‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 45 sur 91 · MANUSCRITS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS

Dans la bibliothèque royale de Turin on trouve le manuscrit K. il. 26 de Marius Philelfe, cité par Montfaucon, contenant un poème divisé en deux parties, qui a pour titre : Joannis Marii Philelphi ad illustrissimum atque inclytum principem GuUielmum Palœologum Montisferrati Marchionem prœfatio in utrufnque Minervœ Carmen,

Les premiers vers de la préface sont les suivants :

Nollius ingenio satis aptum munus adivi Qui, GttUielme, tao nomine digna canam.

Après la préface suit Targument de la première partie du Carmen Minervœ^ qui commence :

Bella viri que sunt olim insignita triumphis. Et fusas acies et deportata trophsea Tune recitabo canens.

APPKXmCE. 171

A la fin du manuscrit, fol. 61, on trouve un autre poëme italien du même Marins Philelfe qui a pour titre : Canzon Morale di Mario Phiklfo aU'ilîwitre ed incUto s'ujnor Gmjlielmo Palœologo, Marchese di MonfetratOj de le Laude Palladie,

IncHto, signorile, ecceiso et taie

Ch' empi la Terra el' Ciel di meraviglia,

Quanto spirto céleste in uom mortale, etc.

Sur le premier feuillet du manuscrit on voit les armes de la maison de Montfen^at avec le nom de Marins Philelfe, en chiffre avec des caractères d'or.

Le manuscrit paraît être écrit à la fin du quinzième siècle. (Note tirée des papiers d'A. Lullin.)

Mar'n PkUelphi Carmen de Laiulibtis Agri Veronensis ad Dofnitium Geor^ gium Veronœ prœfectum.

Le même ouvrage se trouvait dans la Bibl. Saibante, n" 357, sous le titre de Verona. (Cf. Maffei, Veron. Ilhisir. t. II, p. i08. Tiraboschi, t. VI, ii, p. 295.) C'est un poëme en trois chants et en vers hexamètres. Il se trouve aussi dans le n^* 8315 de la Biblio-* thèque impériale avec beaucoup d'autres pièces : l'Eloge de Ceorgi et de sa famille; — l'Histoire de Vérone, sa description et celle de ses environs ; — Eloge des Vénitiens et de leur gouvernement.

Jo, Mani Philelphi artium et ntriusqite jtiris Doctoris, Equitis aurati et Poetœ latireatij ad clar, integ, q. Pont. Divi X^^^' Pelrtim de Regalibm cardinal, B. M, primus Bucolicorutn liber et in eum prœfatio elc"

giaca A la fin : Opm editum auctoris manu octavo idiis maji

Bibliothèque impériale, n<» 8368, in-4*, vél. 446 f. Trois livres d'Eglogues. Ce P. de Regalibus, auquel ce recueil est dédié, doit être Pierre Rinrio, créé cardinal en 1472 et mort en 1474. L'écriture est la même que celle de VAmyris, En tête de ce recueil on

lit cette épgramme d'un certain Domitius (Doro. Calderinus, commentateur de Martial, mort en 1477?) qui prouve que les poésies de Marins Philelfe n'étaient pas goûtées de tout le monde :

Dam Maecenatem faciunt te manera, Petre,

Unius, et vates dextera larga fovet; Kcce Maroneam tentât novus auctor ayenam.

Et srrepit ad lassoB fistula rauca boves. Hic tibî Vergilias voluit dudc. Petre, Tideri :

Sed maie cuni dictet carmiiia, pastor erit.

Jo. Marii Phiklphi Laureniiados Carmen de fatis orttiqtie Laurentii de MediciSf propria Philelphi manu scriptum a^ 1474.

Voy. A Catalog ofthe Harleian Coll. of manuscriptSj London 1759, in-f*, n? 252i. — Dans les Carmina illustrium poelarum Italorum (Flor. 1719-26), t. VII, p. 168, on a publié un plan des huit livres de la Laurentiade, adressé par M. Philelfe à Laurent de Médicis,

sous ce titre : M. Phiklphi Tolentinatis ad urbis Florentiœ prin-

cipem Laurenlium Medicem Laurentiados argumenta. L'auteur témoigne qu'il espère beaucoup de la munificence de Laurent.

Jo. Marii Philelphi Poematum lihri. — Tigurini scnptus a9 1438.

Voy. A Cotai, of the Harl. Coll. of manuscripts^ n« 2605. —J'ignore ce que contient ce manuscrit.

Marii Philelphi, A. et u.j. D. Equitis aur. et poetœ Laureati De communis vitœ continentia ad Xistum Rohur, Pontif. Max.

c Di questo bellissimo codice autografo dall'autor dedicato al Pontefice Sisto IV, leggesi una esatissima descrizione alla p. 76 e

seg. del CataL de'Cod. manoscritti délia famiglia Capilupi di Mantova del signor Ah, don Giov, Andres. » (Rosmini, Vita di F, Fil. l.III, p. 407, note.) Ce manuscrit parait provenir de la famille Ârrivabene, a Mantoue. Voy. Bettinelli, délie Lett. ed Art. Mantov. p. 43.

Un Orazione e alcune altre poésie lialiane e Latine.

Voy. Bandinîy Catal. Cod. Mss, Bibl. Laurent, vol. 111, p. 799 et vol. V, p. 465. — Tiraboschi, t. IX, p. 127.

Cosmias. — Ad Magnanimum et Inclytum Cosmum Medicem Primatem Florentinum, Cosmiados Carmen primum.

Voy. Bibl. Med. Plut. 84, Cod. 43. — Mehus, Vit. Ambros. p. 376. — Fabroni, Vit. Cosmi Med. p. 172.— Rosmini, t. Ilï, p. 107. — Moreni, Bibl. délia Toscana, 1. 1, p. 370.

Elégies à la louange de Cosme de Médicis.

Voy. Bandinî, Catal. Codd. Lat. 1. 11, p. 159. — Tiraboschi, t. VI, II, p. 296.

Marii Philelphi prœfatio in opus hottidos ad sig. Malatestam (quem Martem appellat).

Voy. Bibl. Med. Plut. 91, Cod. 42. — Mehus, Vit. Ambr. p. 376. —Rosmini, 1. 111, p. 108. — Il s'agit ici de Isotta degli Atti di Rimini^ femme de Sig. Malatesta. Une autre Isotta Nogarola a été célébrée parTobia del Borgo. Voy. Maflei, Verona Illustr. t. II, lib. ni, col. 105. Affo, Scriltor. Parmig. 1. 11, p. 197 et suiv.

174 Api'E:«0i(:fi:.

Un poëiue sur les Travaux d'Hercule, en seize livres.

N« 32^, ms. lat. de la bibliothèque de Modène. Le premier cahier manque ; le second commence par ces vers :

Qaod 81 no8tra nequit te flectere forte ruina,

et le poëme se termine par celui-ci :

UercuUs hac similes possiot oommittere votum.

Vient ensuite l'épigramme : In invidm et detradores; puis : Marii Philelphi tnanii propria. Liber dono daim ill, Hercnli /Eatemi quarto kal. Juniasy 1464. Cet ouvrage est à la louange d'Hercule !«' d'Est, duc de Ferrare, et successeur de Borso, en 1471 : récriture du manuscrit parait élre la même que celle de VAmyris.

/. Marii Philelphi ad iUusinssimum Borsinm Mutinœ Dueem Marchionemque Estensem prœfatio in optis de Bellicis Artibiu^ et Urbanis,

N<» 233, ms. lat. de la bibliothèque de Modène. 11 commence : f Msgores nostros Graecos Latinosque in omni rerum génère disciplinarumque perdoctos... » — U finit : «... Et spécimen contineutissimae ac liberalissirase tuae vitie enarrandum attinet. IVÀo;. > — Ouvrage en prose qui parait être une espèce d'histoire liliéraireC?) où Marins passe en revue les principaux auteurs de Tantiquité.

xin.

Libro di Mes. Mario Pliilelfo, dMore, cavalière epoeta, vhiamato Glycephila, e intiiolato al nobile e generoso giovane Guida Antonio fi- ' glitiolo già del magnifico Giiido Antonio de' Lamhcrtini rfo Bolognà.

