‹ Mélanges d'histoire et de philologie orientaleChapitre 6 sur 11 · SYRIAQUES · texte numérisé non relu

SYRIAQUES

Après avoir, autant qu’il m’a été possible, recueilli des renseignements circonstanciés sur les Nabatéens et sur l’idiome que parlait ce peuple, je crois devoir compléter ces recherches en réunissant ici quelques détails nouveaux concernant la langue syriaque.

Nous avons vu plus haut que, si l’on en croit le témoignage de la plupart des écrivains orientaux, le syriaque fut la langue primitive des hommes, l’idiome d’Adam et de ses enfants.

Masoudi l’atteste expressément. Ce judicieux historien nous assure que le syriaque est la langue la plus ancienne, celle que parlaient Adam , Noë, Abraham. Ailleurs il dit que les hommes qui vécurent entre Adam et Noë se servaient de la langue syriaque; et plus bas il ajoute que l’idiome universel des hommes, avant la confusion des langues , était le syriaque. Abou’lfaradj assure précisément le même fait. Suivant l’auteur de l’ouvrage arabe intitulé Ikhwari'al'safâ , « Adam et ses enfants 3) parlaient entre eux la langue syriaque, ou, d’après une )> autre tradition, la langue nabatéenne.)) Schehab-eldin- Fâsi , après avoir parlé de la création du monde, continue en ces termes : (c Adam donna à sa femme le nom )) de Haway qui, en langue syriaque, signifie celle qui

» a été formée cViin être vivant. Adam avait reçu de Dieu D) la connaissance de toutes les langues, mais les enfants )) de ce patriarche parlaient et écrivaient exclusivement » en syriaque. C’est dans cet idiome que furent rédigés )) les cinquante livres de révélations que Dieu communia » qua à Seth.» Plus bas, le même historien s’exprime ainsi . ce Houd fut le premier qui parla la langue arabe. » Avant lui, la langue syriaque était seule en usage » parmi les hommes, et les vingt livres qu’ Abraham » reçut de Dieu étaient écrits en syriaque.))

Si l’on en croit un historien persan , Haïder-Râzi , au moment du meurtre d’Abel , Adam composa sur cet événement une élégie en langue syriaque.

Ebn-Khaldoun , dans ses Prolégomènes historiques, mentionne la tradition qui faisait de l’écriture syriaque récriture primitive des hommes, et de la nation syrienne le plus ancien peuple du monde ; mais cette assertion n’est à ses yeux qu’une opinion fausse , une idée populaire. Tabari assure qu’avant la confusion des langues, les hommes parlaient la langue syriaque. Le patriarche Michel , auteur d’une chronique syriaque, dont nous ne possédons que la version arménienne , s’exprime en ces termes : « La langue primitive dont se servait Adam est )) la même qui est en usage aujourd’hui parmi nous au-

très Chaldéens. En effet. Abraham était Chaldéen de )) naissance, et la langue maternelle de ce patriarche, )) celle qui lui avait été transmise par Eber, ne diffère )) pas de l’idiome que nous parlons nous autres Syriens , )) qui sommes Chaldéens d’origine. )) Théodoret atteste

également que la langue syriaque était la langue primitive du 2:enre humain.

Ces assertions, qui ne doivent sans doute pas être prises à la lettre, indiquent du moins que, dans l’opinion des écrivains les plus judicieux, soit chrétiens, soit musulmans, la langue syriaque est une des plus anciennes qui aient été en usage parmi les hommes.

La question, réduite à ces termes-là, se trouve parfaitement d’accord avec le récit de Moïse, qui nous montre Laban, dans sa conférence avec Jacob, donnant au monceau de pierres qu’il avait élevé comme monument du traité conclu avec son gendre le nom qui, en langue araméenne, signifiait la même chose que les mots hébreux, monceau du témoignage. Or, les deux termes indiqués comme appartenant au langage araméen se retrouvent, avec le même sens, dans les deux dialectes de cet idiome, c’est-à-dire dans le syriaque et le chaldéen.

Nous avons vu, par le témoignage des écrivains sacrés, que la langue araméenne était parlée, non-seulement dans la Syrie proprement dite, mais encore dans les pays au-delà de l’Euphrate, et même sur la rive orientale du Tigre ; que ce langage était en usage chez les Assyriens, et que c’était l’idiome des habitants de la Babylonie. Après la ruine de l’empire des Assyriens, la langue syriaque était parlée dans le royaume de l’Adiabène ; car nous apprenons de Joseph qu’un habitant de cette contrée portait le surnom de Xayipaç, c’est-à-dire boiteux. Or, on sait que telle est en effet la signification du mot syriaque. Le même historien nous indique le mot I:o(p^>l>v]pa comme

appartenant à l’idiome de ce pays. Or, en syriaque, safsiro, désigne une épée.

Les écrivains de l’antiquité font plusieurs fois mention d’une écriture syrienne ou assyrienne. ,Te dois examiner quel genre de caractère ils ont désigné par cette dénomination.

Au rapport de Diodore de Sicile, Sémiramis, ayant établi son camp dans la Médie, au pied du mont Baghistan, fit aplanir cette montagne et y fit graver une inscription en lettres syriaques. L’épitaphe tracée sur le tombeau de Sardanapale était en caractères assyriens. Au rapport d’Eusèbe, ou plutôt d’un des auteurs qu’il a pris pour guides, Sennachérib, avant vaincu les Grecs dans la Cilicie, se fit ériger une statue, sur laquelle était une inscription pompeuse en lettres chaldaïques. Darius, fils d’Hystaspe, suivant le récit d’Hérodote, fit élever près du Bosphore de Thrace deux colonnes, sur lesquelles on lisait, en caractères assyriens et en caractères grecs, le dénombrement de toutes les nations qui composaient son armée. Dans une des lettres apocryphes attribuées à Thémistocle, il est fait mention de quatre vases qui portaient une inscription en anciens caractères assyriens.

