‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 2 sur 91 · XX · texte numérisé non relu

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ques prétendaient s'être formé des anciennes runes, tandis qu'il le ramenait à l'alphabet grec et latin avec les lettres tyrrhéniennes. Cette dissertation est intéressante au point de vue scientifique ; toutefois, deux motifs nous ont empêché de la publier; d'abord, notre auteur a repris et développé, dans sa dissertation sur la Littérature sacrée des Goths, les résultats de ses recherches sur l'alphabet d'Ulphilas; de plus, il s'était laissé entraîner, dans ce premier travail, à quelques hypothèses que la réflexion lui fit plus tard abandonner.

Guillaume Favre étendait en même temps ses excursions jusqu'aux langues de l'Orient, et il acquérait, sinon une connaissance bien approfondie des principaux dialectes sémitiques, du moins des notions générales qu'il sut utiliser. La petite dissertation dont nous venons de parler en fournit des preuves nombreuses, et, deux ans plus tard, nous le voyons soutenir avec Sylvestre de Sacy une discussion intéressante sur l'étymologie de certains mots de la langue copte dans leurs rapports avec l'arabe, l'hébreu et le grec. Nous ne mettons pas en doute que Sylvestre de Sacy n'eût raison contre Favre, qui, d'aiUeurs, ne cherchait point à lutter de savoir avec son illustre correspondant Mais le soin que Sylvestre de Sacy apporte à développer ses aiiguments prouve l'esthne qu'il faisait du savant genevois, et c'est pour nous tout ce qu'il nous importe de constater dans cette lutte fort courtoise , mais où les armes étaient trèsinégales.

Cette indifférence pour la publicité reçut une première atteinte en 1808. Favre s'était lié à Paris avec A.-L. Millin, rédacteur du Magasin Encyclopédique , recueil fort sérieux et qui jouissait alors d'une grande autorité en France et à l'étranger. Millin avait plus d'une fois réclamé le concours de Favre, et comme preuve de sa bonne volonté , celui-ci lui

adressa une lettre relative au célèbre vers de Catulle (De Coma Bérénices j v. 54) *.

Obtulit Arsinoës Chloridos aies equus.

Bentley avait proposé de substituer dans ce passage Locridos à Chloridos. De son côté, V. Monti avait publié, en 1804, sur Yaks equus de la reine Arsinoe*, une dissertation que le Magasin Encyclopédique avait analysée. Favre vint à son tour défendre la leçon de Chloridos contre Bentley, et il y réussit avec une ingénieuse érudition.. Mais, en réalité, l'examen de la correction de Bentley n'est pour lui qu'un prétexte. D en prend occasion , ainsi qu'il le dit luimême, de parcourir le vaste domaine de l'antiquité, et il aborde successivement le culte d'Arsinoë en Egypte, l'intronisation des rois égyptiens, certains détails du costume religieux des rois et des reines, les fêtes d'Adonis, etc. Nous n'avons pas à discuter ici les explications ou les hypothèses que Favre a développées; nous remarquerons seulement que cette dissertation (que nous n'avons point réimprimée, parce que la collection du Magasin Encyclopédique n'est pas rare) atteste chez son auteur une érudition extraordinairement variée, et ce goût qui lui faisait déjà diriger ses investigations sur des questions obscures, pour chercher à les éclairer à l'aide de témoignages restés inaperçus. Ainsi en jugèrent des hommes fort compétents, et Millin le premier. Nous ne ferions, pour nous, qu'un reproche à l'auteur de cette dissertation , c'est ce que nous

» Cette dissertation a été publiée séparément sous ce titre : Lettre à M. A.-L. Miilin, sur un vers de Catulle, avec des notes sttr quelques points d'antiquité, par M. Favrc-Cayla. Genève, 1808; petit in-S» de 56 pages.

s Del cavallo alato d'Arsinoëy Milano, 1801. — Suivant Monti, cet aies equus est l'autruche.

appellerions volontiers Tabus de la note. On voit qu'il aime à conserver le souvenir de ses recherches, et rien ne se justifie mieux dans un travail préparatoire; mais la rédaction définitive aurait dû épargner au lecteur les détouis de la route suivie et le mener plus directement au but *.

