem, l’empêchèrent de réaliser ce projet. Scaurus, à qui ce général avait confié le gouvernement de la Syrie et des provinces voisines, se mit en marche pour aller attaquer la ville de Pétra ; mais les difficultés que présentait le siège de celte place, la famine qui affligea bientôt l’armée romaine, ne tardèrent pas à faire repentir le général de s’être engagé dans une entreprise téméraire. Voulant donc s’en tirer avec honneur, il envoya vers Aréthas, avec le titre d’ambassadeur, Antipater, qui était uni à ce roi par les liens de l’hospitalité. Aréthas, cédant aux représentations de son ami, consentit à payer une somme d’argent pour racheter le pillage de ses États. Scaurus s’empressa d’accepter cette proposition et se hâta de mettre fin à une guerre qui lui offrait peu de chances de triomphe. Gabinius marcha contre les Nabatéens et les défit complètement.
César, se trouvant engagé dans son expédition d’Egypte, fit demander un corps de cavalerie à Malichus, roi des Nabatéens. Un prince du même nom régnait sur ce peuple à l’époque où écrivait l’auteur du Périple de la mer Erythrée. Mais on peut supposer, avec assez de vraisemblance, que ce prétendu nom
propre n’était autre chose qu’un mot qui, dans le langage des Nabatéens, comme dans plusieurs idiomes de l’Orient, désignait le roi.
Elius Gai lus, lorsqu’il entreprit son expédition dans l’Arabie Heureuse, comptait principalement sur l’amitié des Nabatéens et sur les secours qu’ils s’étaient engagés à lui fournir; mais Obéïda, leur roi, se mit peu en peine d’exécuter ses promesses, et envoya auprès du général romain Sylleus (Saleh), auquel il donna plein pouvoir d’agir en son nom. Ce perfide, sous une apparence de zèle, prit toutes les mesures qui pouvaient faire échouer l’expédition. Ayant persuadé à Gallus que la route par terre était impraticable pour une armée, il lui conseilla d’équiper une flotte dans le port de Cléopatris, situé au fond du golfe occidental de la mer Rouge. Les troupes romaines, s’étant embarquées, eurent bien de la peine, en quinze jours d’une navigation difficile, a atteindre Leuce corne. Gallus, voyant ses troupes attaquées du scorbut et d’autres maladies dangereuses, fut forcé de s’arrêter dans cet endroit tout l’été et tout l’hiver, afin de donner à ses malades le temps de se rétablir. Ensuite il continua sa marche, toujours guidé par le perfide Nabatéen, qui le conduisit par des lieux déserts, dépourvus d’eau, et lui fit bien inutilement allonger sa route; car, à son retour, Gallus ayant trouvé des guides plus fidèles, traversa en soixante jours le même espace de pays qu’il n’avait précédemment parcouru qu’en six mois d’une marche pénible.
Germanicus, peu de temps avant sa mort, assista,
avec Pison^ à un festin qui leur fut donné par le roi des Nabatéens.
Au rapport de saint Epiphane, vers le règne de l’empereur Constance, deux sœurs, dont l’une, se nommait Mart]ia7ia (Notre-Dame), avait obtenu les honneurs dMns chez les Nabatéens de l’Arabie.
Pline dit expressément que les Nabatéens sont ceux d’entre les Arabes qui touchent à la Syrie : In Nabatœis, qui sunt ex Arahiâ contermini Syriœ. Le même écrivain ailleurs place les Nabatéens près de la Syrie et de la mer Rouge. Plus loin, après avoir décrit les côtes de l’Arabie, il passe en revue les peuples qui habitaient dans l’intérieur, en commençant par le nord, et nomme d’abord les Nabatéens.
Si l’on en croit le témoignage de Pline, une partie de ce peuple s’était établie en Afrique, sur le bord de la mer Rouge, et portait le nom de Nabatéens troglodytes.
Enfin, le même historien parle d’une espèce de jonc odorant, appelée Teuchites, que produisait le pays des Nabatéens.
Les poètes latins font souvent mention des Nabatéens, mais il est inutile de citer leurs vers, attendu qu’ils n’offrent pas un seul fait tant soit peu remarquable.
Ammien Marcellin nomme cette nation, mais se contente de dire que l’Arabie confine d’un côté à la Syrie, et de l’autre au pays des Nabatéens.
Si les écrivains sacrés, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, ne font nulle part mention des Nabatéens, ils
n’ont pas laissé de connaître le lieu qui devint la capitale de ce peuple, et le désignent par le nom de Selaj rocher , dont le nom grec Petra est la traduction. Le roi Amasias, ayant vaincu les Iduméens dans la vallée deS' Salines, prit la ville de Sela et lui donna le surnom de Jecteel, Joseph, qui rapporte l’expedition du même Amasias, assure que ce prince, ayant fait un grand nombre de prisonniers parmi les Idumeens et les peuples voisins, en fit précipiter dix mille du haut du grand rocher situe dans l’Arabie. Si l’on en croit le même historien, Pétra portait primitivement le nom à!Arcen ’Apxnv ou Areceïïie ’ApExeu-v) et avait pris cette dénomination du roi madianite Arecemus (Reken), dont il est fait mention dans plusieurs passages de la Bible ; mais cette assertion me paraît extrêmement douteuse; et aucun témoignage des écrivains hébreux ne nous induit a supposer que le lieu ou fut bâtie par la suite la ville de Pétra ait jamais fait partie du territoire occupé par les Madianites. Ce qui doit être admis pour inconstestable, dans le récit de Joseph, c’est que la mort d’Aron arriva dans le lieu qui vit ensuite s’élever la ville de Pétra. En effet, nous savons, par le témoignage des derniers voyageurs, que, dans le voisinage des ruines de Pétra, on montre encore le tombeau du frère de Moïse. Joseph fait mention de la montagne appelée Somorrôn, qui confinait avec Pétra. Cette ville joue dans l’histoire un rôle assez important, d’abord comme une place du pays des Iduméens, puis comme capitale des Nabatéens. J’ai parlé plus haut des expéditions projetées ou tentées
avec un peu de succès contre cette forteresse par Athénée, Démétrius Poliorcète, Pompée, Scaurus, Gabinius.
Hérode, contraint de quitter la Judée, avait résolu d’aller chercher un asile à Pétra, auprès du roi Malchus, le même sans doute dont il a été fait mention plus haut ; mais ce prince refusa d’accueillir dans ses États cet illustre fugitif.
La ville de Pétra, pendant plusieurs siècles, tint parmi les cités de l’Orient un rang distingué. Bien placée pour servir d’entrepôt au commerce que les Romains entretenaient avec l’Arabie heureuse, l’ïnde et les autres contrées orientales de l’Asie, elle sut mettre à profit son heureuse position ; et ses habitants, enrichis par un négoce actif et heureux, furent en état de creuser des rochers immenses et d’élever des monuments d’un genre si étonnant , dont l’existence, restée longtemps inconnue, nous a été révélée dans ce siècle par les efforts du docteur Seetsen, de MM. Burckhardt, Bankes, Mangles, Irby et Léon Delaborde.
Diodore de Sicile et Agatharchide nous apprennent que les Gerréens et les Minnéens, et autres peuples d’Arabie, étaient constamment occupés à transporter à Pétra et dans la Palestine l’encens et les diverses espèces d’aromates. Pline le naturaliste, nous donne sur la ville de Pétra des détails assez étendus, qui méritent d’être transcrits en entier, d’autant plus qu’ils présentent une difficulté assez grave, et dont la solution ne peut que jeter beaiieoup de jour sur la question que j’ai entrepris de
traiter. L’historien romain s’exprime en ces termes :
« La ville de Pétra, située au milieu du pays des Naba- » téens, est placée dans une vallée qui a un peu moins » de deux mille pas d’étendue, environnée de montagnes » inaccessibles et traversée par une rivière. De cette ville » à Gaza, port de notre mer, on compte six cent mille » pas, et cent trente-cinq jusqu’au golfe Persique. C’est » là que viennent aboutir les deux routes : celle des » voyageurs qui, partant pour la Syrie, se dirigent vers » Palmyre, et celle des marchands qui viennent de Gaza.
» Depuis Pétra jusqu’à Charax habitaient les Omaniens,
» dont le pays renfermait plusieurs villes, autrefois célè- » bres, fondées par Sémiramis, telles que Abesamide et » Soractia; aujourd’hui tout cet espace n’est plus qu’un » désert. Ensuite on trouve une ville appelée Forath, si- » tuée sur la rive du Pasitigre et soumise au roi de Cha- » rax. C’est là qu’arrivent les voyageurs qui viennent de » Pétra et qui ensuite descendent le fleuve l’espace de » douze mille pas, jusqu’à la ville de Charax. » Deindè NühdtcBi oppidum includunt, Potvcim nomino, iu coïivullc^ ptiulô minus 2 mill. passuum umplitudinis, cifcumdutum montibus inaccessis, amne inteTfluente. Abest à Gnx-a, oppido littoris nostri, DC. M. à sinu Persico CXXXV. M. Hùc convenit utrumque bivium, eorum quièSyrid Pahnyram peliere et eorum qui ab Gazâ venerunt. A Petrâ incoluere Omani ad Gharacem usque, oppidis quondam Claris à Seiniramide conditis, Abesamide et Soractia. Nunc sunt solitudines, Deindè est oppidum, quod Characenorum régi parei, in Pasitigridis ripa, Forath nomine, in quod à
Petrâ conveniunt; Characenque indè XII müL passuum secundo œstu navigant.
Enfin le naturaliste romain s’exprime en ces termes : cc Suivant quelques-uns, il existe deux villes, arrosées » par le Tigre et situées à une grande distance Tune de » Fautre, savoir Barbatia etThumata. Celle-ci, au rap- » port de nos marchands, est à dix journées de naviga- » tion de Pétra, et reconnaît l’autorité du roi de la » Characène. » Quidam et alia duo oppida longis intervallis Tigri pmnavigari tradunt Barhatiam moæ Thumatam; quod abesse à Petrâ deeem dierum navigatione nostri negotiatores dicunt, Characenorumque régi parère.
Ces passages, il faut l’avouer, semblent contredire l’opinion généralement reçue sur l’existence d’une seule ville nommée Pétra et annoncer qu’une seconde place, portant la même dénomination, était située près des bords du golfe Persique. Mais si on examine avec attention le texte de Pline, on se convaincra, je l’espère, que la difficulté est seulement apparente, et que le célèbre naturaliste, ou les auteurs qu’il a copiés, s’accordent parfaitement avee les écrivains dont j’ai invoqué le témoignage. D’abord peut-on supposer avec quelque vraisemblance que Pline, qui dans la description de l’Arabie nomme des lieux insignifiants, de misérables villages, ait omis complètement une ville aussi connue que la capitale de l’Arabie Pétrée, et dont les ruines magnifiques attestent encore l’antique splendeur? Le fait, à coup sûr, n’est nullement probable. On ne saurait objecter que
Pétra, à l’époque où écrivait Pline, fût déchue de son importance primitive. Ptolémée, qui écrivait postérieurement à Pline, désigne Pétra comme une cité considérable. Elle avait le titre de métropole, et elle est ainsi désignée sur les médailles qui y ont été frappées sous les règnes d’Adrien, d’Antonin, de Marc-Aurèle, de Septime-Sévère, ainsi que dans les Notices ecclésiastiques. Sous les empereurs chrétiens, elle était un siège épiscopal. 11 est donc à présumer, indépendamment des preuves directes, que la ville de Pétra dont parle Pline, et qu’il représente comme la capitale des Nabatéena, ne différait pas de celle qui donnait son nom à l’Arabie Pétrée.
D’ailleurs la description du naturaliste romain s’accorde si bien avec les détails que nous donnent d’autres écrivains de l’antiquité et avec les descriptions des derniers voyageurs, que l’on ne saurait, ce me semble, se refuser à reconnaître qu’il s’agit de la même ville. Nous retrouvons, dans les récits de Burckhardt et de MM. Mangles, Irby, Delaborde, cette vallée étroite où était placée Pétra , ces montagnes inaccessibles qui l’entouraient. Enfin ce courant d’eau qui la traversait n’était pas une véritable rivière, puisqu’il ne s’en trouve aucune dans l’Arabie, mais le torrent appelé Wacli-Mousa (le torrent de Moïse), qui baigne les débris de cette antique cité.
Mais, dira-t-on peut-être, les distances données par Pline ne sauraient s’appliquer à la ville de Pétra, capitale de l’Arabie Pétrée, puisqu’il assure que de cette place à Gaza on comptait six cent mille pas, et cent trente-cinq
mille jusqu’au golfe Persique. La difficulté est certainement bien grave ; mais il me semble qu’on peut la lever sans un grand effort. 11 s’agit seulement de supposer, avec Cellarius, que les deux nombres ont été transposés, ou parla faute de Pline, ou par celle des copistes; que la mesure de six cent mille pas indique la distance du golfe Persique à Pétra, et les cent trente-cinq mille celle de la même ville à Gaza ; de cette manière tout s’explique avec facilité, et les distances indiquées par Pline s’accordent assez bien avec celles qui résultent de l’inspection des cartes modernes.
le ne dois point dissimuler ici une objection forte, qui semble naître naturellement d’un des passages de Pline que j’ai transcrits ci-dessus. Cet historien, après avoir décrit la ville de Pétra, ajoute ; Abesl à Gaza oppido littorisnostri DC. M . à sim Persico CXXXV. M. liùc convertit utrumque bivium, eorum qui à Syriâ Palmyram petiere, et eorurn qui ab Gazâ venevunt. Si 1 on faisait rapporter l’adverbe hùc à la ville de Pétra, il faudrait supposer que cette place était le point vers lequel se dirigeaient les caravanes de marchands qui allaient faire le commerce des contrées orientales de l’Asie, et que, par conséquent, elle était située à une grande distance des frontières de l’empire romain ; mais je crois pouvoir admettre que l’adverbe en question s’applique au golfe Persique : c’était en effet cette mer qui était le but des entreprises commerciales des Romains ; c’est sur ses bords qu’ils se rendaient pour aller chercher les perles de Bahreïn, les aromates, le coton, la soie et les productions précieuses de la Perse
et de rinde. Deux earavanes partaient à la fois, l’une de la Syrie, l’autre de la Palestine, et traversaient, dans des sens différents, les vastes déserts de l’Arabie. Mais dans une course si longue à la fois et si dangereuse, les marchands avaient besoin de rencontrer des entrepôts où ils pussent se procurer des guides, des chameaux, des provisions, trouver un asile en cas d’accidents, et déposer au besoin une partie de leurs marchandises. Or, l’une et l’autre route offraient cet avantage. D’un côté, Palmyre présentait aux caravanes de Damas un entrepôt parfaitement situé ; et la ville de Pétra n’était pas moins bien placée pour procurer aux marchands de Gaza toutes les commodités que leur voyage rendait indispensables ; et ce fait nous explique comment une place isolée au milieu des sables du désert avait pu acquérir une grande importance et des richesses immenses, qui avaient mis les habitants en état de décorer leur ville d’édifices somptueux, tels qu’on n’en rencontre pas de pareils dans le reste de l’Arabie.
