DES ROIS
Tout le monde sait qu’il existe, aux environs de Jérusalem, un monument magnifique, creusé dans le roc, avec un soin et une habileté vraiment extraordinaires, et qu’une tradition constante du pays désigne par le nom de Tombeaux des rois. Ce sont les mêmes excavations qui, dans l’histoire de Josèphe sont appelées les Caves 7^oyales,
(^aaiXiKa.
Dans un mémoire, lu à une séance de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, un membre de cette compagnie, M. de Saulcy, s’est attaché à démontrer que l’opinion vulgaire, à cet égard, était parfaitement vraie, et que ce monument avait, en effet, renfermé les corps des rois de Juda. Mais il m’est absolument impossible de souscrire
à cette assertion. Et je vais donner les raisons sur lesquelles se fonde mon jugement. ,
Dans une question de ce genre, on peut, sans doute, produire des arguments de différentes espèees. Mais il est un genre de preuves qui domine toutes les autres, et qui seul présente les caractères d’une autorité irréfragable. Je veux dire les témoignages empruntés aux livres saints. J-.’historien Josèphe lui-même, pour ee qui coneerne l’ancienne histoire du peuple Juif, ne mérite de confiance qu autant qu’il s’appuie sur le récit des éerivains sacrés de sa nation. Mais, il faut le dire, de tous les passages de la Bible, il n’en est pas un seul qui ne soit en opposition formelle avec Topinion émise au sein de l’Académie. Je me hâte d’entrer en matière et de fournir les preuves de ce que j’avance.
Nous savons, par le livre de Josué, qu’à l’époque où les Hébreux pénétrèrent dans la Palestine, la ville de Jérusalem était oceupée par les Jébuséens; que les membres de la tribu de Juda, dans le partage desquels se trouvait cette place importante, n’avaient pu chasser les anciens habilants et s’étaient bornés à s’établir avec eux. Les choses subsistèrent dans cet état jusqu’à la huitième année du règne de David. Ce prince, résolu de chasser les Jébuséens, livra l’assaut à la colline de Sion, sur laquelle s élevait la forteresse occupée par ce peuple. Il s’empara de cette citadelle, qui, depuis ce moment fut désignée par le nom de Ville de David, et non pas, comme on l’a prétendu, Aïr — David, ce qui signifirait Fane de David. Josephe s est visiblement trompé lorsqu’il paraît attribuer
à toute la ville de Jérusalem le nom de ville de David, C’était la colline de Sion qui formait la partie la plus élevée de Jérusalem, et où se trouvaient réunis la citadelle et le palais du roi. Ce fut là également que David fit transporter 1 arche d alliance. De la vient que partout dans les psaumes, Dieu est représenté comme ayant établi sa résidence sur le mont de Sion, comme ayant choisi ce lieu pour siège de sa toute-puissance. Il paraît bien, d’après le récit des livres saints et celui de Josèphe, qu’il n’existait sur la colline de Sion aucune habitation particulière : que les maisons, occupées par la population de Jérusalem, étaient construites principalement dans la vallée qui s’étendait au nord de Sion, dans la direction des collines de Moria et d’Acra. Et cette circonstance explique comment David, se promenant sur le faîte de son palais, se trouvant ainsi placé à une grande hauteur au-dessus des habitations particulières, aperçut Bethsabée, qui se baignait sur le toit de sa maison.
David, après un règne long et glorieux, s’endormit avec ses pères, et fut enterré dans la ville de David, par conséquent sur la montagne de Sion. Donc, le monument appelé tombeaux des ms n’était pas l’ouvrage de ce prince, puisque 1 on n aurait pas manqué d’y déposer son corps. Salomon fut enseveli dans la ville de David son père, c’està-dire sur la même colline. Le corps de Roboam fut placé dans la ville de David. Et à cette occasion Je dois offrir une remarque qui n’est pas sans quelque importance. Il existe en hébreu deux expressions qui s’appliquent à un défunt. On dit : « Il fut réuni à ses pères ou à
son peuple » ou bien « il fut enterré avec ses pères. » Le sens de ces deux locutions est tout à fait différent. La première annonce seulement qu’un homme a été, dans une autre vie, rejoindre ses ancêtres, c’est-à-dire qu’il est mort. C’est dans ce sens que Plaute dit : penetrare ad plures. Mais l’expression « il fut enseveli avec ses pères » ne peut avoir qu’un sens, celui que présente naturellement la phrase. Abia, fils et successeur de Roboam, eut sa sépulture dans la ville de David. Asa fut également enterré au milieu de la ville de David, dans un tombeau qu’il s’était fait élever, et que l’on avait rempli de toutes sortes d’aromates et de parfums. Josaphat fut enterré dans la ville de David, Joram fut enseveli dans la ville de David, mais non pas dans les tombeaux des rois. Ochozias, après sa mort tragique, ayant été transporté à Jérusalem, on l’ensevelit avec ses pères dans son tombeau placé dans la ville de David. Joas fut enterré avec ses pères, dans la ville de David, mais non pas dans les tombeaux des rois. Le grand prêtre Joïada, en considération des services importants qu’il avait rendu à la religion et à l’État, fut enterré dans la ville de David, avec les rois. Amasias fut enseveli avec ses pères, dans la ville de David, Azarias fut enseveli avec ses pères dans la ville de David, dans le champ de la sépulture des rois, attendu qu’il était lépreux. Joatham fut enseveli dans la ville de David, Achaz fut enseveli avec ses pères, dans la ville de David; suivant le livre des Paralipomènes, on l’enterra dans la ville à Jérusalem, mais on ne le déposa pas dans les tombes des rois. Ces deux passages n’offrent pas une contradiction, L’écri-
vain sacré, s’il avait voulu comprendre la ville de Jérusalem, aurait dit : « à Jérusalem. » Gomme lorsque nous voulons parler d’un fait qui s’est passé au milieu de nous, nous ne disons pas ce dans la ville de Paris, » mais ce à Paris. » Puisque le mot est précédé de l’article, il est clair qu’il s’agit ici d’une ville particulière, renfermée dans l’enceinte de Jérusalem. Or, cette ville est évidemment, d’après le livre des Rois, la ville de David, je veux dire la colline de Sion. C’est comme nous dirions : cc II fut enterré, dans la Cité, à Paris. »
Ézéebias s’étant endormi avec ses pères, fut enterré sur la montée des tombeaux des enfants de David, Ce passage ne saurait présenter aucune difficulté réelle. Cette montée ou cette pente, dont il est fait mention ici, est la même que celle dontNéhémie parle, et(|üi conduisait du palais du roi au basde la montagne de Sion. Ézéebias futenterré sur la pente du terrain qui menait aux autres tombes royales. Et il serait impossible d’entendre par ces mots le lieu le plus profond d’une caverne. Une pareille signification est tout à fait étrangère au génie de la langue hébraïque. Quant à l’expression cc les fils de David, elle ne peut désigner que les rois issus de David ; car un roi aussi pieux, aussi illustre qu’Ézécbias, devait éminemment avoir sa sépulture parmi les rois, et non pas avec des princes de la famille, mais qui n’auraient point occupé le trône.