M. Münter, dans son ouvrage sur les inscriptions de Persépolis, a supposé que par les caractères assyriens il faut entendre les lettres cunéiformes, qui se lisent, avec des formes variées, sur les monuments de la Perse, de la Babyîonie, de la Médie et ailleurs. Une circonstance ajoute à cette opinion un fort grand poids. Un voyageur judicieux, M. Kerr-Porter, nous apprend qu’il

a aperçu, sur la paroi du mont Bisutoun, le Baghistan de Diodore ou de Ctésias, une inscription en caractères cunéiformes, qu’il regarde comme identique avec celle que fit écrire Sémiramis. D’ailleurs, lorsqu’on se représente > cette foule de briques qui se trouvent tous les jours dans les ruines de Babylone, et qui sont couvertes d’inscriptions cunéiformes, ces cylindres, ces amulettes, qui ont dû appartenir aux Chaldéens, les inscriptions découvertes récemment dans la ville de Van, et que la tradition arménienne attribue à Sémiramis, mais qui probablement ont été gravées par l’ordre de quelques-uns des rois de l’Assyrie, on reste convaincu que récriture cunéiforme, sous ses diverses formes, était en usage dans les pays qui s’étendent depuis l’Euphrate jusqu’à l’extrémité de la Perse. Peut-être les Babyloniens avaient-ils été les premiers inventeurs de cette singulière écriture. En effet, Pline leur attribue la découverte des lettres.

Mais, dira-t-on, Strabon et Arrien, après avoir parlé de l’inscription assyrienne du tombeau de Sardanapale, nous apprennent que le mausolée de Cyrus, dans la ville de Pasargade, portait une inscription en caractères perses. Or, ces derniers étant incontestablement les mêmes que les lettres cunéiformes, on pourrait croire que les lettres assyriennes étaient tout autre chose; mais il faut se rappeler que les diverses écritures cunéiformes, quoique composées des mêmes traits élémentaires, présentent entre elles des différences très-considérables ; que, sur les monuments de Persepolis et sur tous ceux qu’ont élevés les rois perses, on trouve toujours la même in-

scription écrite trois fois, en trois genres de caractères cunéiformes bien distincts ; que ceux des briques de Ba» bylone diffèrent beaucoup des autres variétés. On peut donc supposer avec vraisemblance que le mot éerUure assijrienne désignait une des écritures cunéiformes qui avaient cours à Ninive ou à Babylone, et qui s’éloignaient beaucoup de l’écriture perse proprement dite. 11 put se faire queDarius choisit de préférence l’écriture assyrienne, parce que cette dernière était plus connue des peuples de l’Asie occidentale, qui avaient été longtemps soumis aux monarques de l’Assyrie.

Mais, tout en admettant l’identité de l’écriture assyrienne avec récriture cunéiforme, on est forcé de reconnaître que les Assyriens avaient d’autres lettres plus simples et plus faciles à tracer.

Au rapport de Thucydide, Aristide, commandant de la flotte athénienne, ayant arrêté xArtapherne, que le roi de Perse envoyait vers les Lacédémoniens, on trouva sur cet ambassadeur des lettres qui étaient écrites en caractères assyriens. Or, ces dépêches, à coup sûr, n’étaient point écrites en lettres cunéiformes. Quiconque a seulement jeté un coup d’œil sur les monuments des anciens Perses et des Chaldéens, conviendra facilement que cette écriture si belle, si monumentale, était en même temps trop compliquée pour avoir jamais été employée comme écriture vulgaire ; et cette observation s’applique surtout aux variétés de ce caractère qui paraissent avoir été en usage chez les Assyriens et les Babyloniens.

11 est donc évident que dès les temps les plus reculés il

existait, dans îes contrées qui s’étendent en deçà et audelà de l’Euphrate, plusieurs variétés d’écritures, qui ont été désignées indifféremment par les noms à'araméennes, syriaques, assyriennes^ et, dans l’état actuel de nos con- ^ naissances, il nous est impossible de distinguer quelle i espèce de caractères a pu être désignée par une de ces r dénominations.

Nous lisons dans le livre d’Esdras que les gouverneurs f des provinces situées à l’occident de l’Euphrate adressé- | rent au roi de Perse une requête qui était, dit l’historien [ hébreu, écrite en araméen et traduite en araméen. Les t interprètes ont été assez embarrassés sur la manière dont 1 on devait entendre ce passage. Dathe a traduit : Epistolani l Utteris et sermone syriaco conceptani, Michaëlis pense que [ la lettre syriaque était accompagnée d’une version perse. | Tychsen partage l’opinion de Dathe. i