Si nous lisons dans Pline que les Omaniens habitaient la contrée qui s’étendait depuis Pétra jusqu’à Charax, je crois que le texte présente une légère faute. En effet, les Omaniens ont probablement toujours occupé la contrée d’Oman, qui fait partie de l’Arabie Heureuse. Je pense qu’au mot Omani il faut substituer Thornani ou Themani, car un peuple de ce nom habitait le grand désert de PArabie. Pline lui-même y place les Thmanei, La ville de Thamana se trouve indiquée dans la Notice de l’empire. Ce nom a été bien connu des Arabes, Les Thimanei des-
cendaient probablement de Thaman, Tun des fils d’îsmaël ; et je crois reconnaître un de ces Arabes dans cet Elipbaz, surnommé Temani, l’un des interlocuteurs du livre de Job.
On pourrait encore assigner une autre cause de la méprise de Pline. Cet historien place dans la contrée d’Oman, qui fait partie de l’Arabie Heureuse, une ville nommée Bathra-Sahhas^ qui tirait probablement son surnom du voisinage de Sabo, ville dont Ptolémée fait mention ; et Pline, trompé par la ressemblance des mots Bathra etPétra, aurait pu supposer qu’une ville de Pétra avait existé dans l’Arabie Heureuse; mais j’avoue que cette conjecture me paraît moins probable que l’autre. Quant à l’assertion de Pline que, suivant le rapport des marchands romains, on comptait dix journées de navigation depuis la ville de Thumata, située sur le Tigre, jusqu’à celle de Pétra, je ne puis me défendre de croire que son témoignage repose uniquement sur une erreur grave ; car, si l’on s’en tenait au texte de Pline, il faudrait chercher Pétra sur le golfe Persique, ou enfin, pour la trouver, remonter le Tigre ou l’Euphrate. Dans la première supposition, et si l’on s’en rapportait à la leçon qu’offre le texte des éditions de Pline, Pétra aurait été située à cent trente-cinq mille pas du golfe Persique. Or, on ne saurait dire que l’on fait voile vers une ville placée à une cinquantaine de lieues de la côte. L’expression, à la rigueur serait admissible, s’il s’agissait seulement d’une distance de quelques lieues et qu’on trouvât sur le rivage le plus voisin une place offrant un abord facûle, qui pût
être considérée comme servant de port à l’autre ville. C’est ainsi que l’on pourrait dire, sans employer une locution impropre, que l’on ferait voile vers la Mecque ou Lima, quoique ces deux villes soient réellement situées dans les terres. D’un autre côté, on ne saurait supposer que Pétra, quoique éloignée de la mer, fût située sur le bord d’une rivière navigable que les bâtiments pussent remonter ; car on chercherait vainement, sur toutes les côtes de l’Arabie, un pareil courant d’eau.
Mais, dira-t-on, Pétra était peut-être située sur la rive de l’Euphrate, au midi de Babylone : je ne saurais admettre cette hypothèse. D’abord si Pétra eût été baignée par l’Euphrate, Pline aurait nommé ce fleuve célèbre, et ne se serait pas exprimé de cette manière, « une rivière la traverse, » amne interfluente. En second lieu, nous apprenons du même écrivain que les caravanes de marchands romains se rendaient directement par terre de Pétra, à Forath : c’est ce que semble indiquer le verbe conveniunt, qui est également employé dans le même sens en parlant des caravanes de Damas. De Forath on descendait le fleuve jusqu’à Charax. Or, si Pétra avait été située sur la rive de l’Euphrate, il eût été plus simple et plus facile de s’embarquer sur ce fleuve pour gagner Forath, au lieu de s’enfoncer, pendant plusieurs jours de marche, dans un désert sablonneux et dépourvu d’eau. Cette raison seule, indépendamment des autres preuves que j’ai produites, suffirait, ce me semble, pour faire soupçonner que ce n’est point sur le bord de l’Euphrate qu’il faut chercher la position de cette ville de Pétra qui
formait l’entrepôt du commerce des Romains avec le golfe Persique.
D’ailleurs Pline lui-même, dans un autre passage, atteste expressément que c’était le pays des Troglodytes qui servait de point intermédiaire pour les relations commerciales des Romains dans l’Orient. Or, le même auteur a soin de remarquer que les Troglodytes habitaient les bords du golfe le plus oriental de la mer Rouge, non loin de la ville de Pétra.
De plus, la rive de l’Eupbrate, au nord et au midi de Babylone, était alors sous la domination des Partbes. Or, si l’on étudie avec quelque soin les différentes routes que suivait le commerce des Romains en Orient, on se convaincra sans peine que les marchands évitaient avec une assez grande attention de passer , et surtout de séjourner, sur les terres soumises à ces implacables ennemis du nom romain : ils auraient craint d’éprouver à chaque pas les vexations et les injustices les plus criantes. Ainsi les deux caravanes, celle de Damas et celle de Gaza, traversaient, dans des directions opposées, le grand désert de l’Arabie, sans toucher à aucun lieu de l’empire des Arsacides. Ainsi, quand les marchands se rendaient dans la Sérique pour y chercher la soie, cette marchandise précieuse dont le luxe des Romains avait fait un objet de première nécessité, ils aimaient mieux prendre leur route par le nord de l’Asie, et faire un long circuit, que de traverser la Perse et les autres provinces soumises aux Partbes. Comme les usages, dans l’Orient, restent à peu près invariables, nous voyons encore
aujourd’hui les caravanes qui partent d’Alep parcourir le désert d’Arabie dans toute sa longueur, sans toucher à Hellah ni à aucune ville située sur les bords de l’Euphrate, et se diriger en droite ligne vers Basra, qui a remplaeé l’ancienne ville de Forath.
Maintenant il s’agit d’expliquer le passage de Pline où cet écrivain parle des deux villes de Barbatia et de ïhumata, situées sur le bord du Tigre, et dont la dernière était à dix journées de Pétra. Ce morceau qui offre sans doute l’extrait d’un itinéraire ancien, présente une réunion d’éléments hétérogènes et de renseignements qu’il paraît impossible de concilier avec ce que nous savons d’ailleurs sur la géographie de l’Orient. Voici de quelle manière j’explique les erreurs nombreuses que ce passage réunit en un petit nombre de lignes. Je suppose que Pline, ou le secrétaire qui travaillait à réunir pour lui des matériaux, avait sous les yeux l’itinéraire d’un marchand romain, qui, partant de Charax, était retourné à Pétra. Ayant vu que la première partie de la route s’était faite en remontant le Tigre jusqu’à Forath, il avait pensé qu’elle devait continuer en naviguant sur le même fleuve, et il ne s’était pas aperçu que le marchand, arrivé à Forath, avait quitté le bord du Tigre pour s’enfoncer dans le désert de l’Arabie. Dominé par une prévention erronée, il n’avait pas manqué de placer sur les rives du Tigre des lieux qui devaient se trouver à une immense distance de ce fleuve, sans s’embarrasser si les renseignements contenus dans la narration pouvaient se concilier avec la géographie de
rOrient. Ainsi il a assuré, contre toute vraisemblance, que de Thumata on arrivait à Pétra après une navigation de dix jours, tandis que ces deux villes étaient placées sans doute à cette distance l’une de l’autre, mais dans un désert, loin de toute rivière. En effet, si je ne me trompe, Thumata n’a jamais été située sur le bord du Tigre, mais dans le désert de l’Arabie. C’est la même ville que Pline lui-même désigne ailleurs par le nom de Dumata. Ptolémée et Étienne de Bysance écrivent ce nom de la même manière, Aouj^axa ; saint Jérôme lit Diima; c’est la Thamatha de la Notice de l’Empire, la Dournet alcljendel des Arabes. Les derniers mots qui terminent le passage de Pline suffiraient seuls pour indiquer avec quelle négligence ce fragment a été extrait et rédigé. L’auteur, .après avoir parlé de la ville de Thumata, ajoute : Characenonmque régi parère. Si cette ville, comme l’indique ce passage avait été située sur le Tigre, mais à une très-grande distance de l’embouchure de ce fleuve, elle ne pouvait en aucune manière faire partie du royaume de la Characène, qui était renfermé dans des limites très -étroites et ne s’étendait pas, à ce qu’il paraît, vers le nord, au-delà de la ville de Forath. Il est donc à présumer que l’abréviateur, en supprimant une grande partie des détails contenus dans l’itinéraire qu’il avait sous les yeux, aura omis le nom de Forath, qui formait le lieu de rendez-vous des caravanes à leur arrivée ou à leur départ, et qui, comme Pline l’a indiqué, était soumise à l’autorité du roi de la Characène.
D’après tous ces détails, je crois pouvoir conclure que la ville de Pétra dont parle Pline, et qu’il nous représente comme la capitale des Nabatéens, n’était autre que la cité de Pétra, située dans le désert, entre le lac Asphaltite et la mer Rouge, et qui communiquait son nom à l’Arabie Pétrée ; et l’on aurait tort de vouloir, sur l’autorité de Pline, admettre une seconde ville de ce nom, placée près du golfe Persique ou sur les bords de l’Euphrate.
On sera peut-être étonné que j’aie essayé de corriger si fréquemment les assertions de Pline; mais si l’on prend la peine de lire avec attention ce que cet historien a écrit sur la géographie de l’Orient, on se convaincra que Pline, en plus d’un endroit, a réuni sans assez de critique les excellents matériaux qu’il trouvait dispersés dans les écrits des voyageurs et des géographes ; qu’il a mis quelquefois bout à bout des itinéraires qui se dirigeaient dans des sens contraires, d’où il est résulté en plus d’une circonstanee des erreurs assez graves. Les copistes ont encore augmenté le nombre des fautes que la distraction de l’auteur ou de ses secrétaires avait pu introduire dans l’ouvrage. Ces remarques n’ont aucunement pour but de diminuer l’estime et l’admiration que réclame un si important travail. Pline était à coup sûr un écrivain du plus profond mérite, mais il était homme. Obligé quelquefois de presser sa marche et de s’en rapporter à des extraits rédigés par des hommes infiniment moins habiles que lui, il n’a pu soigner également toutes les parties de son histoire, et l’on remarque, surtout dans
ses narrations géographiques, des omissions, des répétitions des erreurs de divers genres qu’un historien bien moins savant, mais plus maître de son temps et livré exclusivement à une branche de connaissances, aurait pu éviter sans beaucoup de peine.
Nous avons vu la ville de Pétra parvenir à un haut degré de splendeur et d’opulence, et ses habitants exploiter avec succès le commerce d’une partie des contrées de l’Orient. Cet état prospère ne se prolongea pas au-delà de quelques siècles ; et cette ville retomba par degrés dans cette position inférieure dont l’avait tirée momentanément une suite de spéculations commerciales aussi heureuses que hardies. Pétra, après avoir brillé sur la scène du monde, se trouva réduite au même rang que les villes qui l’environnaient, et dont elle avait sans doute excité longtemps la jalousie.
On peut, si je ne me trompe, attribuer la décadence de Pétra à l’extension que prit chez les Romains le commerce qui se faisait directement de l’Egypte avec l’Inde. Ce voyage pouvait s’exécuter, à l’aide de la mousson, dans un temps assez court. L’échange des marchandises avait lieu directement sans passer par une multitude de mains étrangères. La route de mer était bien moins coûteuse et présentait bien moins de dangers que la traversée du désert, où l’on avait à redouter la faim, la soif, les vents brûlants, les embûches des Arabes errants. Probablement les roisparthes et ceux de la Characène profitaient souvent de la position des marchands romains qui se trouvaient isolés sur une terre étrangère, à une si grande
distance de leur patrie, et exerçaient contre eux des vexations de plus d’un genre. Les négociants de ces contrées ne se faisaient peut-être pas scrupule de renchérir arbitrairement le prix des marchandises, d’en altérer la qualité; enfin, les habitants de Pétra eux-mêmes, dans la vue d’exercer à eux seuls le monopole du négoce de rOrient et de dégoûter les Romains de se livrer en personne à ce genre de spéculations, s’étaient sans doute permis bien des actes qu’une sévère probité ne saurait tolérer.
Quoi qu’il en soit de ces conjectures, l’histoire de l’empire romain nous montre la ville de Pétra déchue de sa grandeur et réduite à n’être plus qu’une cité d’un rang inférieur. Sous les empereurs, elle portait, comme je l’ai dit, le titre de métropole; et nous possédons encore des médailles frappées dans cette ville sous les règnes d’Adrien, Antonin le Pieux, Marc-Aurèle, Septime-Sévère. Mais dans les siècles suivants elle ne tarda pas à voir disparaître les débris de sa grandeur. La notice de Hiérocles la place dans la province de Palestine, mais sans aucune désignation honorifique. On ne la trouve point indiquée, dans la Notice de l’empire, parmi les villes où les Romains tenaient des garnisons. Son nom se trouve plusieurs fois dans l’histoire, mais elle n’y paraît que comme une place assez insignifiante. Procope en parle comme ayant été jadis la capitale des Arabes, et se tait absolument sur le rang qu’elle tenait parmi les villes de l’Orient. Nous lisons, dans l’histoire des martyrs de Raïthe, qu’un ana- • chorète de ce monastère était natif de Pétra. Elle était
Si --
restée avec la dignité de siège épiscopal, et les actes des conciles nous ont conservé les noms de plusieurs de ses évêques. On lit, dans le Pré spirituel de Moschus, que Flavien, éveque d’Antioche, fut relégué à Pétrapar ordre de l’empereur Anastase ; le même ouvrage fait mention d’un évêque de Pétra nommé Athénogènes. Théophane parle d’un alchimiste qui fut relégué par l’empereur Anastase
Eiç IleTpav xo cppouptov x-^ç ’Aai'aç.
Je dois consigner ici un fait curieux, et qui, si je ne me trompe, n’a encore été observé par personne. Vers la fin du Yif siècle de l’hégire, non loin des ruines de l’ancienne Pétra, existaient un lieu et une montagne qui portaient le nom de Bedr, et la contrée voisine était désignée par la dénomination de Bedriiah, Ces noms, comme il est facile de le voir, nous rappellent les noms antiques de Pétra et d’Arabie Pétrée ; et comme dans l’Orient, et surtout dans ces contrées reculées et sauvages, rien ne change, rien ne se modifie, et que les dénominations des lieux sont encore aujourd’hui telles qu’elles étaient jadis, on peut supposer, je crois, que les noms de Bedr et de Bedriiah existaient déjà à une époque extrêmement reculée, et auront donné naissance aux noms adoptés par les Grecs et les Romains; car il serait peu naturel de croire que des dénominations importées par des peuples étrangers, surtout en Arabie, se fussent conservées sans altération jusqu’à une époque comparativement si récente,
lorsque nous savons que, dans les lieux où la domination des Grecs et des Romains était le plus solidement établie, les noms donnés par ces peuples à un grand nombre de villes n’ont jamais été adoptés par les habitants naturels du pays, et que les dénominations anciennes ont survécu à la destruction de l’empire de ces conquérants et se sont
perpétuées jusqu’à nos jours.
