‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 43 sur 91 · VIE D · texte numérisé non relu

VIE D

l'empereur, en peu de temps, amassa d'assez fortes sommes d'argent qu'il emporta en Allemagne au mois de février 1469.

Marius Philelfe était alors k Bergame, et sa bile s'alluma en voyant cette foule de gens titrés et sans mérite qui prétendaient s'égaler k ceux qui, précédemment, avaient acquis des marques semblables de distinction. Il devait, ainsi que je l'ai déjà dit, les titres de chevalier, de comte et de poète lauréat au duc de Savoie. Il écrivit une longue satire contre la foule de chevaliers^ docteurs^ comtes palatins et poètes lauréats créés par V empereur Frédéric*, Il y représente ces dignités comme devenues la proie de tous les hommes de basse extraction, et même de profession vile, qui ont pu les acheter par un peu d'or. Ce poème était k Vérone dans la bibliothèque Saibante, etMaffei, ainsi que Tiraboschi, en ont fait connaître quelques vers*.

Bergame, k cette époque, appartenait aux Vénitiens (depuis 1428), après avoir souvent changé de maîtres. On ne connaît guère le séjour de Marius dans cette ville que par une lettre de son père, dans laquelle on voit qu'il quitta cette ville vers la fin de 1471 ', et l'on conjecture qu'il y était venu en 1469; en effet, Marius dit, dans un de ses ouvrages, qu'il demeura trois

Notari che non conosco, ne bo che siano; ma molti, et pro nugori parte mi credo, non haverano H privilegi snoi per il canceliero de lo Imperadore, non che dimandasse dinari di privilegi, ma haveria voluto scortigare la brigata tanto el voleva di fare epsi privilegi, per li qaali moite ge andomo drieto a Venezia. •

* Jo. Marii Philelfi artiam et utriasque juris Doctoris, Equitis Aarati et Poetœ Laoreati, satyra in vulgas Equitum auro notatorum, Doctorumque facultatnm omniom, Comitamqne Palatinorum, et Poetarum Laoreatoram, quos paolo ante Imperator Federicos insignivit. (Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 253.)

* Maffei, Veron. llltutr. t. III, p. 108. —Tiraboschi, Stor. t VI, ii, p. 254.

s Fr. Philelf. Epist. p. 243 r«. — Tiraboschi, Stor. del, Letter. Ital, t. VI, p. 952, edit. Venez. 1795 ; « Del soggiomo fatto da Mario in Bergamo si ha auchè pruova nel codice délie Poésie di Alberto Carrara, presso i Signai Conti Carrara Beroa altre volte citato, in coi leggonsi alcani versi di Giovanni Malpede Bresciano, ne' quali, parlando del Mentovato Alberto, dice al Filelfo :

Quas Bergomea jamjam tellure locasti

Exoptat propriaa sedes fanstasquc futuras.

JEAN-lfARIUS PHILELFE. 111

ans à Bergame ^ ; c'est donc bien dans le commencement de l'année 1469 qu'il dut y arriver. Vers le mois d'avril de 1470, un fils naturel de Xénophon Philelfe, nommé Cirus^, qui était auprès de Marius, le quitta et vint à Milan chez son grandpère. Je ne sais si la vie errante de Marins l'empêchait de garder plus longtemps Girus auprès de lui, si ce jeune homme s'accommodait mal de l'humeur de son oncle, ou s'il suivit, en allant à Milan, les ordres de son père Xénophon, qui alors était à Raguse. François Philelfe, en informant Xénophon de l'arrivée de Girus, fait l'éloge de son application et de son caractère'. Ge jeune homme trouva chez son grand-père un camarade, son cousin Jean-Marie Bindoti, fils de Panthea, l'une des sœurs de Marins. Ge cousin, étant né en 1452, avait alors dix-huit ans, et avait passé quatre années, ainsi que sa sœur Arminia, chez François Philelfe. Gelui-ci avait fait, en octobre 1469, un voyage à Sienne pour remettre à Jérôme Bindoti ses deux enfants, mais Bindoti n'avait voulu reprendre que sa fille et avait

quid melios potnisti Bergoma tellus

Cemere qnam sacro dacentem ▼ertice Musas

ut colerent ingentia colmina montis

Bergomei ?

E lo Btesso Carrara in ana elegia al Filelfo cosi egli dice :

Cannîna diTino yîxdam cantata cothomo

Aspexl, o patriœ gloria magna meœ; Te dace Bergomeos consoendet aidera Gsesar,

Tu dabis sternos, clare poeta, dies.

Da on'altra elegia del Carrara raocogliesi che il Filelfo ebbe ana figlia detta del nome delPAyola Theodora, a coi la indirissa, e ch'era essa pore eccelente poëtessa, e col padre soggiomava in Bergamo, detta perciô dal Carrara :

0 decns, o nostri gloria magna soli.

In Bergamo înnoltre yedesi tuttora nella facciata di una picciola casa, che ora appartienne al Sig. Go. Vailetti , inciso un poco felice Epigramma da lui composto in Iode di Gioy. BuceUeno col titolo : Carmen poeta Marti Philelphi,

t Sur Albert Carrara, voyez Zeno, Diu, Vou. t. H, p. 27 et seq.

* Rosmini, t. III, p. 95.

s Voir le testament de François Philelfe, cité par Saxius, Uisi, Lit, Mediol. p. 224.

engagé François Philelfe à continuer l'éducation de Jean-Marie^ Le savoir de Marius Philelfe et la réputation de son père durent le faire accueillir favorablement à Bergame par Louis Do* nato, évéque de celte ville. Ce noble Vénitien unissait à une profonde connaissance de la théologie un goût très->vif pour les belles-lettres, qu'il cultivait avec succès^.

Les lettres de François Philelfe nous ont été jusqu'ici d'une grande utilité pour l'histoire de son fils ; mais maintenant ce secours nous abandonne : nous n'avons pour cette époque presqu'aucune lettre de Philelfe k Marius. Une seule nous indique qu'ils étaient fort mal ensemble : « Eu recevant tes let* a très, » lui écrit son père, « je ne saurais dire si j'ai été plus « ému d'avoir mis au jour un fils tel que toi, ou plus afBigé ce de voir que mes leçons, l'honneur de toute une vie et mes « exhortations paternelles n'ont aucune prise sur toi. Continue, c< puisque tu ne veux suivre ni les ordres d'un père, ni aucun r< conseil salutaire, continue ton genre de vie. Que Dieu tourne c( tout k bien'. » Je pense que Marius était à Bergame lorsqu'il reçut cette lettre, et dans le temps où il irritait son père k ce point , celui-ci venait d'éprouver un chagrin encore plus grand : Xénophon, son fils chéri, était mort d'une maladie de poitrine le 27 août k Raguse, après avoir été malade pendant plus d'une année '^.

Marius eut quarante-cinq ans accomplis le 25 juillet de l'an 1471, et une élégie qu'il fil un peu avant cette époque nous donne connaissance des nombreux ouvrages qu'il avait déjk composés. Cette élégie, dont le manuscrit existait k Vérone, dans la bibliotlièque Saibante % a été connue de Maflei et de Tirabos-

i Fr. Philelf. Epùt. p. 221 vo.

« Vinc. Coronelli, Rer, Ecclês. Bergam. Synopt. p. 26 in Burman. Thesaur, t. IX, part. 6. — Ughelli, lUil. Saer. t. IV, p. 484. — Fabricius , Bibl. inf. latin, edît. Nansi.

s Du 8 octobre 4470. Fr. Philelf. EpUt. p. 228 y».

* Fr. Philelf. Epist p. 221 ▼«, 223 vo, 228, 229.

^ Une copie de cette élégie avec des notes en marge, et quelques corrections

JEAN-MARIUS PHILBLFE. 113

cbi, et ce dernier en avait envoyé une copie h Senebier, savant bibliothécaire de Genève. Marins s'était exercé dès lors dans tous les genres de littérature. Il rappelle ses tragédies, ses comédies, ses épigrammes, ses satires, ses lettres en grec, ses opuscules historiques et moraux, ses élégies k la louange de Cosme de Médicis, sa Vie d'Isotta Nogarola, sa Vie du Dante, ses Louanges de la poésie, adressées à Hermolaûs Barbare, ses Commentaires sur les livres k Herennius, son ouvrage contre les Facéties du Pogge, ses traductions d'une partie d'Homère, de la Théogonie d'Hésiode, de quelques ouvrages de Platon, d'Arislole et des hymnes d'Orphée, ses Commentaires sur Pétrarque, un opuscule de bellicis arttbm et tirbanû, ses Canzoni, un roman italien intitulé Glicephira, enfin deux grands poèmes, le premier sur les travaux d'Hercule, k la louange du duc de Ferrare Hercule I®*^, et le second sur la prise de Constantinople par les Turcs, auquel il fait allusion dans ce vers :

Romaque Turcorum capta furore nova.

Ce dernier poème, dont l'unique exemplaire connu se trouve dans la bibliothèque publique de Genève, avait été acheté en Italie par Ami LuUin * ; Senebier, dans son Catalogue^ en a donné la description et quelques extraits *. Marius parle encore de plusieurs autres de ses ouvrages, qui, tous ensemble, sont au nombre d'environ soixante, composés, comme je l'ai dit, avant d'avoir atteint quarante-cinq ans, ce nondum lustra

de Tiraboschi existe à la bibliothèque d*Est â Hodène, et H.Lombardi, bibliothécaire da dac de Modène » m'en a envoyé une copie. Voy. l'Appendice. — J'avais vainement demandé en Italie ce que la bibliothèque Saîbante était devenue. M. Valéry (Voyag, en Italie, 1. 1, p. 303, note 3} m'apprend qu'elle a été vendue en 1820.

1 Hehus, va. AmifTos. p. 376 : ■ Omnium maxime illustre estaltemm

carmen de obsidione Constantinopolitana, qnod Anconœ (ann. 1475) subtexuit idem îHe Marius. Hujus exemplar a Genevensi homine nuper in Italia comparatnm, advectnmque aliô est. »

* Senebier, Catalogue des lïïs, de la biblioth. de Genève , p. 236-245.

novem tetmi » C'est donc avec raison que cet auteur, qui tirait sa gloire plutôt de la quantité de ses œuvres que de leur perfection, se vante dans cette même élégie d'avoir plus écrit que Vitale et qu'Ovide : a Me brmor Naso^ meque Maro bremor. » Lorsqu'il composa cette élégie, il travaillait à traduire en italien la géographie de Strabon^ La plus grande partie de ces nombreux ouvrages est maintenant perdue, ainsi que l'on en pourra juger par la liste que je donnerai de ceux qui nous restent, tant imprimés que manuscrits, et certes ceux-ci ne font pas regretter ceux qu'on n'a plus. Malgré le savoir de leur auteur, son peu de soin et l'extrême précipitation avec laquelle il composait, sa négligence et peut-être sa présomption l'ont placé au-dessous de ses contemporains '. Cependant sa réputation fut grande; il la dut k sa mémoire et à une extrême facilité, mais elle fut éphémère ; les éloges de son père et de ses amis surprennent aujourd'hui. De tous les auteurs du quinzième siècle. Marins Philelfe est un de ceux qui ont le plus écrit et qui sont le plus oubliés. Il est encore remarquable qu'on n'ait presque rien imprimé de lui, et absolument rien pendant sa vie. Les mêmes défauts de caractère et de conduite qui avaient chassé Marins de Venise, de Bologne et de Vérone'^, lui firent aussi quitter Bergame, et avant la fin de l'année il était déjii établi à Âncône^. La colère de son père était apaisée, et, au mois de décembre, François Philelfe écrivit aux Anziani, qui gouvernaient cette ville, pour les remercier du choix qu'ils avaient fait de Marins pour instruire la jeunesse ^ Le 28 mars

« Maffei, Vifron. lU. lib. III,p. 107, 108 Saxios^Hûf. LUer,Mediol p.265,

266.— Tiraboschi, Stor. VI, il, p. 395-296. — Senebier, Catalogue des m. de la biblioth. de Genève, p. 243-244.

* M. Ant Sabellicns, De lat, ling. réparât, cité par Saxios, Hiet. Liter, Mediol p. 265. — Tiraboschi, Stor, t. VI, ii, p. 297.

» Fr. Phîlelf. Epist. p. 255 vS 248 ▼<>.

« Fr. Philelf. EpisL p. 243 ro.

s Fr. Philelf. Ep, p. 243 : « Ancianis Anconitanis S. P. D. — Qaod Marium filium, mihi dilectissimom, delegeritis, Viri Magnifici, qao vestram javentatem bonis artibus ac disciplinis instituât, non possnm eqaidem non lœtari, corn vettra

JEAN-MARirS PniLELFE. 115

suivant, il écrivit à son fils : « J'ai reçu ta lettre d'Ancône du « 31 janvier : tout ce qu'elle renferme m'a été agréable, et j'ai « surtout été charmé d'apprendre que tu étais très-goAté dans a cette illustre république. D'après cela, je ne cesserai jamais « de t 'exhorter, de t'eucourager et de l'ordonner, par tout le c< pouvoir paternel, de donner tous tes soins ^ bien remplir tes « fonctions, et de t'appliquer chaque jour davantage à te mon- « trer tel qu'il est convenable que tu sois, dans une ville éclairée « où tu comptes passer ta vie. Tu ne peux rien faire dont je te c( sache plus de gré. Quant à mes projets, dès que j'aurai mis a ordre k quelques affaires, ce qui', je pense, ne sera pas long, « je partirai avec toute ma famille pour Rome, où je compte « finir mes jours à la cour du pape\ » Je remarquerai que ce dessein d'aller à Rome avait été formé par François Philelfe dès l'an 1464, après la mort de Pie 11% et fortifié en 1466 par la mort de son protecteur François Sforce ; il espérait rétablir auprès du pape sa fortune, qui était dans l'état le plus misérable'; mais cette idée n'était pas tellement exclusive, qu'il ne pensât, vers le même temps, à un autre établissement auprès du roi Louis XI, ou à Sienne '^, ou à la cour de Fer-

tam etiam mea causa. Nam et yestre laadatissimœ reipnblicœ capiebam semper, hac etiam vits ratione, esse bene consaltuxn : et mihi non mediocri laudi faturum duco quod per filium menm in optimo sint hominum génère vestri liberi

nnmerandi Rectissime igitor, ut estis omnibus in rébus, Tiri prudentissimi,

prospexistis jnyentuti Anconitanœ, quam ita constitneritis eradiri, ut in optimo hominum génère queat merito censeri. Quid quod etiam mercaturœ ipsi, cui maxime studetis, plurimum doctrina et eloquentia prodesse potest , cum ad prudentisB rationem, tum etiam ad cobortandum, inducendum, persuadendumT Nam

quantum ea valeat ad gubemationem reipublicœ, vos quotidie experimini

Sed ne sim longior quam par est, id unum reliquum est, quod monendum putem : ita tractetis filium Marium, ut quam libentissime velit apud vos esse, cui etiam jussi, pro patema potestate, ut omnibus in rébus obsequatur ac pareat vestiœ honestissinuB voluntati Ex Mediolano. Nonis decemb. 1471. »

» Fr. PhUelf. Epitt. p. 248 v».

• Id. Epist. p. «60-i6i vo.

s Id. Epist, p. 199 yo. — Saxins, Hist. Lit, Mediol. p. 264.

« Id. Epitt, p. 190 vo. — . Jacob. Cardin. Papiens. £pi«f . p. 143. — Lancelot, Acad. des Inscript. t. X, p. 730.

rare*. Ce ne fut qu'en 1474 qu'il se rendit k Rome, appelé par Sixte IV, et il revint k Milan en 1477 % où il eut la douleur de voir mourir deux jeunes fils qu'il avait eus de sa troisième femme, Laure-Madeleine de Mazzorini, qui elle-même ne leur survécut pas longtemps'. Avant la fin de l'année, Marius donna de nouveau k son père les plus graves sujets de mécontentement; il repoussa avec aigreur ses conseils et s'emporta, dans ses lettres, jusqu'à le traiter de radoteur, lui reprocher sa décrépitude, et lui conseiller de faire son testament, pour qu'il fiit à l'abri de toute discussion avec ses frères. François Philelfe fit k ces lettres une réponse pleine de modération, et par laquelle on peut juger k quel point elles étaient violentes; la voici: « Tes deux lettres, mon fils, me sont parvenues l'une au cornac mencement du mois, l'autre le 13 décembre, et tu peux croire «r avec quel plaisir j'ai vu, en lisant la dernière, que, tout en c( avançant en âge, tu osais avertir un père de soixante et quinze «r ans de faire son testament ! C'est sans doute par une rare « prudence que tu fais plus d'attention k mon âge qu'k ma <c bonne santé, k la force de mon corps, k celle de mon esprit <( et k l'intégrité de toutes mes facultés. Certainement je l'emc< porte sur loi en tous ces points, et tu peux reconnaître ton « père dans ces mots de Virgile : « // est vieux, mais sa vieil- « lesse est verte et vigoureuse *. Tu dois aussi craindre qu'on ne « t'applique les vers d'Ovide, dans lesquels il peint un fils qui c( se plaint des années de son père trop prolongées à son gré. Ce-

« Fr. PhUelf. Epist p. 239 ▼<>.

* V. Laocelot, AeatL des Irueript, t. X, p. 737-738.