Nébémie s’explique sur ce sujet d’une manière formelle lorsqu’il dit : cc On bâtit le mur de la piscine de Siloé, qui longe le jardin du roi, et s’étend jusqu’aux montées qui
dépendent de la ville de David. » Immédiatement après, il parle des tombeaux de David. Plus loin il fait mention du palais supérieur du roi, qui était près de la cour de la prison. Dans un autre endroit on lit : « Ils montèrent les pentes de la maison de David, savoir la pente qui conduit au mur placé au-dessus delà maison de David.)) Un des passages que je viens de citer nous révèle la véritable situation des jardins royaux, et, par suite, du palais des souverains de Juda. Ils étaient placés à l’extrémité du mont de Sion, du côté qui regarde la fontaine de Siloé. Et il est naturel de croire que les tombeaux des rois se trouvaient à l’autre extrémité de la colline. D’un autre côté. Dieu dit, par la bouche du prophète Ëzéchiel : ce Les enfants d’Israël et leurs rois ne probmerontplus mon nom saint, par leur fornication. Ils ne souilleront plus leurs hauts lieux, par les corps de leurs rois.)) On sait que le mot hébreu beîmah, qui dans nos versions est rendu par haut lieu, désignait ce une petite chapelle, bâtie sur une colline, )) et dans laquelle on offrait des sacrifices, quelquefois au vrai Dieu, mais plus souvent aux idoles. Il est probable que des rois impies, Achaz, Manassé, Ammon, avaient fait élever des monuments de ee genre en l’honneur de Baal, de Ghamos, etc., sur le mont Sion, en face du temple de Dieu, et qu’ils avaient voulu que leurs corps reposassent près de ces édifices sous la protection de ces prétendues divinités, au culte desquelles ils s’étaient voués.
Manassé, fils et successeur d’Ézéchias, fut enterré dans le jardin de son palais, dans le jardin d’üzza ou Oza.
Ammon, fils de Manassé, fut également enterré, dans son tombeau, placé dans le jardin d’Uzza. On conçoit que ce nom jardin d'Uzza, avait été donné par David à un terrain situé sur le mont Sion, dans le voisinage du lieu qu’avait occupé l’arche d’alliance, pour rappeler la catastrophe de l’homme imprudent, qui, ayant voulu porter la main pour soutenir l’arche, avait été puni de sa témérité par une mort subite. Josias fut enterré, à Jérusalem, dans son tombeau, ou comme s’exprime le livre des Paralipomènes, dans les tombeaux de ses pères,
Ces expressions n’ont rien d’équivoque. C’était au voisinage du saint roi David, c’était au milieu des souverains de Juda que Josias avait choisi sa dernière demeure. Et l’on ne peut pas supposer que ce prince qui, durant tout son règne, avait uniquement été occupé du soin de faire fleurir la religion, de rendre au culte divin sa grandeur et son éclat; qui avait dû, pour cet objet, s’imposer des dépenses énormes ; qui d’ailleurs, pénétré des sentiments d’une piété sincère, ne cherchait qu’à s’humilier sous la toute-puissance de Dieu, eût eu l’idée d’élever à sa mémoire un fastueux monument. Les ‘fils de ce prince ne firent que passer sur le trône et n’eurent pas le loisir d’exécuter un travail aussi long, aussi dispendieux. Sédécias, à la vérité, régna onze ans; mais on sait que ce prince eut constamment à lutter contre les circonstances les plus critiques. Placé entre des monarques puissants et ambitieux, les souverains de l’Égypte et de la Babylonie, qui étaient tour à tour pour les Juifs ou des ennemis cruels ou des alliés bien importuns ;
forcé, sans doute, de sacrifier des sommes énormes pour acheter une paix, une trêve ou un secours onéreux, troublé d’ailleurs par les menaces effrayantes que Dieu lui adressait journellement par la bouche de Jérémie, il ne pouvait guère songer à se creuser, à grands frais, une demeure funèbre, où, suivant la prophétie, son corps ne devait pas reposer.
Après des témoignages aussi nombreux, aussi clairs, aussi formels, je ne comprends pas, je l’avoue, comment on peut s'inscrire en faux contre Tévidence, afin de soutenir une opinion, qui, à vrai dire, ne repose absolument sur aucune preuve solide.
Les passages des écrivains sacrés, comme on voit, sont vraiment unanimes sur cette matière. Il résulte de cette discussion que la colline de Sion, après avoir été emportée d’assaut par David, ayant été choisie par lui pour le lieu de sa résidence, pour la place où reposait l’arche d’alliance, étant habitée exclusivement par ce monarque et sa famille, reçut d’une manière spéciale le nom de ville de David; que cette dénomination ne s’étendit jamais a toute la ville de Jérusalem ; que David, et à son exemple les rois de sa race, se creusèrent des tombeaux sur cette même montagne, dans le voisinage du palais : que, pour la plupart, ces princes étaient enterrés dans un caveau commun; que plusieurs s’étaient fait élever de leur vivant des tombeaux, mais au voisinage de ceux de leurs pères. Qu’un d’entre eux, attendu qu’il était lépreux jusqu’à sa mort, fut déposé, non pas dans le sépulcre commun, mais dans le champ qui recouvrait ou avoisinait
ces sépultures : que deux rois, Manassé et Ammon, se firent enterrer dans le jardin de leur palais, mais toujours sur la colline de Sion. On ne saurait donc nier des faits aussi clairs et aller chercher les tombeaux de David et des princes de sa famille à l’autre extrémité de Jérusalem, hors des murs de cette ville.
D’ailleurs, une circonstance importante ne permettrait, en aucune manière, d’admettre l’hypothèse qu’on a soumise au jugement de l’Académie. S’il était vrai, comme l’atteste Josèphe, que des richesses considérables avaient été déposées dans le tombeau de David, les rois de Juda auraient-ils été assez imprudents pour aventurer ces trésors, au milieu de la campagne, et les offrir en proie aux nations pillardes qui environnaient la Judée? lorsque nous savons, par le témoignage de l’histoire, que, même sous le règne de David, le plus puissant et le plus redouté de ces monarques, les Philistins, en particulier, venaient souvent faire des courses au cœur des Etats de ce prince, et qu’il fut, plus d’une fois, obligé de les combattre presque sous les murs de Jérusalem. Je reviendrai, tout à l’heure, sur ce qui concerne les richesses renfermées dans le tombeau de David.