Comme le passage que je viens d’indiquer a une assez grande importance, et qu’il se trouve dans 1 ouvrage d’un des plus savants historiens dont les Arabes puissent se glorifier, je vais traduire ce fragment en entier. Nowaïri, dans la vie du sultan Bibars, décrivant le voyage que fit ce prince depuis le Caire jusqu’à la ville de Karak, s’exprime en ces termes :
cc Le sultan partit du château de la Montagne, un )) jeudi, et alla descendre à Belbéïs, où il séjourna jus- » (jue vers la brune. S’étant remis en marche, il s’arrêta )) à Ras-almâ, dans la vallée de Sédir. 11 en partit au )) milieu de la nuit du samedi, et arriva à liera , où il )) séjourna jusqu’au coucher du soleil. Il prit une pro- )) vision d’eau pour deux jours, et suivit le chemin de )) Bedriiah. Il continua sa route à marche forcée jusqu’au )) point du jour du lundi, sans se reposer, si ce n’est le » temps strictement nécessaire pour que les chevaux )) pussent s’abreuver et manger leur ration. Le sultan » s’arrêta au pied de la montagne de Bedr. Il en partit )) lorsqu’il fit grand jour, attendu que le chemin à fran- )) chir était fort escarpé. Il arriva à Bedr et s’arrêta sur )) le bord de la fontaine ; c’est un courant d’eau qui sort
» d’une montagne verdâtre, sur laquelle ne croît aucune » plante. La source est placée vers l’occident, au pied )) d’une montagne élevée : elle se présente sous la forme » d’une grotte taillée dans le roc, où l’on peut pénétrer )) l’espace d’environ dix pas ; alors on voit une source » qui sort de terre sur la gauche de celui qui entre. Le )) sultan, avant d’arriver en cet endroit, avait eu soin » d’envoyer des Arabes, avec ordre de recueillir l’eau » de cette fontaine en quantité suffisante pour fournir )) aux besoins du prince et de sa suite. Ces Arabes se hâ- » tèrent de creuser en terre, tout autour de la source, )) plusieurs réservoirs, semblables à des citernes, qu’ils )) entourèrent de pierres et qu’ils remplirent d’eau. Le sultan, étant arrivé avec tout son monde, chacun put )) facilement se désaltérer. Sans cette précaution, on se )) serait étouffé en se précipitant pour parvenir jusqu’à )) l’eau. Bibars entra alors dans la grotte, s’assit sur le » bord de la source, et il s’occupa à remplir lui-même )) les outres de ses compagnons de voyage, après quoi il » remit à chacun celle qui lui appartenait. Il partit en- » suite et arriva à un puits isolé nommé Hasanah, puis )) à une source appelée Malihah (salée), près de laquelle )) il campa. S’étant remis en marche, il alla passer la nuit au pied d’une montagne appelée Nakb alrebaï, )) Dès qu’il fut grand jour, le sultan gravit cette mon- » tagne, qui est d’une étendue considérable et coupée )) par plusieurs gorges escarpées : elle se compose d’une )) pierre tendre qui ressemble à du sable aggloméré, et )) offre des nuances variées de rouge, de bleu et de blanc.
)) Dans cette montagne sont pratiquées des excavations )) qui peuvent donner passage à un homme à cheval ; on ;) y voit des espèces d’échelles formées de pierres. Là )) est le tombeau du prophète Aron, frère de Moïse, situé )) à gauche du chemin qui conduit dans la Syrie. Près de » là est un château appelé Aswit : le sultan s’y rendit en )) gravissant la montagne, et se convainquit par ses yeux )) que c’était une citadelle extrêmement forte et d’une )) architecture admirable. Descendant ensuite au travers )) des gorges de Rebaï, il arriva aux villes des enfants )> d’Israël : on désigne par ce nom des excavations pra- » tiquées dans les rochers et qui présentent des formes » magnifiques. On y voit des maisons soutenues par des )) colonnes ; les portes et l’extérieur des chambres sont » ornés de figures gravées au ciseau dans la pierre, et » qui toutes sont en creux et offrent des objets de tout » genre ; les maisons ont la grandeur de celles que l’on )) bâtit de nos jours; dans l’intérieur de ces édifices on )) remarque des salles voûtées, des estrades placées en )) regard les unes des autres, des trésors, des vestibules, )) des harems : rien de tout cela n’est bâti, mais tout est » taillé dans le roc, en forme de grottes. On voit en cet » endroit deux montagnes, placées vis-à-vis l’une de » l’autre, et séparées par un chemin : chacune d’elles )) présente la figure d’une muraille élevée, et la route )) est bordée, à droite et à gauche, d’une longue file de )) maisons. Le sultan, ayant satisfait sa curiosité, partit )) de ce lieu et se rendit à la vallée de Medrah, puis à un » bourg appelé Od-demâ : il a pris son nom d’une source
)) que Moïse frappa de son bâton ; elle roulait alors du )) sang, et le prophète lui dit : ce Je te l’ordonne de la part )) de Dieu, change-toi en eau douce; et à l’instant l’eau » de cette fontaine devint fraîche, limpide et d’une saveur )) agréable. Le sultan, après avoir passé la nuit en cet )) endroit, se remit en marche le samedi vingt et unième )) jour du mois, et arriva à la forteresse de Schaubak le )) lundi, vers le milieu du jour : il y campa et reçut les )) émirs des Benou-Akabah et autres chefs d’Arabes, qui )) lui offrirent en présent des chevaux, des dromadaires, D) et d autres objets. Ayant quitté Schaubak le lundi vers » midi, et prenant la route de Hasa, il arriva à Karak )) vers le milieu du mardi, vingt -troisième jour du )) mois. »
Les écrivains de l’antiquité ont plus ou moins étendu le territoire occupé par les Nahatéens; et on peut en effet présumer que ce peuple, aux différentes époques de son existence politique, avait soumis à sa domination les peuplades dont il était environné et porté au loin les entrepôts de son commerce, tandis que dans d’autres circonstances il avait dû céder à des forces supérieures et évacuer une partie de son domaine. Strabon comprend les Iduméens parmi les Nahatéens. Saint Épiphane, parlant des Esséniens, assure qu’ils venaient du pays des Nabatéens, autrement la Pérée, qui confinait à la région des Moabites. Or, la Pérée devait son nom à sa position au-delà du Jourdain et de la mer Morte; mais rien n’indique, ce rue semble, que le pays des Nahatéens se soit étendu si loin vers le nord. On doit encore moins admettre le té-
inoignage d’Étienne de Byzance, cjui place dans cette contrée la ville de Medaba, c{ui avait fait précédemment partie du territoire occupe par la tribu de Ruben. D un autre côté, ce compilateur peu exact place dans l’Arabie heureuse le pays habité par les Nabatéens.
Suivant le même écrivain , la ^ville à^Ohoda était située dans le pays des Nabatéens; un peuple d Arabie, nommé SulciTiiiôns ) iloîXâaioi, avait pris ce nom du mot salümct, qui signifie petix^ parce qu’il était allie des Nabateens. Le nom de Saraca désignait une contrée d’Arabie qui touchait à celle des Nabatéens. Une plaine appelée Syvï)iy 06071^ J séparait ceux-ci des Nomades ; une
ville nommée Geci^ Tét., était située dans 1 Arabie, au voisinage de Pétra ; enfin ce géographe fait mention d’une ville appelée Auai^a, ’Auapa, située dansl Arabie, et dont le nom, dit-il, en arabe comme en syriaque, signifie blanc. Cette dernière ville a été connue de Ptolémée, qui la place dans l’Arabie Pétrée, sous une longitude de 66*^ 1 0 , et une latitude de 40 ; c’est le même lieu que Strabon désigne par le nom de Lence-come, Asux-^i xo)p//] et sur lequel ce géographe donne les détails suivants : (c Sur la rive de la mer Rouge est situé un port cc nommé xw[i,ï) qui forme le principal entrepôt du (c commerce des Nabateens ; c est la qu abordent les (c marchandises, qui sont ensuite transportées à Pétra, cc puis à Rhinocolure. » Et ces renseignements sont parfaitement conformes à ceux que l’on trouve dans le Périple de la mer Erythrée. Je sais que l’identité de Hauara et de Leuce-come, qui avait été admise pour
certaine par Bochart, Banville, etc., a été niée par M. Gosselin; mais, sur ce point, je ne saurais souscrire à Topinion de ce respectable savant. D’abord le mot Asux/] xco[jt.Y] est la traduction exacte de celui de Hauara, et ce point forme une présomption tellement forte que l’on ne pourrait l’écarter sans avoir, pour appuyer l’assertion contraire, des témoignages irrécusables; les Arabes, comme nous allons le voir, ont conservé le nom de Hcmm^aj et ne nous offrent aucun autre lieu dont le nom ait quelque rapport avec les mots Asuxt) xwu-rj. Je sais qiieM. Gosselin a voulu placer ce bourg à l’endroit que les géographes et les voyageurs nomment Mohaïlahy mais je ne saurais souscrire à cette assertion. En effet, ce lieu se trouve déjà désigné dans la Notice de l’empire sous la dénomination de Mohaïla. Or, nous ne voyons pas comment, dans l’espace de temps qui s’est écoulé depuis la rédaction du Périple delà mer Érythrée jiisq^à celle de la Notice, le nom Moliaïlah, ou Moaïïahah, qui désigne une petite salme, aurait remplacé la dénomination locale, correspondant aux mots Aeux:^ xto[jt//i. D’ailleurs Mohaïla se trouve trop rapprochée de l’extrémité septentrionale de la mer Rouge pour qu’on puisse lui appliquer les détails donnés par Strabon. Il est peu probable que la flotte romaine commandée par Elius Gallus eût employé quinze jours entiers pour se rendre de Gléopatris à un lieu aussi peu éloigné que Mohaïla. Enfin il n’est pas vraisemblable que les Nabatéens eussent placé si haut l’entrepôt de leur commerce maritime. La navigation de la mer Rouge présente de telles difficultés que l’on a
toujours pris soin de les éviter autant qu’il était possible; et les caravanes de chameaux qui, suivant le récit de Strabon, se rendaient continuellement de Pétra ^Leiiceconte, et de Leuce-come à Pétra, offraient aux Nabatéens, pour leurs marchandises, des moyens de transport bien plus expéditifs et plus sûrs que la route longue et fatigante du golfe Arabique. Si Leuce-come avait été située au lieu où existe Moaïlahab, Strabon, parlant de l’expédition d’Élius Gallus, aurait eu peu de raison de relever avec aigreur la trahison des Nabatéens, qui, sous des prétextes frivoles, avaient refusé de conduire par terre le général romain et son armée jusqu’à Leuce-come; car, dans ce cas, la distance de ce lieu à l’extrémité septentrionale de la mer Rouge n’eût pas été assez considérable pour que la différence de la route de terre, comparée à celle de la mer, put influer d’une manière sensible sur la durée de l’expédition et légitimer les plaintes du géographe grec. 11 me paraît donc impossible de supposer, avec M. Gosselin, que Moaïlahah ait remplacé l’ancienne Leucecome,
M. Mannert, s’appuyant sur le récit de Strabon, a supposé que Leuce-come devait être située au lieu oû est aujourd’hui lanbo. ce En effet, dit-il, suivant le témoi- )) gnage de Niebuhr, il faut quatorze journées de navi- )) gation pour se rendre de Suez à ce port ; ce qui s’ac- » corde parfaitement avec les quinze jours qu’employa » l’armée romaine pour faire le trajet de Cléopatris à » Leuce-come. » Mais ce raisonnement ne me paraît pas tout à fait concluant. Il faut se représenter que le géné-
ral romain avait sous sa conduite une flotte nombreuse^ des vaisseaux de transport; qu’il fut contrarié par les vents, mal servi par ses pilotes. Par conséquent sa mar» cbe put et dut être plus lente qu’elle n’aurait été dans d’autres circonstances. D’ailleurs le témoignage formel de l’auteur du Périple de la mer Érythrée ne permettrait pas de plaeer Leuee-come dans une position aussi méridionale. Cet écrivain s’exprime en ces termes : (c A la » gauche de Bérénice, en partant de Myos-horrnos et )) traversant le golfe qui l’avoisine, après deux ou trois 3) journées vers l’orient, on rencontre un port et une 3) forteresse qui portent le nom de Leuce-come : c’est de 33 là que l’on part pour se rendre à Pétra, auprès de Ma- 3) lika, roi des Nabatéens. Elle sert également d’entrepôt 3) aux Arabes, qui y abordent sur de petits bâtiments. 33 Aussi, à raison de l’importance de ce lieu, on y envoie 33 un collecteur, chargé de percevoir le quart de la valeur 33 des marchandises importées, et, en outre, un centu- 3) rion, aceompagné d’un corps de troupes. C’est immé- 33 diatement après eette ville que commence la côte d’A- 3) rabie qui borde la mer Érythrée. 3) Ce passage, si je ne me trompe, ne permet pas d’admettre l’opinion de M. Mannert. En effet, dans le style de l’auteur du Périple, le mot droite désigne le midi, et la gauche le nord. C’est ainsi qu’il place Bérénice à la droite de Myos-hormos, et à la droite de Béréniee les villes situées plus au midi, le long de côtes de l’Égypte et de l’Éthiopie. Or, lanbo se trouvant dans une position plus méridionale que le site de l’ancienne Bérénice, ne saurait, je crois,
nous représenter la position de Leuce-corne, qui d’ailleurs ne se serait point trouvée a l’orient de Myos-hormos.
Dans le passage du Périple de la mer Erythrée, on a vu que, suivant l’auteur de cet ouvrage, l’Arabie commençait immédiatement après la ville de Leuce-come. Cette manière de s’exprimer n’a rien qui doive surprendre, et ne présente réellement aucune inexactitude. En elTet, toute la contrée qui s’étendait au nord de cette ville, le long des bords de la mer Rouge et dans l’intérieur des terres, était soumise aux Nabatéens et faisait partie de leur empire. Ce n’était donc véritablement qu’au delà du territoire de cette place, vers le midi, que se trouvait l’Arabie proprement dite, celle qui était habitée par des peuples indépendants et nomades. On conçoit donc, comme le dit Strabon, combien Elius Gallus, dans son expédition d’Arabie, aurait épargné à l’armée romaine de difficultés et de périls, si, au lieu de prendre, pour arriver à Leuce-come, la route ennuyeuse et pénible de la mer Rouge, il se fût rendu en ce lieu par terre, en traversant le pays des Nabatéens, par un chemin bien connu, parfaitement sûr, et sillonné chaque jour par de nombreuses caravanes.
Nous lisons, dans l’inscription d’Adulis, que le prince éthiopien qui fit élever ce monument avait subjugué toutes les contrées qui s’étendaient depuis Leuce-come jusqu’aux Sabéens, c’est-à-dire tout le pays qui, suivant l’auteur du Périple, composait l’Arabie proprement dite.
D’après tous les détails dans lesquels je viens d’entrer,
je crois qu’il est plus naturel de supposer que les noms Hauara et Acuxr) xo)Ui.Yi, dont l’un est la traduction de l’autre, désignent un seul et même lieu, et que c’est celui qui, chez les géographes arabes, se présente avec une dénomination parfaitement analogue. Suivant un géographe arabe, « Hoiir, autrement Haurciy est un lieu situé )) au midi, à l’extrémité du territoire de l’Égypte, du côté
)) du Hedjâz, à l’orient de Kolzoum, sur le bord de la D) mer Rouge. Suivant d’autres, Hour était une rade où )) s’arrêtaient les vaisseaux lorsque l’on se rendait à Mé- » dine. » Il est difficile de trouver des détails plus vagues et plus incohérents que ceux qui se trouvent consignés dans ce passage ; mais d’autres écrivains nous donnent à cet égard des renseignements plus précis et plus exacts. L’auteur du Kamous atteste (t. I, p. 507, éd. de Calcutta) que Haura est un lieu peu éloigné de Médine et qui sert de rade aux vaisseaux égyptiens.