Pour moi, je pense que le passage ne présente pas une i difficulté réelle, et qu’il faut traduire sans rien changer \ ni retrancher. Si je ne me trompe, la lettre dont il est | question était écrite sur deux colonnes, dont l’une offrait | le texte persan, l’autre la traduction en langue syriaque ; et l’une et l’autre rédaction étaient transcrites en carac- t tères araméens. Je sais bien que la réponse du roi de Perse \ semble, au premier coup d’œil, contredire l’explication ti que je propose, car on y lit, suivant la traduction de 1 Dathe : Epistola quam ad nos misistis, mihi ex inierpre- [ tatione prœlecta est; mais cette version manque d’exacti- ^ tude, et il faut traduire : La lettre a été lue devant nous, j clairement, distinctement. Cette dépêche, ainsi qu’on vient I

de le voir, ayant été rédigée dans les pays situés en deçà de TEuphrate, était sans doute transcrite dans une des variétés de caractères usitées dans ces mêmes contrées. Au surplus, cette opinion ne s’appuie que sur une simple probabilité, mais à laquelle les circonstances de la localité donnent beaucoup de vraisemblance ; car le mot araméen, employé par Esdras, est en lui-même un terme vague qui peut s’appliquer indifféremment à l’un ou à l’autre des différents dialectes d’une même langue, répandue, comme je l’ai dit, depuis les rivages de la mer Méditerranée jusqu’au-delà du Tigre. La lettre qui, suivant le témoignage de Diodore de Sicife, fut adressée par les Nabatéens au roi Antigone était, ainsi que je l’ai dit plus haut, écrite en caractères syriaques.

Suivant le témoignage du même historien, Eumène, voulant encourager ses troupes, supposa une lettre écrite en caractères syriaques.

On désirerait sans doute savoir quel genre d’écriture a été désigné par ce nom ; mais sur cette matière il est impossible d’offrir rien de certain, ni même de probable. S’agit-il ici de l’écriture phénicienne, ou d’un caractère analogue à celui des inscriptions de Palmyre, ou d’une variété du caractère appelé estranghelo ? C’est ce que je n’oserais décider, je craindrais même de proposer làdessus aucune conjecture, puisqu’elle n’aurait pour appui aucune base tant soit peu solide.

D’un autre côté, on sait que les Hébreux, après leur exil à Babylone adoptèrent, pour leur usage habituel, un nouveau caractère d’écriture qu’ils avaient sans doute

trouvé en usage dans cette capitale et qu’ils ont conservé 1 jusqu’à nos jours. Or, cette écriture est désignée chez les ï juifs par le nom A' écriture assyrienne. Cette circonstance, [ se joignant à cette confusion des mots syriens et assy- ^ riens que nous offrent à chaque pas les écrivains de l’an- [ tiquité, vient encore compliquer le problème et en rend la ^ solution à peu près impossible. Peut-être des découvertes curieuses viendront-elles un jour jeter sur cette question difficile une lumière inattendue.

Cependant la langue syriaque ou araméenne acquérait : chaque jour plus d’importance, et faisait dans l’Orient : de nouvelles conquêtes. Les Juifs, après un séjour de \ soixante-dix ans à Babylone, étaient retournés dans leur [ patrie, avaient relevé les ruines de Jérusalem ; mais pen- • dant leur long exil ils avaient entendu parler un langage f étranger. Les nations qui environnaient la Palestine se ser- ■ vaient d’un dialecte du même idiome. Les Hébreux, dans . cette circonstance, au lieu de montrer un esprit national qui aurait si bien convenu aux descendants d’ Abraham, et de conserver religieusement le langage qu’avaient parlé i Moïse et les prophètes, qui leur offrait les monuments ? de leur religion, de leur histoire et de leur littérature, , oublièrent trop facilement leur idiome maternel et adop- h tèrentun dialecte syro-cbaldaïque, qui, dans le Nouveau \ Testament est partout désigné sous le nom de langue /zé- ■ hraïgue.

Le langage syriaque, une fois établi dans la Palestine, t s’étendit dans toute cette province, et même, plus au ii midi, vers les frontières de l’Arabie et de l’Égypte. Au ii

rapport de saint Jérôme, saint Hilarion, qui était natif de Gaza, ne parlait que la langue syriaque. Un jour qu’il s’était enfoncé dans le désert de l’Arabie, les habitants, en le voyant passer lui criaient en syriaque : barek, c’està-dire bénissez. La divinité qu’honoraient d’un culte particulier les idolâtres de Gaza portait le nom de Marnas. Or, ce mot, dans les langues araméennes, signifie notre seigneur, et répond ainsi à celui d’ Adonis, qui avait passé de Phénicie en Grèce. Au rapport de Moschus, l’abbé Sisinnius, se trouvant dans une grotte près du Jourdain, vit entrer une Femme arabe ; il lui adressa la parole en langue syriaque. Saint Jérôme, dans la vie de saint Paul ermite, dit avoir vu, dans le désert limitrophe entre la Syrie et l’Arabie, un grand nombre d’anachorètes, parmi lesquels il s’en trouvait un qui habitait depuis longues années dans une vieille citerne, que les Syriens, dit-il, désignent par le nom de Cuba. Le même fait, attesté par Théodoret, est parfaitement conforme à la vérité. Dans la vie de saint Euthymius, il est fait mention du prêtre Gabriel, qui savait écrire et parler les langues latine, grecque et syriaque. Saint Jérôme, parlant de saint Malchus, remarque expressément que ce nom, en syriaque, signifiait roi. Il paraît que la connaissance de la langue syriaque s’était répandue beaucoup plus au midi dans l’intérieur de l’Arabie. Nous lisons dans la vie arabe de Mahomet que, durant la jeunesse de ce législateur, les koraïschs de la Mecque, démolissant la kaabah, trouvèrent, sous le pilier qui soutenait cet édifice, une inscription en langue syriaque. Ils ignoraient complètement quels étaient ces

caractères, jusqu a ce qu’un juif les déchiffra et leur en

donna 1 interprétation. Masoudi, parlant de l’écriture mousnad, c’est-à-dire de celle qui avait cours chez les Himiaritesde l’Arabie Heureuse, dit qu’elle ressemblait assez à récriture syriaque.

