CORRESPONDANCE . LX\I X
m'en prêtant les premiers quatre ou cinq volumes, qui contiennent les Mérovingiens et les Garlovingiens.
J'ai écrit à Paris un traité d'Étymologie comme introduction à mes vues historiques sur la formation des langues romanes. Je désirerais beaucoup vous le montrer; mais je n'ai ici qu'un vilain brouillon. En partant de Paris, j'ai oublié de redemander la copie à quelqu'un à qui je l'avais prêtée.
M"« de Staël me charge de beaucoup de choses pour vous et M™« Favre. Venez bientôt nous voir, je vous en conjure.
Tout à vous.
SCHLEGEL
Voici quelques questions Nébulmienties.
Les Patzinaees ou Petschenefjnes existent-ils encore quelque part comme corps de nation ?
Quelle est la date de la fondation et de l'illustration de la ville de Kiew en Russie?
Se trouve-t-il dans Canisius (Lect. Ant.) une chronique de l'évôché do Passau {Episcop. Bathaviensis)J Au défaut de cela, je pourrais me contenter d'une biographie un peu circonstanciée de saint Pih'grinus , évéque de Passau, qui, du temps de l'empereur Othon II, prêcha le premier le christianisme aux Hongrois, mais sans un succès complet.
Si la Topoffraphie de Mérian s'étend à ces pays-là, je souhaiterais avoir les volumes qui traitent de la Hongrie et des provinces riveraines du Rhin.
H. Heas me dit avoir rendu à la bibliothèque Fugger, Ekrenspiefjel et Pez, Script, reritm Aiistriacarnm, les deux volumes qui s'y trouvent. Je vous prie de me les procurer, en réservant mes autres demandes pour la suite, pour ne fias assommer nos domestiques sous le poids des in-folio.
Mille pardons de mes importunités, mon cher magnus ApoUo.
ScHLEGEL.
Mille grâces de l'envoi du glossaire , et bien davantage encore de votre k*ttre intéressante qui touche à une infinité de points de mes recherches.
J'entre d'abord en matière. Je pense que, malgré l'existence antérieure des runes y FinvenUon des lettres d'UIphilas peut s'expliquer par une idée superstitieuse. Gomme les runes passaient pour avoir servi à. la sorcellerie et à tous les usages diaboliques, on aurait cru profaner TÉvongile en les
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employant. D'ailleurs, Talphabet rnniqtie était incomplet; on n'avait point encore écrit de longs livres; il fallait donc des distinctions grammaticale.s plus fines. Les savants suédois prétendent que quelques caractères d'Ulphilas sont imités des runes. On ne pourrait juger de cela avec certitude que d'après un fac-similé du manuscrit, qu'on n'a donné nulle part que je sache. Je ne me pardonnerai jamais d'avoir été trop indolent pour inspecter le Codex Argenteus, quand je n'étais qu'à une journée d'Upsala.
L'histoire de ce manuscrit serait aussi curieuse à savoir. Les Suédois n'en parlent pas , je crois, parce qu'il a été transporté en Suède un peu per ftu et nefas. Qu'est-ce que le Cœnobium Werthinmie, où il était autrefois? Est-ce Donauwerth? (C'est Werden en Westphalie. — G. F.)
Dans Ulphilas, runa signifie mysteriumy consilimn, comme encore aujourd'hui en allemand raunen est parler à voix basse. Il emploie des termes gothiques pour l'art de l'écriture. Meljan (scribere), meli (scripturac), ufarmelcins (superscriptio). Les Anglo-Saxons ont eu aussi un terme indigène pour écrire : write, encore usité dans l'anglais. En allemand, le mot schrei" ben est formé de scribere, mais le nom des lettres Buchstaben ramène aux runes : Slab, bâton ou ligne droite, Bûche, hêtre.
Dans le^ gloses de Kevon à la règle de saint Benoit , écrites à Saint-Gall dans le huitième siècle, Ton trouve runstaba, pour eulogiœ, (Schilter, Thesaur, H. S. Bened., 1. IV.) En anglo-saxon : Staef-craft, la grammaire, l'art des lettres.