Soïouti, dans sa description de l’Égypte, racontant la marche des pèlerins depuis l’Égypte jusqu’à la Mecque, place Haura à cinq stations au nord de lanbo. L’Edrisi nous donne sur ce lieu les détails suivants : « Haura est un )) bourg bien bâti et habité par des scbérifs. Près de là » est une carrière ou l’on exploite la pierre de Beram )) f pierre ollaire) que l’on transporte dans tous les pays )) limitrophes ou éloignés. Tout auprès, du côté du midi, )) est situé la montagne de Radwa, qui renferme une car- '» rière de silex. Les habitants de Haura ont des puits qui » leur fournissent une eau douce. Ce lieu offre un an-
)) orage pour les vaisseaux, et est défendu par une torte-
)) resse. )> Nous apprenons^ par le témoignage d’Ebn- Ilaukal, que le mont Radwa, situé au voisinage de Haura,, est une montagne étendue que l’on aperçoit de la ville de‘ ïanbo. Abou’lfeda ajoute que cette dernière place est peui éloignée de la montagne de Radw^a. Ebn-Khaldoun sei contente de dire que près de Haura le rivage de la mer' Rouge se dirige au midi vers le Hedjâz. C’est, si je ne trompe, à plusieurs journées au nord de ïanbo qu’il faut chercher le site de Hauara ou Leuce-come. Enfin, une nouvelle preuve semble confirmer cette assertion : Soïouti place à deux journées au-delà de Haura une ville appelée Nabaty qui conserve ainsi les traces du séjour des Nabatéens.
Suivant le témoignage d’un historien arabe, Hosameldin-Loulou ayant été envoyé par’ Saladin pour repousser les Francs qui ravageaient les côtes de la mer Rouge, défit d’abord ceux qui assiégeaient la ville de Aïlah; s’étant mis à la poursuite d’un second corps qui se dirigeait vers le Hedjâz, il atteignit les ennemis près du rivage de Haura.
Si je ne me trompe, on ne saurait s’écarter beaucoup de la vérité en plaçant Hauara ou Leuce-come au lieu marqué sur la carte de Banville.
Il faut bien se garder de confondre la ville de Hauara ou Leuce-come avec une autre place également nommée Ilauarra par la Table théodosienne, et qui était située à trente-huit mille de Pétra et soixante-quatre de Aïlah. Dans la Notice de l’empire son nom est écrit Hauana, et nous voyons que ce lieu était un poste important où
résidait un corps de cavaliers archers et indigènes. Suivant le témoignage des Notices ecclésiastiques, elle formait un siège épiscopal. Quelle que soit la leçon que l’on croie devoir admettre, soit qu’on adopte le nom de Hauana, soit qu’on préfère celui de Hauarra, il est facile de sentir qu’une ville située dans l’intérieur des terres, à si peu de distance de Pétra, ne pouvait avoir rien de commun avec une plaee maritime située bien plus au midi, et qui était le grand entrepôt du commerce des Nabatéens. On pourrait toutefois supposer, sans aucune invraisemblance, que des habitants de la ville de Hauarra, voisine de Pétra,. avaient eu la première idée de fonder un établissement commercial sur le bord du golfe Arabique, et que, suivant un usage également reçu chez les peuples anciens et modernes, ils avaient donné à cette colonie le nom de leur ville natale.
Parmi les autres villes qu’Étienne de Byzance indique comme faisant partie de la contrée habitée par les Nabatéens, Oboda est la même que Pline nomme Ebocle, Ptolémée Ebocla, et que ce géographe place sous la longitude de 65° 15', et une latitude de 30° 30'. C’est le même lieu qui, dans la Table théodosienne, est nommé Oboda, et placé à vingt et un milles au midi d’Élusa.
Le golfe Élanitique, qui formait vers le nord-est l’extrémité de la mer Rouge, était compris dans les limites du pays des Nabatéens, qui, comme nous l’avons vu, possédaient sur la rive de ce golfe un nombre de bourgs plus ou moins considérable. Ce bras de mer, ainsi que tout le monde le sait, se terminait à la ville d’Aïla, ou
Aïlatli, ou Elana, qui lui donnait son nom. Cette ville, nommée par les Hébreux Elath, ou Eloth, et qui existait déjà à l’époque du séjour des Israélites dans l’Arabie, était située dans le pays des Iduméens.
Elle fut, sans doute à raison de sa situation avantageuse, une de ces places où David mit des garnisons, à l’époque où il fit la conquête de l’idumée. Elle devint célèbre chez les Juifs, parce que c’était dans son port et dans celui d’Esion-Gaber que mettaient à la voile les flottes combinées de Salomon et du roi de Tyr, pour aller faire le voyage de la contrée d’Ophir. Sous le règne de Joram, fils de Josapbat, l’Idumée se souleva contre le joug des Juifs ; et, malgré une victoire remportée par ce prince, les rebelles conservèrent leur indépendance. Dans cette cireonstance, il n’est pas fait mention d’Elatli, qui, depuis l’interruption du eommerce avee Ophir, avait sans doute beaucoup perdu de son importance. Ozias ou Azarias, roi de Juda, reconquit cette ville et la rebâtit. Sous le règne d’Achaz, Resin, roi de Syrie, chassa les Juifs d’Elath, conquit cette ville, l’incorpora à son empire; et dès ce moment les Iduméens revinrent s’établir à Elath, qu’ils avaient fuie à l’époque delà domination des Israélites. Diodore de Sieile fait mention d’un golfe de la mer Rouge qu’il nomme AaiavGriç; il est probable qu’il faut lire ici AiXaviV/iÇ, Ælanite. Nous apprenons de saint Jérôme que, sous la domination romaine, la dixième légion formait la garnison de la ville d’Aïlatli ou xVila ; et ce fait est confirmé par le témoignage de la Notice de l’empire, qui nous apprend en outre que cette ville ap-
partenait à la province de Palestine. Dans une autre notice elle est surnommée Elas, EXaç, et placée également dans la troisième Palestine.
Joseph écrit le nom de cette ville tantôt Ælane, AiAavy], tantôt Ælath, AtXàô. Etienne de Byzance Pût mention de la ville à’Ælanurrij ’AiXavov, située sur un golfe appelé Aïla, AïXof. Strabon donne à cette ville le nom d’Elana, ’^EXava, et au golfe sur lequel elle était située, le nom d’Elanite, EXavir/jç; Pline le naturalisie écrit Ælana, Sinus ÆlaniticuSj et ailleurs Læana, Ælana, Sinus Ælaniticus, Alenaticus et Lœaniticus, Dans l’ouvrage d’Agatharchide il est fait mention du golfe AaiaviV/]?; Ptolémée nomme Elana, "EXava et le golfe Élanite, EXaviT'/jç ; Procope écrit Allas, AïXaç. Alla était un siège épiscopal. L’auteur de la vie de saint Sabas fait mention de Paul, évêque d’Aïla.
Comme cette ville se trouvait placée à l’extrémité de l’empire romain, elle servit plus d’une fois de lieu d’exil. Ainsi nous lisons que le patriarche de Jérusalem, Élie, fut relégué dans la ville d’Aïla.
Nous lisons, dans la relation du martyre des solitaires de Raïthe, que les Blemmyes, s’étant embarqués sur la mer Rouge et se dirigeant vers Glysma, arrêtèrent un vaisseau qui venait de ’AïXa, et pressèrent les passagers de les conduire vers le lieu où ils se proposaient de porter leurs déprédations.
Le nom de Aïlah, se conserva sous la domination des Arabes. Nous lisons dans l’bistoire de Mahomet que ce prétendu prophète, étant arrivé à Tabouk, la neuvième année de l’hégire, reçut la visite de Johannah (Jean), fds
de Roubah, prince de Aïlah, qui venait lui demander la t paix et oiïrait de se soumettre au payement annuel de la i capitation. Mahomet accéda à cette proposition, et délivra | à ce gouverneur un acte authentique constatant le traité | qui venait d’être conclu. |
Ebn-Haukal dit que la ville d’Aïlah était le point où se réunissaient les caravanes d’Egypte et de Syrie lorsqu’elles allaient faire le pèlerinage de la Mecque. Il ajoute que Ton comptait vingt stations, entre Aïlah et Djar, le port de Médine. Les auteurs cités par Abou’lfeda évaluent la longitude de cette ville à 55^^ 45', ou 57^" 40', ou 58" 40', et sa latitude, les uns à 29°, d’autres à 28° 50', d’autres enfin à 30° 50'. (c xAïlah, dit ailleurs ce cc géographe, était une petite ville entourée d’un terri-
(( toire de peu d’étendue, semé en grains Elle est
cc située sur le rivage de la mer de Kolzoum, sur la route cc que suivent les pèlerins de l’Egypte pour se rendre cc à la Mecque. C’est aujourd’hui une forteresse, où récc side un gouverneur nommé par le sultan d’Egypte, cc On n’y voit plus aucune culture. Elle avait jadis un cc château placé dans la mer; mais il est aujourd’hui cc ruiné, et le gouverneur a établi sa résidence dans la cc forteresse bâtie sur la côte. »
Bakoui et Ebn-al-Oaurdi n’ajoutent presque rien aux détails donnés par Abou’lfeda; Ebn al-Oaurdi dit seulement : ce Le petit village nommé Akabah-Aïlah, est situé cc sur une montagne très-escarpée, où l’on ne peut moncc ter qu’un à un . »
Au rapport d’Ebn-Habib, cité par Makrizi, la vallée
où était située Aïlah portait le nom à'Othal- Aïlah est une ville placée au bord de la mer, entre FÉg'ypte et la Mecque : elle reçut le nom d’Aïlah, tille de Madian, et petite-fille d’ Abraham. Elle forme la frontière de la province de Hedjâz. C’était jadis une ville importante, centre d un commerce considérable, et sa population était extrêmement mélangée. Elle était autrefois la dernière place de l’empire romain. A un mille, s’élève une porte voûtée, qui appartenait à une forteresse: c’était la citadelle où se percevaient les droits de douane. Entre Aïlah et Jérusalem, la distance est de six stations. D’Aïlah au mont de Tor (le Sinai) on compte un jour et une nuit de marche. A 1 époque de l’islamisme, elle fut la résidence des enfants d’Ommaïah, qui, pour la plupart, étaient des affranchis de khalife Othman ben-Affan, et qui se chargeaient de fournir de l’eau aux pèlerins. Cette ville renfermait un grand nombre de savants, de littérateurs. Elle était le centre d’un commerce considérable, et on y voyait des marchés bien bâtis; son territoire abondait en plants de palmiers et en terres cultivées; le rocher d’ Aïlah, ne pouvait être gravi par un homme à cheval. Mais Faïk, affranchi de Koumarouïâh, fils d’Ahmed ben-Thouloun, améliora cette route, en aplanit le chemin, et rétablit les portions qui étaient dégradées. Aïlah renfermait de nombreuses mosquées; on y comptait beaucoup de juifs; ils prétendaient avoir conservé la robe du prophète Mahomet, que cet apôtre leur envoya, disaient-ils, comme gage de l’amnistie qu’il leur accordait. Pour appuyer leur assertion, ils produisaient un vêtement
d’étoffe d’Aden, enveloppé dans d’autres robes, et dont on ne voyait que la longueur d’un empan.
Depuis qu’elle fut soumise à la domination des Arabes, la ville d’ Allah conserva, durant plusieurs siècles, une position florissante et une population nombreuse. Sous le règne de Haroun-ben-Kboumarouwaïh, prince d’Egypte, Bedr fit réparer une grande berge qui se trouvait à Akabab-Aïlab. L’an 415 de l’hégire, cette ville fut attaquée et prise par Abd-allah ben-Edris-Djafari, qui avait sous ses ordres une partie des Benou-Djerah ; il pilla la place, d’où il enleva trois mille pièces d’or, ainsi qu’une grande quantité de grains, et emmena en captivité les femmes et les enfants ; mais bientôt après ce général fut destitué des fonctions de gouverneur de Wadi alkorâ, et des troupes envoyées du Caire se mirent en marche pour le combattre.
Au rapport du kadi Fadel, l’an 566 de l’hégire, Baladin fit préparer au Caire des vaisseaux, composés de pièces détachées, que l’on transporta à dos de chameaux. Le sultan les accompagna à la tête d’une armée nombreuse, et se mit en marche pour aller attaquer la forteresse d’Aïlah, qui était tombée au pouvoir des Francs. Arrivé sous les murs de cette place, au mois de rebiawal, le prince donna ordre de construire et de réparer les galères, qui furent immédiatement lancées à la mer et abondamment fournies de soldats et de munitions. La ville, attaquée à la fois par mer et par terre, fut prise le vingtième jour de rebi-akhir; les Francs, qui l’habitaient, furent tués ou faits prisonniers. Baladin laissa dans
cette forteresse un corps de troupes dévouées et une abondante provision d’armes et de tous les objets qui pouvaient être nécessaires à la garnison; après quoi il reprit la route du Caire, au mois de djoumada-second. L’an 577, une lettre du gouverneur d’Aïlah informa le sultan que les galères de cette ville étaient obligées à une surveillance continuelle par suite de la crainte qu’inspiraient les préparatifs des Francs. En effet, le prince (Renaud) ne tarda pas à paraître sous les murs d’Aïlah, Il envoya des troupes du côté de ïabouk, fortifia le rocher d’Aïlah et les points qui regardaient la Syrie, dans la crainte de se voir attaqué par des troupes venues de cette province ou de l’Egypte. Au mois de schaban de cette même année, la pluie tomba en abondance sur la montagne située vis-à-vis de la forteresse d’Aïlah, en sorte que durant deux mois les habitants furent suffisamment pourvus d’eau, et n’eurent pas besoin de recourir à celle de la source. La continuité des pluies endommagea les maisons, qui étaient mal bâties, et en ébranla les fondements ; mais les habitants se hâtèrent de réparer ce dégât et de consolider leurs demeures.
L’année suivante, Renaud ayant équipé une flotte sur la mer Rouge, porté de tout côté le ravage, jusque dans les environs de la ville d’Aïdab, Adel, quç Saladin son frère avait nommé pour gouverner l’Egypte en son absence, envoya en hâte à Kolzoum le chambellan Hosam-eddin Loulou, pour repousser un ennemi si redoutable. Loulou déploya dans cette occasion une extrême activité; ayant fait construire, en peu de temps.
un grand nombre de vaisseaux, il se rendit d’abord à Aïlah, où il enleva plusieurs vaisseaux des Francs et les fit livrer aux flammes.
L’an 719 de l’hégire, le sultan d’Egypte, Mobammedben-Kelaoun fit aplanir les rochers qui se trouvaient à Akabah-Aïlah et élargir les chemins, en sorte que ce passage ne présenta plus aux voyageurs d obstacle réel.