& Sazias, Hist. Lit. et Typ. Mediolan, p. 222.— Voy. Rosxnini sur le retour de Fr. Philelfe de Rome, et la mort de sa troisième femme. ^ Virgile, jEneid* VI, y. 304, dit en parlant de Caron :

Jam senior, sed crada Deo viridisque senectus.

Dans Tédition des lettres de Fr. Philelfe, de Venise 1502, fol. on lit, dans la citation de ce vers, erudita an lien de cruda. Je ne sais si ce changement a étcfSût par Philelfe poor mieax se peindre par ce vers ; da reste il aimait à se rappliquer. (Rosmini, t. Il, p. 368, 393.)

JEAN-MARIDS PHILELFE. 117

a pendant je fais grand cas de tes conseils et de tes avertisse- « ments; je les aurais prisés encore davantage, si tu n'y avais « ajouté l'avis de faire mon testament, pour que tu n'eusses c< aucune discussion avec tes frères. Car je pensais que, si tu c( me survivais, ce que je désire plus que je ne l'espère, à « moins que tu ne changes de manière de vivre, tu tiendrais « lieu de père k tes sœurs et à tes frères, qui sont presque tous « encore dans l'enfance. Mais maintenant que tu m'as ouvert ce ton àme tout entière et que je connais ta pensée, je prendrai c( soin qu'il ne puisse y avoir ni litige, ni contestation entre toi c( et tes cadets. En attendant, si tu fais bien, tu ne mettras tes cr espérances qu'en toi seul ; j'ai toujours fait de même pour c( moi , et c'est encore ce que je fais. Quant à ta première <c lettre, elle m'est parvenue décachetée, et j'en ai été très-fà- « ché pour toi ; car on ne peut douter que ceux qui l'auront lue ce n'aient trouvé souverainement ridicule la manière dont tu récr pondais k des exhortations modérées, et que ton père t'ac( dressait pour ton bien. Que t'ai-je dit dont tu puisses te « plaindre? Je me souviens de t'avoir écrit, et je le faisais en (( italien et avec des caractères grecs pour que ma lettre ne « passât pas k la postérité \ je t'écrivais, dis-je, qu'il m'était « revenu que ta manière d'enseigner avait été extrêmement cr applaudie dans les commencements, non-seulement par les c( habitants d'Âncône, mais par tous ceux du Picenum ; que a cependant l'on avait ajouté que ton zèle s'était ralenti, que a de fréquentes interruptions, tes courses hors de la ville, qui « avaient pour but le plaisir plutôt que le délassement, tes hace bitudes enfin avaient fini par ne plaire ni aux citoyens, ni aux ce étrangers. Rappelle-toi ce qui t'est arrivé dans les années

* Fr. Philelfe était tellement pereoiidé de rimmortalité de ses OQyrages latins, et da soin que la postérité apporterait à conserrer les moindres fragments écrits par loi dans cette langae, qu'il croyait nécessaire d'écrire en italien toat ce qa'il ne voulait pas lui communiquer. Voyez ses Lettres t p. 188 v^, Eutychio, et p. 243 r«, Tranchedino.

« précédentes, à Bei^me, à Vérone, à Venise, k Bologne \ à « cause de cette manière d'élre. Ma tendresse pour toi, autant « que mon devoir, m'engageaient à t'exhorter à montrer plus de a diligence, puisque tu voulais fixer ton séjour à Ancône. Mais « tu as lant d'amertume dans Tesprit, que la haine que tu mon- « trais dès Tenfance pour toute admonestation, n'a fait qu'aug- « menter avec l'âge, et qu'à quarante-sept ans tu trouves mons- « trueux qu'un père t'adresse des conseils. Je dois sans doute (K regarder comme un trait de sens et de piété tes reproches c< sur ma vieillesse; il te semble que je suis un radoteur parce c( que j'ai voulu prendre soin de tes vrais intérêts et de ta ré- (( putalion. Que Dieu conduise tout à bien. De Milan, 18 dé- « cembre 1472 *. »

Telle est la dernière lettre que François Philelfe écrivit à son fils Marins ; c'est au moins la dernière que l'on trouve dans le recueil de ses lettres , qui ne vont que jusqu'au mois d'août

Environ deux mois après cette lettre, François Philelfe fit son testament, dont Joseph-Antoine Saxius a retrouvé l'original dans les archives du Chapitre de Milan. Il est daté du mardi 23 février 1473, indiction vi. Il y institue héritiers par égale portion ses fds Marins et Frédéric-François et son petit-fils Florius, fils de Xénophon. Mais, attendu que Marius a eu divers avantages, qu'il a vendu plusieurs manuscrits de son père, que son séjour à Gonstantinople a été fort dispendieux, et qu'enfin, par l'éducation que son père lui a donnée, il est devenu très-savant, et en état de se procurer, par son savoir, les moyens de vivre honorablement, François Philelfe déclare expressément qu'il veut que ce fils n'ait d'autre droit sur l'hérédité que sa portion sur les immeubles qui sont dans le territoire de Tolentino. Il lègue de plus ses Uvres à son fils Frédéric-François, et après

A J*ai déjà remarqué plus haut (p. 92, note 3) que Philelfe, en nommant ces villes, ne suit pas Tordre des temps dans lesquels Marius y habita. * Fr. Philelf. Episi, p. 253 v».

JBAN-MARIUS PIIILELFE. 119

lui à la bibliothèque du Chapitre métropolitain de Milan ^ D donne de quoi acheter un bréviaire k sa fille Âugusta, qui devait se faire religieuse, et ordonne que Florins rapportera k l'hoirie les biens que son père Xénophon a pu laisser à Raguse, attendu qu'il n'était pas émancipé. En cas de mort de Florins, il lui substitue Cirus, fils naturel de Xénophon. Quant à sa femme, Laure de Mazzorini, il lui lègue, outre ses droits, quelque somme d'argent, la laisse usufruitière universelle et tutrice de ses enfants , et enfin lui recommande ses fils naturels Sforce Curion et Caesar Eufrasius, ainsi que Cirus, fils naturel de Xénophon '. Ce testament de François Philelfe, dans lequel il a la générosité de ne point parler des torts de Marins envers lui, devint absolument inutile, car il survécut k sa troisième femme et à la plupart de ses descendants. Il Tétait même lorsqu'il le fit, car dès l'an 1467 il était dans la pauvreté, et tout ce qui lui restait de bien était en gage ".

Revenons k Marins, qui exerçait k Âncône ses talents de poète et de professeur avec un zèle et des succès toujours décroissants. U mit au jour, pendant son séjour dans cette ville, trois livres de Bucoliques, ouvrage qui existe en manuscrit k Paris, écrit sur vélin de la main de l'auteur, et daté de 1473'^. Marins se lia, k cette époque, de correspondance avec Piatino Piati, Milanais dont les aventures sont assez extraordinaires. U avait été page du duc Galeas-Marie Sforce, avait fini par lui déplaire et être enfermé par son ordre dans un cachot k Monza, où, pendant quinze mois, il chercha des consolations dans la poésie. Il trouva enfin le moyen de s'échapper en 1470, et fut accueilli par Hercule, duc de Ferrare, k la cour duquel il donna des preuves de courage et d'adresse dans les jeux mili-

* Sur le sort de ces livres, y. Rosmmi, Vit di Filelf. t. III, p. ICI, not. La plupart paraissent être restés à Florence.

• Voy. Sazias, Hist, Liter, Mediolan. p. 221-224.

s Fr. Philelf. Epùt. p. 192. — Saxios, Hist. Liter, Mediol, p. 264. « Catalog. M», Biblioth, Reg. Paris, n» 8308.

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taircs. Il devint ensuite homme de guerre et servit sous le duc d'Urbin. N'ayant pu obtenir de Cliarles VIII d'être attaché à Trivulce, il reprit son goût pour la poésie et chercha k se faire appeler en France à la cour de Louis XII; mais n'ayant pas réussi, il alla professer l'éloquence dans la petite ville de Garlasco, près de Vigevano, qui appartenait au maréchal Trivulce *. Piati, dans les années 1475 et 1476, était en garnison k Appignano, dans la Marche d'Âncône, et c'est de cet endroit que ses lettres à Marins Philelfe sont datées '. On croira peut-être que Marins s'était corrigé de sa légèreté, lorsqu'on saura qu'il demeura près de cinq années k Ancône ' ; mais les lettres de Piati nous apprennent que Tamour l'y retenait et causait sans doute les distractions dont ses écoliers se plaignaient. Il chantait dans ses vers une jeune fille appelée Ângela, dont la figure répondait au nom '^. Piati assure qu'il ne doute pas qu'elle ne devienne aussi célèbre que les beautés immortalisées par les vers des plus grand poètes \ Cependant la muse de Marins n'é-

1 Sar Piatino Piati et ses oayrages, voyez Argelati, Bibl. Script. Mediol. p. i 107-1 1 19. - Saxius, HUi. iAL MedioL p. 268-273.— Tirabosehi^ Stor. t. V(, II, p. 348, 349. — Rosmini, Istor, di Trivulxio^ t, I, p. 625, 642. — A l'occasion da mariage de Theodora Piati, François Philelfe avait fiiit l'éloge de cette famille, qu'il faisait descendre de Neptnne et de Codrus, roi d'Athènes. (Rosmini, Vit, di Ftte(/b,t.U.p.l21-l2i.)

• Les lettres de Piati ont été imprimées à Milan, 1506, xv» kalend. Septembris, par Gottardo Ponzio on De Ponte. Ce livre est rare et ne se trouve dans aaenne des bibliothèques publiques de Paris ; il n'est pas non plus à la bibliothèque royale de Milan, et j'ai eu quelque peine à me procurer des copies de ceUes que je cite plus loin : ce sont les cxivi, cxxvii, cxxviii, cxxix de ce recueil, et elles sont adressées : Mario Philelpho poetœ Anconœ pro/itenti. [Le lecteur les trouvera dans l'Appendice. — Éd.]

s C'est néanmoins à cette époque que se rapporte le projet formé par Marins d*aller à Naples. Voy. une lettre de Fr. Philelfe, citée par Rosmini, t. III, p. 169.

^ Parmi les poésies de Marins Philelfe conservées dans la bibliothèque Laurentienne (Plut. 91, cod. 42), ou lit une élégie ou invective : InAngelam meretricem. J'ignore si c'est la même qu'il avait aimée à Ancône. Ces vers commencent ainsi :

• Angela, quam ignorans centum saturasse priapos, etc.» (Bandini, Cat. Bibl. Laurent, m. lot. t. III, col. 803.)

» Platin. Plat. Epist, cxxvi.

JEAN-MARIUS PIIILELFE. 121

tait pas uniquement occupée de son Angela ; il eut encore le loisir de composer un poème intitulé la Laurentiade^ dans lequel il célèbre les grandes destinées de Laurent de Médicis * ; et celui-ci reconnut cet hommage en promettant au poète trois cents pièces d'or, qu'il n'avait pas encore reçues au milieu de janvier, lorsque Piati lui adressa ses félicitations '.

Marins Pbilelfe avait dans ce temps auprès de lui son neveu Jean-Marie de Tolentino. Je pense que c'était un (ils de sa sœur Angela, et non pas Jean-Marie Bindoti, dont j'ai parlé ci-dessus. Celui-ci, qui était fils de Panthea, autre sœur de Marins, était de Sienne. Il parait que les deux sœurs nommèrent leurs fils des noms de baptême de leur frère, et il est probable que Marius appela ce neveu auprès de lui après que Girus l'eut quitté. Quoi qu'il en soit, on apprend par une lettre de Piatino Piati que Jean-Marie de Tolentino fut chassé par son oncle au mois de janvier, et qu'il arriva k Appignano, chez Piati, qui s'efibrça de les réconciUer. Dans une lettre à Marins, il l'engage à reprendre ce jeune homme, il en fait l'éloge et lui remontre l'utihté dont il peut lui être, « surtout, dit-il, dans un temps où « vous pensez entreprendre un difficile voyage en France, et si « vous vous privez d'un pareil compagnon de voyage, vous au- (K rez sujet de vous en repentir. Où en trouverez-vous jamais a un pareil? Aimez-vous mieux avoir près de vous des merce-

« naires que vos proches parents? Si vous m'en croyez,

c( vous rappellerez Jean-Marie ; cela est d'autant plus convec( nable, que lui-même trouve la vie à charge sans vous, et qu'il «t gémit d'avoir perdu vos bonnes grâces '.» J'ignore si Marins suivit ces conseils ; on sait seulement qu'il alla vers le mois de

* Marii Philelphi Laurentiado9 lib.y carmeti de fatis ortuque Laurentii de Medicis, — Cet ouvrage existe en ÂDgleterre en ms. ; il est écrit, en 1474, de la propre main de Tauteur. {À Catalog ofthe Barleian. Collection of Mantiscript. no 2522.)

* Platin Piati, Epist. cxxvi.

3 Platiu. Piati, Epist, cxxvi.

septembre k Âppignano, faire une visite à son ami ; il avait encore alors le projet de faire son voyage et devait l'entreprendre par mer ^ Il ne parait pas cependant que Marins ait jamais exécuté ce dessein, qui n'était vraisemblablement que la pensée d'un esprit inquiet. En revanche, c'est à cette époque (1475) que doit se placer l'excursion que fit Marins à Rimini, pour aller assister au mariage de Robert Malatesta avec Isabetta d'Urbin ' ; ces noces furent extrêmement brillantes ', et Marins y prononça un discours d'une heure, consacré k l'éloge des deux maisons de Montefeltro et de Malatesta '^. Le bon accueil qu'il y reçut de la part de Robert, et les vents contraires qui s'opposèrent ensuite k son départ, l'y retinrent pendant quelque temps \ Piati, l'année suivante, fit un voyage k Rome, et, après son retour k Appignano, il s'était mis en route pour aller voir Marins, lorsqu'il apprit que celui-ci venait de perdre

< Pladn. Plati, EpitL cxxviii.

• Saracîni, JUem. délia città d'Ancona^ p. 275 et sniv. raconte ce mariage et les fêtes qa*il occasionna ; il place cet événement en 1471 ; mais le 25 juin, jour de la fête, n'aurait pa tomber cette année-là sor un dimanche; cette circonstance force à en reporter la date yéritable à Tan 1469 ou mieux à l'an 1475.

s Pour la description des noces, arcs de triomphes, harangues, etc. voy. Clementinî, Fundazione di Rimini, etc. t. II, p. 519-538.

« Le comte Battaglini {délia Corte di Sig. Pand. Halatesta, p. 134, not. 23) a dté les paroles de Broglio, tirées de sa Chronique manuscrite^ p. 298 : • Fornito che fo el sacro officio con grande solennità ritomarono tucti al real palagio. Diseparati li gran signori dalle 111. e Magn. Madonne e fbcto alquànto di silentio, se fece inanzi quel H. e poeta di mis. Mario figlioln del gran poeta del Philelpo, gientilomo di grande autoritade, e fermatosi nel mezzo del gran tribanale, expuse con grandisima antoritade un degnio sermone il quale dur6 circha a un ora : rimembrando Tantiche croniche delli passati délia III. casa de Montefeltro, e per lo simile de la Ul. casa di Sign. Malatesti, e le degnie hopere eccellentissime gia conseguite per li 111. e famosi Sig. délie due 111. Casate, che fo cosa molto laudeyole e degnia rimembrando li loro mirabili focti ; finito che fo el gran sermone lo 111. Sign. Miss. Roberto se fece innanzi, e andô a sposare la 111. Mad. Lisabetta per mano dello 111. duca d'Urbino suo padre. ••

Battaglini tire de la même chronique ms. que Marins Philelfe reçut en récompense " cinquanta ducati d'oro in oro, con cinque braccia di ntanino nero.»

■ Robert Orsi adressa des vers sur ce sujet à Marins Philelfe. ( Battaglini ,

JEAN-MARIUS PHILELFE. 123

sa fiUe unique, Théodora, et par discrétion Piati renvoya sa visite au temps où Marius pourrait recevoir et goûter les consolations de l'amitié V

Après ce chagrin, Marius demeura encore quelques mois k Ancône ; il continua ses leçons et s'occupa à revoir son poème sur la prise de Constantinople par Mahomet II. J'ai déjà remarqué que ce poème, intitulé Amyris, et dont l'exemplaire unique se trouve dans la bibliothèque de Genève, est désigné dans l'élégie que Marius écrivit avant d'avoir quarante-cinq ans. Mais en ce temps (1471), cet ouvrage n'était composé que de trois livres ou chants, et ce fut k Ancône, entre l'époque du siège de Scutari ou Scodra, qui eut lieu en 1474, et celle de la mort de Galeas-Marie Sforce, duc de Milan , tué le 26 décembre 1476, que Marius composa le quatrième chant et mit cet écrit dans l'état où il est maintenant. Il raconte , dans une préface en vers, qu'il a fait ce poème à la prière d'Othman Lillus Ferducci, d'Ancône, et cette préface est précédée d'une longue épîlre dédicatoire en prose, que Ferducci adresse à Mahomet II, en lui envoyant l'ouvrage de son ami, et dans laquelle il rappelle au sultan, dont il cherchait k s'attirer les bienfaits , l'intime liaison qui avait existé entre leurs pères *.

Après avoir demeuré à Ancône près de cinq années *, Marius Philelfe passa k Urbin, petite ville qui était le lieu principal des Etats des comtes de Montefeltro, dont la race remonte au douzième siècle. Leur vaillance héréditaire les mit au nombre des principaux condottieri de l'Italie ; ce genre de vie, ainsi

« Platin. Plati, EpUt, cuix. — Dans les EpitomtUa de Marius, on trouve quelques yen intitules : • Ad Theodoram PhiUlpham, in ejtu vitam votum et prêcatio. ■ Mus ce recueil ayant été rédigé en 1462, ces vers ne peuvent pas avoir rapport à la dernière maladie de Théodora, fille de Marius.