Guillaume Favre avait alors 37 ans. L'homme qui animait de sa vivacité et de son esprit un monde aimable et brillant, avait laissé deviner le littérateur instruit et intelligent, le savant qui trouvait chaque jour plus de charme dans ses livres et dans sa studieuse retraite. Des relations nouvelles, qui exercèrent sur son esprit une profonde et salutaire influence, vinrent le fortifier dans sa résolution de consacrer tous ses loisirs aux travaux qu'il avait commencés. Jusqu'alors ses études avaient été solitaires; il ne connaissait point cette émulation qui pouvait seule lui donner la conscience de sa force véritable; il n'avait jamais été soutenu par cette appréciation intelligente et éclairée de ses efforts qui, peut-être, lui devenait nécessaire après ces sept ou huit années vouées à l'érudition. Heureusement pour lui que ces sympathies encourageantes ne lui firent point défaut, et qu'elles lui vinrent d'amis dont le jugement exerçait alors une incontestable autorité.

Forcée de quitter Paris, par les ordres de la polios impériale, M°^^ de Staël avait échangé « le ruisseau de la rue du Bac B contre les ombrages du parc de Coppet et les

< MilUn trouva même que Favre s'était trop peu préoccupé du public, et m;« judicieux conseils lui firent remanier son travail; le rédacteur du Magasin Encydopédique lui en accuse réception en ces termes (!«' février 1808) :

« .... Je suis persuadé que vous serez content vous-mi'uie de la peîue <(ue vous avez prise : votre dissertation aura plus de lecteurs et il y aura par conséquent plus de personnes qui admireront votre sagacité et votre érudition . . . •

vastes horizons du lac de Genève. Nous ne redirons pas avec, quelle impatience douloureuse elle supportait cet exil. Elle cherchait, il est vrai, à l'oublier au milieu des distractions des lettres et de l'amitié, et l'on sait quels hommes éminents l'avaient suivie dans sa retraite qu'animait encore une foule toujours renouvelée d'hôtes de distinction. Genève s'empressa de se faire représenter dans ce cercle illustre , que la fille de Necker ouvrait avec l'empressement et l'amabilité d'une femme de génie désireuse de trouver, dans l'enthousiasme qu'elle savait si facilement exciter, une protestation contre la sentence qui l'avait firappée, Genève, alors française, ne craignait pas d'ailleurs de laisser de* viner son opposition au régime impérial et à ses rigueurs; aussi a la cour x» de W^^ de Staël était nombreuse et Favre y fut des premiers appelé.

 côté de M°^e de Staël brillait, sans en être éclipsé, Guillaume Schlegel, et bientôt une étroite confraternité d'études et de goûts unit l'Allemand au Genevois. Nous publions, à la suite de cette notice quelques lettres de Schl^el que nous avons retrouvées dans les papiers de Favre. Elles feront comprendre la nature de ces relations, qui forent longtemps intimes, et elles serviront à montrer le cas tout particulier que Schl^el faisait du caractère et de la science de son nouvel ami Cette correspondance parlera pour nous. On y verra quels encouragements incessants Favre devait puiser dans la conversation de Schlegel, et comment la passion de celui-ci pour les recherches érudites, aussi bien que ^es jugements et ses conseils, inspirèrent une nouvelle ardeur et une nouvelle confiance au savant genevois. Avec ces relatioiis, les études de Favre nous semblent prendre une direction plus déterminée; elles abordent des questions plus vastes et plus mtéressantes, et si les résultats auxquels

il était arrivé eussent été publiés à cette époque, au lieu de l'être aujourd'hui, trente ou quarante ans plus tard, nul doute qu'il n'eût conquis, dans l'estime du public lettré, le rang qu'il occupait dans celle de ses amis.

W^ de Staël avait elle-même une vive affection pour Guillaume Favre, pour son noble caractère et la sûreté de ses relations. Ce n'était pas seulement à ses yeux un homme du monde, un causeur spirituel , un juge habile des ouvrages de l'esprit, mais c'était encore pour eUe un and véritable ', et un savant dans la conversation duquel elle recherchait cette instruction variée qu'elle préférait recevoir d'une boudie aimable et diserte, plutôt que de livres poudreux. Aussi Favre était-il pour W^^ de Staël « mon érudit, » et elle se plaisait, au milieu de ses admirateurs, à faire valoir, avec son tact exquis, les rares qualités du savant genevois. Cependant W^^ de Staël glissait aussi- parfois dans ses attentions quelque malice féminine. Schl^el et Benjamin Constant discutaient un jour avec une certaine ftpreté (il leur fidlait peu de chose pour cela) sur l'ordre de succession des princes de Saleme. Favre entrait au même instant dans le salon : MP^ de Staël lui lance le motif de la querelle, en l'invitant à mettre les deux adversaires d'accord. Beaucoup auraient sans doute hésité; un plus grand nombre auraient