L’an 732, à l’époque où le même prince fit le pèlerinage de la Mecque, il dépêcha vers Akabah-Aïlah l’émir Itmesch, à la tête de cent pionniers. Par ses soins le passage fut élargi, l’escarpement adouci, et la montée
rendue beaucoup plus praticable.
Comme Akabah-Aïlah était une place fortifiée, qui du moins n’avait rien à craindre des attaques des Arabes, les pèlerins qui se rendaient à la Mecque y laissaient en dépôt des objets précieux.
L’an 800 de l’hégire, au mois de moharram, lorsque les pèlerins, à leur retour de la Mecque, arrivèrent à la forteresse d’Akabah, ils ne trouvèrent plus les objets qu’ils y avaient déposés, et qui avaient été pillés. On prétendit que le vol s’élevait à une valeur de vingt mille pièces d’or. L’Emir-alhadj fit arrêter l’intendant de la place. Une partie du larcin fut restitué à l’amiable, et les propriétaires firent l’abandon du reste.
Soïouti, décrivant la route que tenaient les pèlerins qui faisaient le voyage d’Egypte à la Mecque, place Aïlah à six stations de Suez ; puis il ajoute : « On y voit le grand )) rccher, par où l’on descend au rivage pierreux de la » mer de Kolzoum-, on marche sur cette côte jusqu’à ce
)) qu’on la traverse du nord au midi ; on y séjourne quatre )) ou cinq jours; on y trouve un marché considérable, )) fourni de toutes sortes de denrées, »
Ebn-Athir fait mention d’une forteresse appelée Sada7% située dans le désert, à peu de distance d’Akabah-Aïlah.
Comme la ville d’Akabah a succédé à celle d’Aïlah, dont les ruines existent dans le voisinage, cette différence de dénominations induisit en erreur le célèbre Dan ville, qui, s’appuyant d’ailleurs sur l’autorité d’une carte turque, supposa que le golfe oriental de la mer Rouge se terminait, à son extrémité septentrionale, en deux bras distincts et d’une longueur égale. Depuis cette époque, toutes les cartes géographiques présentèrent cette configuration vicieuse. M. Gosselin soupçonna que dans cette circonstance Danville avait pu se tromper; toutefois il n’osa, sur sa carte de la mer Rouge, contredire ouvertement son illustre prédécesseur. Enfin des voyageurs récents, le docteur Seetzen, MM. Rüppel, Ehrenberg, et en dernier lieu M. Léon Delaborde, ayant exploré les parages où s’élevait la ville d’Aïlab, et où subsiste encore celle d’Akabab, ont reconnu et démontré jusqu’à l’évidence que les deux golfes admis par Danville ne devaient leur naissance qu’à une méprise, et que le golfe Élanitique, à son extrémité septentrionale, se terminait par une simple courbure.
Avant de finir ce qui concerne les Nabatéens, je dois faire mention d’une hypothèse qu’a émise jadis, à l’égard de ce peuple, un savant d’un rare mérite.
P. Wesseling, s’appuyant d’un passage de Diodore de
Sicile où cet écrivain rapporte que chez les Nabatéens il était détendu par la loi d’ensemencer la terre, de boire du vin, etc., a cru découvrir une analogie marquante, et pouvoir admettre, par suite, une communauté d’origine entre ce peuple et les Rechabites, ou Cineens, dont il est souvent fait mention dans les annales du peuple juif; mais je crois que dans cette circonstance le savant critique a cédé un peu facilement au plaisir de faire un rapprochement neuf et ingénieux. Si la loi dont parle Diodore a réellement existé, on peut croire qu’elle était fondée, non pas sur un principe religieux, mais sur un motif puisé dans la position du peuple qui avait reçu cette législation. Les Nabatéens habitaient, comme il est facile de s’en convaincre, une région peu favorable à la culture, des céréales et de la vigne ; il n’eût donc été nullement avantageux de fatiguer vainement une terre inféconde et sablonneuse, qui aurait tout au plus récompensé, par de maigres récoltes, des labeurs longs et fatigants; tandis que le négoce, auquel la position des Nabateens les appelait impérieusement, devait les mettre à même d’importer chez eux les produits des autres contrées. D’un autre côté, le législateur, en interdisant l’usage du vin, qu’il eût fallu tirer de l’étranger, avait eu probablement en vue de maintenir chez ses compatriotes l’esprit d’économie, qui est la base du commerce, et en outre de prévenir tous les accidents auxquels pouvait donner lieu l’usage d’une liqueur qui eût été d’autant plus recherchée qu’elle venait de plus loin. Au reste, on peut légitimement douter que cette dernière loi ait continué d’être
observée religieusement à l’époque où les Nabatéens, enrichis par un négoce immense, se virent en état d’élever les monuments somptueux qui déeoraient leur capitale.
ORIGINE DES NABATÉENS.
Après avoir réuni, autant qu’il m’a été possible de le faire, les renseignements que les auteurs de l’antiquité nous ont transmis sur les Nabatéens, je dois rechercher ici quelle fut la patrie primitive de ce peuple, et à laquelle des principales nations de l’Asie il rattachait son origine. Si l’on en croit le témoignage de saint Jérôme, les Nabatéens descendaient de Nabaïot, fils aîné d’Ismaël. Si ce fait était démontré, il entraînerait la conséquence que les Nabatéens étaient Arabes d’origine, car les enfants d’Ismaël ont tous donné naissance à des branches plus ou moins étendues de la nation arabe ; mais il est bon d’observer que le nom de Nabaïot et celui des Nabatéens ne s’écrivent point avec les mêmes lettres, et que cette prétendue filiation, ne reposant sur aucun témoignage des écrivains de la Bible ou d’auteurs antérieurs à notre ère, ne peut être regardée que comme le résultat d’une conjecture qui peut être ingénieuse, mais qui n’est rien moins que démontrée. Si Joseph et d’autres historiens ou géographes dorment aux Nabatéens le nom à' Arabes, ce fait indique seulement que ce peuple habitait l’Arabie, ce qui ne souffre aucune difficulté, mais ne préjuge rien sur l’origine de cette nation.
Il faut se souvenir que les écrivains grecs et latins ont
en général mis peu de critique dans leurs assertions sur l’origine des nations qu’ils appelaient barbares. Étudiant peu les langues étrangères, ne consultant guère les histoires originales des différents peuples, ils étaient privés du fd le plus sûr qui puisse guider dans le dédale des recherches ethnographiques, et sans lequel on risque de s’égarer complètement en substituant les rêves de l’imagination aux calculs d’une investigation sévère et éclairée. C’est ainsi, par exemple, que, si l’on en croit les historiens romains, la ville de Hatra, devant laquelle Trajan et Sévère virent flétrir les lauriers cueillis dans leurs brillantes expéditions contre les Parthes, était gouvernée par un prince arabe; tandis que, suivant le témoignage unanime des meilleurs écrivains orientaux, les maîtres héréditaires de cette forteresse importante étaient Syriens d’origine.
Si les Nabatéens avaient appartenu à la grande famille des peuples arabes, on peut croire que ceux-ci n’auraient pas manqué de conserver quelque souvenir d’une nation qui leur aurait été unie par les liens de la parenté, et dont l’existence n’avait point été sans quelque gloire. Mais, si l’on parcourt les différentes listes des anciennes tribus arabes, si l’on interroge les traditions antérieures à Mahomet, on ne trouve pas un mot qui se rapporte aux Nabatéens et qui désigne l’Arabie comme la pairie originaire de ce peuple.
On m’objectera sans doute que cette omission, constituant une preuve négative, ne saurait, en histoire, offrir une démonstration à l’abri de toute objection critique. Je
répondrai que, pour qui connaît le soin avec lequel les Arabes se sont appliqués à recueillir leurs généalogies et à faire le dénombrement des différentes tribus dont se composait leur nation, il est difficile d’admettre qu’ils eussent perdu entièrement le souvenir d’un peuple nombreux, puissant, et qui jouait encore sur la scène du monde un rôle important peu de siècles seulement avant la naissance de Mahomet.
Enfin, et le fait est encore plus décisif, les Arabes ont bien connu les Nabatéens, mais ils s’accordent unanimement à reconnaître ce peuple comme étranger à l’Arabie, et comme appartenant à une race tout à fait différente de celle qui formait la réunion des descendants d’ismaël.
Suivant les auteurs orientaux, les Nabatéens appartenaient à la grande famille des nations araméennes et composaient la population primitive et indigène des provinces situées au-delà de l’Euphrate.
Comme cette assertion, au premier coup d’œil, peut paraître paradoxale, je me hâte de l’appuyer par un grand nombre de témoignages que j’emprunte aux écrivains arabes les plus judicieux. Je vais recueillir ces renseignements, et j’examinerai ensuite si ces détails peuvent s’appliquer avec quelque vraissemblance aux Nabatéens que nous ont fait connaître les historiens grecs et latins.
Si l’on consulte les annales de l’Orient, on trouve dans beaucoup de passages la mention expresse d’un peuple nombreux, désigné par le nom de Nahat ou Nabit. Au rapport du lexicographe Djeuheri, le mot Nabat ou Na-
bit, dont le pluriel est Anbat, désigne un peuple qui habite les marais situés entre les deux Iraks. Firouzabadi, , auteur du Kamous, nous donne précisément les mêmes ! détails. L’assertion des deux grammairiens est rigoureu- ^ sement vraie ; seulement ils ont resserre dans des limites trop étroites le peuple auquel ils attribuent la dénomination de Nabats ou Nabatéens.
En effet, les plus savants et les plus judicieux des historiens de l’Asie s’accordent à nous présenter cette nation comme ayant occupé une vaste étendue de pays et joué dans l’histoire un rôle important.
Les uns, donnant au nom de Nabats ou Nabatéens la plus grande extension possible, comprennent sous cette dénomination toutes les nations d’origine syrienne qui habitaient depuis l’Égypte jusqu’au-delà du Tigre. D’autres (et cette opinion est la plus ancienne) divisent tous ces peuples en deux grandes branches, dont l’une, les Syriens proprement dits, était établie en deçà de l’Euphratej l’autre, je veux dire les Nabateens, était lepandue au-delà de ce fleuve et formait la population indigène de la Chaldée et de la Mésopotamie. De nombreux témoignages vont, je l’espère, démontrer 1 opinion que j’expose ici. Je prie seulement mes lecteurs de ne pas être choqués si les écrivains que je cite offrent quelques contradictions relativement aux ancêtres auxquels ils attribuent l’origine des Nabatéens, puisque, lorsqu il s’agit d’une époque aussi reculée, on ne doit pas être surpris de trouver un peu en défaut la science des généalogistes.
Makrizi, daîjs un passage de sa Description de l’Égypte, s’exprime en ces termes : « Biser, fils de Kham et )) petit-fils de Noé, eut quatre fils, savoir : Misr, Farek, » Madj et ladj. Madj occupa le pays qui s’étend depuis )) l’extrémité des frontières de l’Égypte jusqu’au Djézi- )) reh (la Mésopotamie), dans un espace d’un mois de )) marche. Il fut le père des Nabatéens de la Syrie. (Je » n’hésite pas à lire Nahat, au lieu du mot Kobt, que » présente le manuscrit.) ladj eut pour sa part le Djezi- )) reh tout entier, et c’est de lui que les Nabatéens de » rirak tirent leur origine. »
On voit par ce passage que Makrizi comprend sous la dénomination de Nabat tous les peuples araméens, c’està-dire ceux qui habitaient en deçà et au-delà de l’Euphrate, depuis les frontières de TÉgypte jusqu’à celles
de la Perse.
Longtemps avant Makrizi, un historien non moins judicieux, Masoudi, avait donné sur les Nabatéens des détails encore plus précis. Parmi les enfants de Masch, )) fils d’Aram, fils de Sem, fils de Noé, on distingue » Nabit, auquel tous les Nabatéens et leurs rois rappor- » tent leur origine. ».
« Nabit, fils de Masch, dit plus loin le même historien, » ayant fixé sa résidence à Babylone, ses descendants » s’emparèrent de l’Irak tout entier. Ce sont les Naba- » téensqui donnèrent des rois à Babylone. Ces princes, » comme nous l’avons dit plus haut, couvrirent la terre » de villes, y introduisirent la civilisation, et régnèrent » avec une gloire que rien n’a pu égaler. Le temps les
)) a dépouillés de leur grandeur, leur a enlevé leur em- )) pire; et leurs descendants, réduits à un état de dépen- )) dance et d’humiliation , sont aujourd’hui dispersés » dans l’Irak et dans d’autres provinces. »
Le même historien nous donne ailleurs des détails que je crois devoir transcrire. « Après le déluge, dit-il, les )) hommes s’établirent dans diverses contrées ; tels furent )) les Nabatéens, qui fondèrent la ville de Bahylone, et » ceux des descendants de Kham qui se fixèrent dans la D) même province, sous la conduite de Nemrod, fils de » Kanaan, fils de Senkharib, fils du premier Nemrod, » lequel était fils de Kousch, fils de Kham et arrière-petit- )) fils de Noé. Cet établissement eut lieu à l’époque où » Nemrod prif le gouvernement de la Babylonie, comme )) délégué de Dzahhak, surnommé Biourasp, »
Dans ces passages, ainsi qu’il est facile de le voir, Masoudi est en contradiction formelle avec Makrizi, puisqu’il fait descendre de Sem les Nabatéens, à qui l’autre historien donne Kham pour père. L’opinion de Masoudi doit sans doute inspirer plus de confiance ; mais cet écrivain nous découvre la cause de l’erreur généalogique commise par d’autres auteurs, lorsqu’il nous apprend que les Nabatéens, issus de Sem, avaient reçu au milieu d’eux une colonie de descendants de Kham, commandés par Nemrod ; et les assertions de l’historien arabe sont parfaitement d’accord avec les renseignements que Moïse nous donne dans le livre de la Genèse.
Masoudi, dans un grand nombre de passages, confirme et développe les détails que je viens de transcrire.
Je vais rapporter successivement tout ce que Thistorien arabe a dit sur ce sujet. Je ne prétends point sans doute garantir l’authenticité de chacun des faits consignés dans la narration de Masoudi. On peut, si l’on veut, n’en admettre qu’une partie et rejeter ceux de ces renseigne» ments qui paraissent, avec quelque raison, ou douteux, ou même faux ; mais il n’en restera pas moins prouvé qu’une tradition répandue dans l’Orient, et constatée par le témoignage des plus habiles historiens, donnait aux Nabatéens une origine araméenne.
Masoudi, dans ses dihérents ouvrages, s’arrête avec complaisance sur le peuple qui fait Tobjet de ce mémoire. ce Les Syriens, dit-il, sont les mêmes que les Na- )) batéens. » Plus bas il dit : ce Les Nemrods étaient les » rois des Syriens, que les Arabes nomment Nabatéens. » Parlant du pays de l’Iran ou de la Perse, il s’exprime en ces termes : ce Les Nabatéens prétendent que cette con- » trée leur appartient et qu’ils l’ont possédée primitive- » ment; que leurs rois étaient les Nemrods, parmi les- )) quels on compte le Nemrod qui figure dans l’histoire » d’Abraham ; que le nom de Nemrod était un titre com-
» mun à tous leurs souverains »
cc Si l’on en croit les Nabatéens, c'est d’eux que l’Iran » a emprunté son nom, puisque sa véritable dénomina- » tion était Arian-ScheUvy c’est-à-dire la ville (le pays) » des lions; car le mot arian^ est le pluriel d'aria, qui, » en langue nabatéenne, signifie un lion. Ils assurent » qu’on les avait comparés à cet animal à raison de leur » courage intrépide. )) Je ne prétends point, à coup sûr.
défendre cette étymologie, qui me paraît fort peu probable; mais j’ai dû la rapporter, attendu qu’il est toujours intéressant de connaître les idées qu’un peuple célèbre s’est formées sur ses origines, même quand elles ne sont pas sur tous les points d’une exactitude parfaite.