Saint Hilarion, voulant arrêter un chameau furieux, lui adressa la parole en langue syriaque, sermone syro. Un Franc, d’une naissance distinguée et qui depuis son enlance était possédé du démon, s’étant rendu auprès du même saint pour obtenir sa guérison, répondit sans hésiter et en langage syriaque très-pur, aux questions que le saint lui avait adressées dans le même idiome ; et cela,

dit l’historien, fut d’autant plus étonnant que cet homme n’avait jamais parlé que les langues franque et latine.

Dans la Syrie, même sous les empereurs de Constantinople, il se trouvait quantité d’hommes qui ne parlaient ni n’entendaient que leur langue maternelle. Ainsi, au rapport de Théodoret, le solitaire saint Macédone parla aux officiers de Théodose en langue syriaque, et un in- ' terprète leur expliquait son discours en grec. Saint i Éphrem lui-même ne savait pas d’autre langue que le sy- ^ riaque, et ne pouvait converser avec des Grecs sans l’in- i termédiaire d’un interprète. Théodoret atteste que, parmi j les moines de Syrie, les uns chantaient les louanges de i Dieu en grec, d’autres dans la langue de leur pays, c’est- i à-dire en syriaque^ Suivant le même écrivain, Théotecnè | était le chef des moines qui parlaient grec, et Aphtonius i de ceux qui parlaient syriaque. Au rapport du même i pèrcj un individu nommé Mæsymas ne se servait que de i

la langue syriaque. Abraam de Carres ne pouvait pas même entendre le^rec. Enfin il fait mention d’un démon qui parlait la langue syriaque. Au rapport de Sozomène, ce fut Harmonius, fils de Bardesanes, qui le premier introduisit le rhythme poétique dans la langue des Syriens ; et un prêtre syrien, Paul d’Antioche, entreprit de compléter l’alphabet de sa langue maternelle.

Longtemps avant cette époque, la ville de Palmyre avait élevé ces monuments superbes dont les ruines attirent encore aujourd’hui et excitent l’admiration des amateurs de l’antiquité et des arts. Ces magnifiques débris portent, comme on sait, des inscriptions écrites en langue syriaque et dans un caractère qui a de l’analogie avec l’hébreu. Elles ont été expliquées par l’abbé Barthélemy, par Swinton et d’autres savants. Par malheur la collection que nous possédons de ces inscriptions antiques n’est pas nombreuse : il est probable que les ruines de Palmyre en recèlent bien davantage ; et des voyageurs, en parcourant le désert où s’élevait cette ville, ont découvert des inscriptions du même genre parmi les débris de la ville de Taïba.

Il paraît que dans les temps les plus reculés la langue syriaque fut extrêmement répandue dans la Haute Asie^ Les conquêtes des Assyriens, des Babyloniens, et postérieurement celle des Séleucides, durent contribuer puissamment à propager la connaissance de cet idiome ; aussi paraît-il avoir été entendu et parlé bien au-delà des limites des contrées où il semblait devoir être renfermé* Nous lisons dans l’histoire d’Appien que, pendant la malheu-

reuse expédition d’Antoine dans le pays des Parthes, un des ennemis, nommé Mithridate, voulant donner au général romain un avis de la plus haute importance, demanda s’il se trouvait dans l’armée un homme qui entendit la langue parthique ou la langue syriaque; on lui adressa Alexandre d’Antioche, auquel cet homme communiqua des révélations qui procurèrent le salut des troupes romaines.

Sous les rois perses de la dynastie des Sassanides , la langue syriaque était comprise et parlée à la cour de ces monarques. Nous apprenons de Théophylacte que Chosroës avait étudié avec soin l’astrologie des Chaldéens. L’auteur du lexique géographique arabe compte la langue syriaque parmi les cinq qui étaient parlées en Perse ; et ce fait confirme l’assertion de saint Épiphane, qui atteste que plusieurs Perses employaient la langue et les caractères dont on se servait à Palmyre. Suivant le témoignage d’un écrivain arabe aussi savant que judicieux , Ebn- Moukalia , sept langues étaient parlées a la cour des rois perses de la dynastie des Sassanides , et de ce nombre était la langue syriaque. Cet idiome, ajoute-t-il, est le même qui était en usage chez les habitants du Sawad (la Ghaidée); et quelquefois dans cette langue on désigne par le nom syriaque l’idiome persan. Plus loin il atteste ({ue chez les Perses les dépêches étaient quelquefois rédigées dans l’ancienne langue syriaque parlée jadis à Babylone, et qu’ils les lisaient en persan. Le nombre des lettres , ajoute-t-il , est de trente-trois ; et ce langage était employé par des Perses de toutes les classes, ex-

cepté par les rois. Enlin, dans le cours de sa narration , cet historien s’exprime en ces termes : cc Les Perses ont )) aussi un alphabet appelé %ewaresch, dont les lettres )) sont tantôt liées, tantôt isolées. Le vocabulaire se com- )) pose d’environ mille mots, et ils s’en servent pour » distinguer les expressions qui ont une forme sembla- » ble. Par exemple, quiconque veut écrire le mot gouscht, )) ([ui, en arabe, signifie lahm (chair), écrit fera, qu’il )) prononce goiischt^, si l’on veut écrire nan, qui signifie )) pam^ on trace le mot lahîTia^ que l’on prononce nan» 11 en est ainsi des autres mots, à l’exception de ceux )) qui n’ont point besoin d’être déguisés, et que l’on )) écrit comme ils se prononcent. »

Cette écriture cryptographique et de convention res-’ semblait assez, comme l’on voit, à ce système connu de beaucoup de monde , et qui consiste en des phrases tracées en latin par des personnes entièrement étrangères à la connaissance de cette langue, et qui doivent être lues en français, d’après des règles sûres et uniformes.

