‹ Mélanges d'histoire et de voyagesChapitre 15 sur 74 · Aperçu de l'histoire d'Egypte. Alexandrie, 1864, p · texte numérisé non relu

Aperçu de l'histoire d'Egypte. Alexandrie, 1864, p

son territoire propre ; aucun monument de la cinquième dynastie ne devrait se trouver sur le territoire de la sixième, ni réciproquement. Or les fouilles de M. Mariette ont révélé des monuments de la cinquième dynastie à la fois à Éléphantine et à Sakkara^ et des monuments de la sixième à la fois à Sakkara et à Éléphantine. Si l'on en croyait les partisans des dynasties simultanées, la quatorzième dynastie, originaire de Xoïs, aurait été contemporaine de la treizième, originaire de Thèbes. Or M. Mariette a trouvé des colosses de la treizième dynastie à San, à quelques kilomètres seulement de Xoïs, ce qui suppose notoirement que la dynastie thébaine qui les fit élever possédait la basse Egypte. M. Mariette pense que de nombreux faits de ce genre démontreront un jour avec évidence que les quatorze premières dynasties de Manéthon représentent une suite chronologique aussi rigoureuse que les règnes de l'époque postérieure aux Pasteurs.

Est-ce à dire que le tissu de Thistoire égyptienne soit pour cette antique période aussi solide que pour les temps qui suivent? Non certes. 11 y a quatre dynasties dont on n*a pas de monuments, la septième, la huitième, la neuvième et la dix ième. La septième et la huitième ont été de courte durée; quant à la neuvième et à la dixième, elles ont régné à Héracléopolis (Ahnas), où Ton n'a jamais fait de fouilles. M. Mariette espère que des recherches en cet endroit lui rendront de précieux débris. Qu'obtienton d'ailleurs par ces éliminations, qui ont au moins l'inconvénient d'être arbitraires? Des réductions relativement insignifiantes. M. Brugsch réduit le chiffre de Manéthon de cinq cents ans, M. Lepsius de quatorze cents. Pour

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le premier, le commencement de la royauté égyptienne e^t porté à Tan 4500 ; pour le second, à Tan 3600 avant Jésus-Christ. Prenons ce minimum; n'est-il pas déjà fort extraordinaire? Eh bien, ce minimum, on a toute sorte de raisons de le trouver insuffisant; mais bien certainement il n'y a pas un homme attentif et instruit qui puisse songer à y faire de nouvelles réductions.

En effet, la onzième, la douzième et la treizième dynastie (ces deux dernières indubitablement universelles) forment un ensemble d'histoire parfaitement suivi. On voit, au moins sous les deux dernières, TËgypte forte, unie, florissante, ayant déjà son centre à Thèbes et on possession de toute sa civilisation. L'origine de quelquesunes des formes classiques de rarchiteclure égyptienne, paraît être de ce temps. Le plus ancien obélisque, celui de Jlatarieh (Héliopolis), est de 2800 ans avant Jésus-Christ. L'ordre archi tectonique des tombeaux de Beni-Hassan, qui semble avoir servi de modèle au dorique, est de la même époque. Les Osortasen et les Aménemha, les Nofréhotop et Scbekhotep (douzième et treizième dynastie) ressemblent pour la puissance aux Touthmès et aux FAamsès ; plusieurs éléments du Sésostris des Grecs (personnage artificiel composé de pièces et de morceaux) sont empruntés à ces rois. Or ces rois, il faut de toute nécessité les placer de l'an 3000 à l'an 2200 avant Jésus-Christ. Les monuments de ce temps ne manquent pas. J'ai vu à Thinis les colosst^s d'Osortasen 1" et d'Osortasen IIL A San, il y en a de bien plus grands, des Osortasen, des Aménemha et des Sébekhotep. Quoi de plus frappant que ces hypogées de Beni-Hassan, oii l'Egypte de la douzième dynastie est en quelque sorte prise sur le fait? L'agriculture, la navi-

gation, le bien-être domestique ne furent jamais portés plus loin. Dans un de ces tombeaux , le mort lui-même prend la parole et raconte sa vie. Comme général, il a fait une campagne dans le Soudan ; il fut en outre chef d'une caravane escortée de quatre cents hommes qui ramena à Keft l'or provenant des mines du Gébel- Atoky*. Comme préfet, il mérita les louanges du souverain par sa bonne administration. « Toutes les terres^ di^il, étaient labourées et ensemencées du nord au sud. Rien ne fut volé dans mes ateliers. Jamais petit enfant ne fut affligé, jamais veuve ne fut maltraitée par moi. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n*ai pas préféré le grand au petit dans les jugements que j'ai rendus. » Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est de voir, dès cette époque reculée, des peuples au type fortement accusé, au nez aquilin, aux gros yeux, à la mine patriarcale, venir avec leurs femmes, leurs enfants, leurs pauvres ustensiles de nomades, leurs instruments de musique, demander au gouverneur égyptien des terres pour les mettre à Tabri de la famine. Voici sans doute les premiers venus paciOques de la terrible invasion de races nouvelles qui changera, quelques siècles plus tard, la face de l'Asie occidentale et mettra l'Egypte elle-même en désarroi pour cinq cents ans. Ainsi, dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ, on entend déjà dans l'histoire égyptienne l'écho des pas des autres grandes races ; mais désormais il faut dire adieu à tout synchronisme. C'est seule, et comme en une planète déserte, que l'Egypte va poursuivre l'énorme tronçon d'his-

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