‹ Mélanges d'histoire et de voyagesChapitre 21 sur 74 · Anabase^ 1. III, ch · texte numérisé non relu

Anabase^ 1. III, ch

Royounjik, les présente comme deux villes distinctes, « jadis habitées par les Mèdes j>, et auxquelles il donne les noms de Larissa et de Mespila ; il ne prononce pas plus le nom de Ninive que si elle n'avait jamais existé en cet endroit. Larissa (Nimroud), d'un autre côté, paraît avoir été, des la plus haute antiquité, une ville distincte de Ninive, soit qu'on y voie, avec Bochart, la Resen du dixième chapitre de la Genèse, soit qu'on préfère y trouver, avec M. Quatremère, la ville à'Ellasar, mentionnée dans l'histoire d'Abraham. Cela produit, il faut l'avouer, une confusion très-difQcile à démêler. Tout s'explique cependant d'une manière suffisante, quand on se rappelle combien la notion de ville est différente, en Orient, de celle que nous attachons à ce mot. Le nom d'une ville n'y est souvent qu'un terme collectif pour désigner des groupes d'habitations souvent fort éloignés les uns des autres, séparés par des champs cultivés ou des campements de tribus nomades. Tel est l'aspect que présentent encore de nos jours les villes de Damas, de Hossoui, de Bagdad, d'Ispahan. On peut croire que la capitale de l'Assyrie n'était ainsi qu'une vaste région habitée, un ensemble de villes, dont les trois points nommés aujourd'hui Nimroud y Koyounjik, Khorsabad, représentent les centres principaux. Le souverain qui aspirait à laisser de lui un grand souvenir construisait une acropole avec sa pyramide, ses palais, son parc ou paradis entouré d'une vaste enceinte. Chacune de ces villes s'appelait d*un nom propre, sans cesser pour cela de participer au nom collectif de la capitale. Il est probable qu'après la grande destruction de Ninive, vers la fin du vu'' siècle avant Tère chrétienne, quand cette ville perdit toute im-

m MÉLANGES D'HISTOIRE.

portauce polilique, le nom de Ninive cessa de s'appliquer à des bourgades, éloignées Tune de l'autre de six à huit lieues; ainsi on s'explique que Xénophon n'ait pas entendu prononcer ce nom. Si plus tard, à l'époque des Arsacides et des Sassanides, on retrouve une ville de Ninive, jouant un rôle considérable, et dont il est souvent fait mention chez les historiens et les géographes grecs et latins c'est sans doute, une fondation nouvelle, à laquelle, par des vues de politique ou d*archéologie, on aura donné le nom de l'ancienne dominatrice de l'Orient. II s'en faut toutefois que l'on soit en droit de conclure, avec M. Hœfer, de cette solution de continuité entre les deux Ninives, que l'une n'eût rien de commun avec Tautre, que l'ancienne Ninive fût située près de l'Ëuphrate, que l'Assyrie ne se soit jamais étendue à l'orient du Tigre, que les monuments récemment découverts appartiennent à l'époque des Achéménides, des Arsacides ou même des Sassanides. Tous les efforts de cet ingénieux érudit n'ont pu ébranler l'opinion universellement accréditée, qui place Ninive sur la rive gauche du Tigre , en face de Hossoul, et, en dépit de ses arguments, il est probable que bien longtemps encore on continuera à voir, dans les précieux débris découverts par MM. Botta et Layard, les restes d'un art véritablement assyrien.

Ninive, ou, si l'on aime mieux, Nimroud, Koyounjik et Khorsabad, ne sont pas les seules localités où se rencontrent les monuments de celte espèce. On les retrouve a chaque pas sur tout le cours supérieur du Tigre et dans un rayon étendu autour de Mossoul, à Bavian, Schomamok, Abou-Kaniira, Arban , etc. Partout ils se présentent sous un aspect uniforme. Ce sont d'immenses

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terrasses, formées par des substructions , sur lesquelles le Yent du désert a accumulé des collines de sable, et audessous desquelles l'antiquité se retrouve intacte comme sous les cendres de Pompéi et les laves d'Herculanum. Les Grecs nommaient ces éminences artificielles x<>>(jLaTa, et les regardaient généralement comme des ouvrages de Sémiramis (ZeiAipdfjLiooç Ip^a). Toute la plaine de la Mésopotamie en est à la leltre parsemée : il est telle colline d*où l'on en aperçoit plus de deux cents. Les fouilles de M. Layard, ont établi, du reste, que toutes sont loin d'offrir le même intérêt, et que le nombre de celles où Ton trouve des sculptures et des inscriptions est relativement peu considérable. Souvent, d'ailleurs, comme à Arban et à Bavian, le style des monuments découverts ost fort différent de celui des palais de Ninive.

M. Layard considère le vieux palais de Nimroud comme antérieur à ceux de Khorsabad et de Koyounjik, et y voit le type le plus parfait de l'architecture assyrienne. Ce palais n'a pas péri par le feu comme ceux de Koyounjik et de Khorsabad ; il a dû tomber de vétusté, et même fournir des matériaux à des édifices plus modernes. En effet, plusieurs des dalles de ce vieux palais se sont retrouvées dans d'autres constructions, la face sculptée tournée vers le mur et attendant sur leur revers de nouvelles sculptures. Une longue série de dalles empilées au même endroit sur le sol, et dont les sculptures se font suite, témoigne que la dernière catastrophe de Ninive surprit cette ville en voie de démolition et de réédification, et que plusieurs palais passèrent immédiatement de l'état de constructions inachevées à Tétat de ruines. On peut donc supposer que Nimroud nous représente l'an-

cienne Ninive, la Ninive du premier empire d'Assyrie, abandonnée lors de la catastrophe qui mit fin à cet empire, tandis que Khorsabad et Koyounjik représentent Ja Ninive du second empire, celle de Salmanasar et de Sennachérib. L'immense construction pyramidale de Nimroud, qui frappa Xénophon, offre de remarquables analogies avec la description qu'Hérodote nous a laissée de la tour de Bélus à Babylone *. C'était sans doute la forme primitive du temple assyrien, à Tépoque où rarchitecture encore symbolique par elle-même, comme les stoupas de rinde, ne se distinguait pas des autres arts plastiques, et formait avec l'objet du culte un tout indivis. Ce n'est qu'à une époque très-postérieure qu'on attribua une destination funéraire à ces masses gigantesques; l'antiquité, si peu scrupuleuse en fait de critique et d'archéologie, les appelait à tout hasard tombeaux de Ninus ou de Sardanapale.

Les plus curieux peut-être des bas-reliefs découverts et reproduits par M. Layard sont ceux qui nous représentent les procédés mécaniques au moyen desquels ont été élevées ces masses qui nous étonnent. L'idée de figurer ainsi sur le monument les travaux de sa construction est certainement une des plus caractéristiques de l'art assyrien. Ce n'est pas à la Grèce que la pensée fût venue de repi'ésenter sur les bas- reliefs d'un temple ce détail indifférent et tout servile; l'édifice grec créé tout d'une pièce par le génie ne doit pas porter la trace de la main de l'homme : il faut que le souvenir de son origine terrestre soit autant que possible effacé. Éminemment objectif, il se rapporte tout entier à sa destination religieuse ou civile. L'édifice assyrien, au contraire, est son

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