Je trouve quelques traces de l'usage des runes dans Tacite, Germ. c. 10. 11 parle de sortilèges faits par les prêtres, auxquels on employait c surculos notis quihusdnm discretos. » Ensuite : « secundum notam ante impressam interpretantur. a Ces marques étaient donc des incisions. Vient le nom de la prophétesse Atwinia; d'autres ont déjà pensé qu'il fallait lire Alirana. Enfin : f litcrarum sécréta ignorant.» J'explique ce passage, qui a donné lieu à tant de disputes, tout autrement que Icscommentateurs à moi connus, c Les hommes et les femmes (du peuple) ignorent l'usage des lettres, qui chez eux sont traitées comme un mystère, c'csl-à-dire par les prêtres. »
Connue vous, je ne doute nullement que l'ancienne rédaction de la loi salique n ait été traduite d'après un manuscrit r unique. Comment veut-on qu'une loi, dont le but principal était de fixer le taux des amendes, ait pu se conserver dans la mémoire ? iMais le diable peut seul se tirer de ce baragouin , écrit d'abord par un Franc qui ne savait pas le latin, copié ensuite par des Gaulois qui ne savaient pas la langue des Francs.
Il y a un temble chapitre dans cette loi sur l'attouchement indiscret des femmes : tant pour la main, tant pour le bras au-dessous du coude, au-<lessus du coude; cola monte déjà fort haut, et puis Enfin la loi est heureusement abolie, autrement il y aurait Ix^aucoup de gens ruinés.
Pour revenir aux runes, j'en ai trouvé une irac-e dans la Transylvanie. Voyez Thrw'ôcz , c. XXIV. Udit que les Szeklcs, € nondum Scythicis litteris oblili » se servent c non encausti et papyri ministerio , sed baculorum excisionis artiticio. > Les Szekies se disent les descendants des Huns restés dans
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le pays, lis ont été toujours reconnus pour teb par les rois de Hongrie. Il se pourmît donc que cet art, dont parle Thrwôcz. sans doute oublié aujourd'hui, eAt été communiqué aux Huns par les Golhs, dans le temps que ceux-ci formaient mie partie de Fempire des Huns.
Je n*ai pas grande foi en Trithemius ni en Hunnibald ; cependant il faut les écouter, puisquMIs peuvent avoir eu des manuscrits perdus aujourd'hui, et je TOUS serais obligé si vous vouliez me les procurer.
Tai extrait de T Anonyme de Bêla, de Boguphal et de Potocki tout ce qui pouvait être à mon usage. Ce Walgersz de Boguphal est notre Waltharius, pnnequ Aquitaniœ, transplanté en Pologne, sans doute d*aprés la même tradition allemande qui a servi de base au poème latin que vous connaissez.
n n'y a aucun doute qu'il ne faiOe entendre Vérone sous le nom de Bern, de cette ville illustrée par nos romanciers héroïques. Nos historiens du seizième siècle nomment encore le passage des Alpes qui conduit à Vérone : die Berner Clausen (les Cluses de Berne). Je pense même que le duc de Zâhringen, en bâtissant la vQle de Berne en Suisse, l'a nommée ainsi par allusion è Tautre, ses ancêtres ayant été margraves à Vérone. M. de MûUinen, profond connaisseur de Fhistoire de Suisse, m'a paru approuver cette conjecture.
Très-probablement le manuscrit dont parle Beinbo était gothique. Un Espagnol, cité par Benzelius , en a vu à Turin. Peut-être trouverait -on quelque chose si Ton pouvait fouiller à son aise dans le Vatican. Mais les bihfiothécaires y sont jaloux de leurs richesses, comme le dragon des Hespérides. Je crois qu'on a beaucoup écrit en langue gothique , et que les Italiens ont détruit ces manuscrits exprés pour n'avoir pas l'air de descendre des Barbares. Le contrat en langue gothique, publié par Donius, ainsi isolée fait tirer de fortes inductions. Syagrius avait si bien appris la langue des Bourguignons, qui était celle des Goths, qu'il corrigeait les Barbares euxmêmes quand ib foisaient des fautes de grammaire. Gomment cela se pourrait-il sans la connaissance de livres écrits ? Saint Chrysostême fît prêcher devant lui un prêtre en langue gothique. Or, s'ils prêchaient, ils écrivaient aussi leurs homélies. Chez les Vandales, nation gothique, on célébrait le culte dans leur langue maternelle. Les mots corrompus dans le texte de saint Augustin doivent être rétablis ainsi : Franja armai (Domine miserere). Et remarquez que c'étaient des Vandales encore catholiques, car s'ils eussent été ariens, saint Augustin n'en aurait pas été si édifié.
Vous avez certainement très-raison sur Knight. Mais en voilà déjà assez et de reste pour vous fatiguer ; ce serait bien pis si je tombais dans le sanscrit
Les communications avec vous me sont toujours infiniment agréables ; mais causer vaut encore mieux qu'écrire. Venez donc bientôt nous voir. M"« de Slaêl ne va à (^nève que samedi. Je désirerais bien venir à Genève