Il est un passage que l’on a cité dans le cours de cette discussion, et sur lequel je dois m’arrêter un instant, attendu que les conséquences qui en ont été tirées me paraissent tout à fait inexaetes, et qu’elles reposent sur un texte dont on n’a pas bien saisi le sens. L’auteur du mémoire s’est demandé s’il est vraisemblable que l’on eût voulu, en réunissant sur le mont Sion un si grand
nombre de tombeaux, transformer la citadelle de Jérusalem en un immense cimetière. Suivant lui, la chose est d’autant plus improbable, que, chez les Juifs, le contact d un tombeau entraînait une souillure légale qui exigeait une purification. Il ne peut concevoir que l’on ait voulu mettre les habitants de la citadelle et du palais, c’est-àdire les rois, leurs parents et leurs serviteurs, dans une position qui les aurait obligés journellement à contracter des souillures et à pratiquer des ablutions interminables. Il cite, pour appuyer son raisonnement, un passage de Josèphe, dans lequel cet historien parlant de la ville de Tibériade et de la reconstruction de cette ville par les soins d’Hérode, ajoute : « Il réunit un grand nombre de Juifs auxquels il enjoignit de ne plus quitter la ville; il leur assigna des terres et l’argent nécessaire pour bâtir leurs maisons, sachant bien que leur séjour en ce lieu était contraire aux lois judaïques; attendu que, pour les travaux de construction, on avait enlevé un grand nombre de tombeaux; et que ceux qui habitent dans le voisinage doivent, d’après nos lois, subir une souillure de sept jours. » Mais ce passage n’a pas été bien compris. La loi juive imposait, en ellet, une souillure à celui qui avait touché un cadavre, mais non pas à celui qui se trouvait dans le voisinage d’un tombeau. Ainsi, si les habitants de Tibériade devaient se trouver dans un état d’impureté, ce n’était pas parce qu’ils avaient des tombeaux non loin de leurs demeures, mais parce que les ossements humains ayant été déplacés sans aucun ménagement, sans aucun égard pour le respect dû aux morts, ceux qui au-
raient coopéré à ce travail ou qui auraient habité près de l’endroit souillé par cette sorte de sacrilège, auraient euxniemes subi la souillure legale. Mais peut-on croire que chez les nations de l’antiquité, qui avaient voué aux tombeaux un si grand respect, la réunion de ces tombes royales pût etre regardée comme souillant les lieux et les hommes? A coup sûr la contemplation de ces mausolées ne pouvait porter dans l’âme des voisins et des spectateurs d’autres sentiments qu’une vénération profonde et de tristes réflexions sur le néant des grandeurs humaines. Il faudrait donc, si l’on adoptait le raisonnement de l’auteur du mémoire, blâmer aussi notre église de Saint- Denis comme n’oflrant qu’un vaste et fastueux cimetière? Il allègue que, d’après les usages des peuples de l’antiquité, les tombeaux étaient placés hors de l’enceinte des villes. La chose est vraie en général, mais les exceptions n’en avaient pas moins lieu quand il s’agissait de rois, de personnages importants. Aujourd’hui, chez les peuples musulmans où les cimetières sont placés hors de l’enceinte des villes, nous trouvons dans l’intérieur de ces mêmes villes des mosquées, qui renferment la tombe des monarques ou autres personnages marquants, auxquels ces édifices ont dû leur fondation. Chez nous, depuis la révolution, la sépulture dans l’intérieur des villes est sévèrement interdite par la loi ; et cependant les corps de nos plus célèbres guerriers sont déposés dans les caveaux de l’hôtel des Invalides, ceux des évêques ou archevêques sont journellement inhumés sous le pavé des cathédrales.
Et d’ailleurs le mont Sion, quoique renfermé dans l’en-
ceinte des murs de Jérusalem, formait comme une ville à part qui avait un nom particulier, et qui était réservée pour le culte de Dieu et la demeure des rois.
On s’est trompé gravement, je crois, lorsque l’on a supposé que du temps de David et de ses successeurs les arts dans la Judée étaient arrivés à un point de perfection assez avancée pour rendre raison de la beauté et de la finesse du travail qu’ont réclamées la confection et la décoration des tombeaux désignés comme étant ceux des rois; mais je ne saurais, en aucune manière, admettre cette opinion. Chez les Juifs, durant le règne de Saül, les arts, même les plus nécessaires, étaient restés dans un état de nullité à peu près complète, puisque les Israélites ne pouvaient ni aiguiser, ni redresser, encore moins fabriquer leurs instruments de fer les plus vulgaires sans avoir recours à leurs mortels ennemis les Philistins. Le règne de David ayant été presque entièrement consacré à des expéditions guerrières, le goût des arts ne trouva guère occasion de se développer. Aussi, quand David forma le projet de faire bâtir un palais pour son habitation, et d’élever un temple somptueux dans lequel il aurait déposé l’arche d’alliance, il ne put trouver dans ses États des ouvriers assez habiles ; il fut obligé, comme fit plus tard son fils Salomon, de faire venir de la Phénicie tous les artisans que réclamaient ces constructions imposantes, Il est donc peu à présumer qu’il eût eu à sa disposition des hommes assez habiles pour creuser et décorer les caves admirables qui composent les tombeaux des rois. D’ailleurs, une circonstance particulière s’op-
posait, je crois, à ce qu’il imaginât un pareil travail. Probablement ce prince avait songé, comme ont fait depuis d’autres monarques orientaux, à préparer, de son vivant, le tombeau qui devait recevoir son corps. Mais, comme chez lui la modestie et la piété la plus sincère s’alliaient avec une extrême bravoure ; que, d’ailleurs, peu d années auparavant, il avait été puni avec une sévérité terrible pour avoir, en ordonnant un dénombrement général des habitants de son royaume, cédé trop facilement à un mouvement d’orgueil, à l’enivrement produit par sa puissance et ses conquêtes ; il est peu à croire que ce prince eût voulu s'élever à lui-même un mausolée somptueux, tandis que l’arche d’alliance qui était censée le marche-pied du trône de Dieu, le lieu d’où il proclamait ses oracles, était placée sous une simple tente. Ce saint roi se reproche à lui-même d’habiter un palais de cèdre, tandis que la demeure du Très-Haut ne présentait que le caractère d’une excessive simplicité. D’ailleurs, nous voyons, par le témoignage des écrivains sacrés, que David, à l’exemple de son prédécesseur, conservait dans sa manière de vivre des habitudes de modestie qui semblaient convenir plus à un particulier riche qu’à un puissant monarque. Saül conduisait lui-même ses travaux agricoles. David dansait et pinçait sa harpe en présence de l’arche ; Thamar, sa fille, préparait elle-même des gâteaux pour son frère Amnon. Les fils de David, dans leurs voyages, se servaient exclusivement de mules. Ce prince, obligé de se soustraire à la fureur de son fils Absalon, ne trouva pas sous sa main un cheval, et fut
contraint de fuir à pied, au risque de s’exposer par là à tomber entre les mains de son ennemi, ce qui aurait attiré pour lui une mort inévitable. On peut donc croire que ce monarque ne chereba point à mettre dans sa sépulture un luxe somptueux. 11 est probable que quelques salles taillées dans le roc composaient son tombeau et se divisaient en des niehes nombreuses qui devaient recevoir le corps de ce prince et ceux des membres de sa famille. Autour de ce tombeau régnait un grand espace vide où l’on pouvait placer des monuments du même genre, et que les écrivains sacrés ont désigné par le nom de champ des tombeaux. Ce fût là que plusieurs des rois, successeurs de David, firent préparer pour eux des sépulcres séparés. Mais il est probable que ces princes devant placer leur dépouille mortelle vis-à-vis de celle du chef de leur dynastie, du plus illustre de leurs ancêtres, n’auraient point osé déployer un luxe qui aurait trop contrasté avec la simplicité de la sépulture de ce prince. On peut donc supposer que tous les tombeaux renfermés dans cette enceinte funèbre étaient composés de simples caveaux qui n’olfraient point à l’extérieur les caractères d’une somptuosité extraordinaire.