Incomincia : « Proemio ail* opéra chiamata Glycephila, nimpha Bolognese.B In fine : « Qui fiuisce Topera ch. Glyc. N. Bol. inlitolata al gen. giov. G. A. de* L. e composta dal maguifico cavalière Mess. Mario Philclfo, ecc »

Manuscrit sur vélin, in-4°, de la bibliothèque de Modène. « Tutta l'opéra non è che un romanzo contenente gli amori di Deifobo Lambertini con detta Glycephila, il quali pero non ebbero il tine desiato, essendo slata la nympha nmritata ad altro suggetto. Ësso è in prosa composto : ma Tautore vi ha inscritte dentro quatro ciinzoni e due lettere, cioè proposta e riposta in due sonetti diffuse. » Quadrio,t.lV, p. i44.

M, Pkilelphi oratio de iis quœ in magistratu requiruntur, h4ibïta apud trihunos plehis et senatum papulumque-Bononiensem,

A la fin : c Habita Bononiae vi idus septembris i461, et pridîe îllius diei est édita quani raptim.i (Cf. Randini, Catal. IIl» col. 799- 806.)

IfMum Satyrœ in vulgus equitum, Literatorum Doctorumque facultatum amnium^ Comitumque Palatinorum et Poetarum laureatorum quoi paille antè Imperator Federicus insignivit.

Manuscrit de la bibliothèque Saibante à Vérone. Cf. Maffei, Ver, lit. t. n, p. 108. — Tiraboschi, t. VI, ii, p. 253. — Il commence ainsi :

Thara litate Jovi, Pieri» : spargantur ubique Laurea serta domi, decrescat lauriu et omnia Porta coronetur festa, sine murmure, fronde. Tempus adbuc, etc.. •

Qnelqttes poésies conservées dans la bibliothèque de Saint-Augustin^ à Turin.

< Del soggiorno del Filelfo in Torino abbiamo anche una pruova in alcune poésie, che ivi se ne conservano nella biblioteca di S. Agosiino , scritte da quella città e quasi tutte a un certo Michèle Lucema, di cui già era quel codice. Due di esse hanno la data del 1455 e del 1457.i» Tiraboschi, t. VI, p. 1047, note.— Je n'ai pu avoir à Turin aucun renseignement sur ces poésies.

AMYRIS.

Ce poème de Marius Philelfe, qui renferme une hisloire versifiée de la prise de Constantinople par Mahomet 11, et des brillants succès dont ce prince fit suivre cette mémorable conquête» ne nous est parvenu que par un seul manuscrit que possède la bibliothèque publique de Genève. Ce manuscrit est resté pendant longtemps absolument inconnu, ainsi que cela est établi par une lettre du célèbre bibliothécaire du duc de Modène, Tiraboschi, adressée à Senebier ' , et comme Tiraboschi lui-même l'a confirmé dans son Histoire de la Littérature italienne. Ami Lullin avait rapporté ce manuscrit d*ltalie, et dans une fête académique il avait prononcé une harangue latine sur VAmyris. 11 en fit présenta la bibliothèque publique de Genève, où plus tard Senebier crut, en le mettant en lumière, être le premier auteur de sa découverte'. Son unicité depuis lors s'est chaque jour mieux constatée par les efforts inutiles faits dans toutes les bibliothèques, dltalie principalement, pour en trouver un autre exemplaire.

I^ date de la composition de ce poème est aisée à établir au moyeu des données positives que i*enferment soit le poème luimême, soit V Élégie de Marins Philelfe*, dans laquelle il énumère ses travaux. Dans celte dernière pièce l'auteur parle de son ouvrage sur la prise de Constantinople:

Romaque Turcaram capta furore nova.

Son poème était alors divisé en trois chants; à cette époque

* Senebier, Catalogue raisonné des Mss. de la ville et réimblique de Genève, 1779, in-So, p. 236-245.

« T. VI, p. Il, p. 296, édit. Moden. 1776. s Senebier, Catalogue raisonné, p. 236-245.

* Yoy. page 156, vers 28.

Marius Philelfe n'avait pas encore quarante-cinq ans, puisqu'il dit positivement :

Nondum lustra novem tenui . . .

C'était donc avant 1471 qu'il commença son poème, puisqu'il était né en 1426, à Gonstantinople ; je dis il commença, parce que ce poème n'a pas trois chants seulement, mais quatre. En effet, ce quatiième chant, dans lequel il est question du premier siège de Scutari par les Turcs, lequel est de l'an 1474, dut être composé postérieurement à cet événement.

D'autre part, Marius, dans ce poème, s'adresse à Galeas-Marie Sforce, duc de Milan, pour le conjurer de se mettre à la tête des princes chrétiens, et de contenir par une ligue, dont il serait l'âme et le chef, le flot envahissant de la domination turque. Or, Galeas- Marie fut assassiné le 26 décembre 1476, et comme il eût été fort ridicule d'appeler solennellement un mort à la mission de réunir la chrétienté, déchirée par ses discordes intestines, pour l'opposer tout entière aux armées de Mahomet, il faut en conclure que le quatrième chant est antérieur à cette date de 1476.

Et maintenant il faut observer que Scutari fut de nouveau assiégé parles troupes de Mahomet II en 1478 et abandonné à ce prince en 1479, par le traité de paix qui fut conclu le 26 janvier de cette année à Gonstantinople, entre le sultan et les Vénitiens, par l'entremise^du secrétaire d'Etat de Venise, Jean Dario. Si l'achèvement du quatrième chant était postérieur à cet événement, il y serait fait vraisemblablement allusion par le poète, à propos du premier siège ; mais on ne trouve dans le quatrième chant aucune allusion de ce genre : il résulte au contraire de la manière dont Philelfe parle de la levée du siège comme d'un acte de simple justice de la part de la Divinité, qu*à l'époque où il écrivait Scutari n'était pas encore tombé définitivement au pouvoir des Turcs, et ce qui achève de le prouver, c'est que dans le livre I on trouve, dans le discours où Bellone énumère à Mahomet toutes ses conquêtes futures, une allusion qui ne permet à cet égard aucun doute ; en effet , on y lit les vers suivants (Lib. I, v. 717-719) :

Tu desioe yelle

Quœ tibi fata negaut : Scutarim, me consnle, mitte, QtÂod saxum tibi fata negant

De plus, le séjour que fit Marius Philelfe dans la ville d'Ancône, va de 1471 à 1476. Il est donc très-vraisemblable que ce fut pendant la durée de ce séjour dans la ville où demeurait Othman Lillo, à la

prière duquel il écrivit son poème, que Marius Philelfe dut l'achever*

Enfin, il est une dernière preuve, qui me parait trancher la question dans le même sens que je viens de le faire à Taide des diverses déductions exposées ci-dessus : c'est que, dans le prologue de VAmyris^ Othman Lillo, en parlant de Marius Philelfe, dit : c Annosjam natum quinquaginta. i Marius avait donc cinquante ans au moment où son porme venait sans doute d'être terminé, puisque Othman Lillo écrivait la lettre à Mahomet par laquelle il annonçait et expliquait au sultan le présent qu'il venait lui remettre. Or ce fut précisément en i476 que Marius Philelfe atteignit sa cinquantième année.

Le manuscrit de la bibliothèque de Genève est sur vélin, petit in-4° ; ce qui augmente encore son prix, c'est qu'il parait être tout entier de la main de l'auteur. Telle est en effet l'opinion de Senehier, qui fait observer que l'écriture ne porte point le caractère maniéré des copistes de l'époque, mais qu'elle offre seulement des lettres cursives formées rapidement et à main levée. D'ailleurs, l'épigramme de six vers, adressée au lecteur par l'auteur, et qui termine le poème, ne peut laisser aucun doute ù cet égard; elle est aussi explicite que possible.

Les armoiries qu'on voit en tête de ce manuscrit sont un écu d'azur à trois quinte-feuilles de gueules, deux et un, au chef cousu d'azur, ù trois fleurs de lis d'argent, brisées d'un lambel à quatre pendants de gueules, surmonté d'un timbre fermé et de profil, couvert de lambrequins d'azur et de gueules, et pour cimier un griffon de sable, langueté de gueules, membre et armé d'une quinte-feuille de gueules.

