‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 13 sur 91 · LXXVI CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LXXVI CORRESPONDANCE

mon écrit sur la fornialion de la langue française, parce que je ne sais pas composer à bâtons rompus. Mais , en revanche , je suis tombe comme un perdu dans d'autres études. Depuis un mois à peu près, je me débats contre les difficultés de la langue et de la poésie provençales ; je pfllis sur les manuscrits, et j'emporterai un recueil assez nombreux de chansons des poètes les plus célèbres, copiées avec le plus grand soin sur les originaux, et non pas d'après les papiers de Lacume de Sainte-Palaye. Je ven*ai ensuite à loisir ce que je pourrai tirer de cela ; mais enfin j'ai voulu le posséder. Ceci se lie à mes recherches précédentes. Mais figurez-vous cet enfantillage à mon âge? je n'ai pu résister au désir d'apprendre la langue sanscrite; j'étais ennuyé de ne savoir que des langues que tout le monde sait , et me voil& depuis deux mois écolier zélé des Brahmes.

Je commence à débrouiller assez facilement les caractères . je m'oriente dans la grammaire, et je lis même déjà, avec le secours d'un Allemand que j'ai trouvé ici, l'Homère de l'Inde, Valmiki. Il m'est trop incommode de suivre le cours de M. Chézy, mais je le consulte sur la marche à prendre. Enfin, j'espère avancer assez pour continuer cette élude à moi seul, pendant le loisir de la vie de campagne. On a beaucoup de difficulté de se procurer les livres nécessaires. Il y a encore peu de choses imprimées dans la langue originale en Angleterre, et les livres publiés aux Grandes-Indes, outre qu'ils sont d'une cherté excessive, ne se trouvent presque point. Cependant je m'en suis procuré quelques-uns, et j'attends un envoi de Londres.

Voilà mes confessions en fait de folies érudites. M"« de Staël dit que c'est par paresse que j'étudie tout cela. Elle voudrait me voir travailler pour produire un effet instantané , et c'est la chose pour laquelle j'ai le moins de goût. Les journaux de Paris vous auront quelquefois rappelé mon nom, en m'érigeant, bien gratuitement, en hérésiarque littéraire. On a voulu m'engager à répondre , mais je n'ai jamais fait attention à ces glapissements de la meute journaliste. Si mon livre a quelque valeur intrinsèque , si j'y ai répondu d'avance aux futiles objections qu'on m'oppose, il produira son effet avec le temps. En attendant il se lit. 11 parait obtenir quelque succès en Angleterre ; plusieurs journaux en ont rendu un compte avantageux.

Vous savez sans doute toutes les nouvelles qui concernent ^t^ de Staël et sa famille : ainsi , je ne vous en parle pas. Je ne saurais cependant m'empôcher de rendre justice au choix de M^^ de Staël. M de Broglie est un des hommes les plus aimables et les plus spirituels que l'on puisse rencontrer dans aucun pays. Je crains seulement que la session de la Chambre des Pairs ne nous l'enlève pour une partie de l'été. Auguste de Staël aussi veut faire un voyage en Suède, h mon grand regret. Il a passé cet hiver chez moi à peu près tout le temps que lui a laissé le monde.

Je crains bien que ma lettre ne sente la lampe , comme les oi*aisons de Démosthène. Mais vous avez de l'indulgence pour mes faibles. En comptant sur le plaisir prochain de vous revoir,

Toul ;i vous,

SCHLEGEL

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