* Noos reprodaÎBons ici an billet que M»* de Staël écrivait à Favre à ToccaâoB de la mort de sa mère :

• (Coppet) Vendredi, le 4 Août.

« Croîriex-Toas, mon cher Favre, que je viens d'apprendre ce soir même le malhear qae vous avez éproavé pendant mon séjour à Lansanne. — Vous savez combien j'aimais votre mère et par combien de liens elle tenait à ma vie. — rai été saisie de cette nouvelle et désespérée de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Qélas! ce n'est pas que cet événement ne m*ait pas profondément émue, mais dans ees temps cruels (i8!3) on peut mourir sans que personne , excepté les vôtres, sache ce que vous êtes devenu. -— Dites-moi quand je vous verrai. •

même battu en retraite, mais l'arbitre auquel en appelait M°ïe de Staël connaissait les détails aussi bien que les grandes choses de l'histoire d'Italie. Les deux adversaires étaient dans l'erreur; Favre le leur prouva. Nous ignorons si Schlegel et Benjamin Constant en devinrent meilleurs •imis; mais peut-être surent-ils quelque gré à leur juge de leur avoir épargné, à l'un ou à l'autre, la confusion de succomber sous la science d'un rival.

Favre s'occupait alors de la vie de Jean-Marius Philelfe, et il y trouvait un double attrait: celui de la nouveauté, car personne ne l'avait encore écrite; puis il aimait tout particulièrement l'Italie et le grand siècle de la Renaissance, n avait d'ailleurs été conduit à c^tte étude par une circonstance particulière. La bibliothèque publique de Genève occupait depuis quelque temps une grande place dans ses affections, ôt il avait curieusement étudié les beaux et rares manuscrits qu'elle renferme. Parmi ces manuscrits, celui de VAmyris de Jean-Marius Philelfe avait attiré son attention. VAmyris (nous en convenons) est un détestable poëme, mais assez curieux cependant comme témoignage inédit d'un contemporain sur la vie et les exploits de Mahomet II. Favre s'attacha donc à ce manuscrit; il le lut et le copia tout entier; cela fait, il voulut connaître le poëte qui en était l'auteur.

Les sources ne manquaient pas, et bien que Gianmiario n'ait pas laissé dans l'histoire littéraire de son siècle le même renom que son père, François Philelfe, on connaissait ses principaux ouvrages inédits ou publiés. De plus, les beaux travaux de Muratori, de Tiraboschi, de Mehus, de Sassô, deRosmini, étaient facilement accessibles à notre savant. Enfin, comme nous l'avons dit, les annales politiques de l'Italie, sur lesquelles son ami Sismondi devait

bientôt jeter un nouvel éclat, lui étaient aussi familières que rhistoire de sa littérature. Il avait pris plaisir à étudier la vie et les luttes de ces vaillantes républiques du moyen âge, et, pendant que le joug impérial pesait sur Genève, et que le silence de l'uniformité et du repos se faisait autour de lui , le contraste l'avait attiré, et il aimait à vivre par la pensée dans ces époques à la fois turbulentes et glorieuses. La vie de Jean-Marius Philelfe était donc pour notre auteur comme un cadre dans lequel il pouvait grouper les noms et les faits les plus saillants de l'histoire du quinzième siècle en Italie. De là, les développement» qu'il a donnés à son travail Ces développements sont en effet bien au-dessus du mérite douteux de Jean-Marius Philelfe, qui ne nous parait avoir eu que de la facilité à mal faire. Le manuscrit que nous avons suivi pour notre publication porte la date de 1810 ; ce n'est qu'une première rédaction, incomplète^sur quelques points, et qui, dans la pensée de son auteur, devait être attentivement remaniée. Malheureusement il en fut pour cette vie de J.-M. Philelfe comme pour la plupart des autres dissertations de Favre. Une fois l'ensemble et les détails fixés, et ses recherches résumées, il fit rentrer cette biographie dans son portefeuille, et il ne s'en occupa plus que tout à fait incidemment Voilà ce que le lecteur ne devra jamais perdre de vue en parcourant cet essai. Toutefois, il lui sera facile d'y apprécier une rare et solide connaissance de cette génération de poètes, moitié gentilshommes et moitié bandits, que faisait alors éclore en Italie le soleil de la Ilenaissance. C'est le désir de conserver ces savants et curieux détails qui nous fait livrer, quarante-cinq ans après sa rédaction , cetie vie de Jean-Marius Philelfe à la demi-publicité qu'elle reçoit aujourd'hui*.