Senebier fait observer à ce sujet que les armoiries des Philelfes paraissent être différentes de celles dont on vient de lire la description : on en voit sur un autre manuscrit des ouvrages de Fr. Philelfe, qui sont d'azur, a une aile d'aigle éployéed'or; ailleurs on les voit unies à celles des Médicis; dans d'autres manuscrits elles varient encore, mais cela a peu d'importance, car on sait que François Philelfe, père de Marius, les changeait assez fréquemment.

L'importance de ce manuscrit, qui n'a jamais été publié, m'engage à en donner une analyse aussi exacte que possible, et qui soit de nature à remplacer une publication entière du poème, que rendraient oiseuse la longueur démesurée de l'ouvrage et son peu de valeur au point de vue littéraire. Afin de mieux atteindre mon but, j'entremêlerai cependant cette analyse d'assez nombreuses citations que j'emprunterai spécialement, d'un côté aux passages qui peuvent le mieux donner une idée suffisante du style de Phi-

lelfe dans ses morceaux de poésie déclamatoire, de Tautre aux narrations qui reçoivent une certaine valeur au point de vue historique de la circonstance, que le poëme de VAmyris concorde très-bien, pour l'exactitude des faits cités, avec les témoignages fournis par les historiens de l'époque. Il est facile de s'en convaincre par une comparaison minutieuse, mais qu'il serait fastidieux de suivre ici dans tous ses détails, avec les historiens qui ont pour sujet la prise de Gonstantinople, en particulier avec les ouvrages de Leunclavius et de Chalcondylas.

Je dirai seulement ici que les principaux faits que nous apprend le poëme de Philelfe sont les suivants :

4 • Mahomet, quoi qu'on en ait pensé jusqu'à présent d'après des témoignages peut-être un peu obscurs de divers écrivains S n'entendait

« Une note de Villoison {Notices des Mss. de la Bibl. Imp. t. VIII, part, n, p. 32) exprime Topinion suivante : « Les Turcs ne s'amasaieut guère à lire les ouvrages latins ; j'en excepte Mahomet II qui, au rapport de Nicolas Sagundinus, natif de l'Ëubée, dit {In oratUme ad Sereniss. Prineipem et invictissi^ mum Regem Aragonum Alphonsum^ Neapoli, uUimâ Januarii 4â5S^ depersonà Teueri [Hahometis U] et ejus nalurà^morihut^ intellectu et sapientià) :

• In tôt tantarumque rerum perenni, ut ita dicam, ministratione, etiam literis

• et philosophie operam dare conatur. Habet apud se virum in phîlosophia doc-

• tissimnm, lingua Arabem, qui quotidiè certo tempore prineipem adeundi et m aliquid anditu diguum sibi legendi potestatem habet. Tenet prœtereà duos me- •• dicos quorum unus latine^ alter Grœcè est eruditns. His familiarissimc utitur,

• eorumque dictatu veteris historiœ cognitionem habere voluit, * — Le savant Ab. Andrès (page 18 de sa Lettera al S, Ab. Giac, Morelli soprà alcuni codici délia Bibl. Capitolari di Novara e di VercelUy Parma 1 802,8'^) cite ce passage d'après un ms. de Novara, et il aurait pu ajouter que ce même discours se trouve aussi dans un ms. latin coté 4504, n^ 39, et indiqué p. 544, col. i, t. III du Catalogua CodicumAfs,Bibliotheeœregiœ.» — Voy. De laprinse de Constantinoplet dans la Colleet, de Chroniques, par Bochon, t. XUI, p. 332.

Panl Jove contient, sur le même sujet, le passage suivant {Elog» Viror. bel-

licor. vin. ilhistr, lib. III) : « Cieterum Mahomet hauc saltem coa>

fessione omnium certam laudem a barbaris repudiatam non insulse tulisse existimatur, quod ei literarum et prsecellentium artium decus cordi fuerit; qnando cunctas clarissimarnm gentium historias sibi verti in Turcicam linguam juberet, ut inde haustis militise pneceptis action um suarum disciplinam exemplorum varietate confirmaret, et prseclaros artifices pictoresque praesertim insigni liberalitate complecteretur. Nam et commentaria rerum ab ipso gestaram a liberto ejus Vicentino conscripta legimus, veraque ejus imagine sumus potiti, qnam Gentilis Bellinus a Venetiis Byzantium evocatus pinxerat, quum ibi regiam multis tabulis rerum novarum ad oblectationem jucundissimam refersisset. > — Voy. Guillet, Hist. de Mahomet It^ liv. I^ p. 17. — Maimbourg, Hist, du Schisme des Grecs, liv. VI, p. â89. — Phranzes , I, 33. —L'esclave vicentin, cité par P.

pas ]a langue latine et n'était guère soucieux de slnstruire dans les sciences du temps ; du moins Othman Lillo ne craint pas de rinsinuer fort clairement dans la préface adressée à ce prince ; et certes il n'aurait pas, même d'une manière indirecte, parlé à Mahomet II du besoin où il se trouvait de se faire rendre compte des ouvrages en langue latine par des interprètes, s'il y avait eu pour lui à cet égard l'ombre d'un doute. Cependant il est à noter qu'un passage du poème de Philelfe semble impliquer que Mahomet con« naissait l'histoire, tout au moins celle de l'antiquité, et confirme ainsi le dire de Paul Jove. En effet, dans le chant II, en racontant la prise de Gonstantinople, Philelfe dit que l'idée de transporter par terre des galères dans le golfe de Ceratinum fut suggérée au sultan par l'opération analogue que Xerxès exécuta au travers de l'isthme du mont Athos * ; mais ce peut aussi n'être qu'une supposition du poète sans réalité historique absolue.

2"^ Philelfe attribue la prise de Gonstantinople aux divisions qui régnaient alors parmi les Grecs, à leur mauvaise défense, et principalement à leur fausse sécurité.

30 11 dît positivement que Mahomet II fit transporter par terre ses galères dans le golfe de Geratinum.

4» On y trouve peinte, à plusieurs reprises, la terrible frayeur que causaient alors à l'Italie les conquêtes de Mahomet, ses flottes et ses armées.

5® Enfin, on apprend par VAmyris un fait de détail qui ne se retrouve pas dans les historiens qui se sont occupés des conquêtes des Turcs h cette époque : je veux parler de la destruction deMoncastro ou Bialogorod, dans la Bessarabie ; cette ville fut abandonnée et brûlée par ses habitants à l'approche de Mahomet ; les historiens se taisent complètement sur ce fait, quoique pour tout le reste ils soient parfaitement d'accord avec VAmyris *.

Jove, est Jean-Marie Angiolello. — Voy. Bayle, Dict, ari. Angiolello. — > Tiraboschi. — Angiol. Gabriele di Santa Maria, Scrittori Vicmtini, t. III, part. 2^*, p. 1-8. — Sur Gentile Bellino, voy. Tiraboschi, Star, délia Letterat. — Lanâ, Storia pittor. liai.

1 Omnia mente

Cogitât infVacta Mahomettns, qaodque ferebant

Histori» in Persas corn magnis viribas esset

Velificatos Atbos (Âmyrû, lib. II, v. 971 et seq.)

* Voy. Gnillet, t. II, p. 271. —. AnruUêt Turcici latine redditi a Leunelavio p. 332. -^ Laonîc. Chalcond. lib. IX, p. 268. - Ducas, p. 194.

Le titre même du poème, Amyrisy vient du mot arabe émir (seigneur), ainsi que l'observe Senebier, d'après Ami Lullin, premier possesseur du manuscrit dont nous nous occupons. Amyras, dans ce poème, est un titre fréquemment donné à Mahomet. On lit dans les Adages d'Erasme (p. 494) : c Afiu^cç fAaiverat, allegoria proverbialis ubi quis sub insanare praetextu, rébus suis consulit ac sibi cavet'.i

Le prologue du poème est en prose, et nous apprend dans quelles circonstances il fut composé.