Le même historien dont je viens de citer le témoignage ' nous donne ailleurs des détails que je crois devoir transcrire, cc L’écriture manichéenne a eu pour )) inventeur Manès, qui la forma d’après les alphabets )) syriaque et perse, de même que sa doctrine est un )) mélange de magisme et de christianisme. Les lettres 5) sont plus nombreuses que celles de l’écriture arabe. )> C’est de cet alphabet que les manichéens se servent )) pour écrire les évangiles et les livres qui contiennent

5) leurs dogmes. Les habitants du Ma-wara-alnahar et de

); Samarkand l’emploient aussi pour copier les ouvrages religieux, et lui donnent le nom à' écriture de la reli~

» gion.^)

La langue et l’écriture syriaques avaient pénétré chez les Arméniens, où ils formaient la littérature dominante, avant que ce peuple eût songé à se créer une écriture nationale. Nous lisons dans l’histoire d’Agathange que le roi Tiridate avait réuni des enfants pour les faire instruire, et qu’il les avait partagés en deux classes : les uns devaient de préférence se livrer à l’étude de la littérature syriaque, et d’autres à celle de la langue grecque. Suivant Moyse de Ghorène, les Perses avaient défendu aux Grecs établis en Arménie de se servir d’autres caractères que des caractères syriaques. Faustus de Byzance , dans son histoire d’Arménie, remarque expressément qu’à l’époque dont il rapporte les événements, peu d’ Arméniens connaissaient à fond la littérature , grecque ou la littérature syriaque.

Au rapport du patriarche Michel, dans l’année 832 ' de l’ère des Syriens (520 de J. -G.), la ville d’Édesse ayant ,1 été détruite, l’empereur de Gonstantinople envoya une ‘i somme considérable pour aider à relever les ruines de H cette place. En creusant la terre, on trouva une pierre couverte d’une inscription, en lettres chaldaïques, con- -i çue en ces termes : ce Édesse éprouvera trois inonda- •!

tions.» Que l’on admette où que l’on rejette le contenu il de cette inscription , le fait de la découverte n’en sera îj pas moins certain.

Nous apprenons de Philostorge que, dans le iv® siècle"

de notre ère , il existait , à l’extrémité de l’oeéan Indien , vis-à-vis de l’Éthiopie , probablement dans l’île de Dioseoride (Socotora)^ une population syrienne qui avait conservé sa langue primitive. Au rapport de Gosmas Indicopleustes , dans File de Siélédiba^ ou ïaprobane (Ceylan ) , à Malé et à Calliana , dans la presqu’île en deçà du Gange, il se trouvait une église de cbrétiens, venus de la Perse, et un évêque, consacré dans cette dernière contrée, siégeait à Calliana. On sait qu’il a toujours existé, et qu’il existe encore, sur la côte de Coromandel, dans la ville de Méliapour, autrement Saint-Thorné, une population chrétienne qui a conservé, dans sa liturgie , l’usage de la langue syriaque. Cet idiome, au viC siècle de notre ère, n’était point inconnu dans l’Arabie; car, au rapport d’un scoliaste arabe fort judicieux, Zeïd-ben» Thabet, sur un ordre formel de Mahomet, avait appris la langue syriaque. Suivant le témoignage de Makrizi, Mahomet avait engagé Thabet-ben-Obaïd à apprendre l’éeriture hébraïque, ou plutôt l’écriture syriaque , attendu qu’il désirait avoir un secrétaire qui rédigeât ses dépêches secrètes. Il me paraît beaucoup plus naturel d’admettre ici récriture syriaque que l’écriture hébraïque. En effet, à l’époque où vivait le législateur des musulmans, l’Arabie était remplie de Juifs , qui y formaient des populations nombreuses : il eût donc été peu prudent d’adopter, pour une correspondance secrète, une écriture connue d’un si grand nombre d’hommes , qui , en général, étaient les ennemis jurés de Mahomet et ne manquaient pas les occasions, ou de lui faire une guerre

ouverte , ovi de traverser ses desseins par des hostilités ^ ou des intrigues eachées.

On sait que dans les premiers siècles de l’hégire les . Syriens eurent la gloire d’inspirer aux Arabes le goût de ! la littérature, de l’histoire et des sciences. Le khalife Mansour fit traduire en arabe un grand nombre d’ouvrages écrits en grec ou en syriaque. Le médecin Honaïn, fils d’Ishak, traduisit en syriaque et en arabe, pour Bakhtieschou, fils de Gabriel, plusieurs traités de Galien. Ebn-Abi-Osaïbah fait mention d’un ouvrage intitulé i/isoire des Géants, qui était écrit en langne syriaque. Je n’entrerai pas, à cet égard, dans de plus grands détails. Assémani et d’autres savants ont donné, sur ce sujet, des renseignements instructifs. N’ayant pas dessein d’écrire une histoire delà langue syriaque, je me borne à recueillir quelques faits isolés qui peuvent ne pas être dépourvus d’intérêt, et qui sont d’ailleurs peu connus.