I - Son fils f do François Philelfe ) Marins, qui avait hérité de ses talents comme

Cela dit, il nous faat bien reconnaître en même temps qn^iin événement domestiqne d'one très-haote importance ponr le biographe de Jean-Marins Philelfe vint faire à ses préoccupations, précisément à cette époque, une diversion assez dangereuse. Favre avait épousé, en 1811 , M^® Bertrand, et cette union, qui lui donna trente années de bonheur, acheva de calmer cette vie jusque-là si active, et qui se partageait avec tant de prodigalité entre le monde et les travaux de l'esprit Depuis lors, elle s'écoula tout entière dans les joies de la famille et de l'amitié, les occupations bientAt reprises de son cabinet, et les devoirs aivers son pays qu'il fit toujours passer au premier rang de ses plus chères afiections.

Jusqu'à présent nous n'avons montré que le jeune homme et le savant; il est temps de faire connaître le citoyen.

Sous la domination française, qui cessa le 31 décembre 1813, Guillaume Favre n'avait rempli que les fonctions de capitaine de l'une des quatre compagnies de réserve. Après

de son maoTais caractère , devra peat-étre une noayelle célébrité aax recherches d'un des hommes les plus saraiits de notre siècle. M. Favre jetterait une vive Inmîdre sur Thistoire littéraire de tons ces savants philolo(pics, sur leurs querelles et sur Tesprit qui les animait, s'il publiait la vie de ce Marins, qa*il a écrite. - SisiioPiDi , De la littérature du midi de F Europe^ ehap. \l (Tome I. p. 290, de rr'dition de Brazelles). — L'oavrage de Sismondî fîit publié en 1812

la restauration de la République genevoise , il fat nommé lieutenant-colonel du bataillon du premier district; mais l'ftge avait déjà ses exigences; aussi ^ après avoir payé la dette militaire que tout Genevois doit à son pays, il obtint ttétre mis à la suite en 1821.

Une autre carrière plus briUante et surtout plus utile s'ouvrait d'ailleurs aux talents et au zèle des citoyens. Rendue à la liberté, Genève se reconstituait sur les bases d'un gouvernement représentatif, et la place de G. Favre était marquée au milieu de cette élite d'hommes dévoués qui, malgré des obstacles sans nombre, faisaient entrer leur patrie dans les destinées nouvelles que lui réservait l'avenir. Tâche difficile et singulièrement délicate au milieu des nécessités qu'imposaient à Genève sa restauration par la volonté des puissances alliées, son union récente à la Confédération helvétique, et ses nouveaux citoyens, jusque-là peu habitués aux allures d'un Etat républicain. On sait (à Genève du moins) queUe est la double tendance qui se manifesta immédiatement après la Restauration. Les uns, dominés par la politique extérieure, qui se montrait assez peu favorable aux idées d'émancipation, cherchaient à doter leur pays d'une excellente administration, et à resserrer les liens qui unissaient Genève à la Suisse, où dominait l'élément patricien. Les institutions démocratiques ne leur paraissaient donc pas d'une nécessité démontrée, et ils attendaient plutôt du dévouement de tous à la chose publique la fusion d'intérêts trop souvent opposés. Des magistrats habiles, conciliants et surtout intègres , étaient à leurs yeux — quelle que fût la base politique du pouvoir — le premier besoin du nouveau canton. D'autres citoyens , au contraire , entraînés par le courant du siècle, convaincus de l'excellence des grands principes de 89, qu'ils ne rendaient poiut responsa-