Je donnerai du reste au lecteur ce prologue tout entier; il est adressé à Mahomet par Othmau Lillo, d'Ancône. Lillo lui rappelle rattachement dont la famille des Ferducci, ses ancêtres, a toujours fait profession pour la maison de Mahomet, et la faveur dont Lillo Ferducci avait joui auprès de son père Amurat ; ce Ferducci, père d'Othman, après avoir exercé pendant vingt-quatre ans le commerce à Gallipoli, n'avait obtenu d'Amurat la permission de faire un voyage dans sa patrie qu'à la condition de revenir se fixer avec sa famille à Gallipoli, et le nom d'Othman que portait son fils était un témoignage de cette faveur et de cette promesse qu'il n'avait pu cependant réaliser. Après la mort d'Amurat et de Ferducci, les bons souvenirs ne s'efiacèrent pas entre les deux malsons, puisque Mahomet 11 rendit la liberté, lors de la prise de Constantinople, ù Ange Boldoni, gendre de Ferducci *. Othman Lillo Ferducci témoigne au sultan toute sa reconnaissance pour ce service, lui assure que dès ce moment il lui est entièrement dévoué, et qu'à défaut d'autre moyen de lui prouver ses sentiments d'afiection et de gratitude, il a pris la résolution de faire passer à la posténté ses conquêtes et ses victoires, en les faisant célébrer par un poète : il lui offre donc le poème écrit à son honneur par son ami Marins Philelfe, et autant qu'on en peut juger par quelques passages, il parait l'avoir porté lui-même au sultan, à Constantinople.

Voici le texte complet de ce prologue, dont je viens de donner l'analyse succincte :

< Senebier, Catal. de» Ms, de la hibL de Genève, 1.1.

* L'histoire de la captivité et de la favear d'Aoge Boldoni est racontée par Ferretti, et diaprés lai par Giuliano Saracini. {Notizie Istor. d'Ancona, p. 265, 306.) A. Boldoni fut consal d'Ancône à Constantinople, et en 1474 il fat choisi pour conclnre one alliance entre Ancône , Camerino et Ascoli ( Saracini, ib. p. Î68, 277.)

Ad illustrissimum et invictissimum Turcorum Amyram Otkmnn LHlus Anconitanus prœfationem in Amyridos codicem misit.

Vêtus est Fçrducciis, majoribus meis, cum praestantissîma familia tua, ô Mahomette, re\ optime ac imperator invictissime, pietatis ac fidei vinculum, à quibus ego degeneraturus sum nusquam. Nam ut silentio prseteream reliquos, Lillus Ferduccîus, patermeus integerrimus» apud Amorattim clarissioium patrem tuum» incredibili valuit et auctoritate et gratia. Fuit enim ab ineuntîbus suis, ut ità dixerim, aimis Callipoli ea cum omnium procerum benevolentia» mercatorum fide» principis scquissimi favore, ut in hune usque diem nulla rubigo vetustatis e Callipolitanorum mentibus deleverit ejus nomen. Egit aulem tuo in regno, maxima cum omnium laude, annos circiter quatuor et vigiuti. Prseter fidem vero et integritatem, qua mercatorum omni generi jucundissimus et communissimus erat, quam carus et utilis foret tuse patriœ hinc liquet, quod et multas et amplas ei causas tuus felicissimus ille genitor committe» bat, ac ipsius seque fidebat industriae, probitati atque fidei, ac si ex suis alumnis alter esset. At Saragias pneses provinciae, tuo fortissimo genitori tam gratus, quanti faciebat hune Lillum ! Quantis eum laudibus extollebant singuli, qui tuis urbibus regendis gubernandisque prœficerentur ! Ex juniore qualis ille profectus est, jam natu major tua in regione ditior effectus cunclorum benevolentîa, domum sibi peregregiam Callipoli comparavit ea mente ut non esset urbes tuas unquam deserturus. Dele^erat enim Turcorum principes, quos tanquam numina et coleret in terris et veneraretur, tantam in tuis majoribus justitiam, humanitatem magnificentiamque videbat. Seddemum in patriam revocatur a suis, et assiduis precibus accersitus redire cogitur. At non id priùs constituit facere quant bona liceret Amorattis sui régis venia. Solum enim hune sibi proposuerat, et principem cui parère vellet, et ducem atque consulem cogitationum suarum omnium, quem audiret sequereturque continue, cujus injussu nihil meditaretur, nihil exsequeretur. Quare cum hune dominum de suo consuluit reditu, nedum est dissuasus, verum etiam Anconam prohibitus regredi, tam erat praestantissimo patri tuo et acceptus et jucundus ipse Lillus. Verum cum rui*sus iterumque ab agnatis, cognatis, afiinibusque suis revocaretur in patriam, idemque ipse crebrius facillimum et perbenignum principem obsecraret liceret sibi, vix demum exoravit ; sed ea quidem lege, ut aut rediret non multô post, aut assiduas de sua valetudine

litteras mîtteret. Ad haec autem, si jungeretur uxori, faniiliae regiae nomen primo daret quem habiturus esset ex conjuge filium. Promisit omnia Lillus» et rediturum se, nisi coaclus patriam nequiret destituere, et scripturuui interea semper, et primogenitum marem Othman esse vocaturum. Domum vero, quam amplissimam et pêne regiam habebat Callipoli, Theodoro commandavit cuidam Grscco, cui per id temporis ejus urbis incolae non mediocris adhiberi solebat fides, ea mente ut continuo reverteretur Callipolim. Al cum nequiverit suorum sententiis et voluntatîbus refragarl, quorum singulorum consiliis, ut nuberet, iuvitabatur, maritali tandem astringitur vinculo, nec facile potest, ut solutus valuisset, deserere domum patriam : sed ea tamen in spe perseverabat, ut cum lîceutîiis posset, rediret ad tuos. Quse duo fuerant canera quac promiserat, et scrîbebat assidue» dominnmque ne moleste ferret moram suam precabatur; et natum me sibî fib'um Othman jussit proprio dici nomine. Misit autem Laurentum Ferduccîum Anconitanum civem indostrium, qui sua gereret Gallipoli ac in universa tua ditione negotia. At cum non multo post hic, arbitratus se commodius rem nostram agere, domum a pâtre meo qusesitam vendidisset eidem quem dixi Theodoro, non potuit Lillus id non impatientissime ferre: non enim faciebat minoris habere quidquam in Teucrorum regno, quam quidquid Anconse qua^sivisset. interea temporis et tuus ille infiracto animo, summaque virtute pater Amorattis, o rex invictissime Mahomette, luce vitali functus est, et Lillus diem supremum obiit ; quumque hic, quamdiù vixit, nihil avidius concupivit quam apud Turcos vivere, nihil nobîs majore persuasit opéra, quam ut in tenenda vestrse majestatis gratia suam imitaremur industriam. Sed non prius ex bac mortalium digressus est vita, quam varios fortuna3 sit expertus ictus, et in utramque partem vario jactatus ab ea ductu. Nam et ob suam sollertiam fidemque singularem atque probitatem, qoas opes cum tuis sibi majoribus comparaverat, auxit atque nobilitavît, et bellisdemum in Italia circumquaque conflantibus, aliisque calamitatum gradibus compulsus est, deteriorem suam rem eiïicere, ut

Passibns ambiguis FortuDa volubilis errât. Et manet in nullo certa tenaxque loco.

Postquam fato functus est Lillus pater meus, ego, qui ob nominis Othman quo sum insignitus praestantiam, nativo quasi munere tuo videbar deditissimus generi, cuique fatali quodam sidère spes optima semper atque maxima ex Turcorum fuit regibus, decrevi con-