L’an ^39 de l’hégire, le khalife Moutawakkel ordonna que les enfants des juifs et des chrétiens fussent instruits dans les langues hébraïque et syriaque, et qu’on leur interdît l’usage de l’arabe. Il est probable qu’une pareille ordonnance, rendue, suivant toute apparence, dans un moment d’humeur, ne fut pas mise à éxécution d’une manière bien sévère et ne tarda pas à tomber de soi-même en désuétude.

Dans le siècle suivant, Masoudi se trouvant dans la ville de Harran, en Mésopotamie, vit, sur la porte du temple des Sabéens, une inscription en caractères syriaijiies.

ï/aii 4r)r» de l’iiegire, l’empereur de Constantinople adressa au khalife et à son vizir deux lettres, tracées en lettres d’or, et qui étaient écrites en langue syriaque, avec une traduction arabe interlinéaire. Durant tout le moyen âge la langue syriaque continua d’être regardée comme un des idiomes savants de l’Orient. Elle s’enrichit d’un grand nombre d’ouvrages ecclésiastiques et scientifiques. Mais, en augmentant son vocabulaire, en admettant une foule de mot grecs, arabes et autres, elle s’altéra sensiblement, et perdit plus qu’elle ne gagna par le mélange peu judicieux d’éléments hétérogènes. Toutefois la connaissance de cette langue se répandit au loin et jusque dans les parties les plus reculées de l’Orient. Le zèle des jacobites et des nestoriens pour la propagation de leurs dogmes’ religieux contribua bien plus que des travaux littéraires à étendre la gloire de la langue syriaque. D’un côté, ainsi que nous l’apprend Grégoire Bar-Hebræus, les jacobites syriens parvinrent à réunir à leur église les Arméniens, qui étaient tombés dans l’hérésie des phantasiastes. D’un autre côté des missionnaires nestoriens parcouraient les régions orientales de l’Asie pour y prêcher la religion chrétienne et s’étaient avancés jusque dans la Chine. Nous possédons un témoignage de leurs travaux dans l’inscription trouvée près de la ville de Siganfou; et quoique l’authenticité de ce monument ait été attaquée par plusieurs savants, elle a été défendue par d’autres avec un plein succès. Je n’entrerai à cet égard dans aucun détail; je me contenterai de faire observer qu’à l’époque où cette inscription fut découverte à la Chine et

envoyée en Europe, il ne se trouvait dans ces deux contrées aucun homme capable d’imaginer les renseignements consignés sur ce monument, car Thistoire ecclésiastique des Syriens du moyen âge était encore inconnue, et ne nous a été révélée que par les travaux d’Assémani. Les nestoriens, dans leurs courses religieuses , avaient converti à la foi chrétienne des tribus entières de Turcs et de Mongols.

Ce serait le lieu d’examiner si c’est à ces nestoriens que les Ouïgours furent redevables de la connaissance de récriture alphabétique ; mais cette discussion m’entraînerait trop loin, et j’ai traité ce sujet dans un mémoire écrit depuis longtemps, mais qui n’a pas encore vu le jour.

Quoi qu’il en soit, nous apprenons, par le témoignage de Riibriiquis et d’autres missionnaires catholiques du moyen âge, que de leur temps les nestoriens se trouvaient en grand nombre à la cour des souverains mongols, soit â Karakorom, soit à Gambalik (Péking), et y i célébraient librement leurs offices ecclésiastiques : par i conséquent la langue syriaque devait être répandue dans i ces contrées, et ceci nous explique plusieurs faits assez | curieux. Lorsque Rubruquis se rendit à la cour de l’em- ' pereur mongol, il fit traduire en arabe et en syriaque les * lettres que saint Louis adressait à ce prince. Nous ! apprenons de Raschid-eddin et de Khondemir qu’un i savant nommé Maulana Hibet-allah, qui se rendit du i Turkestan â la cour de Gazan-khan, possédait, outre la i langue turque, la langue syriaque. Ce fait paraît, au premier abord, assez étonnant. Quand on connaît For- '

gueil des musulmans et leur mépris pour les chrétiens, on a peine à concevoir que ce doctetir eût pris la peine d’étudier un idiome étranger qui ne fournissait aucun secours pour faciliter l’intelligence du Coran et approfondir les dogmes de l’islamisme; mais la surprise cesse si l’on se représente que la Tartarie était à cette époque remplie de missionnaires nestoriens , dont le syriaque était la langue maternelle, qui, pour la plupart, n’en savaient pas d’autres, et qui, favorisés par la tolérance que montraient les Mongols sur l’article de la religion, ne se faisaient pas scrupule d’attaquer hardiment les dogmes de l’islamisme ; les docteurs mahométans, qui avaient un grand intérêt à réfuter ces adversaires et à empêcher l’impression que devaient produire leurs discours pour une population peu éclairée et à peu près indifférente sur toutes les religions, avaient û étudier la langue de leurs adversaires afin de pouvoir au besoin entrer en dispute avec eux et réfuter, sinon avec succès, du moins avec énergie, les arguments par lesquels ces dialecticiens rusés cherchaient à décrier la religion musulmane.