« Senebier, Catalog. des Ms, de la Inblioth. de Genève, p. 236 245.— Voy. l'Appendice.

s Marius était à Ancône avant le S décembre U71 (Fr. Philelf. Ep.p, 243); il y était encore le 10 juillet 1476. (Platin. P\Qii, Epist. cxxix.)

que les guerres qu'ils soutinrent continuellement contre les papes et leurs voisins, leur donnèrent des mœurs toutes militaires, et que rien n'avait tempérées jusqu'au règne de Frédéric, qui à la valeur de ses pères unit l'amour des lettres, la magnificence et la politesse. Il passait pour être le fils de Bernardino dalla Carda de la maison des Ubaldini, mais Gui Antoine, comte de Montefeltro et duc de Spolète, qui l'avait fait élever, parait avoir, été son véritable père *■ ; il n'était donc point par sa naissance destiné k régir ces Etats. Il passa quelques années de sa jeunesse à Mantoue, ob il eut le bonheur de trouver Yittorino de Feltre. Cet aimable et savant professeur prit pour Frédéric l'amitié la plus tendre, et lui donna des leçons qui développèrent en lui au plus haut degré le goût des lettres *. Ode Antoine, fils légitime de Gui Antoine et de sa seconde femme Caterina Colonna, succéda à son père et fut créé duc d'Urbin par Eugène lY ' ; mais lorsque ses vices et son libertinage eurent porté ses sujets à l'assassiner ^ , les suffrages du peuple appe-

* Voyez l'AppeDdice.

* Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 39 et t. VI, ii, p. 274.

> Ce titre avait été accordé par le pape Eagène IV à Ode Antoine et à ses descendants ; c*est ce qui fait que Frédéric ne porta qne le titre de comte de Montefeltro, jusqn'en 1474 que Sixte IV le créa duc d'Urbin. (Reposati, Zecca di Gub' Mo, 1. 1, p. 250. — Lettres de Fr, Philelfe au duc d'Urbin et à Octav. Ubaldinû Rosmini, t. III, p. 170-172.— Mutio, Historia de* fatti di Federico di Montefeltro duee d' Urbino^ Venet. 1605, 4».)

* Leand. Alberti, avec son inexactitude ordinaire, bonleverse la suite des sonyerains d'Urbin. (Muratori, ann. 1443.) Voici ce qn'il raconte de la mort d'Ode Antoine : • Is ob constupratam importuna libidine virginem nobilem, admodum adolescens popularium furore tmcidatus, perque urbem tractus, genitali membro prœciso ac ori inserto, summa cnm ignominia derelictus est. Horribile profecto id documentum principibns, qno in potestatis fastigio, se non ut pro voluntate tyrannidem exerceant, sed ut cum ratione juste moderentur, constitutos intelligant (Leandr. Alberti, Descript. Ital. e vers, Kyriand, p. 445, édit. 156ô,fol.)Sur cette révolution, voyez Cronic. di Atmmt, p. 948, G. D. dansMuratori. Script, t. XV. — AnneU. Foroliv. p. 222, C. dans Muratori, Script, t. XXII. — Muratori, Annal. A. 1444. — Reposati, Zecca di Gubbio, t. I, p. 153 et seq. Les traitements dont parie L. Alberti paraissent avoir été infligés, non pas au duc lui-même, mais à ses mauvais conseillers.

JEAN-MARIUS PUILELFE. 125

lèrent Frédéric à gouverner les Etats de soo père (en 1444j *. Quoique sans cesse occupé de guerres, ce prince fut toujours le protecteur des arts et des lettres. Il bâtit h Urbin une habitation magnifique, commencée en 1447, et sut changer en temple des muses une montagne escarpée située dans un pays sauvage'. Le célèbre Baltbazar Castiglione, qui avait été attaché au fils de Frédéric ', a parlé ainsi de ce prince et de sa capitale, dans son Livre du Courtisan : «c Sur le penchant de c( FÂpennin , du côté de la mer Adriatique , et presque au c( centre de l'Italie, on voit la petite ville d'Urbin, qui, quoi- <i que entourée de montagnes moins agréables que celles de « plusieurs autres sites, a cependant reçu du ciel la faveur c< d'être au miUeu d'un pays très-fertile et abondant en fruits, « de manière qu'^ la salubrité de l'air elle réunit l'abondance c( de toutes les choses nécessaires k la vie. Mais, \k mon avis, « le plus grand bonheur dont elle puisse se vanter, c'est d'être c( depuis longtemps gouvernée par de bons princes, qui l'ont « mise à l'abri des calamités que les guerres ont causées à l'Itac( lie. Sans remonter trop haut, nous en avons la preuve dans c( la glorieuse mémoire du duc Frédéric, qui, tant qu'il vécc eut, fut la lumière de l'Italie, et l'on peut citer une foule « d'hommes véridiques, considérés et encore existants, (|ui <( attestent sa bonté, sa prudence, sa justice, sa libéralité, sa

* Voir la vie de Frédéric, par Porcello, dans Muratori, Script. t.XXV.-' J. Ant. Campanif Vita Frideriei eomitis et pottea dtteis Urbini. (Giom. d'Ital t. Xli, p. 340.) — Matio, Stor, di Frederico di Montefeltre, — Selleri, Metnorie eoncernmti Urbino. — Degli uomini celebri di Urbino, Urbino, 1819. — Il existe à la biblioth. da Vatican (Ottobon. Cod, 1303) une vie de Frédéric, dac d'Urbin, écrite CD mauvais vers italiens, mais qui est singulière par le fait de son auteur, qui est Giovanni Sansio, père de Raphaël. Francesco Puccinotti a fait connaître ce poème, Giomale Arcadieo, t. X, p. 107-1 2i.

• P. Bembo, De Guido Ubaldoy dans ses œuvres, Basil. 1556, 8o. p. 567. V. plus bas.

' Sur Balthazar Castiglione, qui a été lié avec tous les grands hommes du temps de Léon X, voyes Tiraboschi, Stor. t. VU. — Roscoë, Vie de Léon JT, t. IV, p. 113-124, et les auteurs indiqués par Argelati, Bibl, Script, Mediol. p. 2086.

(( grandeur d'âme et ses talents militaires, qui sont d'ailleurs <c prouvés par ses nombreuses victoires, les lieux inexpugnables « dont il s'est rendu maitre, la rapidité de ses expéditions et « les avantages remportés sur des troupes plus nombreuses que c( les siennes. Il ne fut jamais battu dans aucun combat, et on c( peut régaler aux plus célèbres capitaines de l'antiquité. Dans <i le site sauvage d'Urbin, il éleva un palais qui passe pour le « plus beau d'Italie, et qui est si bien pourvu des choses né- « cessaires, qu'il a l'air d'une ville en forme de palais ^ On y (( voit non-seulement, comme c'est l'usage, des vases d'argent (( et des appartements richement meublés d'étoffes d'or et de c< soie ; mais il l'a orné encore d'une infinité de statues antiques « de marbre et de bronze, de peintures remarquables, et d'insc< truments de musique de toutes les espèces, et il eut soin de « n'y placer que des choses rares et d'un grand degré de perce fection. Il rassembla k grands frais une quantité des meil- <( leurs et des plus rares livres grecs, latins et hébreux ; il les « fit orner d'or et d'argent, et les considérait comme ce qui « distinguait le plus son palais. A l'âge de soixante-cinq ans <( il finit sa glorieuse carrière, et laissa pour gouverner ses Etats ce un fils âgé de dix ans , et déjà privé de sa mère ; c'était son «•seul enfant mâle, et il se nommait Guido Ubaldo '. »

* Sar le palais des ducs d'Urbin, voy. Cimarelli, StoHa del Dueatô di Vrbino. — Bernardino Baldi, Descrixione del PcUaxzo Ducale d* Vrbino^ imprimé dans les Versie prose di monngnor Bernardino Baldi,\eneX, 1590, 4°, et dans les if emorie concementi la città di Vrbino, Roma, 1724, fol., où le cardinal Annibal Albani a fait insérer l'ouvrage de Baldi en y joignant l'explication des sculptures du palais, faite par Bianchini. — Extrait dans la Biblioth. Italiq. t. V, p. 203-

Les architectes de ce palais furent Lucien de Lausana, en Esclayonie, Baccio Pontello, de Florence, Léo Battista Alberti, et Francesco di Giorgio, de Sienne. « Us prirent un milieu dans l'architecture de cet édifice entre le goût des Goths et des Lombards, et celui des Grecs et des Romains, de sorte qn*on voit dans ce palais un commencement du renouvellement de l'architecture en Italie. ■ (BibL /to/tg.t. V, p. 213.)

* Baldes. Castiglione, Il libro del Cortegiano, p. 7-8, éd. 1537. — Fr. Philelfe, consulté par Frédéric sur un instituteur pour son fils, avait conseillé Gabriel Pa-

JEAN-MARIUS PHILELFE. 127

Le duc Frédéric se délassait des travaux de la guerre et de l'administration dans la conversation des savants qu'il réunissait dans sa somptueuse demeure ^ Sa générosité le rendait cher aux gens de lettres, et François Philelfe se trouve parmi ceux qui en éprouvèrent les effets '. Frédéric, que l'on a comparé \k Philippe de Macédoine', cherchait dans l'histoire la science de la guerre et du gouvernement, et dans ce but il s'était rendu familiers tous les auteurs latins ^. Sa finesse et son habileté dans l'art militaire lui avaient encore fait donner le surnom d'Annibal, et la perte d'un œil établissait un rapport de plus avec le général carthaginois ^ Il avait employé quarante mille ducats à former dans son palais la superbe bibliothèque dont parle Castiglione. Elle a été célébrée par plusieurs écrivains qui vantent la beauté et la situation du vase qui la renfermait, autant que le nombre et l'extrême richesse des volumes qui la composaient ^. Dans son arrangement on avait suivi le plan que Thomas de Sarzane, qui fut depuis Nicolas Y,

vero Fontaaa. (Rosmini, t. III, p. 1 48.) Gaido Ubaldo eut pour précepteur CornmandÎDO CommandiDi, d'Urbin, et Ladoyico Odario de Padoue. (Reposati, Zecca di GubbiOy 1. 1, p. 282.)

« Fr. Philelf. Epist. p. 206 ▼<>.— Pyrrho Perottî, dans la préface de Touvrage de son oncle, Nicolas Perotti, intitulé Comitcopiat s'adresse au duc Frédéric et parle ainsi de ce livre: ■ . . .Tuorum pneterea studionun atque sermonum cornes erit et particeps. Videbit atque intelliget qnem honorem dicendi magistris, quam dignationem sapientiœ doctoribus habeas, ut sub te uno spiritum et sanguinem et patriam bonarum artium studia receperint, qus antehac uatali solo privata et perpétue exilio damnata yidebantnr. 0 feliz atque iterum felix liber I . . . •

• Fr. Philelfe, EpUt. p. 225 r», 228 vo, 229 ro, 223 r^. — Fr. Philelfe avait écrit la vie du duc Frédéric (Rosmini, t. II, p. 212), et celui-ci était son compère. (Rosmini, t. II, p. 375.)

s Raphaël Volaterr. Comment, lib. VI, p. 67, édit Basil. 1543, fol.

* Fr. Philelf. EpUt, 193 ro.

s Fabroni, Ftl. Cotmi Hedicei^ p. 123.

B Laurent Astemio commence la dédicace an duc Guido Ubaldo, de son ouvrage De quibusdam locû obscuris, imprimé à Venise, Ao sans date, par ces mots : « Quum Urbini grammaticam docerem, prseessemque bibliothecœ tuœ, qua nuUam in toto terrarum orbe pulchriorem esse omnes uno ore testantnr . . . • (Gruter. Lampas, 1. 1, p. 878.)

avait tracé a la demande de Cosme de Médicis '. Frédéric, en 1459, avait épousé, âgée de 13 ans, Battista, fille d'Alexandre Sforce, seigneur de Pesaro, frère du duc de Milan, François Sforce; cette princesse mourut en 1472, peu de mois après

Landino.dans la dédicace de la seconde partie de ses Disfmtationet Camalduletuesy dit à Frédéric : • Perciochè quanto parecchi Principi sono a te saperiori in ampiezza d'imperio, tanto maggiori sono gli encomi, con oui le Greche, le Latine, e le Toscane Muse te iunalzano, e etemamente t' innalzarano fino aile stelle ; poiche cacciate dalle altre corti si veggon magnificamente da te acoolte, ne trattate sol corne ospiti, ma diyenute ornai citadine, e allogiate in an tempio ornatissimo e pieno di ogni génère di volomi. Perciochè a Pallade, ad Apolline, e aile Mose tu hai dedicata uua insigne e per copia de'libri nobilissima biblioteca, non men salabre per la situazione che maestosa per la grandezza. » (Version de Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 110.) Pyrrho Perotti, dans la préface déjà citée (p. 127, note i) : • Nam cum te, Frederice princeps, unum ex iis esse cognoverim, qai hanc commentariornm editionem maxime concupierant, statoi hoc opus sacratissimo nomini dedicare, cnjus ille virtuti atqae auctoritati tantum tribuit ut te instar numinis habeat, colat, veneretnr. . . Sed ob id longe felicior (liber), quod ta omnium primus acceperis, et in istud tuiim dignum Diis palatiom, dignam principe TÎctore gentiam sedem indaces, ubi cum omnia cernet marmore, argento, auroque nitentia, et in bibliotheca illa pulcherrima coUocabitur, qaanquam mutas Ai et anima carens, mirificè tamen sentire lœtarique videbîtur. . . •

P. Bembo, De Guido Ubaldo Feretrio liber. . . dans ses œuvres, Basil. 15S6, 8<>,

p. 567 : « Domum illam ipsam in urbe qoam incolimos^ ea materia, ea arte

samptuque constraxisse, ut tametsi ea situ ad asdificandum iniquissimo difficillimoque sit, sqnè pnlchra tamen uUo in loco toto orbe terrarum non yisatur. Jam bibliotheca illa celebri, qnam is maximis sumptibus comparavit, com Llitinoram, tam Grœcorum, tnm Hetruscomm, tum etlam Hebrseorum lingaa perscriptis^ iii omni disciplinaram génère libris monumentlsqae refertissima, onmes qui volumus tttimur.N

Leandr. Alberti, Descript. Ital. e vers, Kyriand. p. 445 : • Urbinum

splendidis œdificiis exornavit, prœcipaeqoe sumptuosa illa domo cam bibliotheca magnificentissima, quam ingenti multitudine volaminum optimorum repleverat, sicut ego, priusquam Caesar Borgia dxtionem Urbini invaderet, ipse vidi; qua» post illam Borgianam dominationem passim, opère tam insigni prorsos ooDtar-> bato, dispersa sunt. »

Voyez aussi Tiraboschi, Sior, t. VI, i, p. 39, 116.

Pour la description de l'appartement qui renfermait la bibliothèque, voyez Baldi, DeicrizUme del palaszo étVrhino^ chap. I\, p. 56 et suit. — Le pape Alexandre VII transporta ces livres à Rome, en 1658, et les joignit à la bibliothèque da Vatican.

t Vespasian. Florent, dans Muratori, Script, t. XXV, p. 274. — Mehus, Vit. Ambras, p. 65.

JEAN-MAiilUS PHILELFE. 129

avoir mis au monde Guido Ubaldo, qui succéda à Frédéric ; elle descendait de plusieurs femmes célèbres dans les lettres * ; elle avait été élevée k la cour de Milan, et dès l'âge de quatorze ans elle passait pour un prodige. L'élégance de ses harangues latines lui donna de la célébrité, et depuis son mariage elle étonna le pape Pie II *. Bernardo Tasso l'a célébrée dans son Amadis; mais quand Marins PbilelA' arriva à Urbin, Battista n'existait plus; elle était morte en 1472, a l'âge de vingt-sept ans, et Gui Ubaido, son fils, n'avait alors que cinq ans. Ce prince, en 1482, succéda k son père; moins heureux que Frédéric, k cause de sa santé déplorable et de la perfidie des Borgia k son égard, il fut encore plus célèbre par son esprit, sa mémoire étonnante et son érudition '.

< Battista de Montefeltro, née eo 1384, fille da comte Antoine de Montefeltro et sœar du comte Guid' Antoine, avait épousé, le 14 juin 1405, Galeazzo Halatesta, seigneur de Pesaro. Elle avait montré la culture de son esprit par ses harangues au pape Eugène IV et à l'empereur Sigismond, par des thèses théologifyies et philosophiques, et par des poésies italiennes pleines de noblesse et de nerf. Léonard Bruni d'Arezzo lui dédia un ouvrage. (Crescembenî, 1 111, p. 270. — >Mittarelli, Biblioth, Hs». S. Michel p. 701-703.— Tiraboschi, S(or,i. VI, ii, p. 163-164.— Annibale degli Abati Olivieri, Noiizie di Battixta di Montefeltro moglia di Galeazzo Malate$la, Sigtv di Pesaro^ Pesaro 1782, 4o, 36 p. dont l'extrait se trouve dans la Continuai. delGiornale de* LetI, d'Ital. t. XXVI, p. 39-65.)