tinuo ad tuam excelleDtiam advolare, quodque nuiic sum demum prosecutus» ejus me Lilli filium declarare, qui tanta et obsenrantia fuisset in tuos et fide. Nam et post felicisslmi patris tui fata innovatum est mais aflinibus etiam cum tua msgestate priscae benevolentiae vinculum. Angélus enim Boldonus, cui soror mea jam nupserat, cuique navis esset suis et nostris onusta rébus et pulcherrima et opulentissima , in Constantinopolitano excidio captivus factus est» et statim, quod Lilli diceretur fuisse gêner, tua munificentia et liberlate donatus est, et rébus omnibus quœ sibi fuissent communes cum nostris. Eo magis atque magis sum et incensus et inflammatus incomparabili desiderio praDsentem me Ubi dedicandi, dicendique : Ecce tuum servulum Othman Lilli Ferduccii filium, Imperator invictissime. Sed urgebat angustia rei faroiliaris, cogebatque compotem non esse mei. Nam et quae ad quinque ac vigînti millia nummorum aureorum emerat pater meus praedia, mutata fortuna vix decem millibus obligarat pignora, et in tantam estsobolem dilatata domusnostra, numerum praesertim fœminarum maximum, ut quo me volverem, qui msgor natu gubemo reliquos, haud satis interdum acciperem. Quid enim in tanta fortunae varietate mihi proponerem spci? Unde in pessimis hodiernorum hominum moribus communique populorum avaritia auxilium implorarem? In quo mihi in uni versa Italia principe, in qua civitate salutem mihi paratam fidemque propositam existimarem ? Nam prseter affines, praeter necessarios et propinquos meos, qui sunt Ânconae atque in universo fere Agro Piceno infiniti, ex mea familia Lillique reliquiis exstant très et triginta viri fœminaeque. Generos sileo nobilissimos, sororios generosissimos. Ât urbs quidem hœc omnis sine spe melioris fortunae in re nostra nobis est constituta, ut non meliore sorte, sed meliore certe animo cogar ad te ire, princeps invictissime, non quod non idem jamdudum constituissem a teneris fere unguibus, sed quoniam quum tempus expectarem quo elegantior ad te irem, ejusque Lilli similis qui tam carus erat felicissimo patri tuo, videamque non modo non adesse, sed abesse longius, decreverim aliquando potius vel sero egenum ad te ire quam nunquam divitem. Tu enim, Imperator Mahomette cunctorum maxime, ut es non iniquus omnium rerum arbiter, ita mentem rimabere , mearo rem non spectabis. Scis enim fortunae quae dicuntur bona praesertim in privatorum manibus nunquam esse perpétua, facillimeque hue et illuc commutari, ut quem dies vidit veniens superbum, hune dies vidit fugiens jacentem. Mens enim nostra, quae potest et constans et immutabilis esse, a tam sapienti principe considerari solet

APPËiNDICE. 185

in vîro, ut inlelligatur quis sit quantique censendus. Re igitur vel détériore facta, fortuna patris mei domum totani coiiquassante, mens est ea in te mihi, ut non alium ducam in terris Mahoroettum Teucrorum principem felicissiinum, ac serenissimum sidus quoddam, cujus luee, ductu atque gubernaculis quod superest mihi vitae ducam, modérer et compensem. Tanta enim sum erga tuam majestatem pietate, fide, atque devotione, ut a tua videatur pendere sainte salus mea, cum tua sit incolumitate incolumitas conjuncta mea. Nam et praeler antiquam meorum in tuos teque observantiam, eur te et colam et vénérer, accesserunt non parvae quidem rationes, quibus tuo nomini semper afficiar vehementius. Quis est enim tam saxcus, ferreus atque plumbeus, quis adeo obtuso pectore, qui cum de te tuisque rébus tam singulari cum laude gestis quidquam audit vero dici, non rapialur desiderio videndi tui, non feratur in praeceps aviditate se tibi devovendi, non flagrat incredibili quodam in te studio? Nam sive quas gessisti res bello, nulli non modo perfectas sed ne cogitatas quidem antea, discurramus, seu quas pace ministras, nemo te uno fortior atque animo major inveniri possit ferro, nemo justior et magnificenlior toga. Quare cum ad te quoque venturus essem, nec ignorarem Persarum morem vetustissimum doctissimorum omnium judicio comprobari, ut qui ad suum accederet regem, munus aiïerret quo indicaretur mentis fldes, cum rem ampliorem aflerre non possem, eam certe attuli, quam tibi omni thesauro cariorem fore non dubitarim. Quod si ut Artaxerxes ab homine rustico, qui nil aliud potuisset, quam optima mente ex propinquo fonte undam attulit, et accepit jucuudissime, et avidissime bibit; quam tu jucundius accipies hune de tuis laudibus codicem exaratum, avidiusque percurres, cum otii fuerit quidpiam, res egregie, magnifiée, strenue, summaque cum virtute abs te gestas, mentemque meam interpretabere fidelissimam, quae procuret immortalitatis tuse possessionem non vulgarem. Nam cum audirem assidue tôt ac tantis te laudibus extolli (nequeunt enim vel inviti non hostes de rébus ab hoste cum laude gestis magnifiée loqui) noroinisque tui gloria" jamdudum dicatissimus essem, cogitavi qua re tibi gratificari magis possem. Tibi régna sunt in Asia et Europa quam plurima : thésaurus antehac inauditus, quem neque Grœsus unquam possedisset, nec Midas : omnis gaza tam excellens, ut non fuent audita vel lecta prius. Sed pertinct ad te, princeps optime, immortalitatem nominis ita posteris et tuis et reliquis commendare ut nunquam deleatur. Id nisi doctrina fiât eloquentiaque scriptorum, vagalur hominis fama: stabile vero firmumque domicilium

nullum habel. Uuaiii auteni conducat libi tuas res summa eum virtute gestas, codicibus historicorum et poetarum celebrari, Cœsaris testimonium accipe^ qui ex ifineadum ortus génère te suae faïuilise successorem voluit non indignum suo et nomine, et titulo» et meritis. Nani ne suarum rerum deesset aliquando recitator, suos ipse coninientai'ios edidit. Quanto sît auteni et is Cîcsar, et Alexander, et Cyrus scriptorum nobilitatus pra?stantia, ha^c est non vulgaris conjectura, quod eorum fama jam prîdeni esset exiincta, sublatis Jis codicibus latinis atque gra^cis, quorum beneficio sunt nunquam interituri.

Vivastu quidem utinam diù superesque Nestoris annos! at denique morilurus, si nihil de le scriplum extiterit, quani fama^ posteritatem reliriueris, quam in hoc sa^culo gloriani, quas laudes tuis posteris iiuitandas? Ad superos, dixeris, modo perducar, nihil sum appetiturus. At quid in hoc orbe laborasti? Quid die noctuque procurasli rerum gestarum meritis tibi apud omne hominuni genus gloriani immortalem conipararc? Hicc ego cogilans viruni inveni, cum quo mihi summa est et l)enevolentia et familiarilas, qui communi doclissimorum omnium sententia summo est ingenio et eruditione admodum rara, quique ex tua ista nova Roma natus est, nobilissimo ChrysoloriP génère, Marium Philelpbum, artium etjuris utriusque doclorem, equitem auratum acpoetam laureatum, annos jam natuni quinquaginta. Hune et rogavi et pluribus tandem induxi precibus, qui res hactenus abs te slrenue gestas immortalitati committeret litterarum. Exaratum denique hac de re codicem versuum circa quatuor millium quadringenlorum, ad tuam detuli majesiatem, quem, cum otii nonnihil dabitur, percurras, ac eorum gaudeas interpretum relatione de te dictis disertissime, qui et Latina tenent et Gra^ca et apud omnes vivunt opulentissime. Ocius hue non ivi, quoniam non antea potuissem hoc aflerre donum. Nunc erga te meam et iidem et devotionem non improba, princeps invictissime ; quin imo meas omnes miseratus calamitates ea humanitate carissimum excipe, qua felicissimus Amoi*atlis pater tuus optimum fidelissimumque servulum Lillum Ferduccium excepit patrem meum, nec frustra me velis Othman, quod tuo et antiquissimo et clarissimo ex Phrygibus est generi agnomentum, appellari proprio a cunabulis nomine. Inter eos me connumera, quibus et uti potes, ut libel, et quoniam tuse sunt majestati deditissimi, afficeris plurimum, favesque mirifice. Nec idcirco id quidem esse dietum existimato, princeps clarissime, ut aliud ob hoc munusculum rererri mihi postulem, quam ut apud celsitudinem tuam gralia va-