D’après ces renseignements, je n’hésite pas à croire que le tombeau de David et de sa famille fut situé réellement sur la colline de Sion, à la place que lui assigne la tradition des musulmans et j’ose dire celle des chrétiens. Et la narration du Juif Benjamin, au milieu des détails fabuleux qu’elle présente, pourrait cependant renfermer un fond de vérité.
J’ai dit que sur ce point la tradition chrétienne s’accordait avec r opinion des musulmans et des juifs. Et en effet, que l’on ouvre les livres des écrivains ecclésiastiques, ceux des historiens du moyen âge qui ont visité la Palestine, ceux des plus savants voyageurs modernes, on n’y trouve rien qui donne à entendre que les auteurs aient placé ailleurs que sur le mont Sion la sépulture de David. Il me serait facile de prouver la vérité de cette assertion.
Mais, ne manquera-t-on pas de me dire, suivant la tradition des chrétiens de Jérusalem, le lieu désigné par les musulmans, comme le site du tombeau de David représente la maison où Jésus-Christ célébra avec ses disciples la dernière pâque, et institua le sacrement de l’eucharistie. D’abord, cette opinion ne contredirait pas en réalité celle dont je viens de faire mention, puisque la maison où Jésus-Christ célébra la dernière pâque aurait pu être située tout auprès du lieu où s’était élevé jadis le tombeau de David. Mais cette tradition, quoique reçue à Jérusalem, ne me paraît pas suffisamment appuyée par l’ensemble des faits historiques. Et qu’il me soit permis d’entrer à cet égard dans quelques détails.
Lorsque les pèlerins visitent Jérusalem, on ne manque pas de leur faire parcourir successivement, et dans un ordre régulier, tous les lieux qui, au rapport de la tradition, ont été sanctifiés par le séjour, les souffrances du Sauveur, ou qu’ont signalés d’autres faits qui se rattachent à la fondation de la religion chrétienne. Tous ces faits, dont l’existence en générale repose sur des récits
bien authentiques, sont parfaitement propres à nourrir la piété et à émouvoir profondément les hommes religieux qui ont affronté les dangers de cette excursion lointaine. Il serait donc vraiment condamnable, lorsque l’on a entrepris un voyage tel que celui de Jérusalem, d’y porter un esprit de scepticisme, et de contester sur chaque point les faits qu’une croyance pieuse nous représente comme ayant été accomplis sur telle ou telle localité. Toutefois, et cela ne blesse en rien les intérêts de la religion, on peut dire avec vérité que ces traditions se divisent en deux classes : les unes sont appuyées sur le fondement le plus solide, sur le témoignage de l’histoire la plus authentique, et ne peuvent offrir aucune prise aux attaques du scepticisme. Telle est, entre autres, la position du mont Calvaire et du Saint-Sépulcre. A la fin du xviif siècle, quelques savants, et entre autres le voyageur anglais Clarke, prétendirent que la situation assignée à ces deux localités, si justement célèbres dans les fastes de la religion, avait été déterminée d’après des calculs erronés, des narrations incertaines; et que le site de l’un et, de l’autre devait être cherché dans une autre direction, hors des murs actuels de Jérusalem. Cette hypothèse, qui a depuis été reproduite, fut repoussée et combattue, je crois, victorieusement. On établit, par des preuves péremptoires, que la position de ces lieux sanctifiés par les plus grands mystères du christianisme ne pouvait offrir l’ombre d’un doute. Et, en effet, lorsque Jésus-Christ fut immolé sur la croix,. sa mort fut pour toute la ville de Jérusalem, pour les juifs comme pour les chrétiens, un événement
de la plus haute importance, qui produisit sur toute la population une impression profonde. Certes, les apôtres, les disciples, connaissaient parfaitement, et visitaient avec respect le lieu où leur divin maître avait sacrifié sa vie. Les premiers prosélytes juifs qui se convertirent à la voix des apôtres, avaient sans doute, pour la plupart, assisté à la mort du Sauveur du monde, et par conséquent ils ne pouvaient se tromper sur la position des lieux où s’était accompli ce grand mystère. Les nouveaux chrétiens apprenaient, avec les principes de la foi, à révérer le Calvaire et le Saint-Sépulcre. Au moment du siège de Jérusalem par Lite, les fidèles, pour se soustraire aux fléaux d’une guerre désastreuse, se retirèrent momentanément dans la ville de Pella, au-delà du Jourdain. Mais, après la catastrophe de la ville sainte, lorsqu’ils revinrent au milieu des ruines fumantes de leur patrie, ils durent rechercher avec empressement et retrouver, sans beaucoup de peine, ces sites vénérés dont l’image était gravée dans leurs cœurs en traits ineffaçables. Quand, plus tard, l’empereur Adrien, profondément irrité de la rébellion opiniâtre des Juifs, voulut consommer la ruine de Jérusalem, le soin qu’il prit pour souiller, par la présence des idoles, le Calvaire et le sépulcre du Christ, suffirait seul pour attester combien ces lieux étaient célèbres et respectés parmi la population chrétienne. Mais, en dépit des efforts fanatiques de ce prince, ces deux sites, où s’étaient opérés les grands mystères du christianisme, n’en restèrent pas moins connus, et furent visités des fidèles avec un zèle et un em-
presseinent qui ne se ralentirent jamais. Aussi, quand sainte Hélène voulut rechercher le bois de la croix sur laquelle le Christ était mort, elle n’eut pas à hésiter un instant sur le lieu vers lequel devaient se diriger ses investigations. Les mêmes souvenirs se sont conservés au travers du moyen âge, et perpétués jusqu’à nos jours ; et il serait, je crois, impossible d’exprimer à cet égard un doute tant soit peu raisonnable.