La fille de Battista et du seigneur de Pesaro, Elisabetta, naquit en 1407 et épousa Pier Gentile Varani, seigneur de Camerino, décapité à Recanati le 7 septembre 1433. Elisabetta se fit religieuse.

Constance de Varano, leur fille, épousa, en 1 445, Alessandro Sforza, seigneur de Pesaro ; elle eut d'aussi bonne heure que sa propre fille, la seconde Battista, le même genre d'éloquence, et contribua par ce talent à faire rendre à son frère, Rodolphe de Varano^ la seigneurie de Camerino. Elle mourut en 1447, au témoignage de Comiani (/ SecoL t. Il, p. 394) : il dit que Constance mourut à Tàge de dix-neuf ans, et cite à l'appui Olivîeri, Memorie d* Alessandro Sforza^ si^or di Pesaro, Elle avait composé des discours, des lettres latines et des poésies. (Guinifort. Barzizi Oper. p. 134-136, 142, edit. Furietti. — Lazzaron. Miscell. U VU, p. 300. —Tiraboschi, Stor, t. VI, ii, p. 165. — Rosmini, Vittor, p. 340. — Corniani, / SecoL t. Il, p. 393. — Mxttarelli, Bibl. Mss, col. 1182.)

Enfin Battista, fille de Constance et d' Alessandro, épousa Frédéric, duc d'Urbiu, qui acheta les États de Galeazzo Malatesta. Après Ce mariage et cette vente, Battista se fit religieuse et mourut a Foligno le 3 juillet 1448.

• Tiraboschi, t. VI, ii, p. 166. et t. IX, p. 112. — Campan. Oper. Orat. V«.

s P. Bembo, De Guido Vhaldo Feretrio, deque FAisabetha Gonzaga, Ducibus

Parmi les poètes qui vivaient à la cour de Frédéric, on doit distinguer Augustin Stacoli d'Urbin ; ses poésies italiennes sont, après celles de Laurent de Médicis, les plus distinguées du quinzième siècle, et leur auteur unissait la gloire militaire au talent poétique. Ses vers expriment ses vives passions avec un naturel et une élégance presque inconnus k son siècle. Pétrarque fut son modèle \ Cette cour voyait encore un de ses principaux ornements dans Octavien Ubaldino, seigneur de Mercatelli, frère du duc Frédéric *, et par conséquent fils de Bernardino dalla Carda degli Ubaldini '. Il était lié de correspondance et d'amitié avec François Philelfe^, et celui-ci, dans ses lettres, compare le charme de la conversation d'Octavien au chant des Sirènes", et aux enchantements de Circé^. Marius Philelfe, admis dans sa familiarité, sut lui inspirer une grande amitié, une grande vénération pour ses ouvrages, et en reçut plusieurs marques de générosité et de distinction ^ On connaît ces dé-

Urbini, liber ^ dans ses œavres, BasiJ. 1556, 8», p. 529-624. — Tiraboschi, Stor. t. VI, I, p. 40-42.

* Voy. les lettres de Campani , pasêim, — Crescembeni , delL Poes. vulg. t III, p. 311, 312. —Gwmale de' Leterat, d'tîal. t. I, p. 187 et seq. — Tiraboschi, t. VI, ii, p. 153. -^ La plus ancienne édition des Rime di Agoêtino Stacoli da Urbino est de Florence 1490, 4»; la pins complète, de Bologne 1709, in-12.

* A la tète des éditions de V Epiêtolarium de Marins PhUelfe, on lit nne lettre de Mondello à Octaviano Vbaldino Mercathelli Domino^ illtutriêsitni Ducie Urbini germano dignissimo^ doctorumque virorum Pairano,

' Voy. le portrait d'Octavien par Baldi. {Giomale Arcadie, t. VI, p. 388.) Laurent Abstemias de Macerata dédia à Octavien Ubaldini, comte de Mercatello, nu recueil de fables intitulé : ffecatomythium. . . Bayle {Dict, art. Abstemius) dit que cette dédicace eut lieu sons le pape Alexandre VI, et qu* Abstemius était bibliothécaire de Guido Ubaldo, duc d'Urbin, fils de Frédéric. — François Ventnrini (qn*il ne faut pas confondre avec Venturino de' Priori) dédia à Octavien Ubaldini ses Rudimenta Grammatieœt qui ont été imprimés à Florence 1482, avec répttre dédicatoire. — Octavien fut nommé par le duc Frédéric tuteur de son fils Guid' Ubaldo.

• * Fr. Philelf. Epist, p. 125, 128.

s Id. Epist, p. 125, Octav. Ubald.

« Id. Epist. p. 211 v». Demetr. Castreno.

^ .Mondelli, Epist. ante Mar, Philelf. Epi$tolarium ; « . . . Mario siquidem ita

JEAN-MARIUS PHILELFE. 131

tails par une lettre de Louis Mondello à Octavien Ubaldino, et par la réponse que celui-ci lui fit. Louis Mondello, d'une noble famille de Milan S était disciple et ami de Marins Philelfe. D était destiné à suivre la carrière des emplois de la cour de Rome , et avait pris les ordres sacrés. Marins avait composé pour Mondello un petit ouvrage intitulé Eptstolarium^ qui consistait en un recueil de préceptes de rhétorique les plus nécessaires à son élève et les plus en rapport avec l'art épistolaire'. Marins, dans cet écrit, distingue quatre-vingts genres de lettres, indique les diverses suscriptions qui conviennent aux divers rangs de la société, et, joignant l'exemple au précepte, il donne un choix de lettres. Marins envoya cet ouvrage à son ami, entièrement écrit de sa main et sans en garder de copie. D l'assure, dans la lettre d'envoi ou préface qu'on trouve ik la tète de ce recueil, qu'il l'a composé uniquement pour lui, et que nulle autre personne ne l'a vu ni ne le verra : cette préface est datée d'Urbin, du 7 février 1477. Louis Mondello , après la mort de Marins Philelfe, pour satisfaire sa reconnaissance et contribuer k la renommée de l'ami qu'il regrettait, forma le projet d'imprimer Y Epistolarium. D était alors à Paris, et pensait qu'il ferait admirer le génie de Marins ik tous les gens de lettres que cette grande ville renfermait^. D consulta

deditiis eras, et ille tibi, at plusquam dimidium animœ tuas eam putares. Legem amicitise in enm amando excedebas, cum ejus scripta, tanquam libros Sibyllinos œetimares. Omitto qaod crebris et maximis moDeribas eam omabas, id enim fbciebas ei esse commune cum multis, qaamvis non omnibus eadem mcnsura, qua Mario metireris, non omnes cum Mario in eodem theatri grada apud te sedebant. •

• Voy. Argelati, BU}1. Script, MedioL col. iS94.

* Sur un si;get analogue on trouve, au treizième siècle, Vouvrage du Florentin Buoncompagno, intitulé : Forma Litterarutn Scholasticarum, (Voy. Sarti, De Professoribus Bononiensibtu, t. I, part, u, p. 220. — Tiraboschi, Sior. Let. t. IV, p. 362.— Gingnené, 1. 1, p. 380.— <Sixmer,Cara/. JHê, Bernent, t. HI, p. 127, 128.) Ce livre Ait couronné de laurier.

s MondeUi , Epiêtola ad Oelav. Vbald, : «... Cœterum quo plenius huic laudi et gloriœ Marii consulerem, in hac regia Parisiorum civitate, in qua jam bieunium studiorum gratia fui, Epistolarium ipsum imprimendum dare statue-

132 VIE i>fi

sur ce projet Octavien Ubaldino, et celui-ci, dans sa réponse, approuva et encouragea ce dessein ^ Assurément l'intention de Mondello et d'Octavien était bonne, mais je ne sais si, pour assurer une grande réputation k leur ami, ils agissaient convenablement en voulant publier V Epistolarium. On trouve dans cet ouvrage de la facilité et une sorte de légèreté d'esprit qui pouvait plaire dans un temps où le goût n'existait pas, et où l'on admirait toutes les productions de ceux qui passaient pour savants. Avant la fin du siècle, Erasme fit justice de cet ouvrage, et déclara qu'il n'y avait aucune érudition, et que tout y était confus, embrouillé ou inutile*. Marins, dans sa préface, cherche k excuser d'avance les défauts qu'on peut y trouver, en disant qu'il l'a composé à la hâte , et qu'il a écrit en vingt jours les cent quarante grandes pages qui formaient son manuscrit , et Mondello lui-même convient que Marins n'a pas mis dans cet ouvrage le même soin et la môme élégance qu'à plusieurs autres productions. Mais Octavien Ubaldino lui répond qu'on n'exige pas d'un écrit destiné k l'usage d'un seul homme la même perfection que dans ceux que leur auteur a destinés a être rendus publics. Cet ouvrage, sur lequel l'auteur lui-même aurait vraisemblablement montré de la modestie, est le seul de tous ceux de Marins Philelfe qui ait été imprimé dans Iç quinzième siècle.

En écrivant la vie de Marins Philelfe, je l'ai suivi d'une ville a l'autre sans pouvoir presque jamais indiquer les motifs de ces changements de place. Cette suite d'actions sans cause est

ram, at îd Ioco totius orbis emiDentiori, inter tôt Academîas, inter tôt sapîentissimos et divins mentis viroa, ab omnibus Marins, etiam fonctns, et coleretnr et admiraretur. Quem locum, qnam orbis plagam ad ejus nomen celebrandnm, CBternatiqne commendandum potui eligere aptiorem ? •

< La lettre de Mondello est de Paris 29 ami 1481. La réponse d'Octarien est datée d'Urbin 5 juillet 1481. — J. Ant. Saxius a fait réimprimer l'une et l'autre. («Ml. Liter. et Typogr. mdiolan. p. 485-487.)

* Desid. Erasm. EpittoL GuiU. IWontjoio, anno 1408, Epist. 43, t. III, p. 42, oper. edit. Lugd. Uatav. 1703, in-folio.

JEAN-MARIDS PHILELFE. 133

monotone, et ce n'est pas y mettre de la variété que de répéter sans cesse qu'il était inconstant et négligent , qu'il se dégoûtait de tout et qu'on se dégoûtait de lui. Son dernier séjour fut Mantoue, où Frédéric de Gonzague l'appela pour y donner des leçons publiques ^ . La guerre était alors allumée entre les Florentins et Sixte lY : l'odieuse conjuration des Pazzi, qui aurait dû couvrir de honte le pape, n'avait fait qu'exaspérer sa colère contre Florence et les Médicis ; le roi de Naples et le duc d'Urbin étaient au nombre de ses alliés. Frédéric, marquis de Mantoue, venait de succéder k son père Louis, surnommé le Turc (12 juin 1478)*. Après s'être opposé aux* Suisses que le pape avait excités contre le Milanais, ce prince vint en Toscane se réunir au duc de Ferrare, allié et général des Florentins ; mais les audacieuses entreprises de Louis le More forcèrent le duc de Mantoue d'aller au secours de la duchesse Bonne, régente de Milan (1479), et la Toscane se trouva ouverte aux ennemis des Médicis. Ce fut alors que Laurent le Magnifique prit la généreuse et hardie résolution de . passer k Naples pour fléchir Ferdinand, et quel que soit le degré de danger qu'oflrit cette tentative, elle lui réussit complètement. Ferdinand accorda sou amitié à Médicis, signa le 6 mars 1480 un traité d'alliance avec les Florentins, et l'efiroi que la prise d'Otrante par les Turcs porta dans l'àme du pape le força quelques mois plus tard, malgré sa haine, k se réconcilier avec ces républicains'. Je voudrais pouvoir affirmer que Marius Philelfe, dans son changement de demeure, suivit le sentiment d'attachement que tous les gens de lettres devaient éprouver pour

« J. Trittenheim, Catal. Scriptor. p. 156, edit. 1531, 4». — Jacob. Phil. Bergom. Stippl Chronic. Hb. XV, ad ann. 1471, p. 2?il v», edit. Venet. 1400.— Marias avait été appelé à Mantoue par Louis ou par Frédéric de Gonzague. (Rosmini, t." Ill, p. !05. — Possevino, Hist, de !a maison de Gonzague.)

* Marius Philelfe fit l'oraison fbnèbre du marquis Louis de Gonzague, mort en Juin 1478. (Bettinelli , délie Lett, Mantov. p. 40. — Rosmini, Idea delV ottimo preceptore nella vita di Vittorino da Fellrc, p. 189.)

> Muratori, ann. 1478-1480. — Roscoë, Fte de Laurent de Médicis, chap. IV.

les Médicis et pour Florence, et qu'il quitta Urbin pour ne pas habiter chez un prince qui était leur ennemi ; mais il parait plus probable qu'il ne fut guidé que par son intérêt, son goût pour les choses nouvelles, et par la crainte de l'épidémie qui régnait alors en Romagne, et qui atteignit aussi Mantoue\ Quoi qu'il en soit, vers la fin de 1478 ou au commencement de 1479, il vint s'établir dans la patrie de Virgile, où la famille des Gonzague protégeait les lettres et les savants depuis que la vengeance d'un mari outragé l'avait rendue souveraine (au treizième siècle) k la place des Bonaccorsi. Ces nouveaux seigneurs s'occupèrent, 'dès les premiers temps de leur domination , k réunir des manuscrits et à former k Mantoue une bibliothèque qui eut quelque réputation '. Maîtres d'un très-petit État , les Gonzague firent pour les lettres autant que les plus grands potentats, et la plus grande illustration littéraire de Mantoue est due k Jean- François de Gonzague, créé marquis en 1433, et grand-père de Frédéric'. Il appela auprès de lui, en 1425, le célèbre Vittorino de Feltre (son nom était Rambaldoni) ; il lui confia l'éducation de ses enfants et la direction d'une académie qu'il rendit fameuse, et où l'on enseignait les lettres et les beauxarts. Ce professeur, qu'un de ses disciples appelle le Socrate de son temps ^, fut un des hommes les plus distingués de son

« Muratori, Ànn. t. IX, p. 330. — Diarium Parmeme, in Muratori, Serij)t, t. XXII.

> Colatius Salntatos, Epittol. vol. II, ep. xvi. — Tiraboschi, Stor. t. V, p. 87.

» Rosmmi, Vittor, p. 59>66.

* M Victorinus Feltrensis , œvi nostri Socrates, sœcuH sai ornator et décos, fama et gloria Àcademiœ Mantnanœ. . . etc. • Tels sont les termes da célèbre Jean André de Bassi, évèque d'A,leria, dans sa pré&ce à V Histoire de TUe-Live^ édition de Rome 1469. Cette préface a été réimprim(''e dans plusienrs des éditions postérieures et dans l'ouvrage du cardinal Quirini, De Optim, Script, edit, p. 150-157. Voyez encore Andiffiredi, CataL edit. Roman. $œeul, XV, p. 28. — Sur Vittorino de Feltre, voyez Sazolus Pratensis, Vita Victorini dans Martenne et Durand, t. III, p. 843 et seq. — Quirini , De Litter, Brixiana, — Quirini, Diatrib. ad Fr. Barbari Epist. — Francesco Castiglione, Vita Vietorini^ dans Mehus, Vit. Ambros, p. 408. — Platina, Vita Victor, dans Verani,

JEAN-MARIUS PHILELFE. 135

siècle par sa science et par l'amabilité de son caractère. Aucun de ses contemporains ne posséda à un degré aussi éminent le talent d'enseigner*. Avec ses nobles élèves et quelques autres disciples, Yittorino passait une partie de la belle saison sur les bords du Mincio, au château de Goîto, ik douze milles de Mantoue. Ce lieu était célèbre pour avoir été possédé au treizième siècle par Sordello, le premier des troubadours de son temps, que ses perfections et ses talents ont enveloppé d'un voile mystérieux*. Yittorino fit de Mantoue le lieu d'études le plus renommé, et toutes les nations de l'Europe lui doivent des élèves qui, se dispersant k sa mort arrivée en 1446^, éclairèrent et honorèrent leurs pays^. Lorsque Marins vint s'établir k Mantoue, il y avait plus de trente ans que Yittorino n'existait plus, mais on y conservait un vif souvenir de ses vertus et de ses talents. Cette ville possédait des littérateurs estimables, parmi lesquels on doit distinguer Jean-Pierre Arrivabene, disciple de François Philelfe (qui le nomme Eutychius) et auteur d'un poème k la louange de Louis de Gonzague, intitulé Gonzagis^. Il faut encore nommer Batiste Spagnuoli, surnommé le Mantouan , qui commença par faire des vers libertins, puis, après avoir écrit contre la dépravation des ecclésiastiques, devint général des Carmes. Il iîit comparé k Yirgile, et acquit une vaste réputation, qu'il s'efforçait chaque jour de détruire en abusant de sa facilité. Ses innombrables vers^ finirent par être illisi-

Monument. Cremonem. P. I. — Prendilacque, Vita Victorini, ex editîone Mopelli , Patav. 1774, 12o. — J. C von Orelli, Vittorino von Feltrey Zurich 1812, 80.

I Rosmmi, Vit, di Filelf, t, 11,327.

s Sar Sordello, voyez les auteurs cités dans Y Art de vérifier les dates, t. III, p. 663, not.

s Rosmini, Vittor, p. 237, not.

* Âmbros. Traversari, Ub. Vil, epist. 3, et Hb. VIII, epist. 51. — Mehus, Vit. Ambros. p. 408-410. — Tiraboschi, Stor, t. VI, n, p. 272-278.