Si la langue syriaque était à cette époque connue dans la Tartarie et jusqu’à la Chine, on conçoit bien qu’elle se maintenait florissante dans les contrées occidentales de TAsie. Je n’ai nul besoin de fournir des preuves d’une vérité parfaitement constatée. Saint Simon le Reclus, qui vivait au iC siècle, se l’endant à Jérusalem, tomba, près des côtes de la Syrie, entre les mains de pirates et faillit perdre la vie. U se dirigea vers un bourg voisin ; mais il

ne put savoir si les habitants étaient chrétiens ou païens, quoiqu’il possédât la langue égyptienne, le syriaque, l’arabe, le grec et le latin. L’an 610 de l’hégire, tandis que l’on creusait le fossé de la ville d’Alep, on trouva un pavé de granit sur lequel était une inscription en caractères syriaques, et qui fut traduite en arabe.

La langue syriaque étant parlée dans une vaste étendue de pays, le langage des différentes provinces devait offrir, pour ce qui concerne l’orthographe et la prononciation des mots, des différences plus ou moins marquées. Grégoire Bar-Hebræus, auquel nous devons deux grammaires syriaques, l’une en vers, l’autre en prose, a pris soin de noter ces variétés, qui tantôt roulaient sur des minuties, et tantôt présentaient plus d’importance. En plusieurs endroits il indique les permutations des consonnes et des voyelles qui avaient lieu chez les Syriens orientaux. Il fait observer les différences qui existaient dans la manière dont les Syriens orientaux et occidentaux ponctuaient certains mots lorsqu’ils étaient accompagnés des affixes.

Je pourrais multiplier beaucoup les observations de ce genre si j’avais dessein d’écrire un traité étendu, et non pas un simple essai. Il paraît que les jacobites et les nestoriens avaient , soit en même temps, soit à des époques différentes, traduit dans leurs divers dialectes des ouvrages de théologie écrits en grec. Ainsi Bar- Hebræus, citant un traité de saint Grégoire de Nazianze, indique la première édition, qui était entre les mains des nestoriens.

Le missionnaire Ricold de Monlcroix, parlant des nestoriens , dont il expose très-bien les opinions tliéo» logiques, dit qu’ils ont leurs écritures et font leurs offices en chaldéen ; puis il ajoute : ce Hz dient que

3) Christ est deux sciaulx et deux encommun AuH

» cuns ne sçavent point la différence entre sciaulx et 3) aucunum. Et en vérité il n’y a nulle différence, fors 33 que sciaulx est ung nom arabic, et sonne autant que 33 personne en nostre langaige ; et aulcimum est img mot 33 caldéen , et sonne aussi en nostre langaige autant 3) comme personne. 33 Ces deux mots, comme il est facile de le voir, ont été dénaturés par l’ancien traducteur français.

J’ai dit plus haut que la langue syriaque s’altérait rapidement par l’admission d’un grand nombre de mots étrangers. D’ailleurs la connaissance de l’arabe étant d’une nécessité indispensable pour tous les peuples chrétiens ou autres, cette langue s’introduisait partout, tendait insensiblement à devenir l’idiome vulgaire des habitants de la Syrie et de la Mésopotamie ; et le langage primitif de ces contrées, exclu peu à peu de la circulation, allait bientôt n’être plus que l’idiome savant, celui des offices ecclésiastiques. Jacques de Vitri, au xiif siècle, parlant des maronites, s’exprime en ces termes : <c Ils se servent des lettres 33 chaldéennes ^ ; mais le langage sarrazin est leur langue

' Puisque j’ai occasion de nommer les Maronites, je dois ajouter quelques mots sur les opinions religieuses que ce peuple professa durant une partie du moyen âge. Suivant le témoignage de Guillaume de Tyr {Historia helli sacri, lib. xxii, cap. 8), l’an 1182 de J.-C., les Maronites, au nombre d’environ quarante mille hommes, vinrent, en présence deHaymeric, patriarche d’Antioche, abjurer l’hérésie

)) vulgaire. 5) U dit des jacobltes : a Quelques-uns » d’entre eux emploient l’écriture chaldéenne, d’autres y) l’arabe appelé sarrasin. )> Il dit ailleurs : « Les Syriens )) se servent de la langue sarrasine. 5) Plus loin il s’ex^ prime ainsi : (c Les Syriens n’entendent point la langue )> que possèdent leurs ecclésiastiques ^ et qui est en usage