Mais, quand il s’agit de faits qui n’ont pas pu recevoir une aussi éclatante publicité ; lorsqu’il est question d’édifices particuliers, qui, dans le sac de Jérusalem, avaient été détruits et bouleversés jusque dans leurs fondements, on conçoit facilement que la tradition étant réduite pour ainsi dire à marcher à tâtons sans avoir un fil conducteur qui pût guider ses pas en toute assurance, a dû, plus d’une fois, au défaut d’une entièd^e certitude, se contenter de conjectures plus ou moins probables. Par exemple, dans la séance dernière, on a cité la grotte, où, suivant la tradition, Jérémie composa ses lamentations. Mais le texte de l’Écriture sainte ne dit nulle part que le prophète se fût retiré dans une grotte. Ce qui, à vrai dire, est même peu probable, peu naturel. Suivant ce que nous lisons dans la version grecque et dans la vulgate, Jérémie, après la catastrophe de Jérusalem, s’assit sur les ruines de cette ville; et là, les yeux baignés de larmes, il laissa échapper de son âme ces accents pathétiques, qui, après tant de siècles, produisent encore sur les cœurs sensibles une émotion si vive et si profonde.
La tradition des chrétiens de Jérusalem a placé sur le
mont Sion le lieu où Jésus-Christ célébra avec ses disciples sa dernière pàque, et institua le sacrement de l’eucharistie. Mais cette opinion, fruit d’une croyance pieuse, présente-t-elle les caractères de la certitude? C’est ce que j ose ne pas croire. La maison occupée par un particulier obscur, et où s’accomplit ce mystère du christianisme, ne se trouve nulle part indiquée ni dans les Évangiles, ni dans les Actes des apôtres. Il n’en est fait aucune mention dans les diverses occasions où nous voyons les apôtres et les disciples se réunir, soit tous ensemble, soit en petit nombre. Cette maison dut disparaître entièrement lors de la ruine de Jérusalem par les Romains, et ne laisser aucun vestige de son existence. Par conséquent, des conjectures seules purent en désigner le site. En second lieu, on ne trouve pas dans le Nouveau Testament un seul mot qui donne à penser que cette maison d’un simple particulier peu célèbre fût située sur le mont Sion. Les trois évangélistes saint Matthieu, saint Marc et saint Luc qui racontent le fait, ne nous ont transmis sur ce sujet aucun détail précis. Suivant la narration de ces écrivains, Jésus sachant que le moment de sa mort approchait, et voulant célébrer encore une fois la pàque avec ses disciples, envoya deux d’entre eux, c’est-à-dire Pierre et Jean, leur recommandant de se rendre à la ville chez un homme dont il leur indiqua le nom, et de lui demander une chambre où pût se réaliser cet acte important. 11 n’est fait aucune mention de la montagne de Sion. D’ailleurs, comme je l’ai fait observer plus haut, il est probable que cette colline occupée par la cita-
delle, le palais, les tombeaux des rois, ne renfermait pas d’habitations particulières. Enfin, Jésus-Christ venant de Béthanie à Jérusalem, ce n’était pas par la montagne de Sion qu’il devait naturellement faire son entrée dans cette ville. Par tous ces motifs, je suis porté à croire que le monument qui, dans l’opinion des chrétiens de Jérusalem, retrace le lieu où Jésus- Christ célél)ra la dernière pâque avec ses disciples, ne représente point réellement cette localité ; et qu’il vaut mieux, à l’exemple des musulmans, y reconnaître le tombeau de David et de sa famille.
Je dois m’arrêter ici un peu pour discuter une question, qui, je crois, ne manque pas d’une certaine importance. Au rapport de l’iiistorien Josèphe, Salomon, après avoir fait célébrer avec une extrême pompe les funérailles de son père, fit enfermer dans le tombeau de ce prince des trésors considérables. Ces richesses devaient en effet former une masse énorme, puisque, d’après le témoignage du même historien, plusieurs siècles après la mort de David, Hyrcan, grand pontife, puis roi des Juifs, ayant fait fouiller le tombeau de ce monarque, en enleva trois mille talents d’argent; et que, plus tard, Hérode, ayant violé la même sépulture, en tira aussi des objets précieux de tous genres. Ce récit de l’historien juif me paraît fort suspect. D’abord, l’Écriture sainte ne dit pas un mot de ces prétendues richesses déposées dans le tombeau de David. Et la chose, à mon avis, est bien peu vraisemblable. Comme j’ai eu plusieurs fois occasion de le dire, pour ce qui concerne l’instoire de ces temps reculés, l’autorité de .Tosèphe n’est rien par elle-même, et n’a de poids
qu’aiitant qu’elle s’appuie sur le témoignage des livres saints, car nous savons par le récit de récrivain Juif luimême, qu’il n’avait sous les yeux, pour l’histoire ancienne de sa nation, aucun monument, excepté ceux qui sont compris dans le canon des livres saints. Et ces antiques et vénérables mémoires, dont les livres de Samuel et les livres des Rois ne présentent que des extraits, n’existaient plus depuis longtemps, et avaient sans doute péri sans retour, lors du sac de Jérusalem et de l’incendie du temple, où probablement ils étaient déposés. On conçoit trèsbien que Salomon, pour honorer la mémoire de son père, eût, à l’exemple de bien des souverains de l’antiquité, renfermé dans la tombe de ce prince des objets précieux, de riehes étoffes. Mais il est peu probable que le nouveau roi, qui ne s’était point eneore enrichi par le commerce avec Ophir, qui allait avoir à s’imposer des dépenses prodigieuses pour la construction du temple, pour celle du palais et pour toutes les exigences d’un luxe fastueux, eût voulu déposer dans un sépulcre, sans aucun fruit pour personne, des richesses si considérables, qui eussent été bien plus utilement employées pour les besoins de l’État et l’amélioration du sort de ses sujets.
On me dira sans doute que l’on trouve parmi les nations de l’antiquité la mention de tombeaux qui avaient renfermé des sommes plus ou moins considérables. Je pourrais en citer des exemples. Mais rappelons-nous que les Juifs, étant peu livrés au commerce, occupés surtout de l’agriculture, ne formèrent point un peuple fort riche, que la population, comparativement énorme, qui était
agglomérée sur un territoire peu étendu, devait amener un morcellement indéfini des propriétés. Dieu, qui veillait avec tant d’attention sur les intérêts de son peuple, s’occupait sans cesse à gourmander, par la bouche des prophètes, le faste, les envahissements des riches, et à empêcher les princes eux-mêmes de s’abandonner à un luxe extravagant, qui aurait absorbé sans aucun fruit des biens consacrés plus utilement à la nourriture des pauvres. Isaïe s’élève avec énergie contre les hommes riches qui, pour augmenter leurs propriétés ce joignaient des maisons à des maisons, des terres à des terres, de manière à ne plus laisser de place pour les pauvres, et qui semblaient vouloir habiter seuls sur la terre.)) Le luxe des tombeaux attire d’une manière spéciale l’indignation du prophète. Il adresse les menaces le plus terribles à Schebna, l’un des principaux personnages de la cour d’Ézéchias, qui s’était fait préparer un tombeau magnifique creusé dans le roc. 11 lui déclare de la part de Dieu que son corps ne reposera point dans cette demeure fastueuse, et qu’il mourra sans gloire sur une terre étrangère. A coup sûr, dans la situation précaire où se trouvait le royaume de Juda, entouré de puissants ennemis, si les rois avaient consacré leur temps et leurs trésors à faire creuser de magnifiques tombeaux, ils auraient encouru les reproches graves des prophètes, qui les auraient aecusés avec raison de consumer dans cette même entreprise la subsistance des pauvres, les ressources de l’Etat.