leam meque diligas. Id si tandem assequar , maximum mearum me vigiliarum omm'um in te observando, colendo, venerandoque fuisse consecutum ofTicium arbitrabor, nec minorem adscribam mihi gloriam, quam si quem et grandem et perornatum thesaurum acquisiverîm. Quid enim vel auctoritatis, vel divitiarum, vel honorum déesse potest, ubi tua sim exornatus munitusque gralia?Semper fuimus tui, qui ex Ferducciorum familia sumus» semper tuo nomini dicatissimi, semper îut^ gloria' avidissimi. Quotiens Lillus pater meus observaotissimus tua^ laudis redimebat ex diversis na-* tionibus Turcos tibi subditos per id temporis, quo fruebatur hac luce pr^estantissimus Amorattis pater tuus felicîssimus, eosque Anconilanis cum navibus in tuam ditionem remiltebat? Nam qui ab Hunnis Pannonibusque captivi vendebanlur, quos servire sciret audiretve Lillus, eos continuo servitutis jugo sua vel grandi cum pecunia liberabat, libertateque donatos in patriam suo sumptu, non parvaque impensa remitti reducique procurabat, nec pnus ea in re mens ejus quiescebat, quam suo nomine Amoratti régi désignatos et condonatos certo accepisset. Nec id semel aut rursus factum est, sed tam quidem saepe, ut nonnunquam sine maximo discrimine fieri non posset à Lillo, quippe qui ab invidis malevolisque accusabatur Ghristianorum hostes, a quo qui poterant faciUime Christiani perfici, reducerentur ad Turcos. Sed ea is erat in tuos omnes pietate, ut vel cum omni sui capitis periculo nihil decrevisset omittere, quod ad Turcorum, quibus supra modum afïiciebatur, decus attineret ; ita quidem ut quicunque tuus in eas urbes quoquo pacto vel pervenisset, vel compulsus efsset, in quibus Lillus esset, non posset quidquam dubitare, nec cxistimare sibi deficere posse aliquid. Magna fuit certe pater ille meus in amanda venerandaque familia Turcorum regum observantia et fide, nec uUum pi*œtermisit officiorum genus quod in se esset. Sed ego in te, princeps invictissime, omni cultu venerationeque prosequendo non cesserim ipsi patri Lillo, nec in donis profecto ad suum regem mittendis aut afferendis. Nam c^rtera quîcque mortalia sunt et peritura : pecuniie deseruntur hominum interitu : palatia et arces marmoreaque irditicia corruunt : nihil est sub sole lunaque perpetuum, quam quod cum virtule geritur a viris doctis atque gravibus elimate ac cum doctrina recitatum. Quam ob rem solet inimortaliias litlerarum in eorum libris appellari, qui digni veniunt doctissimorum coguomento virorum. Nam qu:e de rébus cum laude gestis enarrant, ita pra'dicatione faciunt excellenti digna ut nunquam inlereaut. Itaque re pauperrima ad tuam veni majestatem, sed ita diiissima im-

mortalîtalis hujusce ut nuiiquam perîturuin ad te donum attuleriin, în quo te ipsum întuens, videas quam sis diligenter expressus, et me anies. •

Après le prologue d'Othman LîUo vient une préface en vers de MariusPhilelfe lui-même. La voici :

Marii Phiîeîfi artium et utnnsque juris doctoris, equitts aurait^ poetœ laureaiï ac comitu , prœfatio in Amyrida, nomine Othman Lilli Ferduccii,

i Othman me precibus Lilli Ferdaceius urget

Ut referam Turco parta trophœa duci :

Scilicet hujus opem speratque cupitque poetœ

Carminé quœ gessit non peritura manu.

Hue feror invitas licet; hsc namqae ipsa Latinis

Posse ego quam mallem dicere parta meis, Et Venetis Turcos cessisse» Asiaque latere

In veteri, Europ» deseruisse lares !

Non quia non meritus veniat Mahomettus ad astra 10 Landibus extolli Martis ubique cornes,

Sed quoniam exosus sit eum tum pontificalis

Ipse chorus, Christum tumque qui in orbe colit. Inseqaitnr namque ipse omnes, cunctisque minatur.

Esse Phrygum referens se quoque gente satum, Deberique sibi quœ stirps tenuisse Quirini

Dicitur, et Cœsar quidquid ad usque Thulen. Res est yera tamen gestarum gloria rerum

Non modo eum nostris, sed sibi cnm Lyciis, Cum Media, Phrygibusque suis, quique illa sequuutur, S() Jura, dédît primas quœ Mahomettus eis.

Ezcîpit hic nullum populomve, dacemve : sabegit

Nuper et in Cilicum sceptra superba sinu : Quin etiam Persas cumulato milite caedit.

Et cogit gladiîs flectere colla suis.

In Scythicos autem reges quœ castra paravit,

Perdidit excelsas quot sua dextra domos ! Hic ut Alexander, nec Graecis parcit, ut altum

Imperium titulis augeat et mentis , Nec reliquis, quoscamque videt meliora fovere 3(1 Régna ; cupit dominus solus in orbe coli.

Exosi hune carte sumus hac œtate Latini,

Annibalem veluti Roma vetusta fuit.

Sed post fata hominum totidem totidemque legetur

Sponte, ut et Annibalis nunc quoque facta legunt. HsBc quot ubique manu tentabuut scribere larga,

QuK hoc (cvo infhictas dux Mahomettus agit !

QiUB quamquam invitas nanc seripsi, invitus in hostem

Laudaudam veni, non nisi vera tamen :

Facta viri ingenio, nummisqae et milite multo, AO Et terra et pelago qoaliacunque refert,

Sed qoa discordes etiam sua fata Latini

Exagitant rébus desidiosa novis.

Et Christi quisquis cruce tectus débet Amyram

Perdere, et interdum mente manuque fovet. Hoc gravîus multo débet sine pace videri.

Hoc quoque ego his scriptis comroonuisse velim, Ut qua discordes populos grave perdit Amyras,

Concordi nostri se tueantur ope.

lise ratio, ut referam quœ gesserit hactenus ille, 50 He cogit, videant ut sua damna mei,

Yisaque formideut, et formidata secare

Constituant animis in sua jura piis.

Fer, Mahomette, precor, patienter si tua Lillus

Facta velit scribi, cum mea damna queror, Namque Novœ Romœ satus et de stirpe superba,

Quam mallem rueres quam superasse meos ! Quin et ab Italico cretus pâtre, quam tibi mallem

Prœcipere Italiam quam metuisse tuos !

Imo ubi sim Christi leges et jussa secutus, 60 De Mahomettana nil mibi gente sapit.

Quœ tamen egregie gessisti,ea laudo.sed esse

Hœc tua, nec placuit, nec placuisse potest.

Le chant premier du poënie est intitulé : Marii Philelfi de vita rebusqne gestis invictissimi reyis et imperatoris clafissimi Mahometti Turcorum Principis Liber primus. Ce titre se reproduit exactement de même, à la seule différence du dernier mot, à la tête de chacun des quatre chants de VAmyris, Ce livre compte 1021 vers. Il débute ainsi (v. i-9) :

i Dicere fert animus res nostro errore peractas

Et pace et bello Mahometti cujus in orbe

Nomen ubique viris gravibus mirabile, cujus

Fama polum cervtce subit, quem lethifer ornât 5 Saturnus meritis. Modo tu mihi, Phœbc, favere

Constituas, Husœque novem cclebrare choreas,

Ut metuant Turcos Christi qui signa sequuntur,

Atque obstent cuncti captis concorditer armis,

Me referente quibus potitur rex ille triumphis.

Le poëte raconte d'abord la naissance de Mahomet II, fils d'Amurat, et revient ensuite sur l'idée exprimée déjà dans sa préface en

vers; il se justifie, pour ainsi dire^ d'avoir choisi ce sujet, lui chrétien (v. 47-64) :

Maximus olim

Annibal et Pyrrhus, nec id idem credidit : ambos

Romani ad sammam metuerant, gloria qaoram 50 Historia recitatur adhuc, Christique fidèles

Nedum commémorant, sed et admirantur et ornant

LAudibus ezimiis quidqaid uarratar in illîs.

Fac Mahomettus ab bis cretus sit mazimos alter

Annibal aut Pyrrhus. Cyrnsye, satusve Philippe; oo De Mahomettano non est mea cura cliente

Dicere, sed qnantus rex sit, quam ssevus in armis ;

Quem metuant nostri, non aspernentur enntem,

Ut solet anguis edaz qui, ni caveatnr in hortis,

Crescit eis quibus est formido immensa futura : 60 Cogito ea invitus, sed res me cogit amicos

Admonuisse meos, fidei qui sancta videntur

Jussa fovere sinu, cruce quos signavit honestus

Relligionis apez, ne fidant 'sédition!,

Factio ne privata trahat quos pungit Amyras.