blés des cnines qui les avaient souillés , jurisconsultes émi* nents, historiens à la vaste renommée^ savants et professeurs distingués ) patriotes ardents, formaient une phalange moins nombreuse que la première, mais où circulait plus librement le souffle du véritable progrès, et qui promettait au système opposé une lutte aussi loyale qu'éclairée. Sismondi , Bellot, Pictet Diodati , E. Dumont et bien d'autres encore s'étaient enrôlés sous cette bannière, et Favre prit immédiatement sa place au milieu de ces hommes, qui tous étaient ses amis. De 1814 à 1841, il fut toujours (sauf les inteiaiiptions légales) membre du Conseil Représentatif et souverain, son nom sortant au premier rang dans les élections, et jamais, durant ces vingt-sept années, on ne le vit se départir de cette voie à la fois sage et libérale, dans laquelle, grâce à ses efforts et à ceux de ses collègues, Genève ne cessa d'avancer. Reconnaissons aussi que le progrès politique et social, représenté par des hommes tels que ceux que nous venons de nommer, devait rallier toutes les sympathies; il n'est donc pas étonnant que, sans luttes violentes, et par la seule force de la logique et de la persuasion, ce progrès ait réussi à triompher des difficultés que l'état des affaires publiques opposait à son développement Heureux, quoi qu'il advienne, l'Etat qui peut compter dans ses annales un quart de siècle de labeur paisible et d'améliorations sans nombre, d'union sincère et de vrai patriotisme, semblable à celui que traversa Genève de 1814 à 1841.

Quant à la carrière politique de Favre, notre intention n'est pas de la développer. Il faudrait pour cela refaire souvent l'histoire même du Conseil Représentatif et rentrer dans des débats qui ne vivent plus que dans le Mémorial des séances de ce corps. Il nous suffit d'avoir rappelé les tendances qui dominaient les partis et retracé dans ses

traits généraux le caractère des luttes et des délibérations auxquelles Fa\Te prit toujours une part fort active *.

1 L'obligeance inépaisable de M. l'ancien conseiller d'État Le Fort nous permet de conserver ici quelques détails de cette carrière politique de G. Favre dans le Conseil Représentatif.

• M. Favre, nous écrit M. Le Fort, fat élu membre du Conseil Représentr/If à sa formation en 18! 4 dans la première série.

Réélu en avril 1827, h la première opération directe, par 640 voix sur 174 votants (le premier).

Réélu en août 1837: à la première opération il eut 988 suffrages sur 1073 (il fallût i i t7 voix pour être nommé ; personne ne fut éla). A la deuxième opération, il fbt élu par 1217 suffrages sur 1270 votants. A chacune de ces deux opérations il était le premier sur la liste.

M. Favre a fait partie d'un grand nombre de commissions , ainsi :

!• Il est élu au scrutin le 25 octobre 1814, membre de la commission «tir le projet de loi relatif à la formatiez de la garnison.

2o Le 29 mai 1815, il est élu au scrutin (1*^ tour, 94 voix sur 171), membre de la commission chargée de l'examen de la convention du 20 mai, sur le passage des troupes alliées. (Voyez V Histoire de la Restauration genevoise^ par M. Albert Rilliet, p. 287.) Dans la commission il fut de la minorité qui proposait le refus, avec MM. Pictet-Diodati , Bellot, Masbou, Eynard, Lasserre et Dois- »ier, professeur. Il soutint cet avis dans le Conseil Représentatif et fut l'un des 82 refusants.

3» Le 27 mai 1816, il est nommé membre de la commission chargée de Texamen du projet de loi sur le droit de passage aux portes. A la séance du 19 juin, M. Favre fit le rapport au nom de la majorité de la commission proposant Tadoption. Contre-rapport de M. Girod, professeur. Loi adoptée le 3 juillet.

4» Le 5 décembre 1817, il est nommé membre de la commission chargée de Texamen d'une proposition du Conseil d'État de vendre aux enchères l'hôtel de la ci-devant préfecture. La commission s'étant prononcée contre la vente, il en résulte une convention approuvée le 23 mars 1818, d'après laquelle la Société Économique redevient propriétaire de l'hôtel.