Si des trésors furent, en effet, renfermés dans le tom-
beau de David, on peut donner de ce fait une explication simple et naturelle.
David avait de longue main formé le plan d’élever au vrai Dieu un temple magnifique. Dans ce but, il avait durant les longues années de son règne, et à la suite de ses brillantes conquêtes, recueilli des trésors considérables, et des objets précieux de tous genres. Mais Dieu lui déclara, par la bouche du prophète Nathan, que ses mains ayant été trop souillées de sang, il ne pouvait prétendre à l’honneur d’élever au Dieu de paix une somptueuse demeure, et que cette prérogative était réservée à son fils. Il est à croire que dans cette circonstance, David avait songé à mettre en réserve unepartie des trésors qu’il avait amassés et à les déposer dans une des caves qui composaient son tombeau, comme dans un asile sûr où son successeur pourrait, en cas de besoin, trouver un supplément précieux pour les dépenses énormes qu’exigerait infailliblement une entreprise aussi gigantesque que la construction du temple.
Salomon, à qui le commerce avec Ophir avait procuré des richesses immenses, neut sans doute pas besoin de recourir à cette partie du trésor que lui avait légué son père. Mais le royaume de Juda ne posséda pas toujours cette opulence et cette prospérité dont il avait joui sous le règne de Salomon. Des malheurs de tout genre vinrent fondre sur ce petit État, le mirent plus d’une fois à deux doigts de sa perte et en amenèrent définitivement la ruine totale. Dans des circonstances aussi pénibles, le trésor déposé dans le tombeau de David ne put manquer d’être
sacrifié, soit pour subvenir aux pressantes nécessités de l’État, soit pour assouvir la cupidité des ennemis. Et, malgré le témoignage de Josèphe, il est probable que sous le règne d’Hyrcan, et ensuite sous celui d’Hérode, il n’existait, dans le tombeau de David aucune partie des richesses qui y avaient été renfermées primitivement. Comme cette opinion pourrait présenter quelque chose d’un peu paradoxal, je me hâte de produire les raisons sur lesquelles s’appuie mon hypothèse.
La cinquième année du règne de Roboam, Sésac, roi d Egypte, ayant pris Jérusalem, enleva les trésors du temple, ceux du palais du roi, et emporta les boucliers d’or qu’avait fait fabriquer Salomon. On pense bien que dans une pareille circonstance le vainqueur n’aurait pas manque de fouiller le tombeau de David, pour en. extraire les richesses, dont la mémoire était encore si récente et qu’il pouvait s’approprier sans aucun obstacle. Asa, roi de Juda, se voyant pressé par les armes de Baasa, roi d’Israël, prit tout l’argent et l’or qui restaient dans le trésor du temple, ainsi que dans le trésor du palais, et il envoya toutes ces richesses à Ben-Hadad, roi de Damas, afin d’implorer son secours contre l’ennemi qui le menaçait. Joas, roi de Juda, se voyant hors d’état de résister aux attaques de Hazaël, roi de Syrie, prit tout l’or qui se trouvait dans le trésor du temple et dans celui du palais. Il fit remettre le tout à ce prince, qui renonça à marcher contre Jérusalem. Joas, roi d’Israël, ayant fait prisonnier Amasias, roi de Juda, et s’étant emparé de la ville de Jérusasalem, enleva tout l’or, l’argent et les objets précieux
que renfermaient le trésor du temple et celui du palais. Acliaz se voyant pressé parles armes réunies de Phacée, roi d’Israël, et de Razin, roi de Damas, rassembla toutes les riehesses qui étaient déposées dans le temple et dans le trésor royal, et envoya le tout à Téglath-Phalasar, roi d’Assyrie, pour réclamer son alliance. Ézéchias, attaqué à Pimproviste par Sennachérib, roi d’Assyrie, ne crut pas d’abord pouvoir résister aux armes de ce puissant monarque ; ayant reçu l’ordre de payer, par forme de tribut, trois cents talents d’argent, et trente talents d’or, il donna tout l’argent qui se trouvait dans le temple et dans le trésor du palais. 11 mit en pièces les portes et les montants qu’il avait fait lui-même recouvrir de lames d’or. Sous le résine
de Joachim, Nabuchodonosor s’étant emparé de Jérusalem, enleva les trésors du temple et ceux du palais. Il brisa les vases d’or que Salomon avait fait faire pour le service du sanctuaire.
Au milieu de tant de révolutions, de tant de catastrophes, qui bouleversèrent le royaume de Juda, et en amenèrent enfin la ruine totale, il est facile de croire que les trésors déposés dans le tombeau de David n’auraient pu se conserver intacts. Certes, dans des circonstances d’une gravité ordinaire, lorsqu’il s’agissait simplement de réparer un désastre, ou d’acquitter un tribut, le respect profond qu’inspirait le nom si célèbre de David aurait pu et dû faire respecter la sépulture de ce prince ; et peut-être les particuliers se seraient volontiers imposé des sacrifices personnels, plutôt que de dépouiller la der-* nière demeure d’un si grand monarque. Mais, quand les
calamités de l’État arrivaient à un tel point, que l’on se voyait contraint d’épuiser les trésors du temple, de briser les vases de cette maison sainte, d’en fracasser les portes pour enlever les lames d’or qui les recouvraient ; dans ce cas, une impérieuse nécessité, le salut de l’État, luisait une loi de mettre à profit des richesses immenses, enlevées à la circulation, et qui, inutiles pour tout le monde, pouvaient être employées d’une manière plus fructueuse par la conservation du pays.
Et, d’ailleurs, quand un scrupule excessif aurait engagé les princes de Juda à ne jamais porter les mains sur une ressource aussi précieuse, certes, les rois étrangers qui, à diverses époques, envahirent la Judée, et se rendirent maîtres de Jérusalem, n’auraient point été arrêtés par le grand nom de David. Joas, roi d’Israël, qui, comme nous l’avons vu, sous le règne d’Amasias, prit Jérusalem et la dépouilla de toutes ses richesses, n’appartenait nullement à la famille de David, et n’avait aucun motif de respecter le Jombeau de David, qui lui aurait olfert une proie si abondante. Les Chaldéens qui, sous la conduite de Nabuchodonosor, emportèrent d’assaut Jérusalem, saccagèrent, brûlèrent et ruinèrent cette ville, brisèrent jusqu’aux ustensiles de cuivre renfermés dans le temple et dans le palais, ne manquèrent pas, sans doute, de chercher partout des richesses qui pussent assouvir leur avidité. Ils durent fouiller avec soin les nombreux tombeaux creusés dans le roc, aux environs de Jérusalem, et dans lesquels ils avaient l’espoir de trouver de l’or ou des objets précieux. Et, certes, le tombeau de
David devait, avant tout autre, provoquer leur cupidité naturelle. Et ce que je dis ne repose pas sur une simple conjecture, car nous lisons dans le prophète Jérémie : cc En ce temps la, dit le Seigneur, les os des rois de Juda, les os de ses princes, les os des prêtres, les os des prophètes et les os des habitants de Jérusalem, seront jetés hors de leurs sépulcres. » Certes, au moment de cette exhumation violente, les objets précieux qu’auraient renfermés ces tombeaux n’auraient pu manquer d’être enlevés par ces ennemis rapaces. Enfin, les Syriens, qui, durant longtemps, furent les maîtres de Jérusalem, n’auraient certainement pas porté une main avide sur les richesses qu’ils auraient pu se procurer sans dépenses, sans obstacles. Il me paraît donc absolument impossible que, sous le pontificat d’Hyrcan, et, plus tard, sous le règne d’Hérode, il existât le moindre reste des trésors déposés dans la tombe de David.