8 MazzucbelH, Scritt. ital. t. 1, 11, p. 1138. — Bettinelli, sulla Leter, Mantov, discors. 1. — Tiraboschi, Stor, t. VI, n, p. 230.

^ On dit {^u'il fit soixante mille vers.

bles, cû qui n'cmpécha pas le marquis de Mantoue de lui élever une statue après sa mort arrivée en 1516 ^

Des progrès dans les arts et dans la littérature illustrèrent k Mantoue les temps qui nous occupent. L'art typographique, introduit dans cette ville en 1472', venait d'y acquérir un nouveau degré de perfection et une nouvelle application. Abraham Gonath, en 1476, imprima le premier livre hébreu qui ait jamais paru ' ; mais il est encore bien plus important de remarquer que le drame lyrique , en langue vulgaire , prit naissance vers la même époque et dans la même ville. Depuis la renaissance des lettres , tous les genres de littérature avaient été tentés en Italie à l'imitation des anciens ; il n'y avait que l'art dramatique qui y eût été négligé. Le moyen âge n'en avait conservé aucune idée, et il n'offre, au lieu d'acteurs, que des mimes, des faiseurs de tours et des chanteurs. Ils abondaient dans tous les lieux oh l'on donnait des fêtes ; ils faisaient, conjointement avec les bouffons , l'amusement des cours, et leur récompense la plus ordinaire consistait en de riches vêtements. Les chanteurs composaient souvent leurs chansons; d'autres fois ils célébraient des faits héroïques. Le treizième siècle n'offre encore en Italie que des pantomimes ou Rapprezentazioni k grand spectacle et à machines, quelquefois mêlées de musique et de chants, mais qui n'étaient pas une action dialoguée. Cependant saint Thomas, en exigeant que les histrions c< ne se servent pas dans leurs jeux de paroles illicites, » semble indiquer quelque commencement de scènes dialoguées; on peut aussi en trouver de légères traces dans les ouvrages des troubadours. Le quatorzième siècle présente quelques essais de drames : les premiers sont dus k Albertino Mussato, qui com-

* Lil. Giraldi, Dialog. de poet. p. 534. — Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 228, 229. — Roscoc. Vie de Léon X, 1. 1, p. 104-t06.

« Panzer, Annal. Typogr. t. lï, p. 3.

5 J. B. de Rossi, De IldfraHcœ Typogr. origine, Parme, 1776. — Tiraboschi, Stor. t. IX, p. 82, 83. — Panzer, Annal. Typogr. t. Il, p. 5, 6.

JEAN-MARIUS PHILELFB. 137

posa deux tragédies , dont les héros sont Achille et le féroce Eccelino'; mais ces pièces informes sont en latin : Tauteur avait voulu imiter Sénèque, et l'on ne songea point k les représenter. Le Dante donna à son poème le titre de Comédie^ quoique la forme de cet ouvrage ne soit point adaptée au théâtre ; mais, selon Nicolas YiUani, il le nomma ainsi parce que , à l'exemple de la vieille comédie des Grecs, il renfermait beaucoup de personnalités sur des hommes connus. On trouve dans le siècle qui suivit plusieurs drames latins ; on joua les comédies de Plante et de Térence en latin, ou traduites en italien; mais ce ne fut que vers le milieu du quinzième siècle que la langue italienne fut employée sur le théâtre dans des ouvrages originaux. Feo Belcari fut un des premiers à produire à Florence ce genre de composition ', et le Colisée de Rome servit aussi de théâtre k de pareils spectacles'. Tous ces drames étaient grossièrement composés, et PoHtien fut le premier qui traça une pièce de théâtre passablement régulière ; il l'écrivit à l'âge de dix-huit ans environ , avec son élégance ordinaire , et unit la poésie avec la musique. Son Or feo fut composé en deux jours, pour le cardinal François de Gonzague, frère du marquis régnant, et il fut représenté avec magnificence à Mantoue, dans une des années qui précédèrent l'arrivée de Marins Philelfe dans cette ville ^. La représentation et le succès de cet

* Ces deux tragédies ont été imprimées dans Burmann, Thesaur. Antiq. ital. t. VI.

* Belcari douna la Rappresentaxione di Abramo e d'isaoc en 1444. (Voy. Gamba, Notizie intomo alU opère di Feo Belcari, p. 13-16, 26-29.)

* Crescembeni, Délia volgar. Poe», lib. IV. — Maratori, Antiq. Med, J?tn, Di»$. XXIX, t. H. — Tiraboscbi, Stor. X IV, p. 336-344 ; t. V, p. 498 ; t. VI, ii, p. 180, 183. — Papon, Lettres sur les Troubadours^ ^. tti\. — Affo^ Prefaz. a VOrfeo, p. 16-20.

« Voy. BettinelU , DW2. Letter, e dell. Arti Mantovan, p. 34. — Borney's Gen. Hist. of Music, vol. IV, p. 14. — Tiraboscbi, Stor. t. VI, ii, p. 193, 194. — Coruiani, / Seeol. i, III, p. 101, 102. — D'après AflFô [Prefaz, a VOrfeo)^ il paraît probable que cette pièce fat composée en 1472, lorsque le cardinal François de Gonzague, légat du pape, vint de Bologne passer dans sa patrie du 22

ouvrage durent donner un grand élan k l'art dramatique. Avant la fin du siècle, il fit de véritables progrès à Rome par les soins du cardinal Riario ^ et de Pomponius Laetus , et à Ferrare par la magnificence du duc Hercule P' '. Enfin , le goût général pour le théâtre inspira, après quelques autres essais, les premiers drames réguliers, c'est-k-dire la Sophonisbe de Trissino et la Rasmunda de Ruccelai, qui parurent au commencement du siècle suivant.

Le marquis Liouis de Gonzague, protecteur des poètes, avait été poète lui-même ' , et avait cherché à attirer Pétrarque à Mantoue^. Le duc Frédéric était renommé par sa bienfaisance, sa sagesse et la protection qu'il accordait aux lettres^. Dans

août aa 29 octobre (p. 3). Qaelqae temps après la représentation, Politien, sachant qae Carlo Canale, camérier da cardinal (et qui après sa mort, en 1483, fût attaché au cardinal de Parme), avait conservé une copie de VOrfw, loi écrivit an sajet de cette pièce, et cette lettre, que Ton trouve à la tête de plusieurs manuscrits et de plusieurs éditions, ne doit point être regardée comme une dédicace ; c*est plutôt une excuse sur les défauts de la pièce et une espèce de déclaration qu'elle n'existe que contre le gré de l'auteur et par la volonté de ses amis. H s'exprime ainsi : • . . . Cosi desideravo ancora io che la fabula di Orfeo, la quale a reqnisizione del nostro reverendissimo Cardinale Mantuano, in tempo di due giorni, intra continui tnmulti, in stilo vulgare, perché da gli spettatori fusse meglio intesa, aveva composta, fusse disubito, non altrimente che esso Orfeo, lacerata. . . • (p. 4, S). V Orfeo fut imprimé pour la première fois à Bologne, 9 août 4494, in-4o, par Platone delli Benedicti, et par les soins d'Alexandre Sarzio, avec les stances pour la joute de Julien de Médicis (p. 7). Toutes les éditions sont fautives et tronquées ; tel était l'exemplaire que fit imprimer le Sarzio. Mais ce drame a été découvert entier et dans son état d'intégrité par le P. Affd, dans un manuscrit de Miscellanées du quinzième siècle de la bibliothèque du couvent du Saint-Esprit de Reggio (p. 11). La seule édition complète est celle dont voici le titre : VOrfm, tragedia di Angeh PoHziano trotta per la prima volta de due vetuati Codici, ed illustrata del Padre Ireneo Affb, Venezia, Giov. Vitto, 1776, 4». — Politien mourut le 24 septembre 1494.

' Voyez, sur les spectacles du cardinal Riario, Tépître que lui adresse Jean Sulpittus à la tête de son Vitruve, réimprimée Bibl, Smith, p. 343, 344. — Uberti Folietta, Elog, claror. Ligurum.

* Voyez ci-dessus page 57, note 2.

> Andres, Catal, Jlfs. Capilupi, p. 198.

« Bettinelli, Dell Lett, Mantùv, p. 14-16.

B Diar, Parm. dans Muratori, Script» ItaL t. XXII.

JEAN-MARIUS PHILELFB. 139

cette cour brillante , Marius Philelfe dut repaitre son imagination de toutes les prospérités que les bontés et la générosité de Gonzague semblaient lui présager; mais la destinée voulut accomplir la prédiction de son père et venger sa dureté envers lui. Marius mourut a Mantoue en 1480 S dans sa cinquantecinquième année. U avait eu trois enfants, Jeanne, César' et Théodora ; tous les trois périrent avant lui, puisque Tliéodora, qu'il perdit pendaut son séjour à Âncône, était alors sa fille unique^. Le tableau généalogique que je joindrai k cette notice fera connaître les autres parents de Marius et tous les descendants de François Philelfe ; mais, dans cette famille, l'histoire littéraire n'a plus k citer qu'un petit-neveu de ce dernier. Pierre-Justin ou Pierre-Augustin était fils d'Âlfina , nièce de François Philelfe et fille de son frère Nicolas. On ignore le nom du mari d'Âlfina, et son fils prit celui de Philelfe par respect pour son grand-oncle. Âlfina fut belle, pieuse, jouit d'une grande considération k Tolentino, et mourut en 1476. On apprend tout cela par une lettre de condoléance que François Philelfe écrivit de Rome, le 15 février de cette année, k Pierre- Augustin^. Celui-ci, après la mort de sa mère, vint auprès de son grand-oncle k Milan, où il publia des éditions de César, de Tite-Live, de Juvénal, de Perse et de quelques autres auteurs\ Il fit aussi imprimer, en 1494, la vie de saint Jean-Baptiste, en vers italiens, composée en 1445 par François Philelfe, et k la suite de laquelle on trouve une hymne k la Vierge en faveur du

* J. Philipp. Bergom. Supplem, Chrome, lib. XV, ad ann. 1471, p. 251 :

• In aono Domini 1480 vitœ finem fecit. > J. Tritteuh. Catal. ScripU p. 156 :

• In gymnasio Mantoano ad lectionem publico condactus salario, ibidem et vitse stadîi finem fecit. . . Moritar autem Hantoas sab Friderico Imp. tertio et Sixto Papa IV, anno D< 1480, indict. xiii. >

« Fr. Philelf. Epitt. 55 v», Mario, p. 64 ▼», 72, 117, 127.

3 Platina, Epùt cxxix.

« Fr. Philelf. Orationes^ Mediolani 1481, à la fin. — Sazius, niât. Uter. Mediol. p. 535.

B II publia les Lettre» de Pie //, Zarot, 1481, in-fol. (Voyez les 61it. du XV* siècle de la bibliothèque de Genèye.) — Tite-Live, Milan 1480.

dac Philippe-Marie V C'est encore a PierreJostîn que Ton doit la publication des seize premiers livres des lettres de François Phildfe, qu'il termina par dix vers de sa Êiçon. Les vingt-un derniers livres de cette correspondance furent ensuite découverts par Gaspar Alemanus , qui les fit imprimer à Venise en 1502'. Ds ne firent, l'un et l'autre, que suivre l'intention de l'auteur; car, dès l'an i46i, François Philelfe réunissait ses lettres dans l'intention de les publier, et nous avons déjà remarqué qu'il y attachait une grande importance et une vanité insupportable^. François Philelfe survécut environ une année à son fils Marius.

Plusieurs écrivains se sont trompés sur la date de la mort des deux Pbilelfes. Léandre Alberti ^ a écrit que Marins avait hérité « du génie et des biens de son père, » phrase qui renferme une double erreur, comme Saxius le remarque ; car Marius mourut le premier et son père ne laissa aucun bien. Paul Jove rapporte la misère de François Philelfe ; mais, trompé par Alberti, il dit qu'il mourut avant son fils. François Philelfe, vers l'an 1454, s'était réconcilié avec les Médicis % et, depuis

* Vita di S, Giov. Baitista^ in terza rima per Franceteo FïUlfo, . . iii-4«. . . Imprutum Mediolani per magittrum Philippum Maniegatium, dietum Caiganum^ opéra et itnpenta Pétri Juetini Philelphi^ die vni meruie Hartii^ MCDXCIV. — Saziiu, HUt. Lit, MedioL^. 191 «94, 371, 535, 595.

* Voyez le titre et l'épître dédicatoire aa doge Loredano dans cette édition. ' Voyez page 117, note 1.

4 Leand. Alberti, Deteript. Ital.

* Fr. Philelfe, dans son livre de Bxilio, après avoir traité les Médicis de eauponarii, earbonarii^ aleatores, fœneratores, omnique lobe fœdati, les accose d*avoir empoisonné Balthasar Cossa, alors cardinal de Florence, qui avait été pape sons le nom de Jean XXIII, et qui mourut xi kal. Jan. 1419, afin d*hériter de ses richesses. Cette accusation , dénuée de toute vraisemblance et de tout fondement, u*avait été dictée que par la rage de Philelfe. (Fabroni, Vit. Costn. Medie, p. 9.) Ailleurs il s'exprime ainsi : « Ita, médius fidius, bovem mihi videor aptissime definire posse Laurentium Mediccm (frère de Cosme), ut et lupum Averardum, et vulpem Cosmum. Nam et ille fur et latro^et hic ikllaz et snbdolns. • (Cité par Fabroni, ibid. p. 155, annot.) Sur le livre de Exilio, voyez Fabroni, (M. p. 10, annot. — Rosnûni, Vit. di Fr. Filelf. t. I, p. 88, not. Les trois premiers livres existent dans la bibliothèque Magliabecchi.

JEAN-MARIUS PHILELFB. 141

son retour k Milan, il avait témoigné k Laurent le désir de revenir à Florence, et le dessein d'écrire sur la conjuration des Pazzi V D est certain quMl était encore le 27 mars 1481 k Milan, où il écrivit l'épitre dédicatoire de ses Opuscules^ adressée à Louis Sforce, duc de Bari et tuteur de Jean Galéas '. Laurent de Médicis l'appela vers ce temps à Florence pour y remplir la place de professeur de grec ; la chaleur de l'été, la fatigue du voyage lui firent tant de mal qu'il y mourut le 31 juillet de la même année. L'année est indiquée par plusieurs auteurs, et le jour précis est désigné par Barthélemi délia Fonte, qui succéda à François Philelfe dans la chaire de grec k Florence ". Philelfe était alors si pauvre que Jacopo Ântiquario,

Il parait qu'il y eut encore une autre cause dans le bannissement de François Philelfe de Florence ; en effet, on sait, par un monument en date du 10 mars 4431 publié par Fabroni ( ibid. p. 69 annot.), qu'il fut banni à Rome pour trois aimées pour avoir offensé par ses propos la République de Venise et son envoyé («.... Considérantes quod Fr. Philelpbns qui legit Dantem in civitate Florentia, etc. ...•); mais il semble que ce décret fût promptement révoqué, puisqu ou en trouve un antre, postérieur en date de deux jours seulement (du 12 mars, même année), qui le déclare citoyen de Florence. (Salvini, Fait. CoMular, prœfat. p. 18. — Rosmini, Vit. di FUelf. t. I, p. 43.)

Enfin, dans le mois d*août 1436, François Philelfe étant à Sienne avec plusieurs exilés de Florence, aurait engagé un Grec, nommé Antoine Marie de Jean, d'Athènes, à tenter d'assassiner Jérôme d'Imola, Carlo d'Arezzo, ou un dttadino del présente stctto, il nome del quale adeseo per lo meglio si tace (Cosme de Médicis, qui est toujours désigné par cette phrase dans la procédure). Le Grec, ayant été arrêté à Florence, avoua tout et eut les mains coupées le 22 septembre 1436. Le 11 octobre suivant, François Philelfe fût condamné à avoir la langue coupée et au bannissement. Il est appelé dans les sentences Messer Franeetco di CecthOf ehiamato il Filelfo , de Tolentino, ou Dominus Franciscui Cecehi voeaiuê il Filelfo de Tolentino. Ces sentences, tirées du Registre de Thomas Stroszi, ont été publiées par Fabroni, Vit. Coem. Medic. p. 111-115. — Lancelot, Aead. des Inseript. t. X, p. 718.

* Voy. Roscoë, Vie de Laurent de MédieiSt t. I, append. n^ xxiv, p. 456 ; trad. f^anç. Le 16 décembre 1447, Sfortia teeundus Vicecomee écrivit de Plaisance à Jean de Médicis, fils de Cosme, pour le prier d*engager son père à pardonner à François Philelfe, qui reconnaissait ses torts et en demandait l'oubli. Cosme de Médicis étut mort en 1464.

* Fr. Philelphi Orationes et nonnulla alia opéra. — Voy. Saxius, EHet. Lit. Mediol. p. 220, 573.

^ Apost. Zeno, Dise. Voet. 1. 1, p. 289, donne le passage de la chronique ms.

secrétaire du duc de Milan et célèbre protecteur des gens de lettres, lui fournit de quoi faire ce dernier voyage * ; on a même dit qu'il fallut vendre ses meubles pour acquitter les frais de son enterrement '. La lettre de Louis Mondello prouve encore d'une manière décisive que la mort de Marins Philelfe précéda celle de son père; cette lettre est du 29 avril 1481 , et il y est dit que « Marins était mort depuis longtemps', » tandis qu'on a , ainsi qu'on vient de le voir, une lettre de François Pbilelfe postérieure d'un mois à celle de Mondello^.