du monothélisme, à laquelle ils étaient attachés depuis cinq cents ans. Jen’exa* minerai point si Maron, qui a donné son nom aux Maronites, fut réellement un des plus zélés partisans du monothélisme; mais que ce peuple avant sa réunion à l’église romaine, ait professé l’hérésie qui admet en Jésus Christ une seule nature, c’est un fait historique qu’il est, à mon avis, bien difficile de nier, puisqu’il est attesté par plusieurs écrivains, tant musulmans que chrétiens, orthodoxes ou hérétiques. On a cité et commenté, dans cette controverse, le passage d’Eutychius, Le judicieux Masoudi, dans un de ses ouvrages^, donne des détails intéres^ sants sur les Maronites, leurs dogmes, leurs établissements, et sur Maron, leur l'ondateur; et il assure expressément qu’ils professaient le monothélisme, Grégoire Bar-Hebræiis** atteste que les Maronites diffèrent des autres chrétiens en ce qu’ils admettent une seule volonté et une seule opération pour les deux natures de Jésus-Christ, au lieu de deux volontés et de deux opérations. Le missionnaire Ricold de Montcroix, qui parcourt l’Orient dans le xiii“ siècle, s’exprime en ces termes*** : « De là vainsmes au mont de Libanus, et là démolirent Maronites, qui » sont chrétiens mescréants et maintiennent que en Christ n’a ne eust que une » simple volunté. » Le même religieux, descendant le Tigre****, depuis Mosul jusqu’à Bagdad , rencontra des Maronites, dont il parle en ces termes : « Là dernou- » rent Maronites mescréants chrestiens et scismaz; et ont ung archevesque. Hz » maintiennent que Christ fut une seulle volunté. C’est leur erreur. En toutes )) aultres choses se accordent ilz à notre foy catholicque plus que a nulle aultre ■ » secte d’Orient.» Le frère Richard, dans son traité contre la religion des Turcs *****, assure que les Maronites admettaient en Jésus-Christ une seule volonté. Il ajoute • qu’ils s’étaient soumis à l’église romaine, et que leur patriarche assista au concile ■ général de Latran tenu sous le pontificat d’innocent III ; mais qu'ensuite ils revinrent à leurs premières erreurs. Brocard {Descriptio Terræ Sanctæ^ page 190) range aussi les Maronites avec les nestoriens, les jacobites, etc., au rang des hérétiques.

* Kitab-aKenbih, man. ar. de Saint-Germ. 337, fol. 89 v.

** Candelahrum, man. syr. 121, fol. 179

Lhystoire vierveUleuse, plaisante et récréative du grand chan de Tarfarîe, , fol. 33 V.

**** Ibid. fol. 43 r.

Tiirchîcœ spurcitiœ et perfidiœ snggillatio, fol. 47 v. 48 r.

)> pour récriture sainte. Quoiqu’ils emploient récriture » sarrasine, elle ne représente pas l’idiome sarrazin vul- » gaire, mais un autre idiome particulier qui n’est corn- » pris que des hommes lettrés. )> Le même auteur, parlant des Esséens (les Samaritains), dit qu’ils conservent en partie l’écriture des juifs, qui offre un mélange de lettres hébraïques etchaldaïques. Le missionnaire Eugène Roger, qui voyageait en Asie dans le xyii® siècle, dit que le syriaque est la langue vulgaire des nestoriens. Ailleurs il assure que sur le mont Liban, tout près des grands cèdres, il y a trois villages où le syriaque est la langue vulgaire. Stochove, parlant du mont Liban, ajoute : ce Les » habitants disent la messe et tout leur service en langage » chaldéen, lequel est le maternel des habitants de ?> cette montagne; mais comme ils ont grande coin- » munication avec leurs voisins, ce langage est grande» y) ment corrompu, et presque tous parlent moresque. » On lit dans la vie de M. de Chasteuil que ce solitaire se rendit à Asron, qui est un des villages du mont Liban, où le peuple parle la langue syriaque... Plus loin on trouve ces détails : « Il y a parmi eux (les Ma» )) rondes) cinq ou six villages qui ont retenu la langue syriaque et qui la parlent encore; mais c’est un syriaque )) qui est mêlé de l’idiome arabe, et qui n’en doit plus 3) porterie nom, à cause de sa corruption. )) vSi l’on en croit Niebuhr, il y a dans la province de Damas quelques villages dont les habitants ne parlent que syriaque. Ce même voyageur atteste que, dans plusieurs hameaux aux environs de Mardin et de Mosul, les chrétiens parlent la

îangiie clialdaïque. Enfin il assure, d’après le témoignage d’un Maronitedu mont Liban, qu’on trouve, autour et au-dessus du mont Kirsvan (Kesroan), des ruines de grottes antiques, d’édifices de forteresses, chargées d’ins» criptions très-anciennes et entièrement inconnues. Ce voyageur, décrivant la ville de Mosul, assure que parmi les chrétiens nés dans cette ville on en trouve rarement qui puissent parler la langue syriaque, dont on se sert encore aujourd’hui dans les villages. L’Anglais Edward Ives, qui parcourait la même contrée en 1758, fait mention d’une ville appelée Cmnélisk Gawerkoe, autrement Carmélis, située à quelques lieues de Mosul, et sur laquelle il donne les détails suivants : « Les habitants , )) ainsi que nous rapprîmes, parlent aujourd’hui la lan» )) gue chaldaïque, aussi bien que le turc et l’arabe. )> Si l’on en croit un voyageur judicieux, dans la petite ville de Mara et le village de Malula, que l’on rencontre à quelque distance de Damas , sur la route de Balbek , le syriaque est encore une langue vivante, qui se transmet de père en fils sans le secours des livres. M. Browne assure que deux de ses muletiers parlaient plus volontiers ce langage que l’arabe. Cette assertion mériterait d’être vérifiée, d’autant plus que feu M. Volney, décrivant les mêmes lieux, se contente de dire : « La langue syriaque )) n’est plus en usage, mais les bourgs de Maioula et de )) Sidnaïa, près de Damas, ont un idiome si corrompu D) que l’on a beaucoup de peine à l’entendre. »

Les personnes qui voudraient avoir sur la langue syriaque des détails plus étendus peuvent consulter,

outre la Bibliotheca orientalis d’Assémani, Amira {Præfatio in cjrammaticam syriacam] , Michaelis {Abhandlung von der syrisehen sprachen), Güiither Wahl (Allcjemeine Geschichte der morgenlàndischen sprachen pag. 532 et siiiv.), et entin M. Holïmann ( Grcmmatica syriaca^ prolegomenaj pag. 1 et seqq.).

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