Masoudi, dans un autre endroit, s’exprime en ces termes : « La ville de Babylone portait, dans les langues (c persane et nabatéenne, le nom de BabiL Parmi les sa- « vants d’entre les Perses et les Nabats, plusieurs prête tendent que ce mot dérive de la planète de Jupiter, qui, (( dans leur ancienne langue, était appelée BiL » Plus loin Masoudi range parmi les Chaldéens les Nabats de l’Irak, (c Les Chaldéens, dit-il ailleurs, sont les mêmes (t que les Syriens, appelés autrement Nahat. » Il assure que les Syriens ou Chaldéens parlaient la langue syriaque, et portaient, chez les Arabes, le nom de Nahat. Il ajoute que, suivant quelques historiens, les Syriens sont identiques avec les Nabats ; que, suivant d’autres, les Syriens descendent d’un frère de Loudmasch, fils de Nabit. Plus loin il dit : a Les habitants de Ninive faisaient partie de « ceux que nous appelons Nahits et Syriens, qui forment (( une seule nation et parlent une même langue : celle des cc Nabits diffère seulement par un petit nombre de lettres, cc mais le fond du langage est identique.
Masoudi atteste que les rois qui portaient le titre d’irdevan et faisaient partie des Molouk-tawaïf, c’est-à-dire des successeurs d’Alexandre, régnaient sur les Nabatéens et occupaient dans l’Irak la contrée que baigne l’Euphrate. (C Le dernier prince qui tomba sous les coups
« d’Ardeschir, fds de Babek, dit ailleurs le même écri- (( vain, fut un roi des Nabatéens nommé Bad, fils de (c Berd, qui résidait dans le Sawad de l’Irak (la Chaldée), (c et avait sous sa dépendance la ville de Kasr-ebn-Ho- (c baïrah. »
Au rapport du géographe lakouti, le canal appelé Nahrahnélikj qui communiquait de l’Euphrate au Tigre, fut, suivant quelques récits, creusé par ordre d’Akfour-schab, fils de Balasch, le dernier des rois nabatéens.
Abou’Ifaradj assure que l’empire des Nabatéens-Chaldéens fut renversé par Darius le Mède et tranféré aux Perses.
D’après les passages que je viens de recueillir, il est clair que, dans les idées de Masoudi, les Nabats ou Nabits avaient formé une grande nation, que l’on confondait souvent avec les Syriens, avec qui ils avaient une communauté d’origine et de langage ; qu’ils occupaient cette vaste étendue de pays comprise entre le Tigre et TEuphrate, et désignée chez les anciens par les noms de Mé~ sopotamie et de Chaldée. Cette assertion est confirmée par le témoignage des meilleurs écrivains orientaux. L’auteur de l’agriculture nabatéenne dit expressément que les Nabats étaient les habitants de Babylone avant le règne des Cbaldéens. Le même écrivain comprend ailleurs, parmi les Nabats, les Cananéens et les habitants de la Syrie. Enfin, si on l’en croit, les Nabats avaient cultivé tous les genres de sciences ; c’étaient eux qui en avaient été les inventeurs, et qui en avaient transmis la connaissance aux autres peuples.
Le judicieux Ebd-Khaldoun partage entièrement l’opinion que je viens d’exposer. Si on en croit cet historien, la civilisation s’était constamment maintenue dans l’Irak, attendu que cette province avait été sans interruption soumise à la domination des Nabats et des Perses, dans la personne des rois Ghaldéens, Keïaniens et Cosroës.
Le même auteur, parlant des anciens peuples qui dès l’origine des sociétés avaient eu un gouvernement régulier, une langue et des institutions à part, met de ce nombre les premiers Perses et les Nabats.
Ebn-Khaldoun, dans un autre endroit, s’exprime en ces termes : cc Les Ghaldéens, avant eux les Syriens, et » de leur temps les Nabatéens (car je lis encore ici le » nom Nabat, au lieu de celui de Goptes, Kobt), s’adon- » nèrent avec ardeur à l’étude de la magie, de l’astro- » logie, et à la connaissance des influences et des talis- » mans. »
Enfin le même historien, parlant de la magie, nous donne les détails suivants : « Les livres qui traitaient de » cette science étaient comme perdus parmi les hommes, )) à l’exception de ce qui était consigné dans les ouvrages » des peuples anciens, antérieurs à la mission de Moïse, » tels que les Nabatéens, les Ghaldéens. Ges sciences exis- )) taient donc chez les Syriens, habitants de Babylone, et » en Égypte chez les Goptes. )>
Dans tous ces passages, comme on vient de le voir, le nom de Nabats ou Nabatéens désigne la population primitive et indigène de la Ghaldée et des provinces voisines. Ge sont probablement les Nabatéens qu’Eusèbe désigne
SOUS le nom de Bahifloniens, et qu’il distingue des Chaldéens. ils oceupaient toute eette contrée que l’on appela depuis VIrak-Arabi en donnant à ee nom toute l’extension possible, e’est-à-dire en y comprenant mêmcj comme je le dirai ailleurs, plusieurs provinces situées au-delà du Tigre.
Un géographe arabe anonyme expose et développe sur ce sujet une opinion qui s’éloigne un peu de celle qu’a exprimée Masoudi. «Les Nabatéens, dit cet écrivain, des- )) cendent de Nabit, fils de Kanaan, fils deKousch, fils de )) Kham. Iis habitaient la province de Babylone, et eurent )) pour roi Nemrod le Grand. On comptait parmi eux les » Ghaldéens, les Casdéens, les Djenbans, les Garméens, » les Koutaris, les Cananéens, qui étaient d’origine naba-
» téenne. Ce sont eux qui, les premiers, se sont appii- » qués à l’architecture, ont fixé les divisions territoriales, » creusé des canaux, planté des arbres, inventé les amu»
)> lettes, les fumigations, les sortilèges et tous les procé- » dés magiques. Tous étaient Sabéens, et adoraient les )) étoiles et les idoles. )>
On voit que ce géographe, en copiant un passage d’un écrivain plus ancien, a commis une erreur grave, puisqu’il fait descendre les Nabatéens de Kham, tandis qu’ils reconnaissaient Sem pour leur aïeul. îi ne s’est point rappelé, que suivant Masoudi, ce peuple, forcé de se soumettre aux armes de Nemrod, avait, dans la personne de ce prince et de ses successeurs, obéi aux lois des enfants de Kham.
L’auteur de l’ouvrage arabe initulé Ikhwan'alsafd^ parlant de plusieurs personnes qui naissent à la même
heure, sous ririlluerice d’une même constellation, ajoute cc Les uns naissent dans le pays des Arabes, d’autres dans5|j )) celui des Nabatéens, d’autres dans celui des Armé-È )) niens. » On voit facilement que dans ce passage le payssj des Nabatéens désigne les contrées situées entre le TigreH et l’Euphrate.
Ne voulant rien dissimuler de tout ce qui peut répandrci quelquejour sur la question qui fait F objet de ce mémoire,, fî je rapporterai ici un passage qui semble contredire i’opi-|i nion que je viens d’émettre. Un des plus judicieux d’entre.ji les historiens arabes, Tabari, s’exprime en ces termes ::|î cc Les Nabatéens qui habitent aujourd’hui le Saivad (lail. » Chaldée) et les villages de l’Irak descendent tous des^^^ )) Araméens, qui, lorsque les Arabes s’emparèrent de leuri|j » pays, se dispersèrent dans les campagnes et s’adon-[i » nèrent à l’agriculture. » Un historien persan anonyme at copié cette assertion, qu’il a seulement un peu modifiée.. U cc Lorsque les Arabes, dit cet écrivain, s’établirent suriH )) l’emplacement des villes de Hirah et d’Anbar, ils y trou--! )) vèrent une population composée d’un reste d’ Araméens, ii )> et qu’ils chassèrent de cette contrée. Suivant quelques-^é » uns, les Nabatéens qui habitent le Sawad de l’îrak etH
les villages de ce pays sont la postérité de ces Ara-»:^ )> méens. )>
Cette assertion, si je ne me trompe, ne doit point êtrai; prise à la lettre. En effet, on ne peut pas supposer qu’une^ poignée d’hommes réduits à fuir devant les armes victo- i; rieuses des Arabes eût donné naissance à cette nombreuse^; nation des Nabatéens qui se trouvait répandue dans une st i
grande étendue de pays, d’autant plus que, comme Thistoire l’atteste, la meilleure partie de la population indigène se soumit paisiblement à la domination des musulmans et consentit à payer annuellement la capitation. Il est donc naturel de croire qu’à une époque plus ancienne, avant la naissance de l’islamisme, lorsque les tribus arabes n’étaient nullement animées de cet esprit ardent de prosélytisme que leur inspira Mahomet, iis ne pouvaient avoir aucun intérêt à expulser les habitants primitifs, dans les» quels iis trouvaient des sujets industrieux et actifs. Ainsi donc l’émigration ne put être que fort peu nombreuse. En outre, nous voyons que dans la ville de Hirah, et dans les autres lieux où les Arabes avaient établi leur empire, il existait toujours une population indigène, professant la religion chrétienne et jouissant d’autant de liberté que peut en concéder un gouvernement despotique. Enfin les anciens habitants de Hirah et d’Anbar étaient de la même extraction que ceux du reste de la Babylonie. Tabari atteste d’une manière expresse que c’étaient des Araméens ; par conséquent leur arrivée dans les pays situés au-delà de l’Euphrate n’y amena point une population de race dilférente, et ne modifia en aucune manière la nature de celle qui habitait cette contrée. On peut donc conclure seulement que des Araméens, en plus ou moins grand nombre, ayant, à une époque ancienne, fui devant les Arabes qui venaient occuper Hirah et les autres parties de la Ghaldée, situées à foccident de l’Euphrate, avaient traversé ce fleuve et s’étalent réunis aux habitants primitifs, dans lesquels ils se fondirent insensiblement. En elfet, long-
temps avant les plus anciens élabiissements des Arabes sur la rive occidentale de l’Euphrate, il existait dans la Chaldée et la Mésopotamie une population indigène à laquelle les auteurs orientaux donnent le nom de NabatéenSy et à laquelle allèrent se réunir les Araméens chassés par les Arabes des bords de l’Euphrate. Ces habitants primitifs sont les mêmes que ceux dont parle Masoudi sous la dénomination de Chaldéens et de Babijlonwis, Suivant cet historien, « les Chaldéens ne diffèrent point desBaby- 3) Ioniens : un débris de ce peuple existe encore aujour- » d’hui dans les marais, entre Wasit et Basrah, dans les 3) villages qui s’y trouvent compris. En faisant leurs 3) prières ils tournent le visage vers le pôle septentrional 3) et le signe du Capricorne. 3)
D’après les divers témoignages que je viens de rassembler, je crois pouvoir conclure que ce nom de Nabatéens, pris dans sa véritable extension, désignait la population de race araméenne qui habitait les contrées situées entre l’Euphrate et le Tigre.
Mais, dira-t-on, si le nom de Nabatéens avait réellement une origine antique et désignait une race d’hommes aussi nombreuse que célèbre, comment est-il possible que cette dénomination ne se rencontre pas, avec le sens que je lui donne, ni chez les écrivains de l’antiquité, ni même chez les historiens syriaques? On pourrait répondre à cette difficulté en citant le témoignage de Masoudi, qui atteste dans plusieurs passages que le nom de Nabats devait son origine aux Arabes. Si ce fait était exact, on concevrait sans peine (|ue ce nom fût resté incormu aux
antres peuples de l’Orient. Mais celle solution, fjuoiqne plausible au premier abord, ne me paraît pas devoir être adoptée. En effet, le mot Nahat ou NaUt ne présente pas dans la langue arabe une signification satisfaisante. Masoudi prétend, il est vrai, que suivant quelques traditions, les habitants de la Chaldée avaient reçu le nom de Nabats parce qu’ils avaient inventé l’art de cultiver les terres et de faire sortir l’eau du sein de la terre. Mais cette étymologie, peu naturelle, peu conforme au génie de la langue arabe, a été imaginée après coup, pour trouver dans cet idiome l’origine d’un nom qui avait quelque célébrité ; d’ailleurs les différences que l’on remarque dans la manière dont ce mot est écrit chez les auteurs arabes suffiraient seules pour faire croire qu’il appartient à une autre langue. Quant à ce qui concerne le témoignage des écrivains de l’antiquité, on doit être peu surpris de voir les Grecs et les Latins ignorer le nom des habitants de la Babylonie et de la Mésopotamie, puisqu’ils n’ont guère mieux connu le véritable nom des Syriens; et on ne saurait conclure de ce silence que la dénomination de Nabatéens ne fût point encore en usage. Il est vrai que l’on ne peut pas citer de preuves formelles qui démontrent l’existence antique de ce nom ; mais du moins on peut produire, à l’appui du témoignage des meilleurs écrivains orientaux, des preuves indirectes qui constatent que ce nom n’était point inconnu dans les contrées au-delà de 1 Euphrate. Joseph parle d’un habitant de l’Adiabène qui était fils de Nabatée. Voilà donc ce nom employé comme nom propre dans l’Adiabène, pays situé au-delà du Tigre,
qui faisait partie de l’ancienne Assyrie, et dont la population semble avoir parlé un langage mélangé de l’idiome ! perse et du syriaque. En effet, nous trouvons parmi les; rois de cette province des noms qui appartiennent évi- • demment au langage des Perses, tels qu’Izates, Artaschir ; , et, d’un autre côté, le même habitant, fils de Nabatée, , portait, dit Joseph, le surnom deChagiras, c’est-à-dire ‘ boiteux. Or, telle est la signification de ce mot dans lai langue syriaque.
D’un autre côté, il existe une traduction arabe d’un ou-» vrage intitulé V Agriculture nabatéenne, dont je parlerai! plus bas, qui, si je ne me trompe, remonte à une assez j haute antiquité, et que Ton peut regarder comme le seuil monument littéraire que nous aient transmis les peuples 5 de laBabylonie. Or, peut-on supposer avec quelque vrai->i semblance que le traducteur, Ebn-Wahschiiah, eût de^‘ son chef adopté ce titre, s’il nel’eûttrouvé en tête de l’ou--! vrage? On peut donc croire que le mot N abat ou Nabiti existait de temps immémorial chez les peuples de laij Chaldée, et que c’était par ce nom que ces peuple se dé--i signaient eux-mêmes. En effet, il est naturel de supposer I que les habitants primitifs de la Chaldée, outre leur nomi| générique d' Araméens^ en avaient un autre, par lequel ils^i se distinguaient des peuples de même race établis à Foc--! cident de FEuphrate. Or, une dénomination de ce genre ne se rencontre nulle part chez les écrivains de l’antiquité. .| Mais il ne faut pas conclure de ce silence qu’elle n’ait pas^ réellement existé ; on peut plutôt croire que leshistorienss grecs sont restés à ce sujet dans une entière ignorance, .
ce quille doit guère étonner quand on songe que les Grecs n’ont eu avec les peuples de la Babylonie que des rapports peu fréquents et peu intimes, tandis que les Arabes, se trouvant à l’égard des peuples de cette contrée dans une position limitrophe, parlant un langage, sinon semblable, du moins approchant du leur, ayant avec eux, soit comme alliés, soit comme ennemis, de nombreux points de contact, ont été plus à portée qu’aucune autre nation, et surtout que les Grecs, de connaître à fond leurs voisins et d’apprendre à les désigner par leur nom véritable.