Dans cette vie de Marius Philelfe, qui n'est qu'un fragment de l'bistoire littéraire de l'Italie au quinzième siècle, on a vu que les rois, les princes, les grands s'honoraient k cette époque de cultiver ou de protéger les lettres, et d'accorder des dignités aux savants. Les femmes même partageaient l'enthousiasme qu'inspirait la littérature, et plusieurs d'entre elles brillèrent

de B. délia Fonte : « Franciscas Phiielfos, vir grœcè latinèqae doctiBsimus , et Mediolano Florentiam accitus at pablicè profiteretar, œttn ac labore itineria oonfectQS, pridie kalend. Augiisti FlorentÙB moritar. . .. cgû^ >^<^8 ^° vicem sofleeti sumos. » — J. Trittenheim, CcU. Script, place eu 4480 la mort de Marias, et dit qae son père mourut : « anno post obitum Marii filii. »

« Francise. Pateolanus, dans son épitre dédicatoire à J. Antiquarius, a la tête de son édition des Panegyrici veterum, dit : > Quo viatico optimum senem Franciscum Philelphum utriusque lingu» principem , Toscos ultimo petentem prosecutus es. > (Voy. Saxius, Hist, LU. MedioL p. 483.) Cette épitre de Puteolanus a été réimprimée {BibL Smith, p. 319) et fait connaître Jacopo Antiqnario. (Voy. Ciampi, Hemorie di Jcuiop. Antiqtêario,)

• P. JoTii Elog. Fr. Philelph. — Saxius, Hist. Lit. MedioL p. 23S. — Nicol. Leatinger, de Vita et obitu palri» dans ses œuvres, Francf. 17i9, 4<*, t. Il, p. 1398. W faut observer que cette dernière assertion est fort infirmée par la circonstance que deux lignes plus loin Leutinger fiiit hériter Marius de son père François.

s m Ingratus et impius censendus essem, si ego qui suo funeri non interfui, nnnc« licet longo post tempore, cum possum, quasi pompa instaurata ad eum omandum, meam ferculorum partem non efferrem. •

A Saxius (ibid. p. 264, 486) fait valoir cette preuve. — Je remarque que Trithème, Calvisius, Paul Jove, Foppius, Leutinger, Paul Freher, Niceron et Crescembeni ont mal à propos écrit que François Philelfe était mort à Bologne.

JBAN-MARIUS PIULELFE. 143

dans cette carrière. L'Italie, divisée en une multitude de petits Etats, qui chacun avait une capitale et dont chaque souverain s'efforçait d'attirer les hommes distingués, offrait au mérite de grandes récompenses et de nombreux moyens de succès. Les lettres réparaient ou du moins voilaient les maux occasionnés par des guerres continuelles ; ce beau pays, déchiré par les querelles de ses souverains, semblait heureux par- la cuhure de l'esprit, et la passion de s'instruire s'alliait comme par miracle k la fureur des armes. Les peuples au delà des Alpes passaient pour barbares aux yeux des Italiens ; mais bientôt ils reçurent des rayons de la lumière qui brillait en Italie. Déjà au quatorzième siècle Richard Angervyll de Buri, chancelier d'Angleterre, avait fondé dans sa patrie la bibliothèque d'Oxford et avait fait composer les premières grammaires grecque et hébraïque. Il dut une partie de son avidité pour le savoir et pour les livres à Pétrarque, qu'il avait connu à la cour d'Avignon. Nous avons vu que la France, au siècle suivant, reçut des élèves de Vittorino de Feltre et de quelques autres Italiens le goût des auteurs classiques, et vers le même temps, Jean Wessel ^ et Rodolphe Agricola éclairaient l'Allemagne, y rapportaient les connaissances qu'ils avaient acquises dans leurs voyages, principalement en Italie, et méritaient de leur patrie le titre de restaurateurs des lettres. Les littérateurs du quinzième siècle sont remarquables par leurs efforts et par leur profonde admiration pour les écrivains antiques qui, sortant des ténèbres, s'offraient successivement à leurs yeux. Mais il fallait un siècle d'études pour que leur goût commençât k se former et qu'ils prouvassent par leurs ouvrages qu'ils avaient enfin le sentiment des beautés répandues dans les modèles qu'ils lisaient avec tant de persévérance '. La plus grande partie de leurs écrits latins, soit en prose soit en vers, n'est presque pas supportable jusqu'au

i J. Wessel Gansfort. Voy. Sazios, Onomast. t. 11, p. 431. * Une admiration aveugle était sans doute nécessaire pour tirer des ténèbres oïl ils étaient plongés tant d'autenrs oublies.

temps de Politien et de Pontanus; ce dernier surtout, dans ses écrits philosophiques, dans sa prose et dans ses vers, ne per^ dit jamais de vue les auteurs de l'antiquité.

Maintenant on dédaigne le quinzième siècle et ses littérateurs, parce que l'on ne réfléchit point- assez sur tout ce qu'on doit à leurs travaux. L'imprimerie, qui a eu de si grands effets sur la société, n'est-elle pas due à cette avidité de connaissances, qui força l'esprit d'invention à trouver les moyens de la satisfaire? L'époque même de cette découverte a eu son importance : trouvée plus tôt, elle n'aurait peut-être servi qu'à favoriser le mauvais goût; plus tard, elle fût arrivée peut-être après la perte totale des écrits de l'antiquité. Cependant, en facilitant nos études, l'imprimerie peut avoir été une cause de diminution de nos facultés intellectuelles en permettant d'en laisser une partie sans exercice. Quel homme pourrait aujourd'hui assurer de faire, dans la position des savants du quinzième siècle, ce qu'ils faisaient alors? Quel érudit moderne pourrait se vanter de la même opiniâtreté de travail, de la même force de mémoire, et de cet amour pour l'instruction qui souvent poussait à de grands sacrifices? Où seraient maintenant les littérateurs, entre les plus habiles , capables d'assez de zèle pour s'imposer, comme Boccace, le Pogge, Niccolo Niccoli, la rude corvée de copier de leur main de gros ouvrages, ou pour vendre leur patrimoine au bénéfice de leur bibliothèque, comme celui qui vendit sa terre pour acquérir un manuscrit de Tite-Live? Il faut rendre justice aux hommes qui les premiers éprouvèrent l'enthousiasme des lettres et de l'antiquité, même sans en sentir bien judicieusement les beautés, qui se dévouèrent à retirer tant de chefs-d'œuvre de l'oubli , à les expliquer, à les restaurer, à les publier. Trois siècles de travaux successifs ont tout perfectionné ; les savants de nos jours sont plus éclairés, plus habiles, plus spirituels , ils ont plus de goût ; mais ceux du quinzième siècle, semblables aux guerriers de l'antiquité et du moyen âge, paraissent d'une nature plus forte. C'est, en un

JEAN-MARIUS PUILELFE. 145

mot, rérudition du quinzième siècle qui a préparé l'élégance du seizième 9 ce siècle d'or des lettres en Italie; ce sont les rudes travaux de ses écrivains qui ont défriché le champ de la littérature, et l'ont livré, prêt à porter de riches moissons, à leurs successeurs, dont la part d'activité et de gloire devait être cette restauration du style, dont Bembo le premier donna le signal ^

< Bettinelli, Bisorg t. Il, p. 93.

Un manuscrit de la bibliothèque Tqyulce, outre les trente-sept livres des lettres de François Phîlelfe de l'édition de 1502, renferme de plus onze livres de lettres inédites, et dans les livres imprimés, ce manuscrit offre encore quatre-vingt-dix lettres inédites et cent dix lettres en grec. (Rosmini, Vita di Filelfoj pref. p. xvi.)

Sur les hellénistes en Italie, du X« au XV<' siècle.

Les relations politiques et commerciales entre les Grecs et les Italiens, les croisades surtout, ont dû obliger, dès le onzième siècle, un nombre assez considérable d'Italiens à appi*endre le grec. (Gradenigo, délia Lett. grec(Hitaliana, cap. 3.)

Les affaires religieuses, depuis le schisme de Photius, furent une cause de relations entre le pape et les Grecs. (Ihid. cap. 4.)

Les Grecs, fuyant les persécutions des princes iconoclastes, se retirèrent à Rome; on voit dans cette ville, sur des ouvrages des artistes grecs réfugiés et de leurs élèves, des inscriptions en lettres grecques, datant du onzième siècle. La liturgie en grec était en usage à Rome. — Dans plusieurs églises d'Italie, certaines parties du service divin étaient récitées en grec et en latin. — On voit dans quelques actes du onzième siècle plusieurs signatures en lettres grecques. {Ihid. cap. 5.)

Sous les princes normands, on parlait quatre langues dans le midi de l'Italie, et principalement à Palerme, le grec, l'arabe, le latin et le normand, et il existe une foule d'actes et de privilèges

148 APPENDiCB.

écrits en grec. Parmi les manuscrits de Florence, on trouve des pièces de vers en grec attribuées h un Sicilien, appelé Constantin le philosophe et le grammairien.

Sous les princes de la maison de Souabe, la langue grecque était encore tellement en usage dans les deux Siciles, qu'on sait que Frédéric II ordonna qu'on traduirait en grec les constitutions du royaume, à l'usage de ses sujets qui parlaient cet idiome. (Signorelli, Vicende délia coltura nelle due Sicilie, t. II.)

Le grec était la langue habituelle des Calabrais, qui dans le moyen âge furent sujets de l'empereur de Constantinople. Quand les Normands se furent formés en Etat dans l'Italie méridionale, ils partagèrent le goût existant pour les lettres et les études ; au onzième siècle, Didier, abbé du Mont-Cassin (plus tard pape sous le nom de Victor III), fit venir de Constantinople des artistes pour embellir son monastère, et y réunit une bibliothèque dont Muratori (Script. IV, p. 473) a publié le catalogue. — Guillaume ^% Bras de Fer, appela à Palerme Berlinghero de Tarente, pour l'employer à des traductions.

Lorsque la maison de Souabe eut succédé aux Normands, Frédéric II fit les plus grands efforts pour relever les études ; il fonda l'Université de Naples, et fit, ainsi que son fils Manfred, traduire plusieurs auteurs du grec et de l'arabe.

Enfin, la maison d'Anjou apporta de Provence un grand goût pour les lettres et pour la poésie vulgaire. Le roi Robert faisait chercher partout et traduire des livres grecs ; mais à l'exception des ouvrages philosophiques d'Âristote, qu'il fit traduire en latin par Niccolo Ruberlo (cet ouvrage existe à la bibliothèque impériale de Paris) ces traductions étaient des ouvrages de droit ou de médecine. (Baldelli, Vit. di Boccaccio.)

Nardo, dans la province d'Otrante, fut une ville célèbre par son école, où les moines Basiliens enseignaient les sciences et les lettres grecques ; elle s'ouvrit après l'incendie du Mont-Cassin par les Sarrasins de Bari. (Voy. Tafuri, Scritt. Napol. t. U, p. 24-25. — Sur les moines de Saint-Basile et leurs sept couvents à Rossano, voy. Giannone, Stor, di Napol. 1. 1, p. 520.)

IXe Siècle.

Anastase le bibliothécaire apprit le grec à Constantinople et, par ordre de Jean VllI, traduisit les actes du septième concile œcuménique et des ouvrages des Pères.

X«> Siècle.

Jean de Naples, diacre de Saint-Janvier, écrivit des û'agments d'histoire ecclésiastique et traduisit du grec les Actes des Martyrs. Il avait porté le nom de Guaritnpoto avant d'entrer dans les ordres.

Sergius, père de saint Ânastasé, évéque de Naples, traduisait couramment et en lisant du latin en grec et du grec en latin. (Voy. Signorelli, Vicende.)

XI« Siècle.

Papias, Lombard, a laissé un dictionnaire manuscrit où il cite des passages grecs et en donne la traduction, entre autres des vers d'Hésiode.

Domenigo Marengo, patriarche de Grado, écrivit une lettre grecque en 1053 au patriarche d'Antioche (publiée par Cotelier) ; il fut envoyé, en 1073, par le pape Grégoire VII, à l'empereur de Constantinople Michel pour traiter de la réunion des Eglises. (Baronius, Afin, n® 49.) On pourrait croire, d'après ce que dit L. Allatius, que Dominique était grec de naissance, de l'île de Scio. (Gradenigo, p. 43, note.)

ANDRÉ, prêtre, et âmbroise, surnommé Bifarius , parce que in latinis litteris et grœcis eruditus erat, cités sans détail par Landulf le vieux. Muratori, Script. Ital. t. III, xxi, p. 108, et t. IV (vers 1060).

Jean l'italien, vers 1086, dont parle Anne Comnène, élevé en Sicile, passa à Constantinople.

Saint Bartolomeo, de Rossano, écrivit en grec quelques vies des Saints.

XII« Siècle.

Pierre Chrysolaus ou Grossolano, paraît avoir été Calabrais; évéque de Sa vone, puis archevêque de Milan, mort en 1117; il fut envoyé à Constantinople par le pape Pasqual II (Baronius, Ann. 1116, n» 7); il y disputa avec distinction contre les plus illustres soutiens des erreurs des Grecs et y écrivit sur la procession du Saint-Esprit.

Berlinghero, de Tarente, au milieu du douzième siècle, fut savant en philosophie, en jurisprudence, en grec et en latin. Guillaume le Mauvais l'appela à Palerme pour traduire un ouvrage du grec en latin. (Barthol. Morone, Viia di S. Cataldo, cité par Tafuri, Scritt. NapoL t. II, p. 324.)

Jean de Nardo, vers 1136, copia un ouvrage grec et y syouta sept détestables vers dans cette langue. (Tafuri, ihid. t. II, p. 381.)

Pierre, diacre, moine du Mont-Cassin, fit, dit-on, quelques traductions du grec ; mais Cave, qui le dit, ne cite que le Liber Hevœ

régis Arabiœ de pretiosis lapidibus ad Neronem imperatorem

t quem de graeca in romanam linguam transtulit. > (Voy. Léo Ost. dans Muratori, Sciipt. t. VI, p. 80. — Ziegelbauer, Hisior. Litt. ord. S. Bened. part. IV, p. 144). Fabricius (BihlioL Grœc. t. I, chap. X, p. 71) pense que Pierre traduisit le livre d'Hevax de Tarabe et non du grec.

Saint Thomas. Son savoir en grec a été contesté. Il paraît cependant, par quelques passages de ses ouvrages, qu'il avait connaissance de cette langue.

MosÈ Di Bergamo, cité comme savant en grec, par Anselme, évéque d'Avelbergen et ensuite de Ravenne, dans les dialogues où il rend compte au pape Eugène III de ce qu'il avait fait à Constantinople auprès d*Emmanuel Ck)mnène, où l'empereur Lothaii*e II l'avait envoyé. Il paraît avoir été de la noble famille de' Muzi de Bergame.

Jacopo di Venezia, loué pour sa science in ulraqtœ lin^ua, et cité comme ayant assisté aux conférences de Constantinople par le même évoque d'Avelbergen. (Ces dialogues ont été publiés par D'Achéri, Spicïlegiumj t. I, nouv. édit )

Alrérig de Bologne (1150) traduisit du grec les Aphorisoies d*Hippocrate : cette traduction est en latin et non nella volgar nostra lingua, au dire de Bumaldi, Bibl. Bologn.

Ugone Eteruno, Toscan, composa, à Constantinople, un ouvrage contre les opinions des Grecs sur le Saint-Esprit; cet ouvrage fut écrit en grec et en latin. (Aimerici Patriarch. Antîoch. Epist. dans Martene et Durand, t. I, p. 480.) Tri thème (Script £cc/e«. n» 398) lui attribue multa prœclara volumina tam grœee quant latine. — Allatius et Fabricius ont dit que l'ouvrage d'Ugone avait été originairement écrit en latin, et traduit par des Grecs daUvS leur langue.

Leone, frère d'Ugone Eteriano, savant en grec, interprète de lettres impériales sous Emmanuel Comnène (Trithem. Sciipt, Eccles. n° 400) ; traduisit du grec la liturgie attribuée à saint Jean Chrysostôme, et VOneirocntique d'Hacmet.

Goffredo da Viterbo. Dans la préface de Basilio Eroido au Panthéon de Geoffroy, il dit qu'il savait les langues latine, grecque, hébraïque, chaldaïque. Muratori a nié cette érudition.

Uguccione de Pise, mort en 1212 évéque de Ferrare. On conjec-

ture qu'il savait le grec par quelques articles de son Glossaire latin, qui n'existe encore qu'en manuscrit.

BuRGUNDiO DE PiSE fut ambassadeur vers Emmanuel Comnène. Il traduisit le commentaire de saint Jean Chrysostôme sur l'Evangile de saint Matthieu, et quelques autres ouvrages des Pères grecs, la Genèse et l'Evangile de saint Jean. — On lui attribue encore la traduction de ce que les Pandectes contenaient de grec ; cependant Âccurse dit que ce fut Bulgaro qui fit cette traduction. V. Fabricius, BihL Grœc,

XIII« Siècle.

AccuRSE DE Florence. On conjecture son érudition grecque de ce qu'il a interprété des mots grecs qui se rencontraient dans les lois.

BoNACGORSO DE BOLOGNE, dominicain, envoyé en Orient vers 1230 pour combattre les sectateurs de Photius, parcourut la Grèce et les îles, et composa contre les schismatiques plusieurs ouvrages en grec et en latin, dont le principal est le Trésor de la Vérité de la Foi. (Echard, BihL ScripL Prœdicat. t. I, p. 246. — Lequien, Prœfat. in oper. S. Johan. Damasc.)