8<* Le 9 mars 1818, il est nommé membre de la commission chargée de l'examen du code pénal militaire pour les régiments suisses au service de France. M. Favre fit le 30 mai son rapport qui donna lieu à une discussion très- vive entre M. Des Arts et MM. Favre et Bellot. Le Conseil Représentatif adopta l'avis de la commission (contre celui du Conseil d'État) de déclarer que le Code ayant d^à été mis en vigueur par l'adoption de la majorité des cantons, le canton de < Genève n'émettait aacnn vote sur ce Code dont il blâmait plusieurs dispositions.

6o M. Favre a &it partie des commissions chargées de l'examen des Recez de la haute Diète des sessions de 1818 et 1819.

Ceux qui Pont vu siéger à cette époque dans le Conseil Représentatif se rappellent encore la clarté et la dignité de son exposition, sa voix ferme et sonore, son attitude et son geste qui étaient souvent Tattitude et le geste du véritable orateur C'est dire beaucoup, sans doute, mais si d'autres l'ont oublié, nous nous souvenons que, pendant longtemps, notre Conseil Représentatif fut le théfttre de discussions qui n'auraient point été déplacées sur une scène plus vaste, et que la gravité des questions qui s'y débattaient ne le cédait en rien à celles qui agitaient alors les assemblées représentatives des autres Etats constitutionnels.

Du Conseil Représentatif, Guillaume Favre se rendait aux séances du Conseil Municipal de la commune des Eaux- Vives dont il a longtemps fait partie. H aimait ces modestes réunions, car il y trouvait l'occasion de faire entendre un sage conseil ou de favoriser quelque mesure utile. Aussi le souvenir de sa bonne volonté , de son infatigable complaisance et de la libéralité dont il donnait l'exemple vit et vivra

7<^ 11 a été membre d'une commission chargée de Tezamen de la loi du 28 mai 1 825, sur diverses dépenses municipales de la ville de Genève et une émission de rescriptions de 3 1 0,000 florins.

8o II a été membre de la commission nommée le 19 septembre 1838 à l'occasion de la note de la France relative à Louis Bonaparte. 11 vota avec la majorité de la commission (Mémorial j p. 551, onzième année.)

M. Favre a été membre du Conseil Municipal des Eaux- Vives, jusqu'en 1842 où il fut élu à Genève.

Révolution de 4844,

M. Favre est élu membre de 1* Assemblée Constituante, par le Collège Électoral de0 Eaux -Vives.

11 est élu en juin 1842 membre du Grand Conseil par le même collège et réélu en 1844.

11 est élu membre du Conseil Municipal de la ville de Genève par le Collège du Parc en 1842 et réélu en 1845 pour six ans. -

XXXIIf

longtemps encore dans le souvenir reconnaissant de ceux qui étaient alors ses voisins et ses administrés.

Guillaume Favre passait en effet la plus grande partie de Tannée dans la commune suburbaine des Eaux-Vives, où il avait hérité de son père, mort en 1813, une de ces belles maisons de campagne, ornement des rives de notre lac Chaque printemps il revoyait avec bonheur les ombrages séculaires et les prairies de La Grange; mais peut-être leur préférait-il encore la vaste bibliothèque qu'il y avait réunie. Aimant avec passion les livres et pouvant , grâce à sa fortune, satisfaire largement ce goût, il possédait tous les ouvrages qui se rapportaient de près ou de loin à ses études ; aussi l'espace dont il pouvait disposer devint-il bientôt trop étroit C'est alors qu'il fit construire la galerie qu'il joignit à sa maison, et dans laquelle il installa ses 15,000 volumes. Une fois au milieu de ses trésors littéraires et livré à ses recherches érudites, cette vie, paisiblement occupée, et que complétaient les devoirs du père de famille, de l'ami et du citoyen, était bien préférable à ses yeux à toutes les distractions que le monde aurait pu lui offiîr. De là le charme toujours plus grand qu'il trouvait à La Grange, et le chagrin qu'il éprouvait de la quitter au commencement de chaque hiver.

Genève lui oflrait cependant une intéressante compensation à cette séparation momentanée : c'était la bibliothèque publique, à laquelle il avait voué de bonne heure une partie de son activité. Fondée après la Réformation et se composant d'abord des seuls livres de Bonivard, augmentée successivement, grâce à des dons généreux et à quelques faibles droits payés par les professeurs et les étudiants de l'Académie , la bibliothèque de Genève avait pris au dix-huitième siècle un rapide accroissement. Un discours remarqua-

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