Mais, dira-t-on, il faut donc s’inscrire complètement en faux contre le récit de Josèphe, qui paraît bien circonstancié, bien lié dans toutes ses parties? Mais sans nier le fait, on peut, je crois, en donner une explication assez naturelle. Si, comme je l’ai insinué, David, en déposant une partie de ses richesses dans une des chambres extérieures de son tombeau, avait eu pour objet d’offrir à ses successeurs une ressource précieuse, on conçoit que ce trésor, destiné aux dépenses publiques, devait, sous chaque règne, se vider et se remplir ; et qu’il composait soit en totalité, soit en partie, ce que l’Écriture appelle
le trésor royal On peut penser, qu’à la suite de l’invasion
des Ghaldéens, il n’y restait absolument rien. Quand les princes asmonéens parvinrent au souverain pontificat, et que leurs exploits guerriers leur eurent procuré des richesses immenses, conquises sur leur ennemis, il est probable que ces princes, voulant rappeler Fusage adopté par David, déposèrent dans une des chambres du tombeau de ce monarque une partie de leur trésor. C’était, peut-être, ce trésor, réservé pour des nécessités pressantes, que Hyrcan, et, après lui, Hérode, allèrent cher” cher, en pénétrant dans la tombe de David.
Maintenant, il reste à décider une question intéressante. Par l’ordre de qui ont été creusées ces magnifiques excavations, désignées par le nom de tombeaux des rois ? H est très-difficile de se former sur ce Sujet une opinion bien arrêtée. Il est beaucoup plus aisé de dire : ce monument ne peut être l’ouvrage de telle époque, de tel prince, que de déterminer en quel temps et aux frais de quel monarque il a été taillé, à grands frais, dans le roc. Tout ce que l’on peut supposer, avee une sorte de certitude, ou, du moins, avec une forte probabilité, c’est que l’exécution ne remonte pas au temps des rois de Juda. A coup sûr, si un de ces princes avait fait creuser un monument aussi extraordinaire, son corps y aurait été déposé. Or, nous avons vu que, d’après les textes formels de la Bible, tous les rois de Juda, sans exception, furent enterrés sur la montagne de Sion. D’un autre côté, ce ne fut pas dans les temps qui suivirent la captivité de Babylone, que les Juifs, en butte aux attaques et à la jalousie des peuples voisins, soumis successivement aux Perses, aux Séleuci-
des, aux rois d Égypte, purent se livrer à des constructions si dispendieuses. Le gouvernement des Asmonéens fut trop orageux pour leur laisser le loisir ou le pouvoir de consacrer à leur sépulture des sommes considérables. D ailleurs, le style de la décoration de ce monument ne permet pas de lui attribuer une origine aussi ancienne.
On convient que ce monument présente des ornements qui annoncent un art grec, et, entre autres, le chapiteau ionique. Je n’attache pas, à vrai dire, à cette circonstance une importance exagérée; mais, en consultant les planches qu’ont publiées, sur ce monument, MMf Mayer et Roberts, je n’ai rien vu qui me paraisse annoncer une très-haute antiquité. La frise offre des ornements sculptés avec beaucoup de délicatesse. Mais ce sont des ornements de fantaisie que l’on retrouve ailleurs, et qui ne présentent point un caractère bien arrêté, bien spécial. On y voit une grappe de raisins, comme sur les monnaies des princes asmonéens, des grenades, des faisceaux de palmes, des couronnes, des sortes de patères. L’auteur du mémoire croit reconnaître ici des boucliers. Je ne sais pas si la chose est réelle. Mais, dans tous les cas, ce symbole n’offrirait rien de caractéristique, et on ne saurait y voir une imitation de ces boucliers d’or que Salomon avait consacrés dans le temple de Jérusalem en l’honneur du dieu des armées. On peut donc conclure, ce me semble, qu’un pareil travail date de l’époque où les Grecs, dominant sur une partie du continent de l’Asie, y avaient porté leurs langue, leur lois, leurs arts. On objecte, il est vrai, que des chapitaux d’un genre analogue ont été trou-
vés parmi les raines de Tyr. Mais cet argument, si je ne me trompe, n’aurait rien de décisif. Car on sait que, durant plusieurs siècles, les villes de Tyr, de Sidon et les autres places de la Phénicie étaient, pour ainsi dire, des villes grecques. La Bible fait mention des tombeaux des rois de la famille de David, de celui d’Absalon, du mausolée magnifique que Schebna avait fait tailler pour lui, à grands frais, dans le roc ; mais nulle part, dans ce livre, on ne trouve quelque allusion au monument le plus remarquable qui existe, soit à Jérusalem, soit dans les environs. Nous ignorons si ce tombeau a jamais renfermé les corps de ceux à la sépulture desquels il était destiné. Des voyageurs du XVIP siècle disent n’y avoir pas rencontré d’ossements. Un savant missionnaire assure avoir vu quelques os qui provenaient de ces tombeaux. Ces deux témoignages ne sont pas plus concluants l’un que l’autre. On conçoit qu’après tant de siècles, à la suite de tant de révolutions, les corps déposés dans ces caveaux auraient pu disparaître entièrement, sans laisser aucune trace. Ep d’un autre côté, quelques morts auraient pu être placés dans ces souterrains bien longtemps après l’époque où ces monuments furent creusés dans le roc. 11 est probable, également, que le temps ne permit pas d’élever au-dessus un édifice pyramidal ou autre, qui en aurait formé le couronnement. Et cette circonstance peut expliquer pourquoi Josèpbe, parlant de ce monument en termes si succincts, le désigne, non pas par les mots Mv7]w.£ta êaatXixa, mais par celui de êacjdtxa (les caves royales). De là
vient, sans doute, que les écrivains qui ont parlé de Jéru-
Salem ne font aucune mention (Fun tomlieau si admirable et si digne d’attirer les regards. D’ailleurs, une circonstance particulière semble déposer contre la haute antiquité de cette excavation. Au rapport d’un judicieux missionnaire, le père Mariano Morone da Maleo% Fan 1648 de notre ère, on découvrit au pied de la porte du monument un gros fragment de bronze, qui avait évidemment fait partie de cette porte et en constituait un des gonds. Or, si l’existence de ce tombeau avait remonté jusqu’au temps de David, il est probable que les gonds et les autres ornements de la porte auraient été formés de cuivre et non de bronze.