Quelques Crémonois peu connus qui, selon Arisi, furent savants en grec ; l'un d'eux, Ferdinando Bresciani laissa deux volumes de lettres en grec.

Jean Balbi, de Gènes. Gradenigo prétend que ses ouvrages, et surtout son Theologicon^ offrent des traces de son savoir en grec ; il cite ce passage : c Hoc difficile est scire et maxime mihi non bene scienti linguam grsecam. » Il faut lui supposer une grande modestie pour que ce passage appuie l'opinion de Gradenigo. Son Catholicon ne prouve rien , étant pris en grande partie de Papias, Uguccione, saint Isidore.

Jean d'Otrante fit des vers grecs sur l'assaut donné à Parme par Frédéric IL (Cat BihL Laurent, 1. 1, p. 25.)

Nicolas d'Otrante (qu'on dit fils du précédent) fut interprète ù Constantinople lorsque le pape Innocent III y envoya le cardinal Benedetto pour traiter de la réunion des Eglises. 11 réunit un choix de livres grecs ; il finit par embrasser lui-même le schisme grec. (Voy. Tafuri, ScritL Nap. t. II, p. 349.— Tiraboschi, t. IV. — Cat. BihL LaurenL 1. 1, p. 25, 28, etc. T. III, 340, 347.)

NlCCOLO DE DURAZZO.

Bartolomeo de Messine traduisit les Morales d'Aristote par ordre de Manfred.

GuiDO DALLA CoLONNA OU de Golumna, de Messine, composa son ouvrage de la guerre de Troie sur les ouvrages d'Homère, de Darès, de Dictys, non encore traduits de son temps. (Voy. Tiraboschi, Star, del. Lett. liai. — Fabricius, BihL lat, t. I, cap. vi. — Fabricius, HïsL med, et infim. Lat. t.Ul p. 383.)

XlVe Siècle.

En 131 1 , le concile de Vienne ordonna que les langues orientales fussent enseignées dans plusieurs villes d'Italie, et les manuscrits des actes de ce concile joignent à ces langues la grecque; le principal but de ce concile était la réunion des Eglises grecque et latine.

Au concile de Lyon, tenu plus tard dans le même but, le P. Umbert de Romans, général des Prêcheurs, déplora le peu de connaissance que Ton avait du grec à la cour de Rome, le danger d'être trompé par les interprètes, etrappela qu'un des moyens de réunir l'Eglise d'Orient était la connaissance de la langue grecque. (Martene et Durand, Veter. Script, t. VII.)

NiCGOLO DE Reggio (en Galabre) ou Niccolo Ruberto, évéque de Reggio. (Voir sur Ruberlo, Tiraboschi, t. IV, p. 471, note. — MuccioH, Cat. Bibliot. Cœs. t. II, p. 177. — Signorelli, Vicend. del. Coït. t. II.)

Barlaam, bibliothécaire du roi Robert, maître de Pétrarque et de Paolo de Perugia, Calabrais aussi ; il mourut en 1348, évêque de Geraci. Nicéphore Grégoras (Hist. 1. XI, cap. x, sect. 2) dit que Barlaam, pour entendre les œuvres d'Âristote, alla en Orient, en Étoile, et ensuite à Salonique. (Voy. Boivin, Vita Gregorœ. — Cantacuz. liv. Il, 39 et la note de Gretser. — Mazzuchelli, Scritt.) — On lit dans des registres du royaume de Naples, cités par Chioccarelli, de Scriptoribus regni Neapolitani : c Johannes de Seminaria capitaneus Giracii, frater venerabilis patris Fr. Barlaam Giracensis episcopi ad imperatorem Graecorum Sedis Apostolica^ nuncii.» Cela se •rapporte aux années 1345, 1346, et pourrait faire croire que Barlaam fut vers ce temps envoyé à Constautinople. (Voy. Eustach. d'Afflitto, Scritt. del regn. di Napol. t. 11, p. 39, note ^4.)

Leonzio PiLATo, Calabrais, disciple de Baiiaam.

Jean de Ravenne, alla en (Glabre et à Constautinople pour apprendre le grec ; il fut maître de Guarino de Vérone (?).

Jean Aurispa, Sicilien, étudia en Sicile et alla se perfectionnera Constautinople.

PiETRo d'Abano. (Voy. sa vie dans le&Raccolte Ctdogeriane et dans

Mazzuchelli, Scritt. dltal) Il avait appris le grec à Conslantinople, ei traduisit en latin quelques ouvrages d'Aristote etdeGalien.

Gavazzi DE'kiVFFAELLi, de Gubbio, savait également le grec, d'après le sonnet du Dante adressé à Bosou, père de Gavazzi :

Poiche del car figliuol vedi présente El frutto che sperasti, e si repente S'avaccia ne lo stil Greco e Francesco.

DoMENico Cavalga, qu'Echard a placé un siècle trop tard. Il traduisit plusieurs livres grecs en italien. (Bottari, préface du 5pecc/Mo di Croce, de Domenico Cavalca.)

ÀNGELO DEL CiNGOLO, missionnaire en Arménie et en Achaie, traduisit quelques ouvrages des Pères grecs. On a dit qu'il avait reçu miraculeusement la connaissance du grec, comme autrefois saint Ephrem celle de l'hébreu. Malgré cela, Ambroise le Camaldule a beaucoup dénigré les versions du bienheureux Angelo. (Raderus, Prél. de son édit. de Jean Climaque, cap. 4. Parisiis 1633.)

Cinq Crémonois, savants en grec selon Arisi. Parmi eux, il faut i*emarquerRiNALDO Persighelli qui traduisit Pindare en vers latins, selon Arisi. Mort eu 1370.

Jean de Vérone, vers 1320. Tartarotti (Raccolt. Caloger. t. XVIII) a rendu compte de son histoire impériale et ecclésiastique, et dit qu'on trouve des indices < di non essere stato del tutto privo délia lingua Greca. »

PiERO di Braggo, de Plaisance, célèbre théologien et canoniste, traduisit en latin deux harangues de Démostbène, et quelques dialogues de Lucien (Oudin, Cotn^nent. t. III, p. 1220. — Fabricius, Bihl. inf. Lai. t. IV, p. 267.) Ces versions sont perdues.

Andalo del Nigro, de Gènes, maître de mathématiques de Boccace. Joseph Betucci (Raggionamento soprà il Catajo^ Padova, 1573) a prétendu avoir trouvé à Rome un ouvrage sur les guerres de la Terre-Sainte, de Anicet, patriarche de Constantinople, traduit du grec en latin par Andalo ; mais on a des raisons de douter fortement de cette version, et de l'existence même de ce patriarche.

Pendant le séjour de Marins à Turin, il était en relation de correspondance et d'amitié avec Alberto et avec Venturino de' Priori. Ce dernier lui écrivit, en vers, d'Acqui et de Savone. — Quelques

élégies de Venlurino de* Priori se trouvent dans la bibliothèque Laurentienne à Florence (Bandîni, Cat Cod. latin. Bihl. Laurent, vol. III, p. 804 et seq.)» dont une adressée à Giammario Philelfo, à la fin de laquelle on lit : c Ex Saona MCGGCLVII die xxvii Aprilis. Tuus ad votum M. Venturinus de Prioribus. > (Tiraboschi, Stor. delL Let. Ital. t. VI, p. il 15, note.) Il ne faut pas confondre Venlurino de* Priori avec Francesco Venturini.

Sur un ouvrage composé par Marius pendant son séjour à Bologne.

Article indiqué par iM. Tabbé Pietro Mazzuchelli, Mai 1813. (Voyez sur ce sujet Hosmini, V'i^ di Filelfo , t. I, p. xix.) — Novelle Utter. di FireniCj ann. 1786, n°41, col. 64i, lettera di Ang. Mar. Bandini :

c 11 signor Giov. Domenico Pesatori di Piacenza possède

un codice membrauaceo che contiene un poema latino che senibra autografo, in versi eroïci, divise in quatro libri, cou i sommari in

mai^ine in carattere rosso, opéra di J. Mario Fileltb Nessuno

fino ad ora ha avuto contezza alcuna deir opéra che vi annunzio, intitolata Fekineidos, composta in Iode délia città di Bologna. Nella prima pagina pertanto si legge un esametro intitolato :

Marii Philelphi carmen in invidorum conventum, — Ne succedono dietro aU'istessa pagina gli argomenti in versi eroïci de' quatro libri del poema, dopo de'quali si trova il titolo seguente : /o. Mani Philelphit Prœfatio in FeMne da ad R, Ang. cardinalem Real. etc. (che è il cardinale Angelo Capranica legato di Bologna) elProc. B(momeniie.s. — E commincia :

Thura magi supero, quœ vota dedere tonanti, Non auro minus hœc grata fuere Deo, etc.

In piè délia pagina si osservano le armi délia casa Capranica e délia città di Bologna, con quelle in mezzo di Pio II Piccolomini, del quale fu creato cardinale il detlo Angelo di Niccolô Capranica, fratello del cardinale Domenico

Commincia il libro I :

Audentem cane, Musa, Tirum, partosque triumphos Uoste vel horrisono, cœsumque in fVusta tyrannum.

Il quarto lîbro finisce :

Urbs Boviis, Tascisque diu memorabilis oris.

Inde in lettere rosse : t Opus effectum Kalendis Augustis. Se-

natuid^no datum Kal. Januarii 1462... >i

Sotto la suriferita epigrafe vi sono alcune parole greche trâ le quali AaupcvTtoç 0 Xtyâroç , 6 questi era un raccoglitore di codici nello scorso secolOy autore del Museo Cospiano mentovato da Gregorîo Leti nella sua Italia trionfante. > — Voyez Journal des Savants, 1787, p. 1046 et suiv.

Copia d*un Codice délia libreria Saibanti di Verona.

Jo. Marti Philelphi Doctoris Equitis aurait et Poetœ Laureati Epigramma ad Bartholomeum Girardinum, de voluminum suorum numejv.

Scire cupis nostro quae, Barlholomaee, labore

Carmina diversis scripta voluminîbus, Quse mihi prosa fuit variis mandata libellis,

Sermoque maternus quot tulit esse locîs. Sunt numerosa quidem ; nam plurîma facta reliqui,

Exemplar quorum nec mihi constat adhuc.

Plurima amicîtîae perductus honore remisi ,

Ëdidimus nostris non ea nominibus.

Quse quoque sunt nostro passîm modo nomîne missa, \ù Non ea sunt nostris omnia sub manibus :

Quse memini, et quorum sunt exemplaria nobis

Enumero, han; precibus sunt statuenda tuis. Ipse Girardinus nuper mihi in ore Philelphus

Factus es : ergo meso tu quoque cura domus. Qnod petis, id dedimus, numerosa volumina cernes,

Venturis etiam plura diebus erunt.

Versibus explicui jam multa volumina nostris :

Me brevior Naso, meque Maro brevior.

Sitve mihi id laudi dandum, accusentve futuH, ^{) Haud liquet, ingenii sunt tamen arma mei.

Prima puer multis epigrammata facta diebus

Dendractonque meis affluit e manibus.

Moxque jocos, versus et sena plura dederunt,

Hortulus est calamo pîctus et ille meo. Tum de contemptu mundanae plurima vitae

Ëdidimus; satyras tum dédit arte furor, Nec non diffuso sunt facta Epitomata libro,

Romaqne Turcorum capta furore nova, Felsineisque fremens et Marcellina beati 30 Numinis interpres, Martîadosque liber»

Cosmadosque volumen, ei par facta Minerva,

Sforziadum primus non sine laude labor, Factaque sex decimis sunt artibusHerculeja,

Carminibus totidem crevit ad astra decus. Statque Cupido meis modo cretus in orbe Camœnis,

Et Yeronei gloria lata soii ; Hesiodique liber, quo fertur origo Deorum,

De Graeco nuper carmina nostra subit.

Orpheus id quoudam, nondum finitus Homerus ; 40 Nunc quoque Caesareae scripsimus arma vise.

Paulus ad haec nondum finem soriita futurum,

Estque olim nostris ecloga longa jocis : Me tragici juvere pedes : comoedus adivi

Jura theatralis pulpitaque alta fori.

In Yenetam pestem quse diximus, inclyta Isottae

Vita, et ad Hermoleon Barbaron exit opus. Est mihi rhythmorum numerus sine fine, triumphos

Exposui, anguigeri sceptraque parta Duels; Âtque instar Lauras, memorat quam fama Petrarca^, 50 Est mulier rhythmis sancta, beata, meis.

Et cujus nuUi data copia, cantio crebra est,

Longa voluminibus constituenda novis :

Quseque haud ëdidimus *, nova factà epigramma longo

Codice, venturis grata futura viris; Quaeque sacerdotes templis cecinere latine,

Converti in rhythmos officiosa graves :

Quin etiam lyricos rhytbmis aequare cupivi,

ExplevI hoc nostro munere primus opus.

1 Codex : credidimus.

Fabula quseque meo perstricta volumine vatum, 60 Quidquid et historia concinuere sua.

Yersibus at Graecîs diversa epigrammata finxi,

Et variis scripsî carmina multa viris.

At quae prosa mihi nuUis aumeranda diebus

Si pueri incipiam dicere prima Mari.

Quis sit rex felix liber est, foriuna secundum

Occupât, est alter relligionis apex , Quseque in magnauimo quserantur principe, codex

Partitur vates, philosophosque liber.

Quae sit vera fides alius déclarât, honorât 70 Finaril fastus pagina longa sui.

Lucia virgo meo stat nobilitata Hbello,

Nec non Flandrensis casta virago ducis, Praefeclusque tuus cantat Parisius artes

Urbanas, latus et liber arma refert ; Et Poggî contra scurrile facetus olentis

Plurima commisi non violenta jocis :

Oravi totiens, tam crebra oralio nostris

Scripta voluminibus, quod meminisse grave est. Non uni sola est, multis sed epistola multa 80 Et graeca et nostris édita nominibus.

Dicendique genus scripsi et Xenophontis obivi

Praecepta a Graio Socrate ad Italicos.

Ethica Âristotelis, quse magna vocautur ab ipso,

Converti ad nostros atque Platonis opus. Quin et materna stant multa volumina lingua ;

Est nostra Dantis vita latina manu. Imo et Rhetoricos docui prsecepta latinos.

Et commentator pro Cicérone fui.

Francise! numéros nodo graviore Petrarcœ 90 Âdstrictos prosa sedulus explicui,

Nunc Strabonis opes duro committo labon

Tuscorum cujus lingua subibit opus.

Nondum lustra novem ' tenui, modo vita superstes

Sit mihi, majus erit nomen in orbe seni.

Noies du manuscrit, v. 45 et 46. Execratio PestU — Vita Isottœ — De LaudiboB (Poëseos?). — V. 48. Rhythmi, trîumphi. — v. 55. Officia maritalia et plara

1 Codex : loiira nomen; lustra novem est une correction de Tiraboschi.

alia. — ▼. 57 à 60. Complezio fabularnm et historianim. — v. 65, 66. De Felicitete regia, de Portana, de RelUgione. — ▼. 67, 68. De his qa» requirantor io Principibus •— De Philosophicis partitionibus. — y. 69, 70. De Hœreticam pertinacia. Historia Finariensis belli. — > v. 71, 72. Historia Luci» virginb. Hist. de civitate Flandriœ. — v. 73, 74. Historia de Pariensi {sic) prœposto. De bellicia artibus et urbaDis. — v. 75, 76. Aotipoggiana, id est : fkcetiœ coDtra Poggiam. — V. 77. Orationes. — ▼.79. Epîstolœ Grsecœ et Latins. — v. 81, 84. Magna Ethica Aristotelis. Plato de Nomine rectitadinum. •— • v. 85, 86. Prosa vulgaris. Vita Dantîs latine. — v. 87, 88. Interpretatio in artem Giceronis ad Herenniam. — ▼. 89, 90. Expositio super nnmeros Petrarcœ. — v. 9i. Strabo vulgari lingua.

J'ai ea pour établir le texte de cette Épigramme, comme l'appelle Marins, deux copies faites, je crois, sur deux Mss. différents. La première, celle que j'ai plus particulièrement suivie, se trouve dans les papiers d'A. Lullin ; elle lui avait été sans nul doute envoyée par Maffei, corrigée de sa main. La seconde, que j'ai trouvée dans les notes de Guillaume Favre, a été faite par M. G. Baraldi, sousbibliothécaire à Modène ; elle est terminée par ce Nota bene :

Copia estratta da altra copia del codicc Saibanti di Verona, esistente nel codîce DCCGXL, fra gl*Ita1iani délia Biblioteca Estense di Modena. Trovasi fra gl'ltaliaiii essendo uDitaamoIte allre leltere e cose italiane.

Platinus Mario Philelpho poetœ AnconsB profiteuti S. D.

(Epist. CXXVI. Voyez Vie de J.-Marius Phiielfe, p. 120.)