Si cette dénomination ne fut pas aussi généralement connue qu’elle semblerait avoir dû l’être, Masoudi nous donne de ce fait une explication qui paraît au moins fort plausible. Si l’on en croit ce judicieux historien, les habitants de la contrée appelée [Vlran), ayant vu la perte de leur puissance, avaient depuis l’islamisme rejeté le nom de Nabatéens, et s’étalent, pour la plupart, donnés pour sujets naturels des rois de Perse.
D’ailleurs des peuples entiers peuvent quelquefois, sans aucun motif apparent, oublier et laisser tomber en désuétude le nom sous lequel ils ont été connus durant « un grand nombre de siècles. La nation syrienne offre de ce fait un exemple bien frappant. On me permettra sans doute d’entrer à cet égard dans quelques détails qui peuvent ne pas être dépourvus d’intérêt.
Dès les premiers temps historiques, les annales de l’Orient nous montrent une nation puissante, nombreuse et occupant les vastes contrées qui s’étendent depuis le nord de la Palestine jusqu’au-delà du Tigre. Cette nation
est la même que les Grecs ont désignée par le nom de Syriens, mais qui, dans sa langue et dans celle des peuples voisins, était appelée Arani, ou Orom, suivant la prononciation usitée dans les différents dialectes. L’origine des Araméens remonte jusqu’aux temps voisins du dé-
luge, et coïncide avec celle des peuples les plus célèbres de l’ancienne Asie; car, suivant le récit de Moïse, Aram, père de cette nation, était fds de Sem et frère d’Élam et d’Aschour, premiers ancêtres des Perses et des Assyriens. Comme la contrée qui portait le nom d’Aram était d’une immense étendue, elle se subdivisait naturellement en plusieurs grands États, dont chacun se distinguait par un surnom particulier. Ainsi, dès le temps d’Abraham, on désignait par le nom de Faddan-Aram, Plaine d'Aram, ou Aram-Nahraïm (Aram des deux fleuves), tout le pays
compris entre le Tigre et l’Euphrate, que les Grecs nommèrent ensuite Mésopotamie. Plus tard, nous trouvons, dans la Bible, Aram-Dammesek, c’est-à-dire la partie du pays d’Aram dont Damas était la capitale ; Aram-Tsoba , qui, si l’on en croit Blichaëlis, désignait la contrée où était située la ville de Nisibe ; et enfin Aram-Bet-Rehob, nom d’un royaume placé sur les bords de l’Euphrate. L’adjectif Arami, ou Arammi, désignait un homme appartenant à quelque branche que ce fût de la nation araméenne. Ainsi la Bible l’applique également à Laban, natif de la Mésopotamie, et aux habitants des pays en deçà de l’Euphrate.
Le mot Aram est resté presque ignoré des Grecs et des Latins, car Strabon est à peu près le seul écrivain qui at-
teste d’une manière expresse que les Syriens se désignaient eux-mêmes par la dénomination de Apd^oi ou Apci{/,aioi. Mais ce nom n’a pas été inconnu aux historiens arabes, du moins aux plus anciens et aux plus exacts. Nous lisons dans Hamzah-îsfabani que les Arman , sont les Nabatéens de la Syrie. Les Arman sont nommés par Tabari comme les ancêtres des Nabatéens de l’Irak. Masoudi, parlant de la montagne appelée Alemalscheïian (la montagne du diable) , située non loin de celle de Toiir-Abdin, ajoute : (c On y trouve des restes )) des Annan, qui font partie des Syriens. »
Le même écrivain comprend, parmi les Ghaldéens, les Assyriens et les Arman. Plus bas il ajoute que les Arman étaient les Nabatéens-Armanis. Enfin il raconte que les rois Sassanides, en établissant leur domination dans l’Irak, anéantirent la puissance des Nabatéens et des Arman.
Au rapport d’un historien persan anonyme, que j’ai déjàeu occasion de citer, les Arabes, lors de leur premier établissement dans les environs de Hirab et d’Anbar, chassèrent le^Armins qui habitaient ces cantons, et qui étaient un reste de la nation d’Aram. Enfin je crois retrouver le même nom dans un passage d’Ebd-Khaldoun. Cet habile écrivain, exposant en peu de mots l’histoire des enfants d’Israël, dit qu’ils eurent à soutenir des guerres contre les peuples de la Palestine, les Ghananéens, les Arméniens, les Iduméens, les Ammonites et les Moabites.
Gomme nous ne voyons point, dans l’histoire de l’An-
cien Testament, que les Juifs aient jamais eu de relations hostiles avec les Arméniens, je crois qu’il s’est glissé ici une erreur, que Ton peut, ce me semble, attribuer à Ebn-Khaldoun lui-même* Il est assez vraisemblable que cet historien, ayant lu dans un auteur plus ancien le mot Arman, qui était depuis longtemps tombé en désuétude, et qui lui était peut-être totalement inconnu, aura cru bien faire en retranchant une seule lettre, un élif, et substituant ainsi le nom des Arméniens à celui des Syriens.
Quant à ce qui concerne l’étymologie du nom de Syriens, quelques auteurs orientaux font dériver ce mot d’une ville nommée Souria, dont on voit les ruines à quelque distance d’Alep. Un écrivain arabe assure même que la ville de Hémes se nommait primitivement Souria, mais cette dernière assertion paraît complètement fausse, Quant à la première, elle n’est pas mieux fondée ; car la ville de Souria n’a jamais joué dans l’histoire un rôle assez brillant pour avoir communiqué son nom à une vaste contrée, dont elle ne fut jamais la capitale. On ne saurait songer non plus à la ville de Soura, située sur la rive de l’Euphrate, et dont j’aurai occasion de parler plus au long.
Il est bien plus naturel de supposer, à l’exemple de plusieurs savants, que le mot de Syrie est simplement une abréviation de celui S Assyrie.
A l’époque où les Grecs commencèrent à entretenir avec l’Orient des relations suivies, les conquêtes des iissyriens avaient jeté un si grand éclat, que l’on s’accou-
tuma insensiblement à donner leur nom à toutes les contrées qu’ils avaient soumises à leur empire. Mais bientôt on sentit le besoin de distinguer entre eux des peuples répandus sur une aussi vaste étendue de pays : pour atteindre ce but^, on imagina de retrancher la première syllabe du mot Assyriens et d’employer le nom de Syriens pour désigner les peuples établis en deçà de l’Euphrate. Toutefois on ne fut pas toujours exact à observer cette différence, et l’on confondit en plus d’une circonstance les noms de Syriens et à' Assyriens, Hérodote^ parlant des Assyriens, dit qu’ils portaient ce nom chez les barbares, et chez les Grecs celui de Syriens. Justin dit aussi : « Les Assyriens, qui par la suite furent nommés » Syriens, » Assyrii qui posteà Syri dicti sunt. D’un autre côté, Virgile, parlant de la pourpre, la désigne par le nom à’assyrium venenum. Au rapport de Plutarque, Cassius, après la défaite de Crassus, ayant pris des guides fidèles, arriva dans l’Assyrie (c’est-à-dire dans la Syrie). Ammien Marcellin emploie le mot assyrià lingua pour désigner la langue syriaque. Un fait achève de confirmer cette étymologie du nom des Syriens. Les Arméniens, qui ont toujours été parfaitement au fait de ce qui concernait les peuples de leur voisinage, n’ont jamais connu qu’un seul nom, celui d’ison, qu’ils emploient pour désigner les Syriens.
Les noms de Syrie, Syrwi, ne tardèrent pas à s’introduire chez les peuples mêmes que les Grecs et des Romains désignaient abusivement par ces dénominations, et qui, comme je l’ai dit, habitaient depuis la mer Médi-
terranée jüs<[ii’an delà de l’Euphrate. Ces peuples s’accoutumèrent à se donner eux-mêmes ce nom, qu’ils auraient dû repousser comme étranger, et laissèrent presque tomber en désuétude le véritable nom que leurs ancêtres avaient porté depuis les temps les plus anciens.
On demandera sans doute quelle raison puissante amena un pareil changement : on serait tenté de l’attribuer à l’intluence de la dynastie grecque des Séleueides, qui, durant plusieurs siècles, donna des lois aux contrées situées entre la Méditerranée et l’Euphrate; mais je ne saurais admettre cette hypothèse. En effet, les rois grecs, maîtres d’une partie de l’Orient, y furent toujours considérés comme des étrangers, les Grecs ne s’amalgamèrent jamais avec les peuples dont ils avaient fait la conquête. Des villes helléniques s’élevèrent en différentes provinces de l’Asie; mais leurs habitants, isolés de tout ce qui les entourait, par les mœurs comme par le langage, étaient l’objet de la haine et de la jalousie de leurs voisins : une méfiance réciproque divisait des hommes qui auraient dû se réunir et n’avoir qu’un intérêt commun. Les rois, absolus dans leur capitale et les villes qui les entouraient, n’exerçaient dans les parties éloignées du centre de leur empire qu’une autorité d’autant moins forte qu’elle n’était fondée que sur la crainte. Vainement ils avaient ordonné que le grec fiît la langue de la chancellerie et des affaires ; le gros de la nation continuait à faire usage de sa langue maternelle. Les princes avaient eu la prétention d’imposer aux villes anciennes de leurs États des noms grecs, mais les habitants
se refusaient obstinément à admettre ces changements ; ils continuaient à se servir des anciennes dénominations, qui survécurent à la ruine de la puissance des Séleucides et se sont maintenues jusqu’à nos jours. Ammien Marcellin remarque expressément que les noms grecs, imposés aux villes de l’Orient par les monarques Séleucides n’avaient pu faire oublier les anciennes dénominations, et nous pouvons encore aujourd’hui vérifier l’exactitude de cette assertion.
A quoi donc peut-on attribuer l’introduction des noms de Syrie^ Syriens, chez les peuples qui habitaient les contrées en deçà de l’Euphrate? C’est, si je ne me trompe, à la religion chrétienne. On sait que cette religion s’établit de très-bonne heure à Antioche et dans les provinces voisines. Les livres du Nouveau Testament furent immédiatement traduits dans la langue du pays. Or, ces livres étaient écrits dans la langue des Grecs, et offraient par conséquent les expressions et les dénominations en usage chez ce peuple. Or, les noms de Syrie, de Syriens se trouvaient souvent employés dans les livres fondamentaux du christianisme. Les habitants des pays situés entre la Méditerranée et l’Euphrate, se voyant désignés par une dénomination qui leur était étrangère, mais qui se trouvait en quelque sorte consacrée par l’autorité des livres qu’ils vénéraient à tant de titres, ne crurent pas sans doute pouvoir rejeter ce nom, et l’adoptèrent sans répugnance. Ils se persuadèrent que, régénérés par un nouveau culte, ils devaient sous tous les rapports devenir un peuple nouveau et abjurer leur nom anü(|ue, qui sem-
blait leur rappeler l’idolâtrie à laquelle le christianisme venait de les arracher. Cette conjecture esC si je ne me trompe, confirmée par un fait que je crois décisif. Dans la langue syriaque ecclésiastique, le mot armoïo, qui ne diffère du nom ancien, ormoïoy que par une seule voyelle, désigne un païen^ un idolâtre. Ainsi s’introduisit le nom de SourioïOy Syrien.
Quant à la dénomination Orom, Aram^ ou le pays des Araméens, elle fut appliquée de préférence à la contrée que les Grecs et les Latins appelaient Assyrie, Or, il faut observer que, longtemps avant l’époque de la naissance du christianisme, on s’était accoutumé à dési» gner par le nom à'Assijrie, non plus la contrée située au-delà du Tigre qui avait eu Ninive pour capitale, mais l’ancienne Babylonie. Hérodote place Babylone dans l’Assyrie, aussi bien qu’une bourgade nommée Ardericca^ située sur le bord de l’Euphrate. Labynète, roi de Babylone, est nommé par lui roi d'Assyrie, Plus loin, chez le même historien, le mot Assyrie désigne la Babylonie. L’Arménie est indiquée comme située au-dessus de l’Assyrie. Plutarque, dans la vie de Crassus, raconte que le perfide Arabe Ariamnes, voulant distraire les soldats romains, épuisés de fatigue et de chaleur, leur représentait en riant qu’il n’étaient plus dans l’Italie, mais qu’ils parcouraient les frontières des Arabes et des Assyriens. Strabon, donnant la description de l’Assyrie, remarque expressément qu’elle comprenait la Babylonie et les provinces voisines. Ammien Marcellin nous donne sur ce sujet des détails non moins précis. Cet historien rap-
porte que de la ville 'de Carres deux routes conduisaient dans la Perse, Tune par PAdiabène et la rive du Tigre, l’autre par l’Assyrie et les bords de l’Euphrate. Cet écrivain judicieux n’ignorait pas, et remarque expressément, que l’Assyrie des anciens portait de son temps le nom à'Adiabène. Mais, distinguant les époques, il place dans l’Assyrie les villes de Babylone, de Séleucie, de Ctésiphon, etc. 11 peint l’armée romaine entrant sur les frontières de l’Assyrie. Il parle du mur élevé par Sémiramis pour défendre l’Assyrie. Enfin il nous représente Julien, au milieu de sa téméraire expédition, délibérant et consultant les dieux pour savoir s’il devait opérer sa retraite en traversant l’Assyrie, ou se diriger vers la Corduène. Zozime nous apprend que la forteresse de Circesium touchait aux frontières de l’Assyrie. 11 dit que la ville de Carres séparait les pays romains de ceux des Assyriens. Il parle d’un bras de l’Euphrate qui se prolongeait vers l’Assyrie. Il affirme que Gtésiphon était la principale ville de l’Assyrie. Au rapport de Procope, lorsque l’Euphrate est arrivé dans le pays des Assyriens, il se réunit au Tigre. Le même historien rapporte que Farmée perse, guidée par l’Arabe Âlamondar, traversa l’Euphrate dans l’Assyrie, et vint ravager la province de Comagène.