Philelfe raconte l'enfance de Mahomet, et peint le contraste de ses goûts et de ses dispositions naturelles avec la dissolution des mœurs barbares, les inquiétudes de son père et les i*eproches qu'il lui adresse sur les périls auxquels il s'expose. Un songe change enfin le cours des idées d'Amurat ù ce sujet (v. 153-172) :

Inde etiam obscura vox nocte est visa referre

Hœc ad Amorattim de nato clara parentem : 1 55 < Siste, pater, nolique animam vexare dolore

» Pro puero, ut silvis instet, totusque feratur

■ In prœceps, cum sœvit aper, fremituque leones

" Omne nemus comptent, tigresque ursique rigescunt :

« Fecit idem Hippolytus, Cambyses, Parthenopeeus 100 » Et Cephalus, Cyrusqne; duces fecere priores,

" Quorum fama urbes non est moritnra per amplas ;

« Prœlusere etenim bellis, didicereque nervis

» Spicula curvatis longo dimittere tractn,

«< Hamentumque manu componere, vel leviore ](>o * Interdum nodo pungentes erigere hastas.

• Visne ut is in lecto marcescat^ Visne qnieti

» Usque adeo studeat, turpescant singula donec - Membra viro, fiatque alius quam dignus Amyras

• Stirpe Amorattsea? Parcat tua sedula cura, 170 • Atque eat in cinercs tanti mens vana parentis,

Et desis potins nato, qaam desit amori Laudis, et ingeniu régis stadioque virili is. *

D*autre part, Mahomet rencontre à la chasse une double apparition, Vénus et Bellone. Vénus lui cite le triste destin d*Hippolyte, et lui montre au contraire Hercule aux pieds d'Omphale, Thésée aimant Phèdre après avoir séduit Ariane, Jason ramenant Médée de la Golchide, César enfin lui-même sacrifiant à Vénus. Elle déprécie la gloire militaire et les conquêtes, qui n'empêchent pas les plus grands empires de disparaître en un jour. Elle ajoute que la mémoire des morts dure peu, et lui demande de combien de ses ancêtres il se souvient lui-même ; enfin elle conclut ainsi (v. 392* 297) :

Vivite felices dum vivitis , optima reges Ducentes vitœ mortalis prsemia, quorum Summa voluptatis ratio domat omnia dura : â95 lias sylvas committe tuis ; tibi grata libido

Sit vitœ jucundus amor. Sinf otia cara Quœ servent quodcunque paras... etc.

Bellone, a son tour, adresse au jeune prince ses exhortations : L'amour, dit-elle, n'a rien ajouté à la gloire de tous les héros qu'a cités Vénus ; au contraire, elle engage Mahomet à songer à la vie future plus qu'à la vie présente, à imiter ses ancêtres, à aimer comme eux la guerre, et à ne jouir du repos que dans sa vieillesse, après l'avoir glorieusement acquis par les fatigues de ses jeunes années. Bellone rappelle encore que l'ancienne Grèce, victorieuse sur tous les champs de bataille, était une contrée pleine de héros et de rejetons des dieux, tous vaillants et infatigables, et qui ont fait sa force par leurs grandes actions (v. 428-450) :

Sed scelus infandum deus alto e culmine nullum

Approbat, impunita manent nec crimina tandem 430 Serins, et si quem plectis, commissa luuntur

Hoc majore modo. Qui fœnore delectatur

Fœnore parta domi servat quandoque per annum,

Fer denos, deciesque novem, per sœcula centum :

At tandem mit ignis edax vel fulmine missns i^(5 A Jove, qui rapiat quœ sunt tam turpiter acta,

Vel venit assidue qui rodât parta tyrannus,

Vel vario confusa cadunt cumulata tumultu,

Ut si quando lapis lapides supereminet altos,

Fitque cacumen eis, sed fundamenta lutosa iii) Hoc pondus non ferre valent ; lapis unus et al ter

Concidit ; aequautar cum celsts mœnia pinnis.

Di&cite, mortales, Tirtatem ducere sanctam

Et oolere hanc, qiue sola potett efferre beatot :

Sola facit TÎros moribando semine creros i45 Id templis sacra thara seqni, preeibiuqae litari :

Crédite nec blando sceleri, cam cœca Yolnptas

Voc trahit in praeceps, cum de praesentibiu aoceps

Cura subit mentes, cam vana putatis eorom

Nomina, qat tantas landes memere peractis ioO Tôt rébus, sine frande suis YÎrtutibus usi.

L'idée de Tinjustice, longtemps impunie, mais vouée néanmoins à un châtiment irrévocable, amène Bellone à montrer à Mahomet les Grecs sortis vainqueurs de leur guerre injuste contre Troie et attendant encore un châtiment pour lequel il n'existe aucune prescription de temps; elle excite Mahomet à être rinstrument de cette punition, dont elle fait de plus a ses yeux une vengeance légitime, en faisant remonter à Priam la nice d'Othman ; enfin elle conclut en passant en revue toutes les conquêtes, tous les exploits auxquels il peut aspirer s'il consent à suivre ses conseils et à repousser ceux de Vénus ; voici les demiei's vers de cette très-longue déclamation (V. 720-727) :

Quo classis abibit

Deuiqne, tî firmabis equos, vel saxa, vel aequor Persarum, Ilunnornmye adeas, seriesque laborum Atque modus rerum quis sit tibi deinde futurus, Hœc sileo, recitem ne quando volumen ab ipso 725 Vate datum Phœbo. Satis est suadere : pareris

Ad facinus qnodcunque datur memorabile laudi .Sspe tuœ : hsec memori si serves pectore, vivas.

Mahomet a bientôt pris son parti et s'écrie (v. 735-8 H) :

Arma sequor, mea Dux Bellona, tuisqœ

Auspiciis majora reor quandoque futura.

I procul, o Paphia numen venerabile in ora !

Sim juvenis quamvîs, non sum sine meute, nec alti

Expers consilii, nec me de pâtre creatum 740 Credat Amoratti quisquam, quo perdita luxu

Vita sit : at quoniam sequar immortalia quseque.

Non ego sum cujus leviter tractentur amores

A Venere insulsi, sed qui virtute per omne

Discrimen statuam vitie componere laudes, 7 1.*) Immortale decus mihi cuncta in scpcla parare;

Nec fortuua mihi, nec qnisquam c casihus illis

Qui soliti siint sœpe levem comprendere plebem ,

Surripiet mentem meritis hinc inde dicatam.

Quam puichrum est splendere armis, regesque ducesque 750 fllos Marte seqai, sunt quorum Domina nostris

Scrîpta Toluminibos. Nam nostra ea puto, Latina

Qaœ sibt liugaa facit, siquidem res ampla Quirini

Veait ab iEnea patnim genitore meoram :

Nam licet iCneas Latium contenderit, in qao 755 Saccessere duci soboles clarissima primnm.

Tune soboli proies, tune stirps sine fine futura.

At nos Chaldseoque solo quandoque vagati,

Parthorumque loeis, eadem domus una fuisse

Fertur originibus nostris primoqne parenti, 700 Et consanguinei qui successere fuerunt.

Quam puichrum est bello Furium prsestare Camillum,

Aut Fabium, Curiumque gravem, fortemque Metellum,

lufractoque animo Marcellum, illosque Quintes

Qui pro romano duxerunt castra senatu, 765 Quales Scipiadœ, Cœsar, Pompeius, et illi,

Quos nuiperare velim si forsitan, exeat annus.

ni ingenio eximio ad virtutis prs^mia sauctse

Assueti assiduo se dilacerare labore :

Nam labor est nutrit qui mentes sedulus al tas, 770 Datque valere viris sua corpora, membraque nuuquam

Vel procera minus, vel nou robusta Tideri ;

Inde Cato egregium monuit quandoque nepotem,

Ut mihi narratur, sese torrentibus ipsis

Opposuisse animo noilet dubitare virili.

775 Nonne etiam Alcides, de quo tam nobile nomen

Exit in omne latus, monstris persspe domandis,

Fortior nt fieret bellis, exercitus esse

Dicitur, ut dextras hominum minus inde timeret ?

nie aprum stravit qui perterrebat euntes 780 Finitimos stantesque domi , flammisque peremit

Lemœam, de qua jam fabula fingitur, hydram :

Nunc Erymantheisque jugis, cscaque palude

Vexavit se, bella moyens furialibus armis ;

Nuncque Cleonœi spoliavit terga leonis, 785 il^ripedemque dédit non posse evadere cervam

Cursibus aëriis ; turpes nunc œre volueres

Stymphalidas rapuit : quare est ut nulla bimembrum

Cura metusque virum tulerit, sed semper in illos,

Inque feros Lapithas fuit ardentissimus armis ; 790 Cumque caballorum Diomedis sensit iniquam

SflBTitiem, monstris exercitus, hsc quoque monstra

Non metuit, quando dominum dédit esse caballis ;

Quin et Busirin Thebana ex urbe minacem,

(•eryonemque trucem, multosque una arte gigantas

19i APPExmcE.