Uuam libenter adesse voluissem Angelicis amoribus tuîs * scriptisque suavissiniis, ut tua sunt omiiia : profecto me magnopere utrumque delectasset; quorum alterum me minus tristem, alterum verô jtoXtrtxûrtpov reddidissel : numquam enîm ad te accedo quin abeam urbanior, nec adeo me fortuna dejecit ut hujusmodi voluptatum sensum penitus amiserim. Sciebam quoque jam expertus omne tenipus quod una tecum lusibus accommodassem omni molestia cavilurum, quodOrpheo modulante Manibus evenisse ti*aditur, sed unoque malui prîvari quam famœ discrimen sublre. Nondum enîm, is qui lustraturus est hiberna nostra venerat' : tribunum

« L'amour de J.-M. Philelfe pour Angela. Voy. p. liO. « Platina était en garnison à.\ppignano. Voy. p. 121.

verô militum in aestivis a me non expectarî culpa non vacaret. Quam amas laudo, qiiandoquîdem amorem remedium adversse tibî fortunse fecerit, puellamque nomini suo moribus et forma respondentem delegeris : utcumque sit ei debeo quie tuum exerceat ingenium, quamquam oliosum te nunquam inveni. 0 felicem Ângelam, et minime Gynthia Neraesique * vel ea quam Francisons Petrarca celebravit inferiorem ! Equum meum licet adhuc invalidum et nondum morbo liberatum ad me remittere ne revearis. Misi puerum hune ad te meum , nomine Guiscardum Mutinensem qui diligentins eum reducat, quam colonus ille Appignanensis, cui superiori die commitlere noluisti. Praeterea mihi perjucundum fuit aeque ac tibi quod acceperis Laurentium Medicem, virum magnanimum, a te pulcherrimo poemate donatum, instituisse tibi trecentos aureos dono mittere ; sed erit hoc mihi persuasum, solidumque feram inde gaudium, cum missos eos ad te bona fide fuisse cognoro. Vale. Ex Appignano, quintodecimo kalend. Februarias, M.cccc.Ixxv.

Platinus Mario Philelpho poetœ S. D.

îEpist. CXXVM.)

Fata (quod ex tuis litteris etiam tibi videri video) mihi nondum calamitatibus utriusque nosirum satiata videntur. Venerunt ad me Jo. Maria Tolentinus ' ex sorore tibi nepos, et Matthaeus famulus tuus equum meum incolumem reducentes. Hi primo quidem intuitu me laetitia affecerunt : mox audila scelerati pueri mei fuga, Joannisque Mariae turpi missione , graviter utrumque tuli : sed ut animo sum ingenti, statim me collegi, et oblivioni fugam tradere cœpi : Jo. vero MariamTolentinum petere colentem (?) apud me retinendum atque tibi reconciliandum esse duxi. Nam qui tibi venit in mentem spectatum juvenem et eum quem nalura dédit tibi conjunctissimum abdicare , pnesertim hoc tempore quo facturus es iter diflTicillimum in Galliam ? quo si te comité privaveris, âges (mihi crede) pœnitentiam. Ubi enim talem unquam invenies? An tu mavis opéra mercenariorum quam necessariorum uti ? Habes insuper in me eo fugitivo recens exemplum perfidise servorum :

* Souvenir de Tiballe et de Properce.

* Jeau- Marie de Tolentino, fils d'Angela ; il était cbassé de chez Mari us Philelfe, et Piati cherche à les réconcilier.

i60 APPENDICE.

possetn tibi centenas aliorum meorum fugas referre. Nihil est quod me magis extorrem terreat seu vigilem sive dormiam. Sunt enim infidèles plurimi, fidèles admodum pauci. Quare si me audies illico Jo. Mariam ad te revocabis, et eo magis quam ipse sine te vitam sibi acerbam putat, et» cum tua se gratia privatum reminîscitur, ingemiscit. Vale. Ex Appignano» duodecimo kalend. Februarias, M.cccc.lxxv.

Platinus Mario Philelpho poetœ S. D.

(EpiST. CXXYIII.)

Suspîcatus sum idcirco te meos equos retinere quia miram mihi servorum paucitatem esse cognoveris» et hac inopia me levare volueris : sed cum praeter spem post discessum tuum pœnitentia ductus eorum unus qui jam annum fere decursum me deseruerat ad sanitatem redierit, ultroque me repetierit, et nihil in hibernis habeat quod curet, Ândream Patavinum puerum hune meum ad te misi qui meos istinc equos reducat, cui, licet adolescentulo, recte commîtes : est enim dissimilis illius improbi Guiscardi Mutinensis : per ipsum quoque velim litteris certiorem me de tua navigatione facias. Vale. £x Appignano, quarto nonas Octobris, M.cccc.lxxv.

Platinus Mario Philelpho poetœ S. D.

(Epist. CXXIX.)

Gratulabundus ex Urbe revertens ad te ire cum statuissem, tum ut egomet tibi quae Romae gesseram exponerem, tum ut praeclaram istic orationem tuam in sponsalibus habitam illustris Roberti Malatestde apud te viderem, ecce mihi in itinere nuntiatum est de obitu Theodorse unicae filiae, vel potius animae tuse, virtutibus eximiis et forma praestanti prseditae : quo quidem exanimatus sum nuncio, nec quid agam adhuc exploratum habeo. Coram ne tibi meum prsestem ofTicium ? Atqui dissuadet incommoditas hospitii, qua te (lîcet ipse dissimules) afiicere soleo ? An epistola te consoler t^ non id mihi assumo : praeterea qui te consolari potero, cum et ipse sim consolandus? In hoc officii génère si majorum exemplis et auctoritatibus uti voluero , qui maximo tulerunt animo casus hujusmodi, dignus ea censebor ignominia, qua Phormioneni affecH

Hannibal apud se de re bellica disserenteni, cum niultos se vidisse délirantes affirmaret, sed Phormione magis nemineni. Quapropter expectabo mœrorîs tui temperamentum, quod a tempore sero nîmis medico te nolim expectare, sed a pectore tuo potius ampère » quo brevi te jucundo frui valeam: hoc ut tu matures etiam atque etiam oro; tune ad te volabo, tuas ut laudes orandopartas Ârimlni niîhi jam narratas ipse confirmes, et a me vicissim meorum seriem negotîonim Romae satis ex sententîa mea gestorum audîas, quanquam in reditu meorum unus famulonim aufugiens affecit non levi me detrimento furcifer. Vale. Ex Âppîgnano, sexto idus Quîntiles» M.GGCG.lixvi.

U libro non ha frontispizîo ne numerazione di pagine. Su fine vi è la data ed è la seguente :

c Mediolani quintodecimo kalend. Septembris M.ccccc.vi. t

Lo stampatore è Gotardo Ponzio corne asserisce Vautore in una lettera al Lettore.

Notes relatives aux Malatesta.

Les Malatesta , originaires de Verucolo au douzième siècle, et auxquels on a voulu a tort donner une origine germanique remontant au dixième siècle, s'établirent à Rimini vers Tan 1250. Ils firent passer cette ville du parti des empereurs dans celui des papes; et vers 1355 ils reçurent du Saint-Siège, en récompense de leurs services, Rimini en seigneurie. Dans le courant du quatorzième siècle, cette famille réussit à acquérir un grand nombre de seigneuries dans les environs. Presque tous ses membres furent distingués par leurs talents militaires, et la protection qu'ils accordèrent aux lettres. (Voyez Muccioli, BibL Maki. Cœsen. cap. i. — J. Braschius, Memor, Cœsen. sacr. et prof. cap. xxiii, p. 227. — Clementini, Fondazione di Rimini : Origine dei Malatesiiy 1617-4627, 2 vol. in-4\)

Notes tirées du vol. 11 de Clementini sar Robert Malatesta.

Page 483. — - Robert le Magnifique, né en 1442, fils de Sig. Pand. Malatesta et de Vauucia Foschi de Fano et non pas d'isotta.

Pages 512-513. — Quelques écrivains oui placé le mariage de Robert le Magnifique avec Elisabeth d'Urbin à l'an 1471; mais il parait, d'après Broglio, que ce ne fut que Tan 4473, et après que Sixte IV eut confirmé Robert dans ses États, que ce mariage fut conclu, et qu'il fut célébré seulement en 1475.

Pages 518-519. — Robert, du vivant de son père, avait été promis « con la figliula del re Ferdinando, • et aussi c con la figliula del principe di Tarento ; > mais ces projets n'avaient pas eu de suite.

Pages 519-538. — Description des noces, le 24 juin 1475.

Page 528. — Le lendemain, dimanche 25 juin, après la messe,

< Tornati in corte e postisi a sedere, Mario poeta, figliuolo

del poeta Filelfo, si fece loro inanzi, e con grazia e gravita cant6 gli innumerabili gesti eroici degli antenati Feltreschi e Malatesti. >

Page 538. — Broglio, qui raconte ces noces, y fut présent et y demeura du 24 juin 1475 jusqu'au 2 juillet suivant.

Broglio fut un fameux capitaine et eu même temps historien et poëte. 11 était fils du fameux comte Ângelo Tartaglia dell' Âvello, qui eut pour père Raimond del Balzo, prince de Tarente, de la famille Orsini. Tartaglia avait été instruit dans l'art militaire et même adopté par Broglio da Turino. 11 donna à son fils le nom de son protecteur. Broglio fut au service de Sigismond Malatesta et l'un de ses plus intimes conseillers. 11 écrivit des chroniques qui contiennent principalement l'histoire des Malatesta au quatorzième et au quinzième siècle ; elles sont mêlées de ses poésies et de celles d'autres auteurs. Le manuscrit original existait dans la bibliothèque de Rimini et s'étendait jusqu'à l'an 1478. Clementini l'avait vu et l'a cité souvent. (Giuseppe Garampi, cité par Mazzuchelli, Scrittori à' haï, § Broglio, vol. Il, part, iv, p. 2138.)

SurPaolo Malatesta, voy. Mehus, VxtaAmbr, p. 409. — Rosmini, y\t. di Vittor. da Feltr.

Sur Pandolfe Malatesta et Pétrarque, voy. Tiraboschi, t. V, p. 40. Sa bibliothèque, t. V, p. 1 15.

Sur Sigismond-Pandolfe Malatesta, voy. Tiraboschi, t. VI, p. 58. — Sa bibliothèque, Tiraboschi, t. VI, p. 58. — Comparé a Jupiter par les poètes, voy. Tiraboschi, t. VI, p. 923. Voy. encore Mittarelli, Cat. Cad, Muran, col. 704-714. — Jacob. Cardin. Papiens. p. 403.

Sur Isotla di Rimini, voy. Tiraboschi, t. VI, p. 874, 923. —Mazzuchelli, Notizie d'Isottu degli Atti, Brescia 1759. — Louée par Porccllio, Basinio, Trebano. (Tiraboschi, t. VI, p. 874, 923.)

Jacopo Allegretli, astrologue, poëte et instituteur de Carlo Malatesta, fonda le Parnasse de Rimini au quatoi*zième siècle ; ce fut la première académie en Italie. (Tiraboschi, t. VI, p. 627.)

Robert était fils naturel de Sigismond ; lorsque celui-ci mourut (22 octobre 1468), Robert, ayant été associé au gouvernement par Isotta, finit par s'en emparer tout a fait. Marins avait dédié diverses poésies à Sigismond et avait fait un pocme à la louange d'isotta.

Marins dédia aussi plusieurs pièces de vers a Roberto Valturio de Rimini, qui, lui-même, avait dédié à Sigismond-Pandolfe Malatesta un ouvrage de Re Militari en douze livres (imprimé à Vérone 1472, 1483), dans lequel l'invention des bombes est attribuée à ce Malatesta. (Tiraboschi, t. VI, p. 323.)

Valturio était fort célèbre, et le soubassement du palais d'Urbin, bâti par Frédéric, était orné d'une suite de machines de guerre prises des figures de son ouvrage sur l'art militaire. (BihL Ital. t.V, p. 224.) On peut voir un extrait de cet ouvrage dans les Mélanges tirés d'utie grande bibliothèque^ CC, p. 253 et suiv.

Il existe encore une lettre de Valturio à Mahomet 11 (Voy. Baluz. vol. m, p. 143, éd. de Lucques et Ap. Zeno, Lett. t. 1, p. 425, 426), dans laquelle il lui adresse, de la part de Sigismond-Pandolfe, le célèbre Matteo Pasto, et son propre livre de lie Militari. — Les Mss. 7236 et 7237, des Mss. latins de la bibliothèque de Paris, sont l'œuvre de Robert Valturio. A la fin on lit des vers de Basinio de Parme, de Marins Philelfe et de Marc de Rimini; vient ensuite, après deux inscriptions latines antiques :

< Ad illustnssimum et excell. Dominum Machomet Bei magnum Admiratum et Sultanum Turchorum, Roberli Valturii Ariminensis pro illustri ac Mag"" P. et D"<^ Sigismundo Pand. Malatesta cum librorum rei hujus militaris ac Matthei Pasti Veronensis transmissione Ëpistola > (Éloge du goût de Mahomet pour les beauxarts) Qua in re cum Mattheum Pastum Veronensem plures

jam annos contubernalem et comitem meum harum rerum artificem ad te pingendum efligiendumque mitli summofiere postules crebro, virtuium suarum amore succensus a pluribus nostne

Italiae ac Gallise cupitum peiitumque principîbus et ad hune usque diem nulH concessum, ad te solum sua etiam sponte mittenduni curavi (Et il lui envoie comme hommage son livre.)

Note sur Frédéric duc d'Urbin.

Il y a deux opinions sur la naissance de Frédéric :

i"" L'une veut qu'il ait été fils de Bernardino degli Ubaldini et de Aura, sœur du comte Guid' Antoine, et par conséquent neveu de ce dernier. Guid* Antoine, n'ayant point d'enfants de sa première femme Rengarda de' Malatestl, aurait adopté Frédéric; d'après cela Bembo, Odasio, Marins Philelfe ont appelé Octavîen Ubaldini (fils de Bernardino) frère de Frédéric. (Gio. Batt. Ubaldini» fftsforta delta Casa degli

Ubaldiniy Firenza 1688, 4% p. 433 : « Federico, du<îa d'Ur-

bino, figliuolo di Bernardino Ubaldini, signor délia Carda, e d'Aura di Montefeltro sua donna, 11 quale (adottato nclla stirpe materna) sempre de'Montefeltrisi nominô >).

^ Une autre opinion est qu'il aurait été fils naturel du comte Guid' Antoine et d'une personne de la maison d' Ubaldini. Gio. Gallo Gain assure avoir vu dans les archives d'Urbin un bref du pape Martin V, de l'an 1426, qui légitime Frédéric, fils de Guid' Antoine : nato di padre cmgiunto e di donna sciolta. Le testament de Guid' Antoine parle de Federico mio figliulo kgiiimato; il est daté de ii29. (Reposati, Zeccadi GubbiOf t.l, p. 136, 137, 143, note.)

Frédéric, né en 1422 S put d'abord passer pour le fils de Bernardino, jusqu'à sa légitimation en 1425, et de là vient que Ottaviano Ubaldini a pu être nommé son frère. Muzio (ht, di Federico d'Urbino) a écrit que Bernardino était oncle de Frédéric.

Teofilo Betti, enfin, dans ses Riflessioni sulV opéra intitolata : Degli uomini illustri d' Urbino {Giorn. Arcad, t. IX, p. 395 et 396), a émis l'opinion que le comte Guid' Antoine n'avait été marié qu'une fois : ff Prima di sposarsi con Caterina (Colonna) non aveva avuto Guidantonio altra moglie légitima. Fervidamente bensi innamorato aveva di

I Ou plutôt vers 1417, puisque les Annales de Ferrare disent qu'il mourut en 1 48i, et que Balthazar de Castiglione dit que ce fut à Tàge de soixante-cinq ans. (ttosmini, VU. di VUtor. da FellrCy p. 353, note.)

donna d'ignota prosapia, cui gli autori di quel tempo danno il nome

dî Aura, e da essa Federico gli nacque Di questa amasia dovè

^li disfarsl, per uno de'patti dî quelle nozze, e la diede in moglie a Bernardino Ubaldini délia Carda ; nacque da questi due conjugi Ottaviano, il quale divenne signore di Mercatello, ed è nominato

fratello di duca Federico avendo avuto la madré stessa, eran

fratelli uterini. . Aura dunqiie non fu moglie di Guidantonio : altrimenti non avrebbe essa potuto, viventelui, passare ad altro talamo» e Federico non saria stato considerato per figlio illegitimo, e percio bisognoso, onde godere I dritti signorili, che le circonstanze de'tempi gli riservavano, délia legitimazione accordatagli con bolla papale da me veduta. Gaterina Colonna fù in consequenza prima moglie e non seconda di Guidantonio, e duca Federico nato era

da Aura fuori di matrimonio. > Mais Bctti a reconnu son erreur, et il admet que Guid' Antoine eut deux femmes, dont la première fulRengarda de'Malatesti. (Giom. Arcad, t. X, p. 448.)

Celle-ci mourut en 1423; il épousa en secondes noces, en 1424, Gaterina, fille de Lorenzo Colonna, neveu du pape Martin Y; elle mourut en 1438.— Ce fut en 1430 que, pour étendre ses possessions, Guid* Antoine fiança Frédéric, son fils naturel, à Gentile Bramaleoni, fille de Bartolomeo Bramaleoni et deGiovannaAlidosi, héritière de plusieurs terres. Les époux étant trop jeunes, il fut convenu de différer le mariage jusqu'à Tan 1437, et l'éducation de Frédéric fut confiée à Giovanna Alidosi, sa future belle-mère, femme de grand mérite, et près de laquelle il resta trois ans. Depuis son mariage, Frédéric gouverna les terres que sa femme lui avait apportées et celles que son père lui avait données. Après la mort de Gentile, il épousa en secondes noces Battista Sforza; ce mariage se fit en 1459.

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