CORRESPONDANCE. LXXV
VOUS avez adouci tous les jours de sa vie ; une telle relalioii est unique ; on se sent bien seul après une perte seinbla])le, et il faut du courage pour reconiiuencer une nouvelle époque de la vie.
Je me rappellerai toujours avec reconnaissance Tintérêt que vous m* avez témoigné lorsque j'éprouvai une douleur pareille. En revenant après la bataiOe de Leipzig, et sous d'heureux auspices dans mon pays natal, dont je devais me croire exilé pour toujours sans les événements de la guerre, je disais souvent à mes frères : c Pourquoi ma mère n*a-t-elle pu voir ce jour? quelle satisfaction elle aurait éprouvée ! i
Nous sommes ici assez agréablement établis, quoique dans un cliâteau un peu délabré. Les moulins de Montmartre me séparent du fracas de Paris, et je leur en sais bon gré. Ce n'est pas que le salon de M"'« de Staél ne réunisse souvent un monde brillant, mais cette petite distance suffit pour m'affrandiîr des devoirs de société, et j'en profite pour étudier beaucoup. Je vous entretiendrai une autre fois des résultats de mes recherches , auxqu(*llc*s vous avez toujours accordé tant de faveur.
Veuillez agréer, Monsieur, les assurances de ma haute estime et de mon amitié bieu sim-^re.
SCHLEGEL
Parii, 4 février 4845.
J'ai mille et mille pardons à vous demander de ma négligence. Monsieur; j'avais répondu à votre lettre , et je croyais avoir envoyé ma lettre à la poste, mais, soit par un oubli de la part du domestique ou par ma propre distraction, elle n'est point partie, et je viens de la retrouver à ma grande consternation, en fouillant dans mes papiers pour les mettre en ordre pour mon prochain départ. Une teUe chose ne peut arriver qu'à un indolent comme moi, qui ai toujours un tiroir rempli de lettres auxquelles je devrais n'v pondre et auxquelles je ne réponds guère, que je crains même de regarder, pour ne pas me rappeler mes péchés. Ma lettre pour M. Rigaud arrivera sans doute trop tard pour lui être de quelque utilité, mats je vous l'envoie toujours, afin qu'elle me serve d'excuse.
Tespère bientôt. retourner en Suisse. Notre séjour ici ne se prolongera guère au delà du commencement du mots d'avril. Je réserve donc pour le plaisir de nos entretiens , dont je me fais une vraie fètc , tout ce que je pourrais vous communiquer d'intéressant. Paris a été assez animé cet hiver ; surtout quelques femmes anglaises en ont fait agréablement les honueurs. Cependant je fréquente en général le monde le moins possible, pour n'y pas perdre tout mon temps. Depuis mon séjour en ville , j'ai suspendu