795 Surripait laci, faerant qaa monstre pereinpta

Ante sibi et moostris exercitus ipse domandis.

Sic ego qui ia silvis versor Dec parce labori

Negligoqae algorem atque œstam, nec vexor amore,

Nec cupidos rerum repio privata, fntarum HOO Me reor, Alcidœ similem non dixero, molto

Sed non dissimilem, quem non lascivia vertat

In facinus, non molle aliqnod regale yenenum.

Quod si vera mihi promittit diva, locuto

Vate quod illa refert, qna debeo mente moveri 805 Nocte, die, stimulis ad qnœ mihi jnssit Apollo,

Imperium in Gnecos nt dilatare mihi fiu.

Et sit in externos aliquando potentia reges 7

Proh dens, humanas qui res conducis, et armas

Justitise cljpeo rectos sine labe clientes, 810 Quique domas scelus omne, refer mihi jussa secnto

Quse tua sunt ; nam jnsta scio te cuncta probare.

I^es compagnons de chasse de Mahomet, de retour auprès du jeune prince, s'étonnent de son ardeur toute nouvelle ; il leur dévoile sa soif de gloire et de combats. Le grand visir Chalyles(Halil) en parle à son père Amurat, qui cherche encore une fois à détour ner Mahomet de ses préoccupations belliqueuses ; celui-ci persiste dans ses projets (v. 979-990) :

Bello

Constitui hanc animam vel perdere, vel sceleratos 9k0 Myrmidonas, nostro generi qui multa dederunt

01 im damna, mea tandem confundere dextra.

lioc tu, care pater, debes gaudere, futurus

Si sum major avis : crescit tua gloria, natom 985 Si superesse vides dara virtnte verendom.

Namque litabo tuo cineri quandoque Pelasgos,

Ut nostra .4'lacida; tam pulchra Polyxena quondam

Fertur amatori injusta ratione litata.

Crede mihi, si sum post funera forte superstes

Sacra patris, faciam quacumque in parte jacebis 990 Te sentire animo quo sim, qus plurima tentem.

Son père, vaincu, consent enfin à le laisser se préparer à la carrière des armes et le chaut se termine ainsi (v. 1020-1 Cil) :

Sic sic Mahomettus in armis

Crescebat veluti cui sidéra cuucta favebant.

Le chant second commence par la mort d'Âmurat :

Intcrea seniu occeptus niorbisquo gravatus

APPExniCR. 195

l.iqnit Amorattis terras reguoque potitar Cretus eo Mahoniettus

Aussitôt :

Quamvis jam constituisset

Qns facturas erat

il prend conseil de Chalyles (Halil) et de Saganes (Zogaii) sur ses projets contre Tempire grec. Chalyles, a instigation duquel Aniurdt avait conservé la paix avec les Grecs, et à qui son rôle de conseiller pacifique du sultan avait été chèrement payé par Tor de Constantinople sous le règne précédent, veut continuer avec Mahomet la même politique productive ; il est donc pour la paix et il débute par des arguments philosophiques (v. 58-i06):

Deas, M ahomette, Creator

CuDCtoram, dod sceptra dédit, née régna futiiris ()0 Regibus, ut rapiant, violent spolientque popellos.

Et cœdant sine lege viros, de semine quorum

Sunt etiam reges. Quanquam rez major in illis.

Non alia est natura tamen. Mortalia certe

Corpora cunctorum, mens immortalis, et idem 65 Rex homo, nonnunqnamque minor virtute, vel arte ,

Qnam privatus homo , nonnunquam laudibus alta

Mente satus : reges quot sunt sine laudibus ullis?

Assyriis etenim in populis tibi Sardanapalus

Rxemplum prsestare potest, variusque Quirini 70 Mœnibus, innumeros possim meminisse tyrannos

Qui nullis nituere bonis; laus regia sola est

Justitiam servare manu, nec lœdere quemquam,

Nec sinere ut Isdatur, ubi nec dura nec anceps

Causa sit, et ratio posait suadere medelam 75 In morbun quandoqae gravem : velnt inter agrestes

Si stipulas spinosa cadant arbusta, negentque

Ire suis segetes gradibus, fomenta maligna

Sunt flammis mandanda, queant ut crescere grana.

Justitia reges igitur vixere quot aima, 80 Immortale decus, nomenque ad sidéra clarum

Constituere sibi ! Contra qui injusta tulerunt

Arma, et ob excelsas vires, cumuiataque régna

Vel prœdam cupiere gravem, vel forte cruorem

Hostilem, quo sudet ager, famamque uefandam H5 Successisse vident, nec non viventibus ipsis,

Multa ininûca sibi quœ ^ra patibula nolint.

Qus tibi justitia est cum Thracibus? Hi tibi juncti

Sanguine, si recte quœra.s quis mœnia Thracis

l'rbis constituit, Roniana vectus ab urbe ;

90 Constantinus enim, vel portas dactas amore,

Vel quia Romk suo fuit iofensissima morbo,

Esse nove Tolait nomeo memorabile Romœ.

Non sunt Thralcii reges, non Palseologus,

lloc est sermo vêtus, de Thracum semioe natus, t)5 Sed de Romaoo veteri sermone relatas.

Prœterea antiqaas si rex sub pectore causas

Bellorum senrare velit, quis possit in hujus

Tutus stare fide? Cunctis pater unus et idem

Dicitur antiquus : geniti duo qui variata 100 Mente boni atque mali studiuin docuere sub una

Stirpecoli. Âbeli probitate feruntur honesti

Rt justi qiiieumque uitent melioribus annis.

A fratris vitio yeniunt scelerata Cayni

Semtna, si répétas causse primordia tant». 105 Sive bonus fueris, seu pejor, plurima possis

Aut pace, aut bello tentare pericula rerum.

Ensuite il montre à Mahomet les Grecs obéissant à tous ses caprices (v.H 0-1 i 9):

Quid prsecipis illis

Quod non servetur? Captivis non stat asjluni Quod fuerat qnondam sub sacro sœpe Sophis : Ut capiantur enim cum pnecipis, hi capiuntur, Et redeunt vincti. Capis his majora? puellas 1 15 Ergo jubé ut mittant proprias, ipsique catenis CoDveniant stricti cara cum conjuge quisque Cumque sorore sua, pecus omne, utque omnia tradant Ornamenta tibî, quse forte domestica, vel qus Tbesauris composta tenent

I! lui peint les difficultés de l'entreprise (v. Id0-lo!2) :

Thracum

Mœnia non capies leviter, terraque marique

Quffi tripUci fundata solo super astra levantur

Et spatio non sunt breyiore. Ilsec Roma vetusta

Plus medio major : bissenis passibus illa est 1 Xi Miilibus, hœc autem sub septem collibus instat

Tersenis. Quœ turba queat tam grandi a castra

Implere ut possint obsessam reddere gentem

Thraiciam ? Adde autem yaria quod gente ferentur

Christicolœ hue multi, quis defcnsoribus uti 1 40 Urbs queat in nostros. Quid quod cum classibus îlli

In pelago didicere sequi navalia bella?

Portus erit plenus ratibus. Tum nautica cernes

Tela, virosque levés ad qneeque incendia promptes ;

Quisque donuim servabit, opes sibi quisque tueri

Perget jure suas; pariter Genuensibus hostis Thraïciisque aderis. Fuerit quandoque necesse A ut cessare loco, castrisque recedere fractis, Cedere longœvo vel bel lis tempore fessum, 150 Mustapham meminisse jnvet, Chrycinque tuorum

Majorum patres. Denos nam bella per annos Id Thraces statuere suis incendia damnis, Interdumque necem vitœ, horroremque ruinœ.

Enfin il lui représenle le danger de voir la chrétienté, réveillée par un si éclatant succès, se lever tout entière pour Taccabler, et il se résume ainsi :

Rex juBtus justa sequeris.

Saganes au contraire est jeune ; il vole pour la guerre et se déclare non pour le roi juste, mais pour le roi fort ; il décrit la royauté absolue dans les vers suivants (v. 235-263) :

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