A qui donc faut-il attribuer le dessein et l’exécution d’un travail aussi gigantesque? On ne peut, à cet égard, rien offrir de certain ; puisque nous ne trouvons ni un passage ni une inscription qui nous donne la moindre lumière sur ce sujet intéressant, qui offre même une simple allusion et nous permettent ainsi de former une conjecture tant soit peu plausible. MM. Robinson et Smith ont pensé que ce monument était identique avec le mausolée d’Hélène, reine d’Adiabène. Mais cette opinion, qui, au premier coup d’œil, paraît ingénieuse, ne saurait être admise : elle est contraire au texte de Josèphe, qui, après avoir parlé du monument d’FIélène, ajoute : (c Ensuite le mur de Jérusalem s’étend le long des caves royales. )) Du reste, Pausanias, saint Jérôme ont confondu ce monument avec celui d’Hélène.
^ Terra-Santa nuovamente illustrata, tom. I. p. 234,
Les voyayeurs du moyen âge, saint Antonin, Phocas, Wildebrand et tant d’autres, ont passé ce monument sous silence.
Si, toutefois, on peut, quoique avec une extrême ré» serve, hasarder une hypothèse, je soupçonne que l’auteur de cet ouvrage fut Hérode le Grand. On ne manquera pas de m’objecter que, suivant le témoignage de Josèphe, il existait un autre monument, appelé le monument crilérode, et que ce monument, qui subsiste encore, est, sur tous les points, bien inférieur aux tombeaux des
rois. Mais il faut distinguer les époques. Hérode, arrivant au trône, étant encore mal affermi, et ne jouissant que d’un pouvoir dont la possession lui était disputée avec raison, ne ressemblait pas à ce qu’il fut au bout de quelques années. Dans les commencements de son règne^ il put, suivant l’exemple d’un grand nombre de souverains de l’Orient, faire disposer un tombeau qui devait recevoir son corps. On conçoit que ce monument, par suite de la position précaire où se trouvait l’auteur, devait offrir des proportions peu étendues et une magnificence médiocre. Mais, plus tard, quand ce même prince, parvenu au comble de la grandeur et des richesses, sévit en état de rebâtir le temple de Jérusalem, et d’exécuter tant de monuments somptueux, dont la magnificence nous étonne, il put concevoir l’idée de faire préparer pour lui et pour toute sa famille un mausolée plus admirable que tout ce qui avait jusqu’alors existé en ce genre, soit à Jérusalem, soit dans la Judée. I.e prince qui avait pu faire reconstruire le temple, élever ces ma-
gnifîques tours, Antonia et autres, bâties en marbre, avec une prodigieuse perfection de travail ; qui avait relevé, en partie, les murs de Jérusalem et du temple, ces murs dont la solidité avait excité l’admiration de Tite, et contre lesquels avaient été dirigées, sans aucun fruit, les plus puissantes machines de guerre des Romains; ce prince, dis-je, qui avait fait élever, avec des dépenses inouïes, tant de monuments de tous genres, était, probablement, seul en état de faire exécuter ces somptueuses excavations. Mais, comme la Providence se plaît souvent à déjouer les calculs de l’ambition, il est probable que ce monument resta inoccupé, et, peut-être, aucun des princes de la famille d’Hérode ne fut-il déposé dans ces souterrains somptueux.
Avant de terminer cette discussion, je dois m’arrêter un instant pour repousser une accusation grave, mais j’ose dire, fort injuste, qui a été intentée contre un des écrivains de la Bible. Si l’on en croit l’auteur du mémoire, Néhémie, en racontant une excursion qu’il fit autour de Jérusalem, a donné des détails si peu précis, si embrouillés, que (c c’est, dit-il, à ne pas s’y reconnaître. » Mais je ne % saurais admettre cette assertion. Si l’on ne se reconnaît pas dans le récit de l’écrivain sacré, la faute, je crois, n’en est pas à Néhémie, mais à l’interprète, qui n’a pas bien saisi le texte de l’auteur. Est-il vraisemblable qu’un homme important, tel qu’était Néhémie, qui était venu tout exprès à Jérusalem pour en relever les murs, ait pu, soit volontairement, soit par ignorance, dénaturer ce qui concernait la topographie de cette ville? Pour moi, je ne
vois dans la narration de Néliémie aucune inexactitude, rien qui présente une difficulté réelle. Voici de quelle manière l’écrivain s’exprime : « Arrivé à Jérusalem, j’y restai trois jours. Puis, je me levai, durant la nuit, accompagné de peu de personnes, et sans avoir révélé à * qui que ce fût le dessein que Dieu m’avait inspiré, relativement à Jérusalem. Je n’avais avec moi qu’une bête de somme, sur laquelle j’étais monté. Je sortis, la nuit, par la porte de la vallée, me dirigeant vers la fontaine du dragon et la porte du fumier. J’explorai les murs de Jérusalem, qui étaient dégradés, et dont les portes avaient été consumées par les flammes. Je passai devant la porte de la fontaine et la piscine du roi. L’animal que je montais ne pouvait pas avancer. Je remontai le torrent lorsqu’il était encore nuit. Je continuai ma marche, et je revins à la porte de la vallée. » Cette narration me paraît tout à fait claire. Néhémie, arrivé à Jérusalem, et craignant d’être traversé dans ses projets par la paresse et l’insouciance des nouveaux colons, qui, jusqu’alors, n’avaient pas songé à relever les murs de leur patrie ; ne voulant, sur cette matière, s’en rapporter qu’à ses propres yeux, partit avant le jour pour aller inspecter l’état où se * trouvaient les débris des remparts de la ville sainte. 11 sortit par la porte qui débouchait sur la vallée de Hinnom, côtoya le midi de la montagne de Sion, se dirigea vers le grand réservoir appelé piscine du roi. Probablement, l’obstacle qui empêchait son cheval de passer provenait des pierres amoncelées par suite de la démolition des murs. Après avoir contourné une partie de Jérusalem,
il s’engagea dans le lit du torrent de Cédron, et arriva au lieu d’où il était parti. Tout cela, comme je Tai dit, ne présente aucune difficulté réelle. S’il reste encore dans le récit de Néhémie quelque chose de tant soit peu obscur, rappelons-nous que, depuis le temps où écrivait cet historien, une catastrophe épouvantable, une ruine complète vint fondre sur Jérusalem. Et il est peu étonnant qu’une pareille révolution ait apporté de légères modifications dans la nature et la configuration du terrain.
MÉMOIRE
SUR