Après cette digression, qui s'est peut-être un peu trop prolongée, je reviens aux Nabatéens. Ce peuple n’était pas toujours resté renfermé dans les limites de la Babylonie ; à une époque très-ancienne, le roi d’Assyrie Asar-Addon avait envoyé dans la Palestine les Cuthéens, qui, suivant
toute apparence, tiraient leur origine de Koutha, ville de llabylonic, et adoptèrent ensuite le nom de Samaritams. Nous apprenons d’un historien arabe, Ebn-Schaker, que dans la ville de Damas il se trouvait un quartier appelé Nibatoîin, parce qu’il était habité exclusivement par des Nabatéens. L’auteur du Kitab-alagcini fait mention desNabatéens, qui étaient établis aux environs de lathrib, c’est-à-dire de Médine. Au rapport du même écrivain, des Arabes de la tribu d’Aschar, s’étant avancés dans la province de Bahreïn, arrivèrent à Hodjr, où ils traversèrent une peuplade de Nabatéens c{ui y faisaient leur résidence. Ils se fixèrent auprès d’eux et les forcèrent bientôt de quitter leurs demeures. Ce récit est confirmé par un passage du lexicographe Djeuheri, qui s’exprime en ces termes : cc Au rapport d’Aïoub-ben>Kiribbah, les habi- )) tants de la province d’Oman sont des Arabes qui sont )) devenus Nabatéens ; et ceux de Bahreïn, des Nabatéens ?> qui se sont faits Arabes.
11 paraît que cet établissement des Nabatéens sur la rive méridionale du golfe Persique remontait à une époque fort ancienne, car Strabon raconte que des Ghaldéens, exilés de leur pays, s’étaient fixés dans la ville de Gherræ, sur la côte d’Arabie.
Au rapport de îakouti et de l’auteur du 3Iardsül-alitla^ la ville de lib, située entre la Babylonie et le Khousizlan (la Susiane), était habitée par des Nabatéens, qui^, bien qu’ils eussent embrassé l’islamisme, avaient conservé i’iisage de leur langue primitive.
Quant aux Nabatéens de la ville de Pétra, je crois qu’ils
n’étaient point Arabes d’origine, mais qn’ils formaient une colonie araméenne venue de la Babylonie, et qui, rivalisant avec la population syrienne dePalmyre, pro^ fita de sa position pour se livrer aux spéculations du commerce le plus étendu.
On me demandera sans doute sur quoi je me fonde pour attribuer aux Nabatéens une origine araméenne. Je répondrai que l’identité de nom forme déjà, en faveur de cette opinion, une présomption très-forte. Il est difficile de croire qu’il existât, à si peu de distance l’une de l’autre, deux nations désignées par une dénomination commune, sans qu’il y eût entre elles communauté d’origine ; et si les Nabatéens d’Arabie étaient réellement une colonie de ceux de la Babylonie, cette circonstance expliquerait comment on trouvait, chez un peuple placé au milieu des déserts, environné de tribus nomades, une civilisation beaucoup plus avancée que celle qui existait chez ses voisins. En second lieu, nous lisons dansDiodore de Sicile que les Nabatéens, voulant détourner loin de leur pays les armes d’Antigone, adressèrent à ce prince une lettre écrite en syriaque. Or, il est bien à présumer que le langage dans lequel se trouvait rédigée cette lettre était le même que parlaient habituellement les hommes qui l’avaient écrite ; sans quoi ils eussent probablement choisi de préférence la langue grecque, qui était, on peut le croire, la seule que connût et parlât le monarque dont les Nabatéens voulaient conjurer le ressentiment.
, En troisième lieu, parmi les villes occupées par les
Nabatéens, nous en avons désigné une qui portait le nom de Ihmara, e’est-à-dire blanche. Or, il est faeile de voir que ce mot, avec cette signification et cette terminaison, appartient essentiellement à la langue syriaque.
Nous avons dit plus haut qu’un historien arabe fait mention des Nabats de Médine. Un scoliaste habile, passant en revue les dix noms qu’avait portés successivement la ville de la Mecque, indique celui de Koutha. Or, nous savons, par des témoignages authentiques, que cette dénomination a de tout temps existé dans la Babylonie, et qu’elle désignait deux villes de quelque importance.
J’ai admis, d’après le témoignage unanime des écrivains orientaux, que les Nabatéens étaient d’origine syriaque; j’ai soupçonné en conséquence qu’une colonie de cette nation était venue, à une époque ancienne, occuper une partie de l’Arabie Pétrée, et étendre ses conquêtes le long du golfe oriental de la mer Rouge, et ce fait est loin d’être appuyé sur une simple conjecture : un témoignage bien important et bien authentique confirme mon opinion de la manière la plus formelle. Nous lisons, dans le second livre des Rois, que, du temps d’Achaz, Razin, roi de Damas, conquit la ville d’Élath et l’incorpora à l’empire des Syriens. Or, si cette place, située à l’extrémité septentrionale du golfe auquel elle donnait son nom, tomba alors au pouvoir de Razin, il est naturel de croire que la contrée environnante avait également subi les lois du souverain de Damas. Par conséquent les villes qui, par leur position, présentaient une
importance rcelle, durent recevoir des garnisons syriaques. Or, Pétra était trop bien située pour ne pas attirer l’attention du vainqueur. Ainsi, à une époque si reculée, l’Arabie Pétrée se trouva en partie occupée par des Syriens, qui, soit comme soldats, soit comme marchands, soit pour tout autre motif, vinrent fixer leur demeure dans cette région lointaine. Donc les mœurs, la langue des Syriens, avaient dû s’introduire dans cette partie de l’Arabie et s’y conserver avec plus ou moins de pureté; et cette circonstance, très-importante en elle-même, explique d’une manière fort naturelle comment, à une époque un peu plus récente, une colonie, composée d’hommes originaires des pays au-delà de l’Euphrate, imagina de choisir pour sa résidence la contrée voisine de Pétra, où ces aventuriers ne devaient pas se trouver tout à fait étrangers, puisque parmi la population primitive ils allaient rencontrer des hommes avec qui ils étaient unis par une communauté d’origine.
Au reste, si j’admets qu’une colonie venue des contrées au-delà de l’Euphrate s’était établie dans l’Arabie, et avait choisi Pétra pour sa capitale, je ne prétends pas dire que cette population fût entièrement composée d’étrangers. Nous savons, parle témoignage de l’auteur du Livre des Rois, que Razin, roi de Syrie, ayant conquis la ville d’Elath et les contrées voisines, les Iduméens revinrent en foule habiter cette ville, qu’ils avaient cru devoir abandonner au moment où elle était tombée sous la domination des rois de Juda. Je crois d’ailleurs que les Arabes qui habitaient ce canton, et ceux qui s’étaient
établis dans les environs, ne manquèrent pas, lors(jue les richesses aflluaient à Pétra, devenue l’entrepôt d’un immense commerce, de se réunir aux étrangers pour former avec eux une seule nation, mais qu’elle conserva le nom des peuples qui en composaient la partie la plus active et la plus industrieuse. Cette fusion, si naturelle, rendrait raison du nom d’Arabes que les auteurs anciens donnent aux Nabatéens, et expliquerait ces noms, d’origine véritablement arabe, que l’on retrouve parmi leurs chefs, tels que les noms d'Ohoda^ Stjlleus (Sâleh), etc.
Cette origine étrangère que j’attribue aux Nabatéens peut encore faire concevoir un fait difficile à expliquer. Les Nabatéens d’Arabie, après avoir joué durant plusieurs siècles un rôle assez brillant, disparaissent tout d’un coup de la scène historique, de manière que l’on n’en trouve plus le moindre vestige, il est facile de penser que ce peuple occupa les mêmes lieux tant que l’étendue de son commerce et les richesses qui en étaient le fruit lui offrirent des ressources abondantes et les moyens de figurer avec quelque gloire parmi les nations de l’Asie ; mais lorsque, par l’effet de circonstances que j’ai indiquées plus haut, le négoce de l’Orient eut pris une autre route, les Nabatéens, ayant vu tarir la source de leur opu* lence, n’étant plus en état d’entretenir des forces imposantes et de retenir dans le devoir les Arabes indociles qui formaient la masse de leurs sujets, durent abandonner des déserts arides, peu propres aux travaux de l’agriculture, retournèrent dans leur patrie primitive, ou allèrent chercher ailleurs des établissements qui pou-
valent leur offrir des chances de spéculations heureuses et d’une opulence plus certaine.
On demandera peut-être à quelle époque les Nabatéens durent se fixer dans le désert d’Arabie, où ils résidèrent Fespace de plusieurs siècles. Il est difficile de donner sur cet objet une réponse satisfaisante. Les écrivains de l’antiquité et les historiens orientaux se taisent également sur un fait qui, à leurs yeux, offrait un si faible intérêt. Pour des hommes qui étaient journellement témoins des catastrophes les plus terribles et les plus sanglantes, qui voyaient continuellement s’allumer des guerres acharnées dont le résultat était la conquête de pays immenses, qui contemplaient presque sans interruption la chute de monarchies puissantes et l’élévation de nouveaux empires, qu’importait l’établissement d’une petite peuplade dans un coin du désert de l’Arabie? Un pareil événement devait passer inaperçu ; et l’on conçoit sans peine que les Nabatéens de l’Arabie Pétrée n’ont dû attirer les regards des autres peuples qu’au moment où leurs richesses et leur commerce les mirent en état de jouer quelque rôle sur la scène politique.
S’il est permis d’exprimer une conjecture sur le point d’histoire qui forme l’objet de ces recherches, on peut dire, comme je l’ai insinué plus haut, que les Nabatéens ne sont nommés nulle part dans le texte hébreu de la Bible, tandis qu’il y est fait mention des différentes peuplades dont ils étaient entourés ; que Pétra, qui devint par la suite la capitale des Nabatéens, est désignée d’une manière expresse, mais que les écrivains sacrés se taisent
absolument sur le peuple qui fit fleurir cette cité et Tembellit de monuments si extraordinaires. On peut donc, si je ne me trompe, conclure de ce silence que, pendant le temps de l’existence des royaumes d’Israël et de Juda, les Nabatéens n’avaient point encore formé d’établissement dans l’Arabie Pétrée. On peut supposer avec quelque vraisemblance que le séjour des Nabatéens dans cette contrée remontait à l’époque des expéditions de Nabuchodonosor contre la Judée. Il est possible que, parm cette foule d’hommes rassemblés de toute part, qui^ volontairement, marchaient sous les drapeaux du monarque cbaldéen, des habitants des pays au-delà de l’Euphrate, voulant se soustraire aux fatigues d’une guerre aussi sanglante que pénible, aient fixé leur demeure au milieu des déserts de l’Arabie. Peut-être aussi Nabuchodonosor avait-il cru devoir établir, dans un emplacement aussi fort que Pétra, un corps de soldats qui pût tenir en bride les tribus du voisinage ; et les enfants de ces guerriers, ayant avec le temps perdu leurs habitudes militaires et adopté des mœurs plus douces, auront déposé leurs armes pour embrasser une profession moins brillante, mais plus lucrative, celle du commerce. Un fait assez remarquable confirme à cet égard mes conjectures. Au rapport d’Étienne de Byzance, une tribu de Babyloniens était établie à Karak-Moba, qui, comme on sait, n’était pas éloignée de l’emplacement de Pétra.
Au surplus, il est à remarquer que longtemps avant cette époque il existait déjà dans les parties nord-est de l’Arabie des noms de lieu qui semblent indiquer une ori-
gine araméenne. Non loin de Textrémité septentrionale de la mer Morte était située la montagne de Nébo, sur laquelle Moïse monta par ordre de Dieu, afin de contempler avant de mourir cette terre promise, l’objet de ses désirs, et dont un arrêt juste, mais sévère, lui interdisait l’entrée. Or, le mot Nébo désignait une divinité qui était en grande vénération chez les Ghaldéens, et dont le nom entre dans ceux de plusieurs rois ou personnages éminents, tels que Nabuchodonosor, Nabopolassar, Nabuzardan, Naboschazdan, etc. Non loin de là était située la ville de Medaba, dont le nom, terminé par un aleph, nous offre la forme féminine des mots telle qu’elle existe dans les langues chaldaïque et syriaque. Dans les mêmes parages se trouvait un lieu, dont le nom, Êcjlaïm, paraît être le même qui ailleurs est écrit avec un aïn^ et présentait ainsi ce changement du aïn en aleph, qui forme un caractère distinctif des dialectes d’au-delà de l’Euphrate, Ainsi que je l’ai dit plus haut, les Nabateens de l’Arabie paraissent n’avoir conservé que durant quelques siècles une existence politique; et leur nom finit par tomber en oubli dans la contrée qui avait été le siège de leur puissance; mais dans les pays que je regarde comme leur plus ancienne patrie, et dont ils formaient la population primitive, ils continuèrent de subsister et de conserver leur dénomination antique. Aux différentes époques de l’histoire orientale nous voyons les Nabatéens répandus dans la Babylonie et la Mésopotamie y former une population nombreuse, entièrement distincte de celle des Arabes et autres conquérants de l’xVsie,
Khaled, général arabe, après avoir achevé la conquête de la Babylonie, écrivant au roi de Perse, chargea de sa lettre un Nabatéen nommé Zahakil.
Le Nestorien Amrou, parlant du patriarche Abd-leschou, atteste qu’il convertit à la religion chrétienne un grand nombre d’hommes du pays des Nabatéens, et qu’il bâtit, dans le voisinage de la colline de Sarsar, un monastère sous le nom de Mar-Saliba. Ailleurs il fait observer que la ville de Wasit était la capitale des Nabatéens.
Sous le règne du khalife Ommiade Hescham, fils d’Abdalmélik, un Nabatéen nommé Hasan avait la ferme des terres que ce prince possédait dans l’Irak.
Le poète Abbas, dont il est fait mention dans le Kitah- Alagâni, était Nabatéen d’origine. Moslem, père du poète Daoud, appartenait à la même nation. Le musicien Barsouma, qui florissait à la cour du khalife Raschid, était Nahatéen ; Masoudi vante la musique des Nabatéens, et il paraît qu’ils avaient hérité du goût de leurs ancêtres, car nous trouvons dans le livre de Daniel le nom de plusieurs instruments de musique qui étaient en usage chez les Babyloniens.
Le poète Khazimi avait composé contre Ali-ben-Haïthem des satires en langue nabatéenne. Ali-ben-Haïthem était Arabe, mais son aïeul était Nabatéen.
Le khalife Mahdi, étant à la chasse, entra dans la cabane d’un Nabatéen.
Le khalife Motasem, ayant pris la ville de Bagdad en aversion, et voulant fonder une autre capitale, avait déjà choisi pour son emplacement un lieu situé non loin du
Tigre, sur les bords du fleuve Kâtoiil, et qui était habité par des Nabatéens. Le même prince, se promenant un jour dans les campagnes de l’Irak, un paysan qui ne le connaissait pas le pria de l’aider à relever son âne, qui s’était abattu. Le khalife s’étant prêté de bonne grâce à lui rendre ce service, cet homme lui adressa ses remercîments en langue nabatéenne.
Suivant une tradition rapportée par Ebn-Djouzi, Babek le Khorremi, qui tint si longtemps en échec toutes les forces de l’empire des khalifes, avait eu pour père un Nabatéen nommé Abd-allah, habitant du Saivad (Babybyloniej.
Le poète Motanebbi dit, en parlant d’un personnage auquel il adresse ses vers : « Il rechercha le rang d’émir » dans les places frontières, tandis qu’il avait été élevé » sur le terrain qui s’étend entre Karkhaïa et Kala- » wadza. »
Le scoliaste arabe fait cette remarque : « Kai^khaïa y) et Kalawadza étaient deux bourgs du pays des Naba